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CHRONIQUES
DE
J. FROISSART
CHRONIQUES
DE
J. FROISSART
992* -> PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE
Rue de Fleorof, 9
CHRONIQUES
DE
J. FROISSIRT
niBLIÉBS POUR LA SOCIÉTÉ DB l'hISTOIRB DE FRANCE
PAR 8IHÉON LUGE
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TOME SIXIÈME
1360-1366
(depuis les PRÉUXINAIRKS du TBAITÉ DE BB^GNY
jusqu'aux FrMpARATIFS DE l'eXP^ITION du PBtNCB DE GALLES
RN Espagne)
A PARIS
CHEZ M" V JULES RENOUARD
(H. LOONES, SUCCESSEUR)
LIBRAIRE DB LA SOCIÉTÉ DB L'HISTOIRE DB FRANCE
nmc DE TOOBNOM» H' 6
M DCCC LXXVI
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■ZTBAIT DU RteUDONT.
AIT. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit
les personnes les plus capables d'en préparer et d*en suivre la
publication.
Il nonune, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire
responsable chargé d'en surveiller l'exécution.
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claration du Commissaire responsable, portant que le travail lui
a paru mériter d'être publié.
U CommUsaire responsable soussigné déclare que le
tome FI de l'Edition des Chroniques db J. Froissaat, pré*
parée par M. Sim^on Lues, lui a paru digne d^ètre publié
peur la Société db l'Hibtoirb db Francb.
Fait à Paris, U i^ décembre 1876.
Signé L. DELISLE.
Certifié,
Le Secréuire de la Société de l'Histoire de France,
J. DESNOYERS.
SOMMAIRE.
VI — a
SOMMAIRE.
CHAPITRE LXXXIV.
1360. TBirré db bbétiont (§§ 474 à 490).
Edouard III et son armée sont toujours campés à Montlhéry^
Charles, duc de Normandie, régent du royaume, et les princi-
paux de son Conseil, les ducs d'Anjou et de Berry ses frères,
Gilles Aycelin de Montagu , évèque de Thérouanne, chancelier
de France, se décident à faire des ouvertures de paix au roi
d'Angleterre. Androuin de la Roche, abbé de Quny, Simon de
Langres, maître des Frères Prêcheurs, Hugues de Genève^
seigneur d'Anthon^, sont chargés de ces négociations'. Edouard III,
indigné au plus haut point de la descente des Français à
Winchelsea* dont il vient d'être informé, repousse d'abord, mal-
gré les avis du duc de Lancastre, toutes les propositions d'accom-
1. Edouard III fut logé en Phôtel de Chanteloup (aujourd'hui châ-
teau de Saint-Germain-iez-ArpajoD^ entre Montlhëiy et Châtres (Ar-
pajon), du mardi 1 1 mars au lundi 6 ayril 1360. Grandet Chroniques^
VI, 169 et Rymer, m, 480.
2. Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu. Hugues de Génère, trobième fils
d'Amédée, II* du nom, comte de Genève, et d'Agnès de Chalon, était
le Tassai, du chef de sa seigneurie d'Anthon, de Charles, dauphin dé
Viennois.
3. Ces négociations infructueuses s'ouvrirent à la maladrerie de
Longjnmeau le vendredi saint 3 avril. Froissart omet de dire que les
trois négociateurs qu'il nomme étaient des légats du Saint-Siëge qu'In-
nocent VI avait envoyés en France, par une bulle datée d'Avignon le
3 mars 1360 (Rymer, III, 472; Arch, Nat., JJ91, n» 204), pour traiter
de la paix ; mais ces trois négociateurs ne prirent point part à la con-
férence de Longjumeau et n'arrivèrent à Paris que Ters le 10 avril.
4. La descente des Français a Winchelsea, suivie du sac de ce port
de mer, eut lieu le 14 mars 1360 (voyez notre Histoire^ de du GuescUn;
ta jeunesse de Bertrand^ p. 307, 546 à 550). En outre, par un traité
IV CHRONIQUES DE J. FROISSART.
modement. Il ne veut à aucun prix renoncer au titre de roi de
France, et son projet est, après être allé se rafraîchir deux ou
trois mois en Normandie et en Bretagne, de revenir devant Paris
au moment de la moisson et des vendanges. 11 lève donc son
camp de Montlhéry' et se dirige vers le pays chartrain, pendant
que les trois envoyés du régent, duc de Normandie, reviennent
sans cesse à la charge pour le presser de conclure la paix. Au
moment où le monarque anglais et ses gens passent à Gallardon,
un orage effroyable éclate tout à coup accompagné d'éclairs, de
tonnerre, d'une trombe de vent, de grêle et de pierres d'une
grosseur énorme, qui terrifie les Anglais et leur tue hommes et
chevaux'. Edouard y voit un signe de la volonté de Dieu en
faveur de la paix ; en même temps, le regard fixé sur Téglise
Notre-Dame de Chartres' qu'il aperçoit dans le lointain, il fait
un vœu et se consacre à la Sainte Vierge. Après avoir campé la
nuit suivante sur le bord de la rivière de Gallardon *, il n'en con-
tinue pas moins le lendemain sa route vers Bonneval ^ et la marche
de Vendôme. Toutefois, il finit par céder aux supplications de
l'abbé de Cluny, et des négociations' s'engagent àBrétigny' près
secret conclu à Paris le jeudi 30 janvier 1360 (n. st.), dont tous les
historiens semblent avoir ignore Inexistence, David Bruce, II« du nom,
roi d'Ecosse, quoiqu'il fut alors prisonnier du roi d'Angleterre, s'étant
fait représenter par Robert Erskine, chevalier, et Normand de Lesly,
écuyer, avait conclu une alliance offensive et dëfensive avec Charles,
rëgent, à condition que ledit régent fournirait dans un délai déter-
miné à son allié 50000 marcs d'esterlins en or payables à Paris, au
Palais Royal, en la Salle Neuve. Arch. Nat,^ J677, n« 7.
1. Edouard III ne leva son camp et ne prit le chemin de la Beaace
que le dimanche 12 avril, jour de Quasimodo, au soir. Grandes Chro"
niques, VI, 171.
2. Le rédacteur des Grandes Cftroniques, le mieux renseigné de tous
les chroniqueurs sur ces événements, ne dit- pas un mot de cet orage,
qui parait n'avoir eu d'autre effet que d'empêcher Edouard de mar-
cher sur Chartres, comme le roi anglais en avait eu d'abord l'in-
tention.
3. De Gallardon , en effet , on commence à apercevoir la flèche de
la cathédrale de Chartres.
k. Cette rivière est la Voise qui se jette dans l'Eure à Maintenon.
5. Eure-et-Loir, arr. Chateaudun. Edouard et ses gens s'avancèrent
jusqu'à Bonneval et même jusqu'à Chateaudun, et c'est un indice cjue
l'orage survenu près de Gallardon n'eut pas une influence immédiate
et déterminante sur la conclusion de la paix de Brétigny.
6. Les négociateurs, chargés des pleins pouvoirs du régent, parti-
rent de Paris le lundi 27 avnl et arrivèrent le même jour à Chartres.
7. Aujourd'hui hameau de 127 habitants de la commune de Sours,
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 474-490. v
de Chartres entre ses délègues et ceux du rëgent : les pourparlers
durent plusieurs jours et aboutissent à la conclusion d'un traite
de paix. P. j à 5, 237 à 241 .
Edouard III confirme^ le traité de paix conclu à Brétigny-lez-
Chartres le 8 mai 1360 entre Edouard, prince de Galles, au nom
du roi d'Angleterre, et Charles, duc de Normandie, au nom de
Jean, roi de France. Dans la rédaction définitive, un peu diffé-
rente du texte primitif du traité qui fut quelques mois plus tard
ratifié par les deux rois, les conseillers français eurent soin d'in-
sérer une clause réservant le droit de suzeraineté de leur maître
et pouvant servir de point de d^art à des revendications ulté-
rieures». P. 5 à 17, 241 à 243.
Eure-et-Loir, arr. et c. Chartres, à 9 kil. au sud-est de cette ville.
Pendant que ses plénipotentiaires ou plutôt ceux de son fils le prince
de Galles traitaient à Brëtigny avec tes envoyés du rëgent, Edouard
loi-même avait rétrogradé et élait venu se loger à Sours. Le rëgent,
de son côte , se rendit à Chartres où il était le 7 mai. Les pourparlers
commencèrent le vendredi 1^ mai et durèrent jusqu'au vendredi 8 du
même mois. Grandes Chroniques^ YI, 172» 173; Rymer, III, 485, 486.
1. Le texte de cette confirmation, tel que le donne Froissart, se
rapproche beaucoup pour le fond, sans être identique pour la forme,
de Ja charte dite aes renonciations, publiée par Rjrmer (III, 524 et
525). Seulement, comme l'a bien vu D^cier avec sa sagacité et sa con-
science ordinaires (p. 528, note 1), si Froissart ne s'est pas trompé
sur la date de mois et de jour (25 mai), il ^s'est certainement trompé
sur la date de lieu (Brétigny-lezrGhartres). Edouard III, en effet, était
de retour en Angleterre et débarqua au port de Rye le lundi 18 mai
TRymer, HI, 494). D'un autre côté, Jean avait donné pleins pouvoirs
a son fils Charles pour traiter avec son adversaire, par acte daté du
1«' avril 1360 (Martène, Tkes. Anecdot,^ I, 1422 et 1423); et la ratifi-
cation provisoire par les deux rois du traité de paix conclu à Brétigny
eut lieu à la Tour de Londres le 14 juin suivant {Bibl, Nat,y De Camps,
portef. 46, ^ 432). Antérieurement à cette date, il y a lieu de croire
que tout se passa, au moins officiellement, d'abord entre les plénipo-
tentiaires des fils aines rassemblés pour cela à Brétigny, ensuite entre
les fils aînés eux-mêmes de Jean et d'Edouard. Du reste ^ on trouve tout
au long dans les Grandes Chroniques (YI, 175 à 200) la confirmation par
le prince de Galles du traité conclu entre ses plénipotentiaires et ceux
de Charles, duc de Normandie ; or, cette confirmation est datée, non de
Brétigny^ mais de Téowiers en Normandie^ le 16 mai 1360 {I6id,,^, 199).
Quoi qu'il en soit, la charte, dite des renonciations, publiée par Ry-
mer^ est datée de Calais le 24 octobre 1360.
2. Cette observation de Froissart, particulière à la rédaction d'A-
miens (p. 242, 243), mérite d'être notée, parce qu'elle accuse l'inter-
prétation que les juristes de Charles Y voulaient donner, lorsque cette
rédaction hit composée, à l'une des clauses du traité de Bréti^y. Notre
chroniqueur semble faire allusion à une convention subsidiaire par où
VI CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Une trêve est conclue entre les belligérants qui doit durer
jusqu'au terme de Saint*Michel prochain et de là en un an^.
Charles, duc de Normandie, ratifie* le traite de paix conclu à
Brétigny entre ses plénipotentiaires et ceux d'Edouard, prince de
Galles. Cette; ratification et la publication de la trêve sont accueil-
lies par tout le royaume avec une joie unanime. Le roi d'Angle-
terre envoie quatre* de ses barons à Paris et les charge de prêter
serment^ en son nom sur le fait du traite de paix. Les Parisiens
font à ces envoyés une réception triomphale, sonnent les cloches
à leur venue, jonchent les rues de draps d'or sur leur passage ;
et le duc Charles, après avoir reçu leur serment, leur fait fête
et donne à chacun un beau coursier ainsi qu'une épine de la
le roi Jean, le 26 octobre, pendant son séjour à Boulogne-sur-Mer,
prenait rengagement de renoncer à tout droit de suzeraineté sur les
proTinces cédées, mais seulement lorsqu'il aurait été remis en posses-
sion d*une manière complète et effective de ce qui lui restait de son
royaume ([BihL Nat,^ fonds de Camps, portef. xi.vi, t^ 553 à 559,
571 à 580 ; ms. fir. n« 8359, f«* 45 to et 51). Dès le 10 fémer 1361, les
Anglais se plaignaient à Jean de Melun, comte de Tancarrille, charsé
d'une mission en Angleterre, que le roi de France eût reçu ou yoiuu
receroir Tappel du comte d'Armagnac et du sire d'Albret (Martène,
Tkes. Ane^t., I, 1487 à 1489).
1. Cette trêVe fut confirmée à Sours devant Chartres par Edouard,
prince de Galles, le 7 mai 1360 {Grandes Chroniques^ YI, 207 à 211), et
a Chartres, par Charles, régent du royaume, le même jour (Ihid,, 202
à 206). Le mandement de publication de la trdre, donne par le rëgent
à Brëtigny-lez-Chartres le 7 mai (Ibid,, 206, 207), ne fut sans doute
promulgué qu'à la suite d'une entrerue du duc Charles et du prince de
GaUes.
2. Cette ratification, dont le rédacteur des Grandes Chroniques a pu-
blié le texte (VI, 200 et 201), est datée de Paris le 10 mai 1360.
3. Le roi d'Angleterre et le prince de Galles envovèrent, non pas
quatre, mais six cheraliers. trois bannerets et trois bacheliers {Grandes
Chroniques, VI, 212 et 213).
4. Froissart commet ici une méprise. Les six cheraliers, dont il ré-
duit par erreur le nombre à quatre, étaient chargés, non pas, comme
le dit notre chroniqueur, de prêter serment au nom du roi d'Angleterre
et du prince de Galles, maiA au contraire d'assister, de la part des
princes anglais leurs maîtres, à la prestation solennelle de serment de
Charles, régent du royaume, sur le fait du traité de paix, presta-
tion qui, on l'a dit plus haut, eut lieu à Paris le 10 mai 1360. En
retour, six cheraliers français, trois bannerets et trois bacheliers, as-
sistèrent, comme représentants du ragent Charles, à la prestation so-
lennelle du serment d'Edouard, prince de Galles, qui se fit dans l'église
Notre-Uame de Louviers le vendredi 15 mai 1360 {Grandes Chroniques,
VI, 212 à 214).
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $S 474-490. tii
couronne du Sauveur conservëé à la Sainte-*ChapeQe, P. 17
à 21, S43 à 245.
Edouard m fait diriger ses gens d'armes sur Calais par Pont-
de-r Arche où ils doivent traverser la Seine et par AbbeviUe*. Il
passe une nuit à Chartres où il fait ses dévotions et présente une
offrande à Notre-Dame*, puis il se rend à Harfleur' où il s'em-
barque avec ses enfants pour l'Angleterre. Il annonce à Jean son
prisonnier la fin de sa captivité, et les deux rois ratifient* de con-
cert les conventions arrêtées entre les députés ' et procureurs de
leurs deux fils aines. De grandes fêtes ont lieu à cette occasion à
Londres où Jacques de Bourbon vient rejoindre les deux souve-
rains^ puis à Windsor où Jean fait ses adieux à sa cousine la
1. Le 23 décembre 1375, Charles accorda des lettres de rémistion à
Gaxot Turpin de Wicquinghem (Pas-de-Calab, an*. Montreuil-sur-
Mer, c. Hacqaeliers) , qui avait tué en 1360 un soudoyer anglais
c comme , environ la fesU de la Pentheeouite derrain passée ot quinze ans
(2% mai 1360), pour lequel temps certain acord on trêres estoient, si
comme Ten cusoit, entre nostre très cher seigneur et père, que Dieux
absoîUe! et nous et Edouard d'Angleterre, plusieurs routes d'Anglois,
passons par nostre royaume pour ien retourner à Calais j se fussent logiés en
la diète pille de fVinldnguehen, dont les aaewu estaient de la route a un des >
maresehaux d^ Angleterre , lesquels, disans qu'ils pOYoient prendre par-
tout fivres pour enlx et leurs cheraux, prindrent en la dicte ville,
oultro ce qu'il leur falloit, pour leurs dis Yivres, plusieurs autres biens
comme draps, linges, robes, or et argent et plusieurs autres choses et
firent moult d'autres oultrages contre la yonlenté des bonnes gens ha-
bitanz de la dicte ville et à leur grant grief et desplaisir» Arch, Nat.^
JJ108, n« 28.
2. D'après Jean de Venette {Contin. G. de Nangiaeo, II, 310), plu-
sieurs chevaliers allèrent, nus pieds, en pèlerinage, du camp anglais à
la cathédrale de Chartres.
3. Froissart se trompe . sur le liet^ d'embarquement du roi d'Angle-
rerre. Cest à Honfleur, comme le dit fort bien le rédacteur des Grandes
Chroniques (VI, 214), non a Harflenr, qu'Edouard mit à la voile pour
l'Angleterre, le mardi 19 mai 1360. Harfleur ëtait alors occupé par une
forte garnison française placée sous les ordres de Louis de Harcourt,
vicomte de Châtellerault, lieutenant général en Normandie et es Vexins
français et normand (JJ87, n» 283], tandis que Honfleur, pris par les
Anglais avant le 16 septembre 1357 (La Roque, Hist, de la maison de
Harcourt, IV, 1881, 1882; JJ87, no» 146, 315; JJ105, 00 13^, ne fut
définitivement évacué par les envahisseurs qu'entre les mois ae février
et de mai 1361 (Rjrmer, III, 547. ^i^/.^a/., Quittances, XIII, 1144, 1186).
4. Le 14 jmn 1360, Jean et Edouard dînèrent ensemble à la Tour
de Londres et ratifièrent les conditions de paix arrôtées le 8 mai précé-
dent, près de Chartres, par les députés ae leurs deux fils aînés, en
présence de Philippe, duc d'Orléans, des comtes de Ponthien, de Tan-
vin CHRONIQUES DE J. FROISSAKT.
reine, enfin à Douvres où il prend congé d'Edouard IIP. Le roi
de France met à la voile pour retourner dans son royaume en
compagnie du prince de Galles, du duc de Lancastre, du comte
de Warwichy de Jean Ghandos et débarque à Calais vers la Saint-
Jean-Baptiste ^. Il doit rester dans cette ville jusqu'à ce qu'on ait
payé la première échéance de sa rançon qui est de six cent mille
francs. Le duc de Normandie et ses deux frères' se rendent à
Amiens* pour être plus rapprochés du roi leur père et aviser de
concert avec lui aux mesures^ à prendre pour assurer sa mise en
liberté. Sur ces entrefaites, Galéas Visconti, sire de Milan*,
carviUe, d^Auxerre, de Joigny, de Sancerre, de Saarbrack, d*Adam de
Meliin, des seigneurs de Dernd, d'Aobigny et de Slaienelay (Bibl. Nat.^
fonds de Camps, xlti, 432; Grandes Chroniques^ vl, 215; Martène,
Vet, Seript. nova eoiUctio, I, 154).
1. C'est le prince de Galles, non Edouard III, qui fit la conduite au
roi de France jusqu'à Douvres, en passant par CcmterbuTT, d'où Jean
adressa, le 5 juillet 1360, un numdement à ses gens des Comptes
{BihL JNat,^ fonds de Camps, xi.yi, 437).
2. Jean débarqua à Calais quinze jours après la Saint-Jean-Baptiste,
le mercredi 8 juillet. Gr, Chron.^Vly 215. BihL Nat.^ fonds de Camps,
XI.TI, 438.
3. Froissart veut désigner ici les comtes d'Anjou et de Poitou; mais
Louis, comte d'Anjou, qui se trouvait alors dans son comté où il épousa,
le 9 juillet 1360, Iklarie ue Bretagne, fille de Charles de Blois et de Jeanne
de Penthièvre (le contrat de mariage est daté du château de Sanmur en
aoât 1360; dom Morice, Preuves^ I, 1534 à 1537), et Jean, comte de
Poitiers, alors en Languedoc où il était lieutenant du roi son père et à
la cour d'Avignon (JJ93, n^* 107, 184), les comtes d'Anjou et de Poi«
tou, dis-je, n'arrivèrent à Calais ^1379*, n» 3116) et à Boulogne-sur*
Mer (JJ88, n«« 86, 102, 115) qu'a la fin de septembre on dans les pre-
miers jours d'octobre.
4. Le dimanche 12 juillet, le régent Charles partit de Paris pour
aller à Saint-Omer {Gr. Chron,^ VI, 215); mais il s'airéta en route à
Amiens d'où il a daté plusieurs actes (JJ91, n» 435).
5. Dès le lendemain de son débarquement, le 9 juillet, Jean adres-
sait un mandement aux gens de sa Chambre des Comptes. U les pres-
sait de lui envoyer en un rôje : 1» les noms des villes qui contribuaient
à sa rançon, 2^ le chiffre de la quote-part afférente à chaque ville,
3^ les noms des simples particuliers qui lui font prêt à son besoin (De
Camps, XLVX, 438). Trois jours après ce mandement, le 12, un des
secrétaires du roi, Jean Lemercier, de Gbors, envoya des instructions
aux commissaire* charaés de recueillir le premier terme de la rançon
de Jean {^BibL de H École des Chartes^ xxxyi, 81 à 90). Paris s'imposa
à 100000 vieux écus, Rouen à 20000 moutons d'or vieux, Soissons à
8000 royaux (JJ88, n» 21), Vervins à 200 royaux d'or (JJ88, n» 90).
6. Par acte daté de Paris en mai 1360, Charles régent accorda des
lettres de bourgeoisie parisienne à « Amixns de Concorecio », bonr-
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 474-490. ix
demande en mariage pour un de ses fils une des filles du roi de
France*, moyennant quoi il s'engage à fournir à Jean les six cent
mille francs dont celui-ci à besoin ; mais les pourparlers relatifs à
ce mariage entraînent des lenteurs qui empêchent Galéas de verser
la somme convenue en temps opportun ^. Le roi de France doit
attendre que ses gens des comptes aient recueilli la première*
échéance de sa rançon au moyen d'une aide extraordinaire levée
sur ses sujets. P. 21 à 24, 245 à 248.
Le prince de Galles et le duc de Lancastre, lassés d'attendre
en vain à Calais le versement des six cent mille francs promis,
retournent en Angleterre. Ils laissent le roi de France sous la
garde de quatre chevaliers dont Jean paye les frais de séjour, en
même temps qu'il a à sa charge les siens propres*. Depuis 1357
et 1358, un grand nombre de chevaliers et d'hommes d'armes an-
glais ont occupé des forteresses* en France d'où ils rançonnent
geois de Milan, à la prière de son amë « Speronelus de Concorecio 9,
nls à^AmUus^ c ad nos ex parte carissimi consanguinei nostri domini
Galeaz, yicecomitit Mediolani, cETBais db gaums JestlnatL » JJ91,
!!• 433.
1. Aa mois d'ayrii 1361, en mariant sa fille Isabelle de France à
Jean Galéas, dit Visconti, fils aîné de son cousin Galéas Visconti, sei-
gneur de Milan, le roi Jean assigna en dot à sa dite fille les château et
TÎlle de Sommières (Gard, air. Nîmes) râlant 3000 lirres tournois de
rente annuelle, les lieux de Vertus, de Rosnay et de la Fertë-sur-Aube
(JJ107, no 164). Un des oncles de Galëas Visconti était le féroce
Bamabo.
2. Le 24 juillet 1363, Charles, duc de Normandie, fit mettre en
garde en une chambre au-dessus du Trésor de l'abbaye de Saint-Denis
« douze miUe florins de Florence venus de Mîlan^ dont MS' en aroit'
donné trois mille à Saint Denis, avec huit cens frans.pour la fonda-
cion de sa chapelle, d BibL JNat.^ ms. fr. n» 21 447, f** 42. C'est à cause
de ce mariage avec Isabelle de France que le 27 janvier 1394 (n. st.)
Jean Galéas Visconti, père de Valentîne de Milan, mariée à Louis, duc
d'Oriéans, fut autorisé par Charles VI à porter des fleurs de lis de
France dans ses armes. J145, n® 433.
3. Un article du traité de firétigny portait que le roi de France
n'aurait rien à payer pendant le premier mois de son séjour à Calais
pour sa garde, mais que pour chaque mois en plus il payerait 10 000
réaux (le réal vieux équivalait à 27 sous et le réal nouveau â 26). Arrivé
à Calais le 8 juillet, le roi de France ne recouvra pleinement la liberté
qu'après la ratification définitive du traité de Brétigny, le 24 octobre
suivant. Il eut ainsi à payer ses frais de garde et de séjour pour deux
mois et demi environ, du 8 août au 24 octobre, frais qui devaient s'é-
lever par conséquent à 25000 réaux. La quittance d'Éaouard est datée
de Calais le 24 octobre 1360 (J638, n« 5).
4. Nous avons dressé on tanleau de ces lieux forts occupés par les
X CHRONIQUES DE J. FROISSART.
les habitants du plat pays; Edouard III leur enjoint de vider ces
forteresses. Quelques-uns obéissent à cette injonction et vendent
les lieux forts qu'ils occupent ; mais d'autres refusent de déloger,
surtout ceux qui se tiennent sur les marches de Normandie et de
Bretagne, et continuent de faire la guerre sous le couvert du roi
de Navarre» Eustache d'Auberchicourt vend bien cher la forte-
resse d'Attigny * aux gens du pays, mais il ne parvint jamais dans la
suite à se faire payer. Les lieux forts du Laonnais, du Soissonnais,
de la Picardie, de la Brie, du Gâtinais et de la Champagne, sont
évacués les premiers. Les capitaines qui les occupaient retournent
dans leur pays après fortune faite, ou bien ils vont grossir les
garnisons navarraises de Normandie '. Pendant ce temps, on est
parvenu à recueillir de quoi faire face au payement des six cent
mille florins. On met cet argent en dépôt provisoire à Saint-Omer'
dans le trésor de Tabbaye de Saint-Bertin, car les princes et les
hauts barons de France, désignés comme otages du traité, prennent
des atermoiements et font des difficultés pour se remettre entre
les mains des Anglais\ P. 24 à 26, 248 et 249.
Le roi de France séjourne à Calais depuis le mois de juillet
jusqu'à la fin d'octobre^ ; il crée son fils Louis^ auparavant comte
Compagnies anglo-nayarraîseft, de 1356 à 1364. Histoire de Bertrand du
Guesclin et de son époque; la jeunesse de Bertrand^ p. 459 à 509.
1. Eustache d'Auberchioourt vendit, rers le 19 mars 1360, Attigny
(Ardennes, arr. Vouziers) 25000 deniers d'or, et le 16 juin suiTantone
antre forteresse, Autry (Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois), 8000
florins. On remarquera que Froissart semble plaindre sincèrement son
compatriote de n'avoir pu se faire payer.
2. Ce fut le cas d'Eustache d'Auberchicourt qui alla tenir garnison à
Carentan pour le roi de Navarre et rançonner les plantureux marais
du Cotentin, après avoir exploité les plus fertiles plateaux des Ar--
dennes.
3. Charles, régent du royaume, et les gens de son Conseil sont k
Saint-Omer pendant la première quinzaine d'août (JJ88, n«* 2^, 68) ;
ils sont à Boulogne-sur-Mer le 23 août (JJ88, n» 29), le 27 août (JJ88,
n« 70), le 7 (JJ88, n»» 66, 75), le 22 (JJ88, n» 109) et le 27 septembre
(J332, n» 26), le 7 octobre (X"* 7, f» 72 v* et 73) et le 17 octobre
(X«* 7, P 98 vo) 1360.
4. Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Edouard lU jure sur
le corps de Jésus-Cbrist de bien traiter les otages, de les faire rendre
à Boiilogne-sur-Mer aussitôt que les choses pour lesquelles ils sont
otages seront accomplies, de ne les pas mettre en prison fermée, enfin
de les laisser s'ébattre par son royaume deux jours et une nuit. Mar«
tène, Tkes, Anecdot., I, 1440 et 1441.
5. Débarqué à Calais le mercredi 8 juillet, Jean quitta cette ville le
SOMMAIRE DU PREMIER UYRE, SS 474-490. xi
d'Anjou et du Maine, duc d'Anjou et du Maine ^, et son fils
Jean, auparavant comte de Poitiers, duc de Berrj et d'Auvergne ^.
Une fois le payement du premier terme prêt et les otages venus
à Saint-Omer, Edouard III repasse la mer et vient à Calais'.
Là, les deux rois de France et d'Angleterre, qui dès lors s'ap-
pellent frères , se font lire et ratifient définitivement ^ tous ks
articles du traite de Brétigny. Ils se donnent à dîner tous les
jours l'un à l'autre, à tour de rôle, ainsi que leurs enfants ^ Ils
passent le temps en fêtes, pendant que leurs gens achèvent de
régler toutes les conventions relatives au traité de paix. Chaque
clause, chaque article du traité fait l'objet d'une charte spéciale et
distincte à laquelle les deux rois et leu^s enfants apposent leurs
sceaux*. P. 26, 249, 250.
Suit le texte de l'une de ces chartes, datée de Calais le 24 oc-
tobre i360, par laquelle Edouard et Jean contractent une alliance
ofifensive et défensive envers et contre tous, excepté le pape et
l'empereur de Rome^ P. 27 à 33.
dimanche 25 octobre 1360, aa matin, après y Stre reste cent neuf
jours. Gr. Ohron,^ VI, 217, 218.
1. La charte d*â^ction da comté d* Anjou et da Maine en duché
pairie au profit de Louis, le second des fils du roi Jean, est seulement
datée de Boulogne-sur-Mer en octobre 1360 {Jreh. Nat,^ PI 334 ', n«|3);
mais comme le roi de France ne séjourna dans cette ville que du di-
manche 25 au jeudi 29 octobre, c'est entre ces deux dates que le titre
de duc dut être confëré à Louis I*' d'Anjou.
2. La charte par laquelle le roi Jean crée Jean, son troisième fils,
naguère comte de Poitiers et de Maçonnais, duc de Berrj et d'Au-
vergne, est datée, comme la précédente, de Boulogne-sur-Mer en oc-
tobre 1360 (JJ91, no 203); elle doit pour les mêmes raisons avoir été
octroyëe du 25 au 29 octobre 1360.
3. Le roi d'Angleterre arriva à Calais le vendredi 9 octobre. Gr,
Chr.^ VI, 215.
k. Cette ratification définitive eut lieu le 24 octobre 1360.
5. Le roi de France était logé au château de Calais, tandis qu'E-
douard III était descendu dans un hôtel de cette ville.
6. La plupart de ces protocoles séparés sont renfermés, parfois en
double et même en triple exemplaire, dans trois cartons des Archives
Nationales : le carton J638, qui contient 21 pièces cotées 1 à 21, et les
cartons J639 et J640 qui en contiennent, l'un 18, l'autre 19, cotées 1
à 37. Ces documents ont presque tous été publiés par dom Martène,
Thés. Aneedot,^ I, 1427 à 1464.
7. Nous avons collationné le texte donné par Froissart, dans les pas-
sages où les manuscrits de ce chroniqueur ne nous fournissaient pas de
bonne leçon, avec l'un des doubles de la charte originale, contenu dans
le carton J639, n» 15. Froissart a reproduit le dodble de cette charte
XII CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Les deux rois se font lire cette charte, dite de confédération et
d'alliance, et la ratifient solennellement en présence de leurs en-
fants et de leurs conseillers. L'évêque de Thérouanne, chancelier
de France*, invite ensuite le roi d'Angleterre à faire les renoncia-
tions auxquelles il s'était engagé par le traité de Brétigny. Les
commissaires des deux rois se réunissent en conférence et prépa-
rent de eoncert la charte destinée à régler ces renonciations.
P. 33, 34, 250.
Suit le texte* de cette charte, dite des renonciations, datée de
Calais le 24 octobre 1360, par laquelle Edouard III, en confirma-
tion du traité conclu à Brétigny et en retour de la cession qui lui
est faite par Jean des provinces y désignées, renonce au nom, au
droit, aux armes et à la revendication de la couronne et du
royaume de France*, a tous droits de possession et de souverai-
neté sur la Normandie, la Touraine, l'Anjou et le Maine, à tous
droits de souveraineté et d'hommage sur le duché de Bretagne et
le comté de Flandre. P. 34 à 46.
Les deux rois se font lire cette charte et la ratifient en pré-
sence de \evan conseillers; ils jurent sur les saints Évangiles et
sur une hostie consacrée de l'observer de point en point. Puis,
destiné au roi de France. Le double, destiné au roi d'Angleterre et re-
yétu en conséquence de la signature des princes et seigneurs français,
est daté de Boologne-snr-Mer le 26 octobre 1360. 11 a été publié par
Rymer. Fœdera, III, 530, 531.
1. M. le duc d'Aumale {Notes et documents relatifs au roi Jean, p. 20)
et M. Bardonnet {Procès-Verbal de délivrance à Jean C/iandos, p. 5) nous
semblent s'être mépris lorsqu'ils ont pens^ que le titre de chancelier de
France porté par Gilles Aycelin de Montagu, II* du nom, n'ayait pu
coexister légalement avec un titre, non semblable, mais analogue,
donne dans le même temps à Jean de Dormans. Par acte daté de Saint-
Denis le 18 mars 1358 (n. st.), maître Jean de Dormans, archidiacre
de Provins en l'église de Sens, fut nomme chancelier du régent du
royaume, duc de r(ormandie, aux gages de 2000 livres parisis par an
{Bihl. Nat.^ ms. fr., n« 20691, f» 665; de Camps, xlvi, 316 et 317);
mais dans Pacte même de nomination de Jean de Dormans, on eut soin
de réserver expressément les droits de Gilles Aycelin de Montagu qui
n'en resta pas moins chancelier de France jusqu'au 18 septembre 1361.
2. Nous avons coUationné le texte donné par Froissart, là où la leçon
des divers manuscrits nous semblait fautive, sur la charte originale
conservée dans le carton J639, n« 15.
3. Edouard III abandonna le titre de roi de France, qu'il prenait
dans tous ses actes depuis sa déclaration de guerre à Philippe de Va-
lois, le samedi 24 octobre 1360, après la ratification définitive du traité
de Brétigny. Gr. Chron.^ VI, 218.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $$ 474-490. xiii
on se réunit de nouveau en conférence, à la requête du roi Jean,
pour préparer un mandement destiné à assurer l'évacuation des
villes, châteaux et lieux forts du royaume de France par les gens
d'armes qui les détiennent sous le couvert du roi d'Angleterre.
P. 46, 47, 250,251.
Suit le texte de ce mandement, daté de Calais le 24 octo-
bre 1 360, par lequel Edouard III enjoint sous les peines les plus
sévères à ses capitaines, gardiens de villes et de châteaux, adhé-
rents et alliés, de vider, dans le délai d'un mois après qu'ils en au-
ront été requis, les lieux qu'il» occupent es parties de France, en
Picardie, en Bourgogne, en Anjou, en Berry, en Normandie, en
Bretagne, en Auvergne, en Champagne, dans le Maine et en
Touraine. P. 47 à 50.
Edouard et Jean, après avoir réglé toutes les questions qui les
concernent, s'occupent de la lutte toujours ouverte entre Jean de
Montfort et Charles de Blois au sujet de la succession de Bre-
tagne, mais ils ne s'arrêtent à rien de définitif par suite du peu
d'empressement du roi d'Angleterre ^ Celui-ci est, au fond, bien
aise que les deux partis continuent de rester en armes dans le
duché ; il voit dans cette guerre un débouché pour bon nombre
de ses soudoyers, forcés, en vertu du traité de Brétigny, de vi-
der les forteresses qu'ils occupent en France, et dont il redoute
le retour en Angleterre où ils pourraient être tentés de transpor-
ter les habitudes de pillage contractées en pays conquis ^. A l'in-
stigation du duc de Lancastre, tout dévoué à Jean de Montfort',
on se borne à proroger jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste (24 juin '
1361} les trêves qui duraient depuis le siège de Rennes et qui
1. Sur la questioii de Bretagne, le traité de Brétigny stipule seule-
ment (art. 20) que , pendant Tannée oui suirra l'arrirée de Jean à
Calais, les deux rois feront tous leurs eAbrts pour amener un arrange-
ment entre les deux prétendants. Si, au bout de cette année, Jean et
Edouard ont échoue dans leurs tentatives de conciliation, les anus
des deux compétiteurs auront encore une demi année pour retenir à
la charge, après quoi « Charles de Blois et Jean de Montfort fer<mt ce
qui mieux leur semblera. » Rymer, III, 490, 491, 516.
2. Henri, duc de Lancastre, arait été lieutenant et capitaine général
en Breugne, du H septembre 1354 (Rymer, III, 312) an mois d'aoât
1358 (/*«/., 403).
3. En vertu de la convention conclue à Brétigny le 8 mai 1360, la
trêre entre les deux royaumes, où la Bretagne était comprise, fut pro-
rogée, non, comme le dit Froissart, jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste,
mais jusqu'à la Saint-Michel (29 septembre) 1361. Rymer, III, 662.
zYi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
saint* et va à Saint-Omer*, puis à Montreuil et à Hesdîn*, et de
là à Amiens *, où II reste jusqu'à Noël. Il se rend ensuite à Paris *,
où ses sujets de toutes les classes lui offrent des cadeaux de bien-
venue et lui font une réception enthousiaste. P. 56, 57, 254.
Les commissaires d'Edouard III passent la mer et viennent en
France pour se faire délivrer les provinces cédées au roi d'Angle-
terre en vertu du traité de Brétigny*. Cette délivrance demande
beaucoup de temps ^^ parce que plusieurs seigneurs de Guyenne,
1. Le roi Jean partit de Boulogne-aur-Mer poar aller à Saint-Omer
trois jours ayant la Toossainti le jeudi 29 octobre. H fêta la Toussaint
dans cette dernière ville ; et les mardi et mercredi 3 et 4 novembre
on y donna des joutes en son honneur. Grandes Chvniques^ VI, 218
à 221.
2. Jean resta à Saint-Omer an moins jusqu'au 7 norembre, car
nous ayons deux mandements de ce prince, datés Tun du 2 {Ordorni,^
III, 432), l'autre du 7 noyembre (/^ca., 433), à Saint-Omer.
3. On connaît deux actes émanés de Jean et datés de Hesdin les 14
(J1084, n» 5) et 16 novembre (JJ91, n« 217). Le roi de France paraît
être retourné à Saint-Omer à la fin de ce mob , car un autre de ses
actes est daté dç cette ville le 30 noyembre (JJ95, n» Ô3).
4. Jean ne resta pas à Amiens jusqu'à Noël, puisque dès le 5 dé-
cembre il était de passage à Compiègne d'où il a daté la grande ordon-
nance édictant la leyée de l'aide pour sa rançon de 12 deniers pour
liyre sur la vente de toutes les marchandises , du cinquième sur la
vente du sel et du treizième sur l'entrée des vins, ai^si que l'ordon-
nance fixant le prix des espèces d'or et d'argent. Ordonn,^ III , 433
à 442. * /
5. Jean, après avoir passé la soirée du yendredi 11 et la journée du
samedi 12 décembre à Tàbbaye de Saint-Denis où il se réconcilia ayec
son gendre Charles II, dit le Mauvais, roi de Nayarre (Secousse,
Preuves des Mémoires sur Charles //, 182 à 185), fit son entrée à Paris le
dimanche 13 décembre 1360. Grandes Chroniques^ YI, 223.
6. La commission donnée à ce sujet par Edouard III à Richard de
StafTord, sénéchal de Gascogne, Jean Chandos, Etienne de Cusyngton,
Neel Loryng, Richard de Totesham, Adam de Houghton et Guil-
laume de Felton, est datée du !•' juillet 1361. Champollion-Figeac,
Lettres des rois et reines^ II, 135.
7. Les opérations de cette déliyrance, commencées à Châtelleranlt
le samedi 11 septembre 1364, ne se terminèrent que le lundi 28 mars
1362 à Angouléme; elles demandèrent par conséquent un peu plus de
six mois et demi. Voyez la belle publication de M. Bardonnet, Procès-
verbal de délivrance à Jean Chandos, Niort, in'-8**, p* 9, 116. Le roi de
France, de son côté, par lettres datées du Bois de Yincennes le 12 août
1361, avait nommé commissaires : les maréchaux d'Audrehem et Bou-
cicaut, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, Guichard d'Angle,
le sire d'Aubigny, sénéchal de Toulouse et le Bègue de Vilaines, séné-
chal de Carcassonne. Ibid,^ p. 12 à 14.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $§ 474-490. xvii
notamment les comtes de PérigordS d'Annagnac' et de Gom-
minges*, les vicomtes de Garaman* et de Gastelbon*, prétendent
qae le roi de France lenr suzerain n'a pas le droit de les trans-
porter sans leur aveu, eux et leurs fiefs, sous une autre souve-
raineté que la sienne. Les seigneurs et les bonnes villes du Poitou
et de la,Saintonge ne font pas moins de difficultés pour passer
sous la domination anglaise. Il faut plus d'un an pour vaincre la
résistance des habitants de la Rochelle. Us disent qu'ils aiment
mieux rester Français et être taillés tous les ans de la moitié de
leur chevance, ou encore qu'ils se soumettront aux Anglais des
lèvres, mais de cœur jamais'. Jean Chandos, nommé lieutenant-
1. Roger Bernard, comte de Périgord, prêta serment de fidélité au
roi d'Angleterre à Montignac (Dordogne, arr. Sarlat) le jeudi 30 dé-
cembre.
2. Jean I, comte d'Armagnac, de Fézensac et de Rhodez, qni, par
contrat passé à Carcasêonne le 24 juin 1360, aTait marié sa fiUe aînée
Jeanne d'Armagnac à Jean de France , alors comte de Poitiers et de
Maçonnais, créé à la fin d'octobre de la même année duc de Berrj et
d^Aurergne.
3. Pierre Raymond, II* du nom, comte de G>mminges.
4. Arnaud d'Eauze [Gers, arr. Gondom), Ticomte de Caraman
(Haute-Garonne, arr. Viliefrancfae-de-Lauragais).
5. Roger Bernard de Foix, II* du nom , "vicomte de Castelbon, sei-
gneur de Moncade. Le nom de cette Ticomté est resté au château de
Gastelbon situe dans la commune de Betchat, Ariége, arr. Saint-
Girons, c. Saiiit-Lîzier.
6. Le roi Jean, sachant le prix qu'Edouard III atuchait à la prise
de possession de la Rochelle, cette clef de la Saintonge et du Poitou,
arait écrit d'Angleterre dès le 8 juin 1360 pour inviter ses chers et bons
omis y les maire, jurés et commune de la Rochelle, à enrojer rers lui
leurs députés; le 18 juillet suivant, par un mandement date de Calais,
il renouvelle la même invitation (Martène, Tlies, Anecdot,^ I, 1428). Il
envoie exprès i la Rochelle Amoul, sire d'Audrehem, pour presser les
habitants, et nous avons deux actes de ce maréchal de France, datés de
cette ville les 5 et 8 aoât (JJ88, n*» 76, 93; Rjmer, 111, 558, 551 ;
JJ88, no 67). Les Rochellais s'exécutent enfin le 15 août et chargent
Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean Chaudrier et deux autres bour-
geois d'aller trouver le roi de France à Calais (Martène, Ihid,^ 1427 à
1429). Par acte daté de cette ville le 24 octobre, Jean s'engage à livrer
comme otage son très-cher fils Philippe, duc de Touraine, au cas où
un mois après son départ de Calais la ville de la Rochelle n'aurait pas
été remise entre les mains des Anglais (Rjmer, III, 541 ; Martène, /W.,
1449). A BouIogne-sur-Mer, le 26 octobre, il délie les Rochellais du
serment d'obéissance (Martène, Thés, Aneedot.^ I, 1462 à 1464). Le
même jour, il mande à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de
France, et à Guichard d'Angle, sénéchal de Saintonge, de délivrer
royaument et de fait à son très-cher frère le roi d'Angleterre la posses^
VI — b
xYiii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
général du roi d'Angleterre dans ses possessions d'outre-mer *.
vient prendre la saisine des provinces cédées et recevoir au nom de
son maître le serment de fidélité des comtes, vicomtes, barons et
chevaliers, ainsi que des cités, villes et forteresses : il établit par-
tout de nouveaux officiers, et fixe sa résidence ordinaire à Niort,
où il tient graûd état. P. 57 à 59, 254 à 256.
CHAPIÎRE LXXXV.
1360 KT 1361, FORMATION DE LÀ GRANDE COkPÀGNIB. — 4360,
28 DÉCEMBRE. PRISE DU PONT-SAINT-BSPRIT. 1362, 6 AVRIL.
BATAILLE DE BRIGNAIS (§§ 491 à 498.)
Le roi d'Angleterre nomme des commissaires chargés de faire
évacuer les forteresses occupées en France par des hommes d'ar-
mes à sa solde. Parmi les capitaines de garnisons, quelques che-
valiers et écuyers^. Anglais de nation, obéissent au mandement
sion des vilk, château et forteresse de la Rochelle (Blbi. Nat,^ ms. fr.
vP 8354, f» 22 ; De Camps, xlvi, 593 et 594). Enfin, par acte daté de
Westminster le 28 janvier 1361, Edouard III, sur le rapport de Ber-
trand, seigneur de Monferrand, qu*il avait nommé gouverneur de la
Rochelle le 38 octobre 1360 (Rymer, III, 548, 549), donne acte au roi de
France de la délivrance de la Rochelle à l'Angleterre , qui avait eu lieu
le 6 décembre 1360 (Bardonnet, 143 à 154; Rymer, III, 597). Par
conséquent, la livraison ou, pour employer Texpression du temps, la
délivrance de la Rochelle aux Anglais avait demandé, non pas plus d'un
an, comme le dit Froissart avec quelque exagération, mais des démar-
ches et des négociations ininterrompues penaant sept ou huit mois.
1 . Par acte daté de Westminster le 20 janvier 1361, Edouard III nom-
mé Jean Chandos, chevalier, baron de Saint-Sauveur en Normandie,
son lieutenant et capitaine es parties de France et conservateur spécial
de la paix et des trêves es dites parties. Rymer, III, 555*
2. Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Edouard III charge»
Guillaume de Grantson et Nicolas de Tamworth de faire évacuer les
forteresses de Champagne, de Brie, des duché et comté de Bourgogne,
de rOrléanais et du Gatinais ; Thomas Fogg et Thomas Caun celles du
Perche, du Chartrain et du Drouais (pays de Dreux) ; le sire de Pom-
miers,' Bérard et Arnaud d'Albret, celles du Berry, du Bourbonnais,
tic la Tourainc et de l'Auvergne ; Amauri de Fossat et Hélie de Pom-
miers, cellée'Ju.iVrigord, du Quercy et de TAgenais; le captai de
Buch, le sire d^Monferrand et Thomas de HoUand, celles de la Nor-
mandie, de TA^ou et du Maine. Rymcr^ III, 546 et 547.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS 491-498. xix
royal; d'autres y résistent sous prétexte de guerroyer pour le ro
de Navarre. Mais les bandes de soudoyers étrangers, allemands,
brabançons, gascons, flamands, hainuyers, bretons, gascons ou
de mauvais Français ruinés par les guerres, loin de se disperser,
exploitent à Tenvi le royaume et continuent leur vie de pil-
lage. Les capitaines des garnisons ont beau congédier leurs sou-
doyers, ceux-ci mettent à leur tête les pires d'entre eux et re-
forment de nouvelles bandes. Les aventuriers qui infestent la
Champagne et la Bourgogne se donnent le surnom de Tard-Ve-
nus. En Champagne, ils s'emparent du château de Joinville où ils
font un butin considérable que Ton évalue à cent mille francs ; en
outre, ils ne consentent à le rendre que moyennant une rançon
de vingt mille francs^. Après avoir couru toute la province de
Champagne, ils dévastent les évêchés de Langres ', de Toul et de
Verdun. Ils entrent ensmte en Bourgogne où ils sont appelés et
soutenus par certains chevaliers Qt écuyers de ce pays ' ; ils se
1 . Le château de Joinville (JoinTilie-sur-Mame ou en Vallage, Haute-
Marne, aiT. Vassy) fut pris par une compagnie d'aventuriers allemands,
qui se nommaient les Tard- Venus. Ce château , appartenant à Henri,
comte de Vaudémont et sire de Joinville, fut occupé après le traitéjde Bré"
tlgny conclu le 8 mai 1360 (a. ..son chastel de Joinville depuis nostre paiz
§ris par noz ennemis» Areh, Nat,^ JJ91, n^ 245), et avant le 24 octobre
e la même année, puisque, dans la ratification définitive du traité du
8 mai datée de Calais le 24 octobre 1360, on eut soin de stipuler expres-
sément Févacuation de Joinville (Rymer, lU, 535, 546). Le sire de
Joinville s'étant ruiné pour racheter son château, le roi Jean, par acte
date de Saint-Denis le 25 février 1362 (n. st.), lui constitua une rente
annuelle et viagère de 2000 livres (c ad relevanda gravamina que
passns fuit et est in captione et detentione castri et ville suarum de
Joinvilla ». JJ91, n^ 134). Gui, sire de Choiseul, paya aussi une grande
somme de florins a pour le rachat de la forteresce de Joingville dont il
estoit plesge et pour ce hostage en la ville de Meiz. » JJ91, n^ 451.
JJ93, n<» 9, 239. J1036, nos 22 à 24. Chroniques de Jean le Bel, H, 274.
2. Voyez notre liste des lieux forts occupes par les Compagnies dans
le diocèse de Langres. Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 487 et 488.
3. En 1361, on découvrit que les Compagnies avaient des intelligences
en Bourgogne ; quatre capitaines de forteresses du duché furent révo-
qués, et le sire d'Ëstrabonne arrêté à Chalon {Jrchîv, dép, de la Côte-
d'Or^ fonds de la Chambre des Comptes du duché de Bourgogne,
compte de Dimanche Vitel pour 1361 ; Finot, Recherches sur les Con^-
pagnies en Bourgogne^ p. 16). Si Ton songe que Charles le Mauvais, roi
de Navarre, éleva des prétentions sur le duché de Bourgogne après la
mort de Philippe de Rouvre survenue le 21 novembre 1361, on ne dou-
tera pas que les menées de ce prince perfide n'aient contribué particu-
lièrement à attirer sur cette province le fléau des Compagnies, dont le
nombre et l'audace redoublèrent lorsque le gendre du roi Jean, sans
XX CHRONIQUES DE J. FROISSART.
tiennent longtemps aux alentours de Besançon, de Dijon et de
Beaune. Us prennent et pillent VergyS Gevrey* en Beaunois, et
s'attardent dans cette région plantureuse. La réunion de ces ban-
des constitue la Grande Compagnie dont l'efiectif s'élève, pendant
le carême de 1362, à quinze mille combattants. Seguin de fia-
defol% le plus puissant de ces capitaines d'aventuriers, n'a pas
sous ses ordres moins de deux mille soudoyers. On compte en-
core parmi ces chefs de bandes Talbart Talbardon S Guiot du
oser rompre ouvertement avec son beau-père, essaya de lui disputer
sous main la succession du duché. On verra, dans une des notes sui-
vantes, que quelques-uns des aventuriers qui infestèrent alors la Bour-
gogne, éuient d*origine navarraise. Les prétentions de Jean de Bour^
gogne, dernier descendant mâle de Jean de Clialon T Antique, sur le
comté de Bourgogne, dont Marguerite de France, grand^tante de Phi-
lippe de Rouvre et grand'mère de sa veuve, avait été reconnue héri-
tière, en faisant éclater la guerre entre Jean et Marguerite, ces prétentions,
dis-je, furent aussi Tune des causes qui mirent, dans le courant de 1362,
le comté aussi bien que le duché de Bourgogne à la merci des Compa-
gnies. Finot, ibid.^ p. 70, 71.
1. Aujourd'hui ReuUe-Vergy, Côte-d'Or, arr. Dijon, c. Gevrey.
2* Côte-d'Or, arr. Dijon. Tous les gourmets savent que le clos de
Chambertin est situé sur la commune de Gevrey. Les Compagnies occu-
pèrent aussi en 1361 unautreGivrey (auj. Givry-Cortiambles ouGivry-
près-l'Orbize, Saône-et-Loire, arr. Chalon-sur-Saône), car le bailli de
Chalon envoya, de Noél 1360 au 15 janvier 1361, a Robert de Mamay,
châtelain de Montaigu (château de Chauffailles, Sa6ne-et-L6ire, arr.
Charolles), des hommes d'armes qui gardèrent le dit château depuis
le 2 février jusqu'au mois d'août 1361 contre les gens des Compagnies
qui étaient a Couches (auj. Couches-les-Mines, Saône-et-Loire, arr.
Autnn) et à Givry (Archives de la Côte^ttOr^ fonds de la Chambre des
Comptes de Bourgogne, B5251. Inventaire^ ii,237). Vo3'-ez notre liste
des Ueux forts occupés par les Compagnies en Bourgogne {Hîst. de du
Gueselin, p. 471, 497, 498, 507 à 509). Les trois volumes de l'inven-
taire des archives de la Côte-d'Or permettraient d'ajouter à cette liste
près de cinquante forteresses.
3. Seguin de Badefol était l'un des quatre fils légitimes de Seguin
de Gontaut, sire de Badefols (auj. BadefoIs-de-Cadouin, Dordogne,
arr. Bergerac, c. Cadouin). Marié le 15 juin 1329 à Marguerite de
Berail, Seguin de Gontaut, père de Seguin de Badefol, eut trois antres
fils, Jean, Pierre et Gaston, une fille, Dauphine mariée à Pierre de
Cugnac, et cinq enfants naturels, dont deux fils et trois filles; dans son
testament daté du 23 aoât 1371, il ne nomme point Seguin qui était
mort empoisonné à la fin de 1365 et élit sa sépulture dans l'abbaye de
Cadouin.
4. Ce chef de Compagnie est appelé Taillevardon dans une lettre de
rémission accordée le 10 juin 1379 à Guillemin Martin de « Crome-
neau », au bailliage de Maçon, qui avait quitté ton pays natal c pour
SOMMIRE DU PREMIER UYRE, $$ 491-498. xxi
Pin\ Espiote', le Petit Meschin S Bataille \ Frank Hennequin', le
cause des gens de rArcheprestre, de feu Guiot du Pin et de feu Tail-
lerardon et de plusieurs autres gens d'armes qui lors (en 1362) gas-
toient etpilloîenttoutlepajrs... > Jrch, Nat,^ JJ115, n« TO.-»* En 1363, un
ëcuyer de Philippe le Hardi, lieutenant du roi son père dans le duchë
de Bourgogne, s'appelait Arnaud de Talbardon. {Ârch, delà CôU-^Or^
fonds de la Chambre des Comptes, sërie B, liasse 371 ; inpent.^ I, 40.)
D'après Paradin, le roi Jean fit pendre en 1362, à Trichastel, Talle-
bardon, Guillaume Pot et Jean de Chauffour; mais cet érudit est dans
Terreur an moins en ce qui concerne ces deux derniers routiers. Pot
rirait encore en 1367 et Jean de Chauffour fut dëcapitë à Langres
rers le milieu de 1364.
1 . Par acte date de Paris en arril 1364, Charles Y accorda des lettres
de rémission à Jean BrufTaut, écuyer, né à la Vouzailles, en la séné-
chaussée d^ Anjou, à quatre lieues de Poitiers (Vienne, arr. Poitiers,
c. Mirebeau), i comme à ceste Penthecouste prochain renant aura
deux ans ou enriron (5 juin 1362), il se fust parti de son pais et ac-^
eompaignez arec Gujrot an Pyn, nez de nostre royaume et lequel es-
toit ou au moins apparoit estre pour lors bon et lojal Irançoîs, et s*en
feussent alez en lointains et estranges pays et par especiai es parties de
Bourgoingne, pour nous serrir et eulx adrenturer bonnement et loyale-
ment, sanz ce que le dit Jehan y pensast à nul mauraiz, malice ou
fraude, mais supposoit et tenoit estre le dit Guiot bon et loyal fran-
çois. Kt| après certain temps, ycellui Guyot, le dit Jehan encore estant
en sa compaignie, se mist et accompaigna arec certains Anglois et au-
tres ennemiz et rebelles de nostre royaume et de nous. > Jreh, Nat»,
JJ94, n» 46. — Dans une autre lettre de rémission en date du
10 juin 1379, on lit que i bien a quinze ans ou enriron (en 1363^, feu
Guyot du Pin et plusieurs autres pillârs de sa suite et compaignie es-
toient sur le pays et y tenoient et occupoient le fort de Mannay (auj.
Manlay, Côtcsd'Or, arr. Beaune, c. Liemais), prenoient et raençon-
noient hommes et femmes.... • JJ115, n« 70.
2. Espiote, dont le nom s'écrit aussi Lespiote, était cantonné près
de Chalon lorsque, le 20 norembre 1365, on lui apporta, ainsi qu'à
une dizaine d'autres chefs de Compagnies, a lettres ae par messire du
Gœsclin que tantos ils se départissent du duché et s'en allassent après
li. > (Areh, de la Côte^d^Ot^ compte de Dimanche Vittel en 1365). Un
messager qui portait une lettre aes officiers du duc de Bourgogne à du
Guescun n*en fut pas moins dépouillé au delà de Dijon par la route
d'Espiote. Finot, Heclterches, p. 99.
3. Le Petit Meschin , d'origine gasconne, arait été dans sa jeunesse
rarlet d'homme d'armes, comme un autre chef de bande. Limousin.
11 fut fait prisonnier par le bailli Huart de Raicheral, en 1368, derant
Orgelet (Jura, arr. Lons-le-Saulnier). Finot , Recherches^ p. 106. Le 11
mai 1369, Louis, duc d'Anjou, fit noyer dans la Garonne, à Toulouse,
le Petit Meschin, ainsi que Perrin de Saroie. Thalamus parvus^ p. 384.
4. D'après une interpolation du copiste d'un manuscrit de Froissart,
manuscrit conserré aujourd'hui à la Bibliotlièque de Leyde (ms. Al 5
de notre classification), Bataillé était d'origine bretonne.
5. Sur ce Frank Hennequin, paune garçon d'Allemagne, royez notre
XXII CHRONIQUES DE J. FROISSART.
I
bour Camus ^, le bour de Lesparre*, le bour de Breteuil', Naudon
de Bageran*, Lamit', Hagre TEscot, Albrest, Ourri T Allemand,
Bourdeille*, Bernard^ et Hortingo de la Salle, Robert Briquet',
sommaire du t. V, p, 53 et 54. D'après un témoin dans Tenquéte pour
la canonisation de Charles de Blois, ce Frank Hennequin tenait au
mois de mai 1369 garnison pour Jean de Montfort à Carnaix, et saint
Charles l'aurait frappe, puis guéri à Guingamp d'une paralysie géné-
rale. Frank Hennequin, en reconnaissance de ce miracle, aurait fait nu-
pieds un pèlerinage à l'église des Frères Mineurs de Guingamp, i pro-
voquant en duel quiconque nierait désormais la sainteté de Cnarleft de
Blois. > Bitl. Nat.^ ms. lat., n» 5381, t. H, f»» 216 et 217.
1. Le bour ou bâtard Camus, Navarrais ou Gascon d'origine, comme
l'indique ce sobriquet de bour, passa en Italie après la bataille de Bri-
guais avec Hawkood, Creswejr, Briquet (Froissart de Buchon, II, 407) *
et fut pris après décembre 1367 dans le château de Beauvoir (Nièvre,
com. de Saint-Germain-Chassenaj, arr. Nevers, c. Decîze) par les gens
du duc de Bourbon. C'est lui qui faisait jeter dans une fosse pleine de
feu les prisonniers qui ne se voulaient ou ne se pouvaient racheter.
Chronique de Louis Je Bourbon, éd. de M. Chazaud, p. 16 à 20. Archives
départementales de la Cote^Or^ fonds de la Chambre des Comptes de
Dijon, reg. B4406, 5498; Jm^ent., U, 112, 273.
2. Cet aventurier gascon était un bâtard de la puissante maison de
Lesparre (Gironde).
3. Le bour de Breteuil accompagna aussi Hawkood et Creswey en
Italie (Froissart de Buchon, H, 407).
4. En janvier 1365, Charles V accorda des lettres <^e rémission à
Naudon de Bageran, c né du pajs de Gascoingne, capitaine de Com-
pagnies. » JJ98, no 720, f» 213. — En novembre et décembre 1367, le
gouverneur de Nivernais fit pajer la solde des gens d'armes opposés à
messire Bernard de Lobrac , à Naudon de Baugerant , au bour Camus
et à leurs gens c pleins de maie volenté, lesquelz ennemis s'efTorçoient
de prendre villes et forteresses et demeurant sur le pays en novembre
et décembre 1367- » jirch. départ, de la Céte^d'Or^ fonds de la Chambre
des Comptes, B5498; Invent, ^ II, 273; Finot, RecliercheSy 105. — Nau-
don de Bageran , qui, fut plus tard capitaine pour les Anglais du châ-
teau de Segur en Limousin (Corrèze, arr. Brive , c. Lubersac) , est
mentionné comme mort en 1394. Areh, Nat,^ JJl46y n^ 189.
5. Lami, routier breton, était capitaine de Longwy en 1365. Finot,
p. 99.
6. Cet aventurier appartenait-il à la famille de Bourdeilles (Dor-
dogne, arr. Périgueux, c. Brantôme) ?
7. Bernard de la Salle , qui, le lundi 18 novembre 1359, étant au
service du captai de Buch , escalada le château de Clermont avec des
grappins d'acier, se mit à piller la Bourgogne après le traité de Bréti-
gny. Il était encore dans cette province en 1368 avec Bérard d'Albret,
Gaillard de la Motte, Bernard d'Eauze, le bour de Badefol. Arch, de la
Cdte-d'Or, B9292; Invent, , 111, 398.
8. Robert Briquet, après la bataille de Brignais, alla en Italie avec
Creswej; il revint avec ce dernier ravager l'Anjou, vers 1367 « au
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 491-498. xxiii
Greswey ^, Amanieu d'Ortigue*, Garciot du CasteP, Guyonnet de
Pau^. Vers la mi-carème, les Compagnies se mettent en mesure
de marcher sur Avignon en passant par le comte de Mâcon, le
Lyonnais et le comté de Forez. P. 59 à 62, 256 à S58.
temps que les gens de Compaignie, desquelles Peu disoit soaTerain
capitaine un Anglois appeM Briquet, couroient par le pals d'Anjou ou
enTÎTon. • Jean d*Anaignë, capitaine du château de la Roche d^lté
(château de Loire, Maine-et-Loire, air. Segré, c« Gandë), fit alors la
guerre à ce Robert Briquet. JJ104, n» 164.
1. Sur Jean Greswey, voyez notre Histoire de du Gtteselin, p. 362.
2. Le prénom et le nom de cet aventurier indiquent clairement son
origine gasconne. Il y a un Ortigues qui est aujourd'hui hameau de la
commune de Cëzac, Gironde, arr. Blaye, c. Saint-Savin.
3. D'après le témoignage d'Espaing de Lëon, rapporte par Froissart
(Chron., éd. de Buchon, II, 383), Garciot del ou du Gastel était origi-
naire de la région des Pyrénées, comme l'indique du reste son prénom
de Garciot, diminutif de Garcia. Lorsque les chefs des Compagnies qui
ravageaient les trois sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de
Nîmes conclurent avec Amoul, sire d'Âudrehem, maréchal de France,
et Henri, comte de Trastamare, le 23 juillet 1362, à Clermont en Au-
vergne, un traité qui fut confirmé à Paris le 13 août suivant, traité par
lequel ces aventuriers s'engageaient à évacuer le royaume moyennant
la sonmie de 100 000 florins, c'est entre les mains de Garciot du Gastel
que cet argent fut versé en décembre 1362 et en janvier 1363. « Item,
solrit dictus Stephanus de Montemejano domino Gassiono de Ctutello^
capitaneo unius ex societatibits , pro complemento de c°> florenis dictis
societatihus promîssis ut a regno exirent, de quibus per Bernardum
Francisci , receptorem Nemausi , traditi et persoluti fuerunt iiii<^ x^
floreni, qui x"> floreni restantes, eidem domino Gassiono soluti, man-
date dicti domini d'Audenehan, valent viii°^ franci. Item, solvit dictus
Stephanus predicto domino Gassiono, pro dono sibi facto per dictum
dominum u'Audenehan in recompensacione expensarum per eum fac-
tarum cum domino Garssia de Nassi , militi , eundo Parisius versus
regem et alias diversas partes, pro tractatu habendo cum dictis capi-
taneis societatum ut exirent regnum : m floreni == viii^ franci. v Biil.
Nai.^ ms. lat., n» 6957, f^ 14 v». — Garciot ou Garcion du Gastel
était au service de Jean, comte d'Armagnac, lorsqu'il fut fait prison-
nier par le comte de Foix à la bataille de Launac (Haute-Garonne,
arr. Toulouse, c. Grenade-sur-Garonne), livrée le lundi 5 décembre
1362. Vaissète, Hitt. du Languedoc, IV, 321.
4. Cet aventurier était, comme son nom l'indique, originaire de Pau
en Béam. Pau n'était encore à cette époque qu'un simple village de la
rive droite du Gave, qui servait de station aux bergers de la vallée
d'Ossau lorsqu'ils allaient hiverner leurs troupeaux dans les landes
immenses du Pont-Long. Le 11 mai 1369, Louis, duc d'Anjou, fit dé-
capiter et écarteler Amanieu de l'Artigue (ou d'Ortigue), Noii Pava-
Ihon et Boulhomet (peut-être faut-il lire : Guyonnet) de Pau, qui
avaient conspiré avec le Petit Meschin et Perrin de Savoie, pour livrer
le duc leur maître aux Anglais. Thalamus parvus^ p. 384.
xxiT . CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Le roi Jean mande à son cousin Jacques de Bourbon* de mar-
cher contre les Compagnies. Le comte de la Marche, qui se tient
alors en Languedoc où il vient de livrer à Jean Chandos les cités,
villes, seigneuries et forteresses de Gayenne cédées aux Anglais
par le traité de Brétigny', se rend par Montpellier et Avignon
dans le comté de Forez .auprès de la comtesse de Forez, sa
sœur*, etdeRenaud deForez*, beau-frère delacomtesse.il appelle
sous les armes les seigneurs d'Auvergne, de Limousin, de Pro-
vence, de Savoie, du Dauphiné, du duché et du comté de
Bourgogne', et il les concentre entre Lyon et Mâcon. Louis, comte
de Forez' et Jean de Forez', son frère, neVeux de Jacques de
Bourbon, se rendent les premiers à Tappel de leur oncle. P. 62
à 64, 259.
Les chefs des Compagnies, après avoir concentré leurs bandes
aux environs de Chalon ' et de Tournus , prennent la résolution
1. Jacques de Bourbon, I du nom, comte de la Marche, comte de
Pontieu avant la cession de ce comté au roi d'Angleterre par le traité
de Brëtigny, 3"^^ fils de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de
Hainaut, onde de Louis II, duc de Bourbon, marié à Jeanne de Cha^
tillon-Saint-PoL Anselme, Hisi, généaL, I, 318.
2. Ce fut Jean le Maingre, dit Boucicaut, et non Jacques de Bour-
bon, qui fit cette remise a Jean Chandos (Bardonnet, PrœiS'çerbal de
délivrance y p. 105 à 110). Seulement, le roi Jean put charger son cousin
le comte de la Marche, comme le raconte Froissart, d'une mission offi-
cieuse auprès des grands seigneurs du parti français, qui firent des
difficultés pour se soumettre an traité de Brédgny, tels que les comtes
de Périgord.et d'Armagnac.
3. Jeanne de Bourbon, l'aînée des filles de Louis I, duc de Bour-
bon, et de Marie de Hainaut, mariée à Avignon le 14 février 1318 à
Guigne, VU du nom, comte de Forez, mort en 1360.
i^. Renaud de Forez, second fils de Jean I, comte de Forez, frère de
Guigne Vil, comte de Forez, fut fait prisonnier à Briguais. Anselme,
Eut. généal,^ VI, 730.
5. Froîssart dit que « le jeune duc i envoya vers Jacques de Bourbon
les chevaliers et écuyers, tant du duché que du comté de Bourgogne.
Notre chroniqueur commet ainsi un anachronisme. Ces expressions
de jeune duc ne peuvent s'appliquer qu'à Philippe de Rouvre, qui mourut
le 21 novembre 1361, plus de cinq mois avant la bataille de Briguais.
6. Louis, fils de Guigne VII et de Jeanne de Bourbon, avait succédé
en 1360, comme comte de Forez, à son père. D'après Froissart, il était
encore en 1362 sous la tutelle de Renaud de Forez, son oncle paternel;
il était né à Saint-Galmier en 1338.
7. Jean de Forez, second fils de Guigue VII et de Jeanne de Bour-
bon, soBur de Jacques de Bourbon.
8. Au moyen âge, les foires froides (d'hiver) et chaudes /d'été) de
Chalon étaient le centre d'un négoce immense. Les marcnands du
L
SOMMAIRE DU PREMnSR LIVRE, §$ 49i-498. xxy
d'envahir le Forez et de marcher contre les gens d'armes du roi
de France^. Ils ravagent le Beaujolais', le Lyonnais, assiègent en
vain Charlieu', passent par Montbrison et s'emparent du château
de Brignais *, à trois lieues de Lyon, où ils attendent les Français
qui les poursuivent sons les ordres de Jacques de Bourbon, Noms
midi et du nord de TEorope s'y donnaient rendes-TOUs. Les produits
de ritalie et du Levant remontaient la Saône jusqu'à Chalon et jus-
qu'à Saint-Jean-de-Losne ; et ces deux rilles, aujourd'hui si dëchues,
possédaient alors des entrepôts considérables où on déposait les mar-
chandises. Saint* Jean-de-Losne était le principal péage où Ton perce-
rait des droits de transit sur les marchandises exportées du royaume
en l'Empire ou importées du comté de Bourgogne ou de l'Empire dans
le duché de Bourgogne ou dans le royaume de France. L'entrepôt de
ceue Tille s'appelait la Maison des Balles^ à cause des balles de laines
ou d'antres aenrées qu'y déposaient les marchands {archives de la
Côte^d^Or^ B3455). Ces richesses, on le comprend, éuient de nature
à éveiller la conroîtise des chefs des Compagnies. Voilà pourquoi ces
pillards, après avoir tenté vainement, à la fin de 1361 et dans les deux
premiers mois de 1362, de surprendre Chalon pendant les foires {Jrch,
de la Câte^Or^ B3561), s^emparèrent de Saint-Jean-de-Losne ou du
moins détruisirent les moulins de cette ville et pillèrent le grand ma-
gasin d'entrepôt appelé Maison des Balles {Ibid.^BdkkO et 3434b). Maîtres
des passages de la Loire , ils pillent et tuent a les marchans venans es
foires de Chalon. » (Ikid.^ BZb&k). On est obligé de faire garder par
des hommes d'armes « les frontières de Chalon pendant les foires »
« (/^<W.,B3ô61); et l'on fait placer une cloche au-dessus de la tour neuve
du château de cette ville, c pour esveiller les guettes. » (/^û/., B3566).
1. La ville deToumus (Saône-et-Loire , an*. Maçon) est située au
nord de Mâcon et au sud de Chalon, sur la rive droite de la Saône.
Grâce à l'occupation simultanée de Saint-Jean-de-Losne et de Toumus,
les Compagnies commandaient le cours de la Saône en amont et en aval
de Chalon.
2. Les Anglo-Gascons avaient fait irruption en Beaujolais dès le mois
de juin 1360 {Archives de la Côte-JtOr^ B8074b).
3. Loire, arr. Roanne, sur la rive droite de la Loire. Charlieu,
comme le dit Froissart, dépendait alors du comté de Mâcon, et ressor-
tait au bailliage de cette ville. Si les Compagnies échouèrent devant
Charlieu, elles s'emparèrent de Marcigny (Saône-et-Loire, arr. Cha-
roUes), surnommé alors les Nonnains, à cause d'un prieuré de filles de
l'ordre de Saint-Benoit, dont plusieurs actes établissent l'occupation
parles routiers à cette date (JJ108, n* 370; JJ114, n» 180). Marcigny
est situé sur la rive droite de la Loire, et les Compagnies purent tra-
verser le fleuve en cet endroit pour se rendre du Charollais dans le Forez.
4. Rhône, arr. Lyon, c. Saint-Genis-Laval, à 13 kil. au sud-ouest
de Lyon. Ce bourg, arrosé par le Garon, petite rivière qui se jette dans
le Rhône à Givors, est traversé par la route de Lyon à Saint-Etienne.
Au quatorzième siècle, il y avait à Brignais un château fort, muni de
fossâ et d*une enceinte, et, d'après M. AUut (les Boutiers et la bataille
de Brignais j Lyon, Louis Perrin, 1859, p* 23), quelques pans de mur
xxTi CHR0NIQ1JES DE J. FROISSART.
des principaux seigneurs qui ont répondu à l'appel du comte de
la Marche. P. 64, 65, 259 à 261.
Jacques de Bourbon S après avoir rassemblé ses gens d'armes
à Lyon, quitte cette ville et s'avance dans la direction de Bri-
guais. Les Compagnies dissimulent Je gros de leurs forces der-
rière de hautes collines* et ne font montre que de cinq à six mille
hommes postés sur un mamelon * appuyé à ces collines et sur-
plombant le chemin que suivent les Français. Jacques de Bour-
bon, trompé par ce stratagème, fait nouveaux chevaliers son fils,
de la première enceinte subsistent encore. Par une bulle datée de Lyon
le 13 avril 1251 {Arch. du Rhône , fonds de la seigneurie de Brignais,
n« 2), Innocent IV avait donné la seigneurie de Brignais au chapitre
de Saint-Just de Lyon. Par conséquent, quand Froissart dit que les
Compagnies prirent le château de Brignais et le seigneur et sa femme
dedans, notre chroniqueur se trompe, ou il veut désigner le châtelain
qui gardait ce château pour le chapitre de Saint-Just.
1. Le principal organisateur de Tannée vaincue à Brignais par les
Compagmes ne fut pas Jacques de Bourbon, mais Jean de Melun,
comte de Tancarville, que le roi Jean, par acte daté de Beaune le
25 janvier 1362 (n. st.), avait établi son lieutenant en tout son duché de
Bourgogne, en tout le bailliage de Mâcon et de Lyonnais, dans les
comtés de Forez et de Nevers, dans les baronnies de Beaujeu et de
Donzy, dans les duchés de Berry et d'Auvergne, dans tout le comté de
Champagne et de Brie, enfin dans tous les bailliages de Sens et de
Saint-Pierre-Ie-Moutier, en le chargeant spécialement c de faire host
et chevauchées encontre les Compaingnes et autres noz ennemis qui
s'efforceront de meffaire en nostre dit royaume. » Jrch, Nat,^ JJ93,
n* 301. — Jean de Melun, comte de Tancarville, était à Dijon en fé-
vrier 1362 (JJ93, no 301), à Beaune en mars (JJ93, n* 36), à Autun
aussi en mars, où il convoqua le ban et Tarrière-ban du duché, tandis
que les abbés et prieurs furent sommés de fournir selon l'usage les charrois,
sommiers et contributions (Dom Plancher, H'ist. de Bourgogne^ II, 245).
2. Ces collines sont probablement celles des Barolles, situées à peu
près à égale distance de Saint-Genis et de Brignais, à droite du chemin
par où Ton va de la première de ces localités à la seconde.
3. D'après l'historiographe Sauvage {Chronique de Froissart^ Lyon,
1559, k vol. in-fol., note 88), ce mamelon est le lieu dit encore aujour-
d'hui le bois Goyet, où cet erudit, dans une excursion faite à Brignais le
27 juillet 1558, constaU des tranchées de trois pieds de {profondeur et
de cinq à six pieds de largeur, c parmi monceaux de caillons au de-
dans du fort. > Le plan incliné des collines des Barolles se prolongeait
autrefois jusqu'au pied de ce mamelon dont il n'était séparé ^e par
l'ancienne route de Saint-Genis à Brignais. Quoi qu'il en soit, c^est
sur les dépendances d'une petite ferme nommée les Saignes^ située entre
le pied de la colline des Barolles et le bourg de Brignais, à droite du
chemin qui va de Saint-Genis à ce bourg, que Ton a trouvé autrefois,
en labourant, des fers de lance et des débris d'armures. Allut, Us Rou'
tiers, p. 228.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS ^di-498. xxtii
Pierre de Bourbon» ainsi que son neveu, le comte de Forez, et
donne l'ordre à rArchiprêtre, qui coitamande son avant-garde, à
Jean de Chalon et à Robert de Beaujeu , d'attaquer les gens des
Compagnies. Ceux-ci, des hauteurs où ils se tiennent et où sont
entassés d'énormes monceaux de cailloux*, font pleuvoir une
grêle de pierres sur les assaillants, et jettent ainsi le désordre
dans les rangs des chevaliers français '. Pendant ce temps , les
mieux armés et les mieux montés des gens des Compagnies con-
tournent la montagne et viennent tomber à l'improviste sur les
derrières de l'ennemi. Les Français sont mis en pleine déroute.
L'Archiprêtre*, le vicomte d'Uzès*, Renaud de Forez, Robert et
1. Le P. Menestrier prétend que les deux mille charrettées de pierres
dont parle Froissart provenaient de Taqueduc de Briguais (restes d'un
aqueduc romain destiné à amener du Mont-Pila à Lyon les eaux du
Gier) ; les gens des Compagnies auraient ruiné cet aqueduc pour aroir
de quoi lapider les hommes d'armes du comte de Tancarville. Il faut
plutôt, à rexemple de M. Allut, attribuer la présence de ces amas de
cailloux à la nature pierreuse du terrain des Barolles, où les travaux
de la culture ont nécessité de tout temps l'extraction de ces cailloux.
Les paysans en font encore aujourd'hui, lorsqu'ils défrichent leurs
terres, des tas considérables qu'ils appellent chirats {Les Routiers, p. 212).
2. D'après Mathieu Villani, et un chroniqueur de Montpelher con-
temporain de la bataille, dont la version est plus vraisemblable que
celle de Froissart, les gens des Compagnies attaquèrent les premiers et
surprirent les Français, selon le chroniqueur florentin, plusieurs heures
avant le jour, selon Tannaliste roman, à l'heure de none (3 heures du
soir). Les routiers qui venaient de rendre, le 25 mars précédent, le châ-
teau de Saugues (Haute-Loire, arr. le Puj) à Amoul, sire d'Âudrehem,
maréchal de France, lieutenant du roi en Languedoc, avaient fait leur
jonction avec ceux de Briguais pour écraser les hommes d'armes du
comte de Tancarville et de Jacques de Bourbon.
3. Arnaud de Cervolleou de ServoUe, surnommé l'Archiprêtre de Vé-
lines, fut fait prisonnier par im Périgourdin son compatriote, le bour ou
le bâtard de Monsac (Dordogne, arr. Bergerac, c. Beaumont). Le roi Jean,
paya une grande partie, sinon la totalité de la rançon de cet habile
spéculateur en aventures guerrières : c Domino Amaldo de Servola,
militi, dicto l'Arceprestre, pro denariis mandato domini nostri régis et
Pétri Scatisse, thesaurarii Francie, traditis domino d'Audeneham, ma-
rescallo Francie, tanquamfidejussorisuo ergA spurium de Monsaco, eujus
spurii idem domînus Arnaudus fuit prisonarius,»,, pro financia ipsius do-
mini Amaudi : \^ floreni vaientes IIII°> franci. » Bi&i. Nat,, ms. lat.
n» 5957, f» 15 (fin de 1362). — Par acte daté de RoyaKeu près Com-
piègne en juin 1362, le roi Jean se reconnut redevable de' 35 000 flo-
rins envers l'avide partisan qui en réclamait 100 000 et lui donna en
gage son château ae Cuisery en la comté de Bourgogne (Saône-et-
Loire, arr. Louhans). Areh. Nat.^ JJ91, n<> kkl.
4. Froissart oublie de mentionner Jean de Melun, comte de Tan-
xxTni CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Louis de BeaojeuS Jean et Louis de Chalon, les seigneurs de
Toumon, de Roussillon, de Chalançon et de Groslëe sont faits
prisonniers. Le jeune comte de Forez et Je seigneur de Montmo-
riUon sont tnës'. Jacques de Bourbon et son fils Pierre, blesses
mortellement et rapportes à Lyon, succombent peu de jours après
l'action'. Cette bataille de Briguais se livre le vendredi après
canrille, Jean, comte de Saarbruck {Grandes Chroniques^ VI, 226)» qui
furent aiusi faits prisonniers à Brignais, ainsi que Guillaume de Melun,
cheTaUer, chambellan du duc de Normandie, a qui ledit duc, par acte
date de Conflans le 8 mai 1362, donna 1000 francs d*or c pour paier
sa rançon aus ennemis desquels il a este pris en la besongne qui derrain
a esté vers Lion sur le Rosne, » JJ92, n^ 87. ^- Jean de Melun, comte de
Tancanrille, lieutenant du roi en Bourgogne, avait payé sa rançon ou
avait éxé mis en liberté sous caution peu de jours après la bataille ; car,
par acte daté de Lyon sur le Rhône en avril 1362. il accorda des lettres
de rémission a un certain Jean Doublet, a comme il avoit esté arecques
les Grans Compaingnes en la bataille devant Brinays en laquelle il prist
nostre très cbier et bon ami messire Gerart de Toury (maréchal du
duché de Bourgogne), par Tinduccion duquel il est retournez à Tobeis-
•ance du roi nostre sire, et ledit messire Gerart a délivré à plein de sa
prison sansraençon et s^est départis des dites Compaingnes.... » JJ93,
no 34.
1. Robert et Louis de Beanjeu étaient les fils de Guichard, seigneur
de Beaujeu, et de sa troisième femme, Jeanne de Châteanvillain (An-
selme, VI, 732 et 733). Diaprés la chronique romane de Montpellier,
le jeune seigneur de Beaujeu, Antoine, né le 12 août 1343, et fils
d'Edouard, sire de Beaujeu, tué au combat d*Ardres en 1351, assistait
aussi à la bataille de Brignais, non, comme le dit cette chronique, avec
ses frères, mais avec ses deux oncles, frères consanguins de son père,
Louis et Robert.
2. D'après le dernier historien des seigneurs de Noyers (Petit, Month-
graphie des sires de Noyers^ Auxerre, 1874* in-8), Jean de Noyers,
comte de Joigny, aurait été tué aussi à la bataille de Brignais. Le ré-
dacteur des Grandes Chroniques et le père Anselme auraient confondu,
selon M. Petit, Jean de Noyers, comte de Joigny, avec son neveu Miles
de Noyers IX, ou, d'après cet érudit, XII du nom, fait prisonnier à
Poitiers en 1356, è Brion en 1359, et mort dans son lit en 1369.
3. Voici le texte de Tinscription gravée sur la pierre sépulcrale de
ces deux princes. Ce marbre, autrefois placé dans réglise des Domini-
cains de Confort à Lyon, a été découvert en 1856 dans la cuisine d'un
maçon, et on le conserve aujourd'hui dans le musée lapidaire de cette
ville : i Cy gist messire Jacques de Bourbon, conte de la Marche, qui
morut à Lyon à la bataille de Brignecz, qui fut Tan mil gccxxxii
(pour 1362), le mercredy devant les Rameaulx. — Iten (sic), cy gist
messire Pierre de Bourbon, conte de la Marche, son filz, qui morut
à Lyon de cette mesme bataille Tan dcMus dict. Priés pour eniz. »
Dans cette inscription refaite en 1472, selon la conjecture ingénieuse
et vraisemblable de M. Allât, le graveur a mis par mégarde 1372 au
lieu de 1362. Les Routiers^ p. 231 è 249.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §$ 491-^98. xzix
les Grandes Pâques (ou le 12 avril 1361 *). P. 65 à 69, 261
à 265.
Les habitants de Lyon recueillent les victimes et les fuyards de
Brignais. Jacques de Bourbon meurt de ses blessures dans cette
ville trois jours après la bataille, et Pierre de Bourbon ne survit
que peu de temps à son père. Après leur victoire, les Compa-
gnies mettent au pillage le comte de Forez '. Seguin de Badefol,
qui a sous ses ordres trois miUe combattants, s'empare d'Anse,
château situé sur la Saône, à une lieue' en amont de Lyon, d^où
1. Les deux dates données par Froissart sont fausses. La bataille de
Brignais se HYra le mercredi ayant les Rameanx, 6 atHI 1362. Le ré-
dacteur des Grandes Chroniques (VI, 225) et l'annaliste roman du
Thalamus parvus (p. 360) sont d*accord sur ce point ayec Tinseription
grarëe sur la pierre tombale des deux princes ; et Pon a peine à com-
prendre que dom Vaissète, si exact d'ordinaire, ait rapporté cet événe-
ment à Tannée 1361 {B\4t. du Languedoc^ IV, 312). L'erreur des Béné-
dictins a entraîné celle de presque tous les historiens modernes.
3. Les Compagnies araient envahi le Forez dès le mois de jan-
vier 1362, car vers la fête de TÉpiphanie ou 6 janvier de cette année,
la bande du Petit Mescliin occupa le prieuré d'Estivareilles (Loire,
arr. Montbrison, c. Saint-Bonnet-le-Chateau), à une lieue de Viverols
(Puy-de-Dôme, arr. Ambert), dans la haute, moyenne et basse justice
de Henri de Rochebaron, chevalier, seigneur de Montarcher (Loire,
arr. Montbrison, c. Saint-Jean-Soleymieux) : i Circa festum Epiphanie
ultimo preteritum (6 janvier 1362), alii nostri inimici vei Tebelles ac
aliqui de Socletate Parvi Mesquini, depredatores et regni nostri malivoli
nostrorumque subjectorum oppressores, dictum prioratum occupave->
runt et aliquandiu tenuerunt. » Areh, Nat,^ JJ91, n» 313»
3. Anse (Rhône, arr. Villefranche-sur-Saône) n'est pas à une lieue,
comme le dit Froissart, mais à 22 kil. en amont de Lyon, sur la rive
droite de la Saône. La seigneurie et le château d'Anse, dont il reste
d'imposants débris, appartenaient aux chanoines du chapitre cathé-
dral de Samt-4ean, comtes de Lyon. D'après Froissart, Seguin de Ba-
defol se serait emparé (^'Anse presque immédiatement après la bataille
de Brignais. Ce routier prend, en effet, le titre de capitaine d'Anse
dans une pièce en date du 12 mai 1362» qui faisait parde an dernier
siècle des archives du comte de Gonuut-Saint-Gemès et dont dom
ViUevieilIe (Bibl. nat.. Trésor généalogique^ au» mot Badefol) a donné
l'analyse. Mais personne n'ignore que la compilation du savant reli-
gieux, si précieuse du reste, fourmille d'erreurs; et d'autre part, le
rédacteur de la chronique romane du Thalamus parvus, l'un des chro-
nologistes les plus exacts du quatorrième siècle, dit que Seguin de
Badefol s'empara d'Anse vers la fin de novembre 1364 : « Item, entom
la fin de novembre (1364), Seguin de Badafol près per escalament,
égal mattinas, lo luoc d'Aussa (Usez : Anssa) prop Lyon en Bergonha,
local tenc long temps, entro a xm de setembre l'an ucv que ne yssi
am finanssa de xlv» floris. > Thalamus parvus, p. 367. — Par lettres
datées de Mtcon le 6 novembre 1364, Jean de Salomay, chantre et
XXX CHRONIQUES DE J. FROISSART.
il rançoime le comté de Mâcon, rarchevêché de Lyon, la terre
du seigneur de Beaujeu et tout le pays environnant jusqu'à Mar-
cigny-les*Nonnains. Les autres chefs de bandes, Naudon de Ba-
geran, Espiote^, Creswey, Robert Briquet, Ortingho etBemardet
de la Salle, Lamit, Bataillé, le bour Camus, le bour de Bre-
teuil^, le bour de Lesparre, marchent sur Avignon pour mettre à
rançon le pape et les cardinaux. Apprenant qu'on vient de dépo-
ser une somme considérable dans la forteresse du Pont-Saint-
capitaîne de cette ville, manda à Jacques de Yienne, sire de Longwy
(Jura, arr. Dôle, c. Chemin), capitaine général pour le roi en Bour-
gogne et Maçonnais, que mesaire Seguin de Badefol était venu à
grande force et s'était emparé nuitamment de la ville d^Anse, le priant
de pourvoir à la sâreté du pays {Arch, de la Côte-itOr^ fonds de la
Chambre des Comptes de Bourgogne). A la fin de ce mois, Seguin
menaça Lyon du côté de la porte de la Lanterne {Ihîd,^ B 8550;
Invent. y III, 269) ; et Janiard Provana, bailli de Valbonne et châtelain
de Montluel (Ain, arr. Trévoux) pour le comte de Savoie, dut garder
la rive gauche de la Saône à la tête de 33 cavaliers armés {ibid.j
B 8551 ; Inçent,^ III, 269). En juin 1365, Seguin faisait encore épier
les villes de Bresse \lbid,^ B 7590; Inveni., lU, 142), et quelc^ues-uns
de ses bandits furent pendus à Pont-de-Veyle par le i carnassier > ou
bourreau de Mâcon {l6id,, B 9291 ; Invent. ^ III , 397). Cf. Arch, Nat.,
JJ97, no« 70, 203, 387; JJlll, n« 290 ; JJ112, n» 198.
1. Le 24 août 1362, fête de Saint-Barthélémy, à neuf heures du
matin, le gascon Espiote, en compagnie de deu^ autres chefs de Com-
pagnies, Tallemand Jean Hanezorgues et le gascon P. de Montant, passa à
Saint-Martin* de-Prunet, près de Montpellier. Ces Compagnies allèrent
se loger à Mireval, à Vie, à la Veyrune et à Pignan (Hérault, arr.
Montpellier, c. de Frontignaii et de Montpellier); et, la nuit suivante,
elles mirent le feu aux palissades qui entouraient Pignan, Mireval et
Vie. Tfialamus parvus^jt. 361.
2. Après la bataille de Brignais, le bour de Breteuil ou de Bretalh,
à la tête d'environ douze cents combattants, alla ravager l'Auvergne,
où, le 3 juin 1362, il fut taillé en pièces devant Montpensier (Puy-de-
Dôme, arr. Riom, c. Aigueperse) par quatre cents Espagnols et Castil-
lans, sous les ordres de Henri, comte de Trastamare. C'est à la suite de
cette défaite que quelques-uns des principaux chefs des Compagnies
s'engagèrent à évacuer le royaume en vertu du traité, conclu à Clermont
en Auvergne le 23 juillet suivant , dont il a été question plus haut
(p. xxTTi, note 3) et dont le texte a été publié plusieurs fois, notamment par
Hay du Chastelet {But. de du Guesclin, p. 313 à 315). Le 24 août 1362,
à trois heures du soir, le bâtard de Bretalh et Bertuquin, capitaines de
Compagnies, arrivèrent à Montpellier, se logèrent aux Frères Mineurs,
et le lendemain matin se mirent en route pour la sénéchaussée de Car-
cassonne. Du 25 au 31 août, le Navarrais Garciot du Castel, l'Anglais
Jean Âymeri et le Petit Meschin passèrent aussi devant Montpellier.
Thalamus parvus, p. 361.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 4^1-498. xzxi
Esprits située sur le Rhône, à sept lieues en amont d'Avignony
Bataille, Guyot du Pin, Espiote, les i>ours Camus et de Lesparre,
1. Gard, arr. Uzès, sur la rire droite du Rhône, à 30 kil. en amont
d'Arignon. Le Pont-Saiat-Esprit fut pris par les Compagnies, non,
comme le dit Froîssart, après Briguais, c^est-à-dire en 1362, mais
dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 décembre 1360, « aquel an
metejs an lx, la nuog dels Innocens, fo près lo Inoc de Sant Esprit
SOS lo Roze per une companha d^Anglezes et de fais Franceses... »
Thalamus parvus, p. 357. — Notre chroniqueur a raison de dire que les
Compagnies, qui infestaient à la fin de 1360 la sénéchaussée de Beau-
Caire et de Nîmes, sVmparèrent par surprise du Pont*Saint-£sprit,
afin de faire main basse sur un c grant trésor d qu'elles y croyaient
déposé. Ce grand trésor, estait le premier versement fait par les con-
tribuables des trois sénéchaussées ae Toulouse, de Carcassonne et de
Nîmes sur l'aide levée pour la rançon du roi Jean. Mais ce que Frois-
sart semble avoir ignoré, c'est que les Compagnies, malgré Thabileté
avec laquelle elles avaient organisé l'espionnage, firent leur coup de
main un ou deux jour&jtrop tôt. Les deux commis, chargés par le tré-
sorier de France à Ntmes, d'aller au Pont-Saint-Esprit remettre le
montant de ce versement entre les mains de Jean Souvain, ch*', alors
sénéchal de Beaucaire , qui devait le porter au roi à Paris sous bonne
escorte, ces deux commis, dis-jé, nommés maître Jean de Lunel et
Jean Gilles, n'arrivèrent à Avignon avec les besaces de cuir contenant
le produit de l'aide que le 26 décembre. Dès le surlendemain, à la
nouvelle que le Pont-Saint-Esprit venait d'être pris par les Compa-
gnies, et que Jean Souvain avait Eait une chute mortelle en voulant
repousser leur assaut, Jean de Lunel et Jean Gilles n'eurent rien de
plus pressé que de rebrousser chemin et de retourner à Nîmes avec
leur argent. « Pro expensis factis per magistrum Johannem de Lnnello
oui una cum Johanne Egidii portaverunt (sic) apud Avinionem xxvi*
aie decembris ocglx, de mandato dicti aomini thesaurarii Francie,
in besaciis corii, v™ n* mutones, n^ v* regales veteres, n^ et o scuta
vetera et M uii« regales novos, pro ipsis abinde portandis Parisius
dicto domino régi per dominum Johannem Silvani, militem , tune
senescallum Bellica<m, tune accedere Parisius debentem pro condn-
cenda moneta redempcionis régis que tune portabatur per commimi-
tates senescalliarum Tholose et Carcassonne. Et cum fuit (Johannes
Silvani) in loco Sancti Spiritus, in crastinum locus in quo dictus senes-
callns erat, pro arripiendo iter suum, fuit ab Anglicis inimicis regni
occnpatus. Et opportuit ibi ipsos cum dicta moneta remanere cum
dicto thesanrario rrancie et domino Rothomagensi cardinali, per très
dies, donec fuit deliberatum quod custodiretur donec itinera essent ma*
gis secura. Et reversi fuerunt apud Nemausum cum dicta moneta
usque ad mensem marcii quo fuit missa per personas inferius decla^
ratas dicto domino régi. Li quo viagîo fuerunt per quinque dies cum
tribus equitaturis et expendiderunt ix francos m grosses. » (Bihl,
Nat,^ fonds latin, n» 5957, f<» 25 vo). Cf. Grandes Chroniques^ VI, 223;
Chronique de Jean le Bel^ II, 274 à 277; Histoire de Nismes, par Léon
Mesnard, II, 220 à 225. ^rch. Nat.^ JJ92, n« 80.
xxxii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Lamit et le Petit Meschin font une cheyauchée de quinze lieues
pendant la nuit; ils arrivent au point du jour devant le Pont-
Saint-Esprit qu'ils prennent par escalade, et où Us trouvent d'im-
menses richesses. Ils tiennent dès lors à discrétion les deux rives
du Rhône, le côté de l'Empire comme celui du royaume de
France et courent jusqu'aux portes d'Avignon. P. 69 à 72, 265
à 267.
A la nouvelle de la prise du Pont-Saint-Esprit^, beaucoup de
Compagnies, cantonnées en Champagne et en Brie, en Orlëanab,
dans le Chartrain, le comte de Blois, l'Anjou, le Maine et la Tou-
raine, prennent à leur tour le chemin de la vallée du Rhône, enva-
hissent le Comtat et la Provence*. P. 72, 73, 267, 268.
Le pape Innocent VI, affamé dans Avignon ainsi que le sacré
1. Dès le 8 janrier 1361, Innocent VI écrit à Louis, éyéque élu de
Valence, de continuer à l'ayertir des agissements de la Grande Com-
pagnie (Martène, Thes,AnMcdot,^ II, 846); le 9, il mande auprès de lui
don Juan Fernandez de Heredia, châtelain d'Amposta et prieur de
Saint-Gilles {Ibid,^ 847 et 848) ; le 10, il écrit au gouTemeur du Dau-
phiné et à Philippe de Routtc, duc de Bourgogne, pour les prier d*em-
pécher les gen^ des Compagnies de trarerser leurs terres et les prévenir
de la croisade préchée contre ces brigands (Jbid,^ 848, 849) que le pape
a sommés en yain d'évacuer le Pont-Saint-Esprit c castrum Sancti Spi-
ritus, Uticensis diocesis » ; le 17, il s'adresse pour la même fin au roi
de France, au duc de Normandie, au duc de Touraine [Ihid,^ 851,
852, 854, 855); le 18, à Jean, comte d* Armagnac, et à Gaston, comte
de Foix {ihid,^ 857); le 23» à Pempereur Clurles IV, roi de Bohême
{Ibid., 859 k 861), et à Rodolphe, duc d'Autriche {Ihid., 862 à 864) ;
le 26, à Robert, sire de Fîennes, connétable de France, que le roi
Jean vient d^envoyer avec Amoul, sire d'Audrehem, maréchal de
France, contre les Compagnies [Ibid,^ 867); à Pierre, roi d'Aragon
{Ibid.^ 868, 869), et à Amédée, comte de Savoie {Ibid., 864, 865).
Enfin, le 28 janvier 1361, Innocent VI charge Pierre Sicard, chanoine
de Narbonne, de diriger la construction d'une enceinte de remparts
dont il veut entourer sa cité d'Avignon « super constructione mœnio-
rum seu murorum dausurœ civitatis nostrœ Avinionensis. s Thés,
jinecdot,^ II, 869. — Cette enceinte, commencée en 1361 par ordre
d'Innocent VI, et terminée sous le pontificat d'Urbain V, successeur
d'Innocent, est celle qui subsiste encore aujourd'hui, du moins en
partie.
2. Dans le courant du mois de février 1361, Innocent VI écrit i
Louis, évêque élu de Valence, à .Amédée, comte de Savoie, à rarche-
vêque de Lvon, à celui de Vienne, a l'évéque de Viviers , à Adhëmar,
comte de Valentinois, pour les prier de s'opposer au passage des bri-
gands qui, c de diversis regni Francias partibus », s'avancent et vien-
nent rejoindre ceux qui se sont établis au Pont*SflLint*Efprit. Martène,
Thés. Aneedot.^ Il, 872 & 874. '
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 491-498. xxxm
collège, prêche la croisade contre ces brigands. Le cardinal d'Os-
tie*, mis à la tête de Texpëdition projetée, convoque à Garpentras
ceux qui en veulent faire partie; mais comme on ne donne à ces
croisés que es indulgences, ils retournent bientôt chez eux et
quelques-uns vont même grossir les bandes des Compagnies.
P. 73, 74, 268, 269.
L'avortement complet de cette croisade oblige le pape' à faire
remettre une somme considérable à Jean, marquis de Montferrat,
à charge de prendre à ses gages les gens des Compagnies, maî-
tres du Pont-Saint-Esprit, pour les enmiener en Italie*. Les prin-
cipaux chefs de ces bandes se laissent enrôler, sauf Seguin de
Badefol qui tient Anse, et vont faire la guerre à Galéas et à Bar-
1. Ce cardinal est le fameux Pierre Bertrandi, cardinal évêque d'Os*
tie. Froissart rappelle sans doute Pierre du Moustier ou du Monestier
(Ardèche, arr. Tonrnon, c. Annonay), parce qu'il était seigneur de
cette localité ainsi que de Colombier, qui s*est appelé depuis lors, en
souTenir de ce prélat illustre, Colombier-le-Cardmal (Ardèche , arr.
Tonmon, c. Serrières). JJ81, n* 815. Cf. Pabbé de Sade, Mémoires sur
Pétrarque^ lil, 564 et 565.
2. Innocent YI entra en négociations ayec les brigands du Pont-
Saint-Esprit dès la première quinzaine de février. Le 13 de ce mois, il
députa Juan Femandez de Heredia, châtelain d*Amposta , prieur de
Saint-Gilles de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, le dominicain Eu-
mène Begamon, son pénitencier, et Etienne de la Tuile, de l'ordre dei»
Frères Mineurs, bachelier en théologie, vers c Waltero, militi et capi-
taneo gentis armigene qu» Magna Societas dicitur, et Johanni Scakaik
ac Ricardo Mussato, Armigero Nigro, ejusdem capitanei marescallis et
conestabulariis. » Le malheureux pape s'efforce de prendre les routiers
Sar la douceur, a Bénigne ac placide intelleximus qualiter tos, obe-
ientiam yestram nostris beneplacitis etmandatispromptiusofferentes,
contra nos et romanam curiam vestrum nuUatenus dirigebatis propo-
situm, nec nos et sedem apostolicam Tel curiam îpsam intendebatis
aliqualiter perturbare. » Martène, Thés, Anecdot,^ II, 882 et 883.
3. Par un bref date d'Angnon le 8 des ides de juin (6 juin) 1361 ,
Innocent VI donna quittance générale k son amé fils Juan Femandez
de Heredia, ik qui Regnault, ëvéque d*Autun, son trésorier, a de man-
dato nostro super hoc facto eidem oraculo riToe Tocis >, avait compté
de la main à la main 14 500 florins d'or, en le chargeant de les re-
mettre a Jean, marquis de Montferrat, et « per eumdem marchionem
certis gentibus arnugeris quae Magna Societas dicebantur. > Martène,
ibid,^ 995. — La peste, qui ëdau alors à Avignon et qui sérit dans la
TaJiée du Rhône avec une intensité effrayante, fut néanmoins la prin-
cipale cause qui détermina les Compagnies a évacuer le Pont-Saint-
Esprit et à suivre le marquis de Montferrat en Italie (Martène, Thés,
Anecdot, ^11^ 1027; Villani, 1. X, cap. xlvi), A la Voulte-sur-Rhône
(Ardèche, arr. Privas), « la mortiditë a esté si grande que de dix Vun
iCut escftappé, b Arch, Nat,^ JJ95y n^ 161.
\i — c
xzxiv CHRONIQUES D£ J. FAOISSÀRT.
nabOf seigneurs de Milan. Pendant ce temps, Seguin de Badefol
s'empare de Brioude^ d'où il ravage tout le pays d'Auvergne.
Ses gens d'armes font des excursions jusqu'au Puy, à la Chaise-
Dieu', àClermont, à Montferrant', à Chilhac\ à Riom, à Nonette',
à Issoire, à Yodables ', à Saint-Bonnet-l'Arsis ' et sur toutes les
1. Seguin de Badefol s'empara de Brioude le 13 septembre 1363, de
grand matin : a Item a xin de setembre (1363), davan matinas, lo dig
mossen Segui de Badafol près lo luoc de Brieude en AlTemhe, e lo tenc
ben entoru x meses e plus. » Thalamus patvus, p. 363. — La prise de
Brioude est par conséquent antérieure ae plus d'un an à celle d*Anse,
d'où il suit aue Froissart, en racontant ces deux faits, a interverti com-
plètement 1 ordre chronologique. Le témoignage de l'auteur de la
chronique romane de Montpelher est confirmé par une lettre de rémis-
sion accordée en juin 1366 à Jean Baille, sergent rojal au bailliage d'Au-
vergne, « comme, environ trois cmz a, la ville de Briode eust esté prise
par les ennemis de nostre royaume et yeelU eussent tenu Pespace d^un
an ou environ, en laquelle ville le dit Jehan, sa femme et enfanz demou-
roient, et à la prinse d'icelle ville fu le dit Jehan pris par les dix enne-
mis et mis à grant raençon. » Jrch, Nat.y JJ97t 107. — Dans une autre
lettre de rémission octroyée en mai 1365 à Bertrand Basteir, marchand
de Brioude, il est fait mention de a la prise de la dicte ville de Brioude
faicte nagueires par Seguin de Baldefol et ses aliez, ennemis de nostre
royaume, n JJ98, n* 279. Cf. sect. judic, X«*20, f» kl. — Peu après
la prise de Brioude, Amoul d'Audrehem, lieutenant en Languedoc,
Ear un mandement daté de Nîmes le 13 octobre 1363, poussait la fai-
iesse jus<}u'à autoriser les habitants du Vêlai à s'imposer une aide ex-
traordinaire pour payer rançon à Seguin de Badefol à la suite d'un
pactis récemment conclu f cum ipso et ejus tirannida Societate. »
Bibi. Nat.^ ms. lat., n» 10 ÛÛ2, f« 32 v«. — Par acte passé à Qermont
le 21 mai 1364, les trois États d'Auvergne et le gouverneur du duché
pour le duc de Berry, alors otage en Angleterre, rachetèrent Brioude
ainsi que Varennes (auj. Varennes -Saint-Honorat, arr. le Puy, c. Al-
lègre) des mains de Seguin de Badefol. Archives des Basses-Pyrénées ,
arm. Albret, invent. C, chap. m.
2. Haute-Loire, arr. Brioude.
3. Aujourd'hui section de Clermont-Ferrand.
4. Haute-Loire, arr. Brioude, c. Lavoûte-Chilhac. Dans notre texte
(p. 76, 1. 4), on a imprimé, par erreur : Tillath. Lisez : Cillach.
5. Puy-de-Dôme, arr. Issoire, c. Saînt-Germain-Lembron.
6. Pu^-de-Dôme, arr. et c. Issoire.
7. Saint-Bonnet-l'Arsis nous est inconnu. Le contexte ne nous per-
met pas de voir là deux localités distinctes, par exemple Saint-Bonnet
et Lastic, suivant la leçon de quelques éditeurs ; car, dans ce cas, Lar-
sb ou l'Arsis devrait être précédé, comme les autres noms de lieu, de la
préposition à. Peut-être tArsis ou le Brûlé est-il un ancien surnom de
Saint-Bonnet-le-Cliateau (Loire, arr. Montbrison), par opposition à
Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire, arr. Yssingeaux, c. Montfaucon).
Le voisinage de ces deux localisés donne au moins quelque vraisem-
bhmce à cette hypothèse. Seguin de Badefol pilla aussi l'hôtel-Dieu de
Montbrison {Arch, Nat,^ sect. adm., Pi 409*, n» 1394).
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §g 491-498. xuly
terres du comte dauphin* alors otage en Angleterre. Après une
occupation de plus d'une année, Seguin de Badefol évacue Brioude'
moyennant finance et se retire avec ses trésors en Gascogne, son
pays natal. J'ai oui dire depuis que cet aventurier eut une fin
tout à fait tragique*. P. 74 à 76, 269 à 271.
1. Béraud l«c, comte de Clermont et dauphin d'Aurergne, marié à
Marie de Villemur, fut en effet l'mi des otages du traité de Brétigny
(Rjmer, III, 515^. Les domaines dn comte Dauphin 8*étendaient entre
Clermont et Brioude.
2. S'il fallait en croire un curieux et charmant récit d'un ancien
chef de Compagnie nommé le Bascot de Maoléon, rapporté par Frois-
sart , après le départ pour Anse de Seguin de Badetbl , Loois Rou-
baut, de Nice , lieutenant de Seguin , aurait occupé Brioude, à la place
de son maître. Un auure routier nommé Limousin aurait obtenu ]es
fiiTeurs d*une maîtresse, cune trop belle femme », que Ronbant, pen-
dant un voyage à Anse, avait laissée à Brioude. Informé du fait, nou-
baut, pour se venger, aurait chassé ignominieusement Limousin, après
l'avoir fait « mener et courir tout nud en ses braies parmi la ville. »
Limousin se serait vengé à son tour en faisant tomber Roubaut dans
une embuscade où le bandit niçob fut taillé en pièces et pris par le
seigneur de la Vonlte et les habitants du Puy (Froissart de Buchon, II,
411 à 413), à la Batterie (auj. hameau de Graix, Loire, arr. Saint-
Étienne, c. Bourg- Argental), entre Annonay et Saint-Julien. Cet enga-
gement i où Louis Roubaut fiit battu et fait prisonnier^ se livra le ven-
dredi 2 mai 1365. Thalamus parptu, p. 368.
3. Lorsque Seguin évacua Brioude en vertu d'une convention con-
clue k Clermont le 21 mai 1364, il ne se retira pas immédiatement en
Gascogne ; mais, dans les premiers jours du mois de novembre de cette
année, il s'empara d*Anse, comime nous avons déjà eu lieu de le dire
plus haut. Après huit mois d'occunation, dans le courant de juillet
1365, il s'engagea, envers le pape Urbain V, à rendre cette forteresse
aux chanoines de Saint-Jean , comtes de Lyon, qui en étaient sei-
gneurs, moyennant l'absolution et une somme de 40 000 petits florins,
on 32 000 francs, dont une moitié devait être nayée à Anse dans les
premiers jours d'aoât, et Tautre moitié à Roaez au terme de Noël
suivant. Seguin s'engageait, en outre, a faire sortir ses compagnons du
royaume, et consentait, en garantie de l'exécution de cette clause, à
livrer messire Seguin son père et ses frères comme otages k Avignon.
Le pape, de son côté, promettait de donner Tabsolntion aux compa-
gnons de Seguin de Badefol, au cas où ceux-ci voudraient aller au
voyage d'outre-mer c avec les autres qui y doivent aler en la compai-
gnie de l'Archiprestre. s A cette occasion, les consuls de Lyon prêtè-
rent 4000 florins au chapitre de Saint-Jean, et fournirent en outre les
otages, qui furent enyoyés à Avignon jusqu'à l'entier acquittement des
20 000 florins restants. Le roi Charles Y viot aussi au secours des comtes
de Lyon; il leur fit don d'une somme de 12000 francs, pour le paye*
ment de laquelle on leva 3 gros par feu sur les habitants du Lyonnais
et du GéVaudan {Jrch, Nai.^ K49, n« 5), et un franc et un florin par feu
sur ceux de l'Auvergne {Bibi, Nai,j Quittances, XV, 192). Le chapitre
XXXVI CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT.
CHAPITRE LXXXYI.
1361. MORT DU DUC DB lANCÀSTHB, — MORT DU DUC DR BOURGOCNR
RT PARTAGR DK SA SUCCESSION • 1362. MORT DU PAPR INNOCENT VI
ET ÉLECTION d'uRBAIN V. YOTAGR ET SÉJOUR DU ROI JEAN A LA
COUR d'aVIONON. CRÉATION DE LA PRINCIPAUTÉ d' AQUITAINE EN
FAVEUR DU PRINCE DB OALLBS ET ARRIVÉE d'ÉDOUARD DANS SA NOU-
VELLE PRINCIPAUTÉ (§§ 499 à 502).
I
Mort de Henri, duc de Lancastre^. Ce duc laisse deux filles,
FaLnëe, Mathilde , mariée au comte Guillaume de Hainaut, et la
jeune Blanche, à Jean, comte de Richmond, fils d'Edouard IIIj,
qui devient duc de Lancastre du chef de sa femme. — Mort de
de Salnt^ean reprit possession du château d^Anse dès le mois d'aoât,
paisqu'on le voit nommer, le 30 de ce mois, Guillaume de Chalamont,
chevalier, capitaine de ce château, aux gages annuels de 400 écus d*or
{Areh. du Rhône ^ arm. Énoch, vol. 20, n» 26; AUut, Us Rouiiert^
p. 155 à 170). Toutefois, au mois de novembre 1365, Seguin de Bade-
fol ëtait encore à Anse, ou du moins il était supposé j être, car il
figure parmi les routiers à qui Bertrand du Guesclin fit porter, le 20
de ce mois, une lettre où il les invitait a vider le pajs et a le suivre
(Archhes de. la Câte-^Or^ fonds de la Chambre des Comptes de Bour-
gopie, B1423). Quoi qu'il en soit, du Guesclin réussit à entraîner Se-
guin. Seulement, ce routier voulut, chemin faisant, rendre visite au
roi de Navarre à Tinstigation duquel il avait naguère saccagé le
royaume, et mal lui en prit. Charles le Mauvais, à qui Seguin récla-
mait un arriéré de solde, trouva plus simple de Tempoisonner que de
le payer. Telle est la fin tragique à laquelle Froissart fait allusion, et
qu^il faut rapporter aux derniers jours du mois de décembre 1365 :
« Item, en lo dich mes de dezembre (1365), lo sobredich Segni de Ba-
dafol mori à Pampalona (Pampelune, en Navarre) per lo fuoc de Sant
Anthoni, » Thalamus parvus^ p. 370. Cf. Martène, thés, j4necdot., I,
1576, et Secousse, Preupes de P histoire de Charles le Bîauptds^ p. 381
et 411.
1. Un mandement d^Édonard III, en date du 16 avril 1361 {Rymer^
III, 614), est adressé à Henri, duc de Lahcastre. Cependant Knyghton,
chanoine de Leicester (apud Tmysderiy U, 2625) dit que Henri de Derby
mourut dans le carême qui suivit le traité de Brétigny, c'est-à-dire 'au
plus tard dans les vingt-et-un premiers jours de mars 1361 . Le duc de
Lancastre fut enterré près de la porte septentrionale de Téglise collé-
giale de Leicester, qu'il avait fondée à côté d*un hôpital destiné à re-
cevoir cent pauvres malades.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 49^802. xxxvii
Philippe, dit de Rouvre, duc de Bourgogne ^ marie à la jeune
Marguerite, fille de Louis, comte de Flandre. Marguerite*, mère
du comte de Flandre, succède à Philippe, son petit neveu, dans
la possession des comtes d'Artois et de Bourgogne. Jean de Bou-
logne a pour sa part les comtés d'Auvergne et de Boulogne*.
Enfin, Jean, roi de France, hérite à titre de plus proche parent^,
du duché de Bourgogne, au grand déplaisir du roi de Navarre^
qui prétend avoir des droits sur cette succession ainsi que sur la
Champagne et la Brie. P. 76, 77, 271 et 272.
Le roi de France entreprend de visiter son nouveau duché ' et
1. Philippe, dit de Rouvre, mourut le 21 novembre 1361, cinq mois
à peine ^après son mariage avec Marguerite de Flandre, accompli le
l**" juillet précédent, alors que Marguerite n'avait pas encore attemt sa
douzième année.
2. Marguerite de France, mariée le 2 juin 1320 à Louis II, comte de
Flandre, mère de Louis III, dit de Maie, et grand*mère de Marguerite
de Flandre, était la seconde fille de Philippe le Long et de Jeanne,
comtesse de Bourgogne et d* Artois. Cette princesse, sœur de Jeanne
de France, mariée a Eudes IV, recueillit les comtés de Bourgogne
et d'Artois du chef de sa mère Jeanne, bisaïeule de Philippe de
Rouvre.
3. Jeanne de Boulogne, fille de Guillaume, comte d'Auvergne et de
Boulogne et de Marguerite d'Évreux, mariée en premières noces k Phi-
lippe de Bourgogne, dont elle eut Philippe de Rouvre, remariée le
19 février 1349 à Jean, roi Je France, mourut à ArgilJj le même jour
que son fils, c'est-à-dire le 21 novembre 1361. Jean d'Auvergne ou de
Boulogne, qui, par suite de ce double décès, entra en possession des
comtés de Boulogne et d'Auvergne, était, ainsi que le cardinal Gui de
Boulogne, l'oncle de Jeanne du côté paternel. Jean et Gui étaient les
fils de Robert VU, comte d'Auvergne et de Boulogne, et de sa seconde
femme, Marie de Flandre, tandis que Guillaume, père de Jeanne de
Boulogne, était le fils de ce même Robert VII et de sa première
femme. Blanche de Clermont. Anselme Nut, généal,^ VIII, 56 et 57.
4. Le roi Jean, fils de Jeanne de Bourgogne, soeur d'Eudes IV,
grand -père de Philippe de Rouvre, était par conséquent le neveu
d'Eudes IV, le cousin germain du fils d'Eudes, Philippe de Bourgogne,
tué an siège d'Aiguillon le 22 septembre 1346, et l'oncle à la mode de
Bretagne de Philippe de Rouvre, fils de Philippe de Bourgogne.
5. Charles II, roi de Navarre, dit le Mauvais, petit-fils par sa mère
de Marguerite de Bourgogne, première femme de Louis le Hutin et
sœur d'Eudes IV, était seulement le cousin issu de germain du der-
nier duc de Bourgogne. Pour couper comt à ces prétentions de son
gendre, le roi Jean, par une ordonnance rendue au Louvre lez Paris
au mois de novembre 1361, réunit perpétuellement à la Couronne :
1° le duché de Bourgogne, 2<^ les comtés de Champagne et de Brie, 3° le
comté de Toulouse. Oretonn,, IV, 212 et suiv.
6. Le voyage du roi Jean en Bourgogne pour prendre possession de
xxxmt CHRONIQUES DE J. FROISSART.
d'aller voir le pape à Avignon; il part de Paris vers la Saint-
Jean-Baptiste 1362*, après avoir nommé Charles son fils aîné
régent pendant son absence, et arrive à Avignon aux approches
de Noël suivant*. Innocent YI meurt sur ces entrefaites*. Les
son nouveau duché, n'a rien de commun, qaoi qu'en dise Froissart,
avec le vojage à Avignon. Le voyage en Bourgogne eut lieu en dé-
cembre 1361 et janvier 1362, tandis que le voyage à Avignon ne se fit,
conmie nous le montrerons plus loin, qu'aux mois d'octobre et de no-
vembre de cett même année 1362. Voici les principales étapes du
voyage en Bourgogne. 1361,5 décembre : départ du bois de Vin-
cennes (Gr, Ckron., VI, 225); du 5 au 9 décembre : passage à Moret
(JJ91, n* 30), à Sens (JJ91,'no 31), à ViUeneuve-le-Roi (JJ119,
n» 415), à Saint-Florentin (JJ91, n» 100), à Auxerre (JJ91, n» 230), à
Tonnerre (JJ91, n<> 33). Jean arriva à Dijon le 10 décembre et confirma
le jour même de son arrivée le traité conclu à Guillon le 10 mars
1360 (dom Plancher, Hut. de Bourg,^ t. II, Preuves, p. gclxxii à
ccLXXvi). C'est encore à Dijon que ce prince confirma, le 23 décembre
suivant, les libertés et franchises des habitants de cette ville (JJ91,
no kk), 1362 (n. st.), 2 janvier, à Talant (JJ91, n*» 46, 66, 57, 98);
7 janvier, à Rouvre (dom Plancher, H, Preuves, ccunn et cclxvii) ;
16 janvier, à Cîteaux (Ibid., cgi.xvii et gclxviii); 20 et 25 janvier, à
Beaune (JJ91, n^ 103 à 106: JJ93, n» 69); février, à Amay-le-Duc
(JJ91, n^B 69 à 71). Le roi Jean, après avoir passé par ChâtiIlon>sur«
Seine (JJ91, n« 68) et Troyes (JJ91, n»» 84 et 85) pendant la première
quinzaine de février, était de retour au boisdeVincennes le 17 février
(JJ91, no 221).
1 : Froissart commet ici, comme l'a déjà fait remarquer dom Vais-
sète (Hitt, du Languedoc^ IV, 572), une grave erreur de date. Le roi
Jean ne partit point de Paris vers le 24 juin ; il était encore dans cette
ville non à la fin, comme le dit dom Vaissète, mais dans les premiers
jours de septembre (JJ91, no* 368, 370), au manoir de Tourvoye, près
Provins (K179, liasse 21 , n® 4) ; à Torcenay (K179, liasse 28, n« 2128);
à Troyes le 30 septembre et dans les premiers jours d'octobre (Pi 377*,
no 2891. JJ119, n» 219. JJ93, n«« 1 à 12); à Châtillon-sur-Seine fJJ93,
no> 13 et 14) ; à Villaines-en-Duesmois (JJ93, n» 15), à Beaune (JJ93,
n*» 18 à 20, 37, 38), à Chalon (JJ93, n* 21, 35, 36, 39, 40, 41, 43,
51, 54 à 56) en octobre; à Tournus, le 22 octobre (JJ93, n» 69); à
Mâcon (Ordonn,, III, 594, 595, 599) dans les derniers jours d'octobre.
Le roi de France n'arriva à Villeneuve-lez-Avignon que dans les pre-
miers jours de novembre (Ordonn,, lïl, 600).
2. La fête de Noël se célèbre le 25 décembre. On a vu par la note
précédente que Jean arriva à Villeneuve-lez-Avignon dans les premiers
jours de novembre. Par conséquent, Froissart place près de deux mois
trop tard l'arrivée du roi de France à Avignon ou du moins à Ville-
neuve-lez-Avignon.
3. Etienne Aubert, né à Mont près Pompadour au diocèse de' Li-
moges, élu pape, sous le nom d'Innocent VI, le 18 décembre 1352,
mourut à Avignon le lundi 12 septembre 1362, après un pontificat de
9 ans 8 mois 26 jours depuis son couronnement. Froissart place la
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 499-502. xzxix
cardinaux de Boulogne et de Përigord se disputent les voix du
conclave. Ne pouvant réunir la majbrité, parce qu'ils se tiennent
en échec l'un Tautre, ils prennent le parti de Caire élire un sim-
ple moine, abbé de Saint-Victor de Marseille, qui devient pape
^us le nom d'Urbain V^ Informé que Pierre de Lusignan, roi
de Chypre, doit venir bientôt à Avignon, Jean passe Thiver à
Villeneuve et dans ses villes du midi, en attendant l'arrivée du
vainqueur des Sarrasins, du conquérant de Satalie'. P. 77 à
79, 272 à 274.
Edouard Ul crée Edouard, prince de Galles, son fils aîné,
prince d'Aquitaine ' ; Lionel , son second fils , naguère comte
d'Ulster, duc de Clarence; Jean, son troisième fils, auparavant
comte de Richmond, duc de Lancastre ^ ; et il demande pour son
quatrième fils Aymon, comte de Cambridge, la main ^ de Margue-
mort de ce pape après rarrivée da roi Jean à ATÎgnon, tandis qa*elle
eut lieu près de deax mois auparavant. «
1. Le 22 septembre 1362, dix jours après les funérailles d'Innocent VI,
les cardinaux présents à Arignon entrèrent an conelaye au nombre de
vingt, y compris Andronin de la Roche arrivé dans la capitale du
Comtat alors qu'Innocent était à Tagonie. Par suite de la lutte qui s'é-
tablit entre les cardinaux de Boulogne et de Périg jrd, les membres du
sacré collège lurent plus d'un mois dans le concUre avant de convenir
d'un pape. Ils ne parvinrent à se mettre d'accord qu'en portant leur
choix sur quelqu'un qui n'était pas leur collègue, Guillaume Grimoard,
abbé de Saint-Victor de Marseille, qui fut ëlu pape le 28 octobre,
quelques jours seulement avant l'arrivée du roi Jean à Avignon. Guil-
laume, né au château de Grizac (alors paroisse de Bédouès, aujour-
d'hui commune de Pont-de-Montvert, Lozère, arr. Florac), au diocèse
de Mende, successivement professeur de droit canon à l'université de
Montpellier, abbé de Saint-Germain d'Auxerre, puis en 1358 de Saint-
Victor de Marseille, légat en Italie au moment de son élection, entra
secrètement à Avignon le 30 octobre et fut sacré évéque et couronné
pape le dimanche 6 novembre sous le nom d'Urbain Y. D'après Raj-
naldi, le roi Jean ne serait allé visiter le nouveau pape et n'aurait fait
son entrée k Avignon que le 20 novembre 1362.
2. Aujourd'hui Satalieh, Turquie d'Asie, province d'Anatolie, sur la
Méditerranée, à l'entrée du golfe du même nom. C'est l'ancienne Atta-
lie qui tirait son nom d'Attale son fondateur. D'après les Grandes
CItroniaues (VI, 225), Saulie fut prise par Pierre I«', roi de Chypre,
le jeudi !«' juillet 1361.
3. JÉdouard, prince de Galles, fut créé prince d'Aquitaine le 19 juil-
let 1362. Rymer, in, 668, 669.
4.aiean, dit de Gand, à cause du lien de sa naissance, était marié à
Blanche, la seconde fille de Henri de Derby, duc de Lancastre.
5. Ces négociations furent entamées peu après la mort de Philippe
de Rouvre, premier mari de Marguerite de Flandre, dès le commen-
XL CHRONIQUES DE J. FROISSART.
rite, fille du comte de Flandre et veuve de Philippe de Rouvre.
— Mort d'Isabelle de France S fille de Philippe le Bel et mère
d'Edouard III. Après avoir assisté aux obsèques de sa grand'mère,
Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles, qui vient de se marier
à Jeanne de Kent, veuve de Thomas de Holland ^, quitte l'An-
gleterre et fait voile vers le continent * où il se rend pour pren-
dre possession de sa nouvelle principauté; il débarque à la Ro-
chelle et y reste quatre jours. P. 79 à 8i, 274, 278.
Jean Ghandos, gouverneur d'Aquitaine pour le roi d'Angleterre,
va de Niort où il réside à la Rochelle au-devant du prince; il
l'accompagne à Poitiers où tous les feudataires de Poitou^ et de
Saintonge viennent rendre hommage à leur nouveau suzerain. Le
prince d'Aquitaine se dirige ensuite vers Bordeaux. Il fait en
compagnie de la princesse un long séjour dans cette ville et y re-
cernent de l'année 1362. Par acte daté de son château de Windsor le
8 férrier de cette année, Edouard III donna pleins pouToirs à l'éyéqae
de Wincester, au comte de Suffolk, etc., pour négocier cette affaire
auprès de son très-cher cousin le comte de Flandre. Rymer, III,
636.
1. Froissart s'est trompé de quatre ans sur la date de cet éréne-
ment. Cette princesse mourut en novembre 1358, avant le 20 do ce
mou. Rymer, III, 411.
2. Froissart n'a mentionné ce mariage , contracté malgré l'opposi-
tion du pape et d'Edouard III et qui fiit l'une des causes du départ
du prince de Galles pour TAquitaine, Froissart , dis-je, n*a mentionné
ce mariage à sa date que dans la seconde rédaction représentée par le
manuscrit d'Amiens. Voyez p. 274.
3. Le 29 aoât 1362, Edouard III autorisa son très-cher fils, te
prince d'Aquitaine et de Galles, qui avait contracté des dettes à l'occa-
sion de son départ pour l'Aquitaine, à faire son testament afin de don-
ner des gages et une hypothèque, le cas ëchëant, à ses créanciers,
tt cum in obsequium nostrum ad partes Fasconim profeeturus est, »
Rymer, III, 676.
4. Les feudataires de Poitou prêtèrent serment de foi et hommage
à Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles, au château de Benon, le
l«v septembre 1363 ;, à Niort, le 3 septembre; au monastère de Saint-
Maixent, le 6; en l'église cathédrale de Saint-Pierre de Poitiers, le 13;
en l'église des Frères Mineurs de la même ville, le \k ; en la chambre
du prince d'Aquitaine, à Poitiers , le 23 ; au palais de Poitiers, le 29
de ce mois (Delpit, Documents français en Angleterre^ p. 108 à 114).
Les feudataires de Saintonge avaient prêté serment du 23 au 29 août
! précédent {Ibid.^ p. 106 à 107), ceus^^'Àçgoumois , du 18 au 2# aoât
Ibid,^ p. 104 à 106), ceux de Périgoraf/le Quercy et de Rouergue , à
Bergerac, à Sainte-Foy et en l'église^Saint-Front de Périgueux, du k
au 15 août {Ibîd., p. 100 à 104).
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 499-502. xu
çoit le serment des seigneurs de Gascogne^. Grâce à sa médiation,
la paix est conclue ^ entre les comtes de Foix et d'Armagnac qui
sont depuis longtemps en guerre. Il fait Jean Chandos connétable,
et Guichard d'Angle maréchal, d'Aquitaine. Il distribue les
meilleurs offices de la principauté aux chevaliers de son entou-
rage et à des Anglais, au grand mécontentement des gens du pays.
P. 81,82, 278 à 277.
CHAPITRE LXXXVn.
1363. AB&nriB sr séjoub db fiebkb i*', boi db chtpbb, a avionon.
niOJBT DB CBOI8AOB. TBArri CONCLU BNTBB foOUABD lO BT
LBS QUATBB OTAOBS DBS rLBURS DB LU. YOTAOBS DU BOI DB
CHYPBB A PABI8, BN NOBMAHDn BT EN ANOLBTBBBB. 1 364. BBTOUB
DB JBAN U A LONDBB8. YOTAGB DB PIBBBB 1*' EN AQmTAINB.
M(H1T DU BOI DB FBANCE A LONDBBS BT AViNRMBNT DB CHABLBS V
(SS 503 à 510).
Arrivée de Pierre I*', roi de Chypre, à Avignon*. Les rois de
France et de Oiypre prennent la croix* à l'instigation d'Urbain V.
P. 82 à 84, 277 et 278.
1. C'est du 9 an 30 juillet 1363, ATant de se rendre en Poitou,
qu'Edouard, prince d'Aquitaine et de Galles , duc de Comouaille et
comte de Chester, reçut le serment des feudataires de Gascogne, soit
dans l'église cathédrale de Saint-André, soit dans le palais de Tarche-
Têque de Bordeaux. Delpit, Documents français , p. 86 à 100.
2. Cette paix fut conclue en Fëglise Saint-Volusien de Foix le 14
ami 1363 à la suite de la yictoire remportée par le comte de Foix à
Launac le 5 décembre précédent (dom Yaissète, H'ut. de Languedoc,
lY, Preuves^ 281 à 284); mais le roi Jean et le pape Urbain Y eurent
beaucoup plus de part que le prince d'Aquitaine à la réconciliation
des deux comtes.
3. Pierre I»"", roi de Chypre, fit son entrée à Avignon le mercredi
saint 29 mars 1363. Baluz., Fitm pap. Apen., I, 401, 983.
k. Les rois de France et de Chypre et un troisième roi dont Frots-
sart ne parle pas, Yaldemar III, roi de Danemark , prirent la croix le
vendredi saint, 31 mars 1363, le surlendemain de TarriTée du roi de
Chypre. Yaldemar III étai^ iwivé à Avignon le 26 février, un mois
environ avant Pierre I«» : ' •' bie vigesima sexta februarii , rex Daciœ
intravit cnnam (Avenionis), qna de causa ignoratur. » Baluz., Fitœ
pop, A9en,^ I, 401.
xhn CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Après Pftqaes 1363, départ d'Avigncm des rois de Chypre* et
de France'. Voyages de Pierre I*' à Prague* auprès de l'empe-
reur Charles IV, roi de Bohème, en Allemagne, dans le duchë de
JulierSy en Brabant, en Flandre où il rencontre à Bruges le roi
de Danemark qui a quitté son royaume pour le venir voir, en
Hainaut. Le roi de Chypre s'efforce de recruter dans tous ces
pays des adhérents à la croisade projetée. P. 84 à 86, 278 à 280.-
Traité conclu entre Edouard III et les quatre ducs d'Orléans,
d'Anjou, de Berry et de Bourbon, otages en Angleterre^. Edouard
1 . Pierre !•' partît d*ATignon le mercredi 31 mai 1 363 (Ihid. , I^ 401) .
2. Le roi Jean, après aroir fait set adieux an Saint-Père le 9 mai
(Ibid,^ I, 401), quitta VilleneuTe-]ez-ATignon pour retourner en France,
entre le 15 et le 17 mai 1363 (Bibl. Nat,^ ms. lat. n» 10002, f«» 63, 55
y* et 56). Voici les principales étapes de son retour : à Bagnols-dn-
Gard, le 17 mai (ms. lat. n» 10002, f>* 55 -^ et 56) ; au Pont-Saint-
Esprit (JJ93, n» 242), à Romans (X**7, f" 191 t» et 196 ▼•»), entre le
17 et le 28 mai ; à Lyon, le 28 (PI 360', n» 797) et le 31 mai (ms. lat.
n« 10002, f» 17 ▼•). Pierre !•', parti d'Avignon le 31 mai, alla rejoindre
le roi de France à Lyon. Après quoi, Jean se remit en route vers Paris.
Il était à Chalon le 7 juin (ms. lat. n^ 10002, ^ 1), à Beaune entre le
7 et le 27 juin (JJ93, n*» 263, 279 à 281), èTalant-sur-Dijonle27 juin,
où il nomma son plus jeune fils Philippe, duc de Touraine, son lien-
tenant en Bourgogne (JJ95, n<> 43), à Troyes (JJ91 , n<» 483, 489 ;
JJ95, no 140), puis à rroTins (JJ91, n^ 485), dans les premiers jours
de juillet, et il arriva à Paris dans la première quinzaine de ce mois
(JJ91, n«* 486 à 488, 490). Le 23 jmllet, il tint cour plënière à la
Noble Maison de Saint-Ouen fK48, n» 33).
3. Il est invraisemblable et a peu près impossible que Pierre I*i^, roi
de Chypre, ait fait alors ce voyage à Prague dont parle Froissait,
quoique la version du brillant chroniqueur ait éié adoptée par le der-i
nier et savant historien de Chypre, M. de Mas-Latrie [Hist. de Chypre^
II, 240, en note). Parti, comme nous venons de le voir, d'Avignon le
31 mai 1363, Pierre I«r éuit en Normandie à la fin d'août, à Rouen et -
à Caen, où le dauphin Charles fêtait sa venue, au commencement de
septembre de la même année {Contin, chron. G, de Nangiaeo, II, 330 et
331; Chronique det quatre premiers Valois^ 128). On admettra difficile-
ment que deux mois et demi aient pu suffire au roi de Chypre pour se
rendre d'Avignon en Bohême et pour revenir en Normandie après
avoir parcouru l'Allemagne, le duché de Juliers, le Brabant et le mi-
nant. D'ailleurs, deux chroniqueurs, d'ordinaire plus exacts que Frois-
sart, Jean de Yenette et l'auteur de la Chronique des Faloîs, affirment
que Pierre I*', après son départ d'Avignon, accompagna le roi Jean en
France : i Et, istis sic ordinatis, reversus est ad Franciam indilate
(Johannes, rex Francise), et rex Cyprl similiter çenit illuc, s Contin, G, de
Nangiaeo^ U, 330.
4. Aux termes de ce traité, conclu à Londres en novembre 1362, '
Edouard III s'engageait à mettre en liberté les quatre ducs d'Orléans ,
d'Anjou, de Berry et de Bourbon, appelés les quatre princes des Fleurs
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S 503-510. xlhi
s'engage a mettre en liberté ces quatre otages sous certaines con-
ditions; et, en attendant que ces conditions soient remplies, les
ducs sont internés à Calais ^ L'embarras des finances vient se
joindre au projet de croisade pour faire traîner en longueur les
négociations relatives à ce traité, au grand mécontentement du
duc d'Anjou. D'un autre côté, le roi de Navarre se prépare à
recommencer les hostilités et prend à sa solde les Compagnies
qui reviennent de Lombardie, pour faire la guerre au royaume'.
P. 86,87, 280, 281.
Au retour de son voyage en Allemagne, le roi de Oiypre va
voir le roi de France à Paris', le dauphin duc de Normandie à
de Lis, moyennant le prix de 200 000 florins et la cession de la terre
de Belleville et du comt^ de Gaure. En outre, le duc d'Orléans devait
donner en gage au roi anglais les châteaux de Chizé, de Melle, de
Ciyray et de Villenenve, sis en Poitou et Saintonge, ainsi que le châ-
teau aç Beaurain situé en Pontieu. U ëtait conTenn aussi que la Roche*
snr-Yon, Dun-le-Roi et Ainay lez Dun>]e-Roi (anj. Ainay-le-Viei])
seraient livres à Edouard en échange de la mise en liberté des comtes
de Braisne, de Grantpré, des seigneurs de Montmorency, de Clères,
de Hangest et d'And^el (Rymer, III, 681 , 682). Par acte daté de
VilleneuTe-le^Avignon, le 26 janrier 1363, le roi Jean confirma le traité
conclu entre son frère, ses deux fils, le duc de Bourbon et Edouard III,
au mois de novembre précédent. U pria seulement le toi anelais de
Tonloir bien mettre en liberté Pierre d'Alençon, le comte dauphin
d'Aurergne et le seigneur de Coucy au lieu et place du comte de Grant-
pré, des seigneurs de Clères et aAndrezel (Rymer, III, 685) ; mais
Edouard ne voulut pas consentir à cette modification.
1. Par acte daté du 15 mai 1363, Philippe, duc d'Orléans, comte de
Valois et de Beaumont, Louis, duc d'Anjou et comte du Maine, Jean,
duc de Berry et d'Auvergne^ Louis, duc de Bourbon et comte de Qer-
mont, auxquels Edouard III avait permis de Tenir et de résider à
Calais jusqu'à l'entier accomplissement des conditions stipulées dans le
traité qui devait assurer leur mise en liberté, promirent de retourner
oUges en Angleterre, si une entente définitive ne parvenait pas à s'é-
tablir au sujet de l'exécution de ce traité (Rymer, III, 700'). Vers la
mi-mai 1363, une nef d'Abbeville transporta de Londres a Calais les
garnisons de salle, de chambre, les harnais de joute, les lévriers et
chiens, ainsi que les seize domestiques, clercs et valets de Philippe,
duc d'Orléans (Rymer, III, 699). '
2. Sur les préparatifs de guerre et les menées hostiles du roi de Na-
varre en 1363, voyez notre Histoire de du Guesclin, p. 409 à klk,
3. Aucun acte ne constate la présence du roi Jean à Paris depuis la
seconde quinzaine d'août 1363 jusqu'au départ de ce prince pour l'An-
gleterre. Par conséquent, les deux rois de France et de Chypre n'ont
pu se trouver ensemble dans cette ville qu'à la fin de juillet ou pen-
dant la première quinzaine d'août de cette année.
xtiv CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Rouen* et le roi de Nayarre à Qierbourg^; il essaye en vain de
réconcilier les enfants de Navarre avec le roi Jean et le dauphin
Charles. De Cherbourg, Pierre I" revient à Caen, passe par Pont-
de-r Arche, Abbeville, Rue, Montreuil et arrive à Calais où il ne
trouve que les ducs d'Orlëans, de Berry et de Bourbon, car le
duc d'Anjou a rompu son otagerie et est retourne en France*.
P. 87 i 89, 281 à 283.
1. Jean de Venette rapporte ce vovaee du roi de Chypre à Rouen
au mois de septembre 1363 : « Et ÎTit dominas rex Cjrpri usqne Ro-
thomagum atque Cadomum, ubi fuit in mense septembrihujusaruù (1363)
receptus solenmiter per ducem Normaniœ, scilicet dominum Karolum,
primogenitom régis Francise, et per nobiies et burgenses. » {Contin.
eluron. G. de NangiaeOy II, 330 et 331.) — L'itinéraire du dauphin
Charles s'accorde parfaitement avec la version du second continuateur
de Nangis : ce prince fit sa résidence principale, pour ne pas dire
unique, à Rouen, entre le 13 août et le 11 septembre 1363 (JJ92,
n«* 298, 299, 237, 238, 290, 239 à 241, 305). L'auteur de la Chronique
des quatre premiers Valois (p. 128) dit en effet que le roi de Chypre
passa bien un mois avec le ooc de Normandie.
2. Ce voyage de Pierre I»»" à Cherbourg est d'autant plus douteux,
que l'auteur oe la Chronique des Valois^ loin.de le mentionner, raconte
Sue le roi de Chypre, après avoir résidé à Rouen, alla voir le duc de
retagne. D'ailleurs, Charles le Mauvais ne mit pas le pied à Cherbourg
ni en Normandie dans le courant de 1363; il passa toute cette année
dans son royaume de Navarre. De plus, Philippe de Navarre, frère de
Charles et son lieutenant en Normandie, ne nourrissait alors aucun
sentiment hostile contre le royaume ; il était en si bons termes avec le
roi Jean que celui-ci venait ae le mettre à la tête de la croisade pro-
jetée contre les Sarrasins {Çliron, des Valois^ p. 128 et 129). •
3. Nous avons l'acte par lequel Louis, duc d'Anjou et comte du
Maine, avait fait serment de ne pas partir de Calais et de retourner en .
Angleterre en cas de non- exécution du traité de novembre 1362 {BibL
Nat., ms. lat. n^ 6049, f^ 89), et M. Kervyn de Lettenhoveen a publié
un fragment (Chroniques de Froissart, VI, 506 ù 508). D'après une chro-
nique latine conservée aujourd'hui dans la bibliothèque de la ville de
Berne, le duc d'Anjou, pendant son internement à Calais, aurait de-
mandé la permission de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Bou-
logne, en jurant de rctyenir. Il aurait trouvé à Boulogne sa jeune et
charmante femme, fille de Charles de Blois, et au retour de son pèle-
rinage, au lieu de regagner Calais, il se serait laissé attendrir par les
larmes de la duchesse d'Anjou et se serait dirigé vers le château de
Guise, que Marie de Bretagne lui avait apporté en dot. Le duc de
Normandie, envoyé par son père à Saint-Quentin vers le fugitif, n'au-
rait pu le décider à se remettre entre les mains des Anglais. Quoi qu'il
en soit, le dauphin Charles ne semble pas avoir gardé longtemps ran-
cune à Louis, car les deux frères échangèrent des étrennes au premier
de l'an 1364. Le duc d'Anjou donna au duc de Normandie « une petite
croix d'or à pierres de voirre à mettre en l'oratoire Moiiseigneur », et
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, $§ 503-510. xlt
Pierre I*' va rendre visite à Londres' au roi d'Angleterre qui,
presse de participer à la croisade projetée, refuse de prendre
un engagement formel. — Entrevue des rob de Chypre et d'E-
cosse*. — Edouard III fait cadeau à son hôte d'une nef nommée
Catherine^ construite en vue d'un voyage à Jérusalem, ancrée
alors dans le havre de Sandwick, qui avait coûté douze miUe
francs. « Un fait que je ne m'explique pas, ajoute Froissart, c'est
que, deux ans après le départ du roi de Chypre, cette nef était
encore à Sandwick, où je la vis. Je suis porté à croire que ce
prince la laissa dans ce port pour s'éviter l'embarras de la traî-
ner après lui plutôt que pour d'autres motifs*. Je demandai la
reçut dn dauphin c un gobelet d*or fait à manière d'un carier à une
rose au fond. » Bibl, Nat,^ nu. fr. 214(^7, ^* 3 to et 7. — Par un acte
daté de Westminster le 20 noTembre 1364, Edouard III somma le duo
d*Anjou de comparaître à Londres par-derant lui dans 20 jours , l'ac-
cusant d'aToir enfralnt c garde and avez parti hors de nostre puis-
sance, sans demander ne avoir sur ce nostre congié par noz lettres ne
autrement...; parmi ce vous avez moult blêmi Tonurde vous et de tout
vostre lignage. » Rjmer, III, 756. — Ce même jour, le monarque an-
glais requit le roi et les pairs de France de forcer le duc d'Anjou à
revenir se constituer prisonnier à Londres. Rymer, III, 755 à 757.
1. Pierre I*' arriva à Londres le lundi 6 novembre 1363. U amenait
avec lui deux rois ou princes païens, Ton qui était prisonnier et qu'une
chronique latine contemporame appelle le roi « de Lecto >, l'autre,
non prisonnier, dit « le seigneur ae Jérusalem » qui se convertit à
Londres à la foi chrétienne et qui reçut du roi d'Angleterre son par-
rain le nom d'Edouard.
2. David Bruce vint à la cour de Westminster le lundi qui suivit
l'arrivée du roi de Chypre, c'est-Â-dire le lundi 13 novembre. Un
chroniqueur anglais fait remarquer à cette occasion avec un certain
orgueil que cinq rois se trouvèrent alors en même temps a Londres, et
il ajoute, en homme nourri des légendes de la Table Ronde, que cela
ne s'ëtait pas vu depuis le temps d Arthur qui eut un jour six rois tri-
butaires pour commensaux à une grande fête donnée en son palais de
Kaerleon. Eidogium historiarum^ III, 233.
3. Froissart insinue ici, sans l'oser dire expressément, que la crainte
de la dépense fut la principale raison qid empêcha le roi de Chypre
de profiter du cadeau d'Edouard III et d'équiper la Catherine, On re-
connaît dans ce langage respectueux et circonspect l'habitué de la cour
de Westminster et de Windsor, le digne secrétaire de la reine Philippe
de Hainaut. L'histoire est tenue à moins de réticences. Au moment
même de son séjour en Angleterre, Pierre I^r dut se trouver dans une
véritable gêne, parce qu'il ne put toucher, au moins immédiatement ,
une somme de 7000 florins que sa femme, la reine de Chypre, lui avait
envoyée pendant la seconde moitié de 1363. Aussi, par acte daté
d'Albi le 24 décembre de cette année, le maréchal de France Amonl,
sire d'Audrehem , alors lieutenant du roi Jean es parties de Taoguc-
XLvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
raison de ce fait, lors de mon passage à Sandwich, mais personne
ne put me renseigner à cet égard. » P. 89 à 92, 283 à 285.
Le roi de Chypre retourne d'Angleterre ^ en France par Bou-
logne et va rejoindre à Amiens le roi de France, les ducs de Nor-
mandie, d* Anjou et de Touraine. Ensuite , il passe par Beauvais,
Pontoise, Poitiers, Niort, et va voir le' prince de Galles à Angou-
lême*. — Sur ces entrefaites, le roi de France, qui se tient alors
à Amiens', se décide malgré l'opposition de son conseil, à retour-
doc, manda au yiguier de Narbonne de contraindre par la saisie et au
besoin par la ▼ente de leurs biens les héritiers de feu Raymond Sar-
ralhan, en son rivant bourgeois de Montpellier, patron d*un narire de
Provence, qui refusaient de délivrer au roi de Chypre une somme de
7000 florins naguère confiée par la reine de Chypre audit Raymond,
à titre de commande ou de dépôt on par manière de chance , pour la
porter es parties de France et la remettre à première réquisition au roi
Pierre l» dont elle était destinée à défrayer les dépenses (Bibl. Nat,^
ms. lat. n» 10002, f« 45). Le 14 janvier suivant, le roi de Chypre n'é-
tait pas encore parvenu à se faire payer, car, par un mandement en
date de ce jom\ le lieutenant du roi en Languedoc enjoignit à deux
sergents de saisir les personnes et de vendre aux enchères les biens des
héritiers de Raymona Sarralhan [Ibid.^ i^ kl).
1. Arrivé vers la Toussaint en Angleterre où des joutes furent don-
nées en son honneur à Smithfield (Londres, archives de la garderobe
à Carlton Ride, rouleaux 37 et 38), le roi de Chypre était encore le
24 novembre à Londres d'où il a daté plusieurs lettres (Archives géné-
rales de Venise, Commemoriali^ VII, f» .27 v«, d'après M. de Mas-
Latrie). Pierre I*' revint en France pendant la première quinzaine de
décembre.
2. Quoi qu'en dise Froissart, le roi de Chypre n'alla pas en Aqui-
taine immédiatement après son retour d'Angleterre. Nous savons par
Jean de Venette {Contin, ekron. Guill, de Niuigiaeo, H, 332) que Pierre I«'
vint peu après Nofil, en compagnie du dauphin régent, à Paris. A l'occa-
sion du premier de l'an 1364, le duc de Normandie donna comme étrenne
à son hôte c une aiguière et un gobelet d'or qui ne sont en nul inven-
taire » Bihl. Nat.y ms. fr. n© 21447, f« 7. — Le 29 février snirant, le
roi de Chypre assista à la séance solennelle du Parlement où lut jugé
le différend entre Bertrand du Guesclin et Guillaume de Felton (X'*7>
fo 143; H'ut, de du Guetelin, p. 405, note 2). Jean de Venette constate
la présence de ce prince aux obsèques du roi Jean dans les derniers
jours d'avril (Cont. Gtdll, de NangiaeOy II, 339) ; et l'auteur de la C/iro-
nique des quatre premiers Falois (p. 144) nomme Pierre de Lusignan
parmi les grands personnages qui accompagnèrent Charles V à Reims
lors de son couronnement le 19 mai suivant. Le voyage du roi de
Chypre en Aquitaine, à moins qu'il n'ait eu lieu en janvier et pendant
les trois premières semaines de février 1364, ne peut être que posté-
rieur à ces éyéiiements. ^
3- De nombreux actes constatent la présence du roi Jean à Amiens
pendant les dix ou douze premiers jours de décembre. JJ95, n^» 82,
SOMMAIRE OU PREMIER LIVRE, §§ 503-510. xltu
ner en Angleterre, pour faire des excuses à Edouard III au sujet
du départ du duc d'Anjou. II nomme le duc de Normandie régent
et gouverneur du royaume pendant son absence, promet le duché
de Bourgogne à Philippe, son plus jeune fils*, et se dirige vers
Boulogne par Hesdin', où il a une entrevue avec le comte de
Flandre, et où il s'arrête du 22 au 28 décembre, et par Môntreuil-
sur-Mer. P, 92 à 94, 285 à 287.
Jean s'embarque à Boulogne' et débarque à Douvres dans Ta-
près-midi, la veille de l'Apparition des trob Rois. Il passe à
Canterbury, à Eitham^, qui est alors la résidence de la cour
d'Angleterre, et arrive à Londres, où il va se loger à l'hôtel de
Savoie^. Les deux rois et leurs enfants se donnent des fêtes et
échangent sans cesse des visites en allant en barque l'un chez
l'autre par la Tamise , qui coule au pied du manoir de Savoie et
du palais de Westminster. P. 94 à 96, 287 à 289.
83, 84, 131 ter et quatuor, 132 hu. JJ94, n* 9. XM, f» 121 v«. K48,
no 36. BibL Nat,, Chartes royales, IV, 149. Ordonn., III, 646.
1 . Cest à Germigny-siir-Mame, non à Amiens, le 6 septembre 1363,
crae le roi Jean érigea le duch^ de Bourgogne en duchë-pairie et le
donna à Philippe, a reducentes serritia que carissimus Philippus quar-
togenitus, qui, sponte expositus mortis pericnlo, nobiscom imperter-
ritus et impavidus stetit in acie prope Pictayis vulneratus, captus et de-
tentus. 1 (dom Plancher^ HUt. de Bourg,, II, ooLXXvni et cclxxix).
Seulement, c'est à Amiens que le roi de Fiance assigna à son fils aine
le dauphin, comme une sorte de compensation, le duché de Touraine
dont Philippe avait joui avant d'être investi du duché de Bourgogne. ,
JJ95, n» 132.
2.. Le roi Jean était arrivé à Uesdin dès le 15 décembre (JJ95,
n» 140 bis; JJ94, nM 24, 25 ; JJ95, n«« 85, 142 bis; Ordorm., HI, 649,
655, 662).
3. Ceci n'est pas tout à fait exact. Jean mit à la voile de Boulogne
le mercredi soir 3 janvier et débarqua à Douvres le lendemain jeudi
4 janvier 1364, Tavant-veiUe , et non la TeUle, de l'Epiphanie, he roi
de France était monté à bord du navire qui devait le transporter en
Angleterre dès le mardi 2 ; mais la flottille de transport, composée de
vingt navires, resta à l'ancre dans le port de Boulogne pendant toute
cette journée.
4. Château situé dans le comté de Kent, à 3 lieues S. S. £. de
Londres.
5. L'hôtel ou manoir de Savoie, aujourd'hui détruit, était situé sur
la rive gauche de la Tamise , au sud du Strand , et il en faut chercher
l'emplacement aux abords de WelHngton-Street. La Saçoy eftapei, con-
sumée par un incendie en 1864, mais qui a été reconstruite depuis
aux frais du gouvernement, rappelle encore le souvenir de cette rési-
dence historique. Le roi Jean fit son entrée à Londres le dimanche
1^ janvier j et les bourgeois et les gens des métiers de la cité, au nom-
xLYiu CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Pierre I*' passe un mois à Angoulême à la cour du prince d'A-
quitaine ; il fait un voyage à la Rochelle et prêche partout la croi-
sade'. A son retour à Paris, il apprend que le roi Jean est tombe
malade à Londres', d'où le maréchal Boucicaut vient d'en appor-
ter la nouvelle au dauphin. — Charles le Mauvais, qui se tient à
Cherbourg', mande en Normandie son cousin^ le captai de Buch,
alors hôte du comte de Foix*, pour lui donner la direction de la
guerre qu'il veut faire à la France. — Sur ces entrefaites, le roi
Jean meurt à Thôtel de Savoie*. Le dauphin Charles, qui hérite
de la couronne par suite du décès de son père, redouble ses pré-
paratifs pour tenir tête aux Navarrais*. P. 97 à 99, 289, 290.
bre de mille chevaux, reTÉtos des insignes de leurs corporations, allè-
rent au-devant de lui jusqu'à Eltham. Grandet Ckromquesy VI, 228
et 229.
1 . Sur ce voyage du roi de Chypre en Aquitaine, voyez une des
notes prëcëdentes, p. xlvi, note 2.
2. Le roi ïean tomba malade au commencement de mars.
3. Nous avons déjà eu l'occasion de relever cette erreur vraiment
grossière. Charles le Mauvais ^tait alors en Navarre.
k. Fils de Jean de Grailly, II* du nom, et de Blanche de Foix, Jean
de Grailly, III^ du nom, captai de Buch (aujourd'hui la Teste de Buch,
Gironde^ arr. Bordeaux), était par sa mère le cousin germain de Gas-
ton Phœbus, comte de Foix.
5. Le roi Jean mourut à Londres le lundi 8 avril 1364, vers minuit.
6. Ces préparatifs sont y comme nous l'avons fait remarquer plus
haut , antàrieurs à la maladie du roi Jean dont la mort n'eut d'autre
effet que de les activer. Jean II mourut à Londres dans la nuit du 8
au 9 avril, et, le 12 de ce mois, Charles V adressait un mandement
aux maîtres de ses forêts « pour qu'il soit faict hastivement, ainsi
qu'il l'a ordonné, cent milliers de viretons avec plusieurs autres «artil-
leries nécessaires et convenues pour la defence du pays, i dont le bots
doit être pris dans la forêt de Roumare pour être délivré à Richard
de Brumare, garde du clos des galëes de Rouen, chargé de la con-
fection de ces viretons et artilleries* Du Chatellier, Jnvtuio/u en Angle
terre ^ Paris, 1872 » in-12, p. 13 et Ik.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 5IO-»29. xux
CHAPITRE LXXXVffl.
1364. PBISB DE MANTES ET DE MBULAN (7 ET il AYBIl) . — BATAILLE
DE COCBBBBL (16 MAl). — GOUBONNEMENT DE CHABLBS V (19 MAl).
CAMPAGNE DU DUC DE BOUBGOGNE EN BEAUGB (jUIn) •— 8I^E ET
BEDDTTION DE LA CHABITÂ (§$ ^^^ ^ ^^^}«
Eo ce temps s'armait* pour le roi de France mi chevalier bre-
ton nommé Bertrand du Guesclin, dont jusqu'alors la renommée
n'avait guère dépassé la Bretag^ae où il avait toujours tenu le parti
de Charles de Blois contre Jean de Montfort. «-> Aussitôt qu'U est
informé de la mort de Jean son père^ le duc de Normandie , de-
venu le roi Charles V, charge le maréchal Boucicaut d'aller re-
joindre du Guesclin devant Rolleboise afin d'aviser de concert
avec Bertrand aux moyens de reprendre Mantes et Meulan au roi
de Navarre*. P. 100, Î90.
Rolleboise ' est un beau et fort château, situé sur le bord de la
1. Froissait semble croire qae Bertrand du Guesclin n'entra au ser-
riez de la France qu'au commencement de 1364. Nous avons prouvé
ailleurs que le iiitur connétable se mit à la solde de Pierre de Yilliers ,
capitaine de Pontorson pour le duc d'Orléans, frère du roi, dès 1354,
et que le dauphin Charles, duc de Normandie, l'institua capitaine de
cette forteresse le 33 décembre 1357. liisi. de du Guesclin^ p. 119 à 127,
248, 246, 522, 523.
2. Du Guesclin prit Mantes par surprise le dimanche 7 a^ril. D'un
autre côté, le roi Jean mourut à Loncures dans la nuit du 8 au 9 avril.
Le rapprochement de ces deux dates montre que Froissart s'est trompé.
Le dauphin, duc de Normandie, n'attendit pas la mort de son père
Sour concerter et faire exécuter les mesures qui aboutirent à la prise
e Mantes et de MeuJan.
3. Seine-et-Oise, arr. Mantes, c. Bonnières. La tour de Rolleboise^
dont il reste d'imposants débris, située à 9 kil. de Mantes, entre cette
▼ille etVemon, sur une hauteur qui domine la Seine, était occupée
en 1363 et 1364 per un petit nombre de brigands anglo-brabançons
qui j Tivaient avec une femme. Les gens du pays et les habitants de
Rouen, opprimés par ces brigands, ne purent prendre cette tour, tant
elle étoit haute et inexpugnable. Rachetée à prix d'or vers Pâques
(13 avril) 1365, la tour de Rolleboise fut démolie de fond en comble
par les gens du pays d'après Tordre du roi Charles V. Des ouvriers
d'une force herculéenne, armés de marteaux de fer, mirent beaucoup
de temps à l'abattre, car les murs avaient plus de neuf pieds d'épai»-
VI — rf
L CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Seine, à une lieue de Mantes. Les gens de Compagnie qui occu-
pent ce château sous les ordres d'un capitaine nomme Wauter
[Straêl] ^, originaire de Bruxelles, font la guerre pour leur propre
compte et mettent au pillage les possessions du roi de Navarre
aussi bien que le royaume de France. Le duc d'Anjou , Bertrand
du Guesclin, le comte d'Auxerre, Antoine, sire de Beaujeu, assiè-
gent RoUeboise depuis quelques semaines au moment où Bouci-
caut vient apporter à Bertrand l'ordre de s'emparer à tout prix
de Mantes et de Meulan. Voici le stratagème que ces deux capi-
taines imaginent. Boucicaut se présente un jour à Tune des portes
de Mantes à la tête de cent chevaux seulement. Il fait semblant
d'être poursuivi par les brigands de RoUeboise et prie instamment
les gardiens de lui donner entrée dans l'enceinte. Ceux-ci con-
sentent à ouvrir la porte, et Bertrand, qui s'est posté dans le
voisinage avec ses Bretons, profite de cette circonstance pour pé-
nétrer dans Mantes dont il se rend maître et qu'il met au pillage.
Le jour même de la prise de cette ville , une troupe de Bretons
chevauche en toute hâte vers Mejulan où ils se disent envoyés par
Guillaume de Gauville, capitaine d'Évreux pour le roi de Navarre.
On les croit sur parole^ on leur ouvre les portes et Meulan a le
même sort que Mantes. Les maisons sont livrées au pillage et
une partie de la population est massacrée'. P. 100 à 105, 290
à 292. '
Beur. Le second continuateur de Guillaume de Nangis, le moine Jean
de Venette, dit que déjà de son temps les ruines de cette tour, dont
naguère on n*admirait pas la prodigieuse élévation sans une Certaine
stupeur, jonchaient au loin le sol environnant. Contin. ehron, Guill, de
Nangiaco^ H, 357, 358.
1. Wauter Straêl est le véritable nom du capitaine de RoUeboise.
Ce nom nous est fourni par une lettre de rémission octroyée par
Charles y en octobre 1368 a « Gautier Stiael, escuier, nez de Broi»r
selle.... ayant tenu et occupé contre nostre voulenté le fort de Roule*
boise, s Jrch. Nat.^ JJ99, n» 416. — La forme Obttraie^ donnée par
Froissart, est une corruption d^Estraile qui nous représenterait fidèle-
ment la prononciation française et populaire du flamand Straêl au qua-
torzième siècle. La forme Stroty altération de Strol^ employée par Fau-
teur de la Cfwonique des Valois (p. 138), semblerait provenir plutôt de
la prononciation anglaise de Straêl,
2. Ces pages, où Froissart raconte la ruse imaginée par Boucicaut
pour pénétrer dans Mantes , peuvent être citées comme un modèle de
narraUon vive et pittoresque. Cela a le charme du roman, mais c'est
un roman. Si Ton veut savoir comment les choses se sont passées en
réalité, il faut interroger un témoin contemporain, qui appartenait^
SOMIVIAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-529. li
Le captai de Ruch débarque au havre de Cherbourg à la tête
de quatre cents hommes d'armes. Le roi de Navarre le met ^ à la
tète des forces qu'il rassemble pour faire la guerre au roi de
France^ et lui adjoint un chevalier anglais nommé Jean Jouel, qui
dispose de trois cents combattants de la même nation. — Le duc
de Normandie, de son côté, ne reste pas inactif. A la nouvelle de
la maladie dont le roi son père vient d'être atteint à Londres, il
redouble ses préparatifs militaires^. Du Guesclin et Olivier de
Mauny son neveu ' reçoivent l'ordre de quitter Mantes où ils se
tiennent avec leurs Bretons et de s'avancer dans la direction de
Vemon pour y faire frontière contre les Navarrais. Philippe, duc
de Bourgogne *, Arnaud de GervoUe, dit rArchiprètre, marié à la
selon tonte probabilité, au clergé de Rouen, et qui, dans tous les
cas, semble avoir tu de très-près ces érénements. Chronique des quatre
premiers Valois, p. 135 à 142. Histoire de Bertrand du Guesclin, p. 417
à 429. — Toutefois, il est certain que Boucicant accompagna le duc de
Normandie dans le Tojage que celui-ci fit au Goulet et à Vemon
Ters la mi-aTril 1364. On lit, en effet, dans un mandement en date du
k mai suivant: c Comme... lemarescbal Bouciquaut... ait moult gran-
dement firajë... pour estre arec nous et à nostre conseil et à venir en
nostre compaignie à Meurlant et à Mante ou nagaires allasmes. » L.
Delisle, Mandements de Charles V, p. 10.
1. On retrouve ici Perreur que nous avons déji signalée. Pendant
que tout ceci se passe, le chroniqueur de Valenciennes continue de
supposer Charles le Mauvais à Cherbourg, tandis qu'en réalité il était
alors dans son royaume de Navarre.
2. Sur ces préparatifs, antérieurs à la mort du roi Jean, voyez plus
haut, p. xLvm, note 6.
3. Irfant se garder de confondre, à Texemple de savants d'ailleurs
très^utorisés (Inventaire des Archivu nationales ; collection de sceaux^
1,661) les Mauny de Bretagne avec les Mauny de Haute Normandie
(Manni, fief et château de la conmiune de Saint-Nicolas-d'Âttez, Eure^
arr. Évieux, c. Breteuil), et surtout avec les Masny des environs de
Douai dont le nom s'ëcrivait souvent Mauny au moyen âse (auj. Masny,
Nord, arr. et c. Douai). Les armes, du reste, étaient différentes. Les
Mauny de Bretagne portaient un croissant, et les Masny trois chevrons.
La terre patrimoniale des Mauny, ancien fief et seigneurie de Bretagne»
est représentée par le hameau actuel de ce nom situé en le Quiou
(Gôtes-du-Nord, arr. Dinan, c. Évran). Le Quiou est un peu à Test de
&oons, dont il n*est séparé que par les communes de Samt-Maden et
d'Yvignac. Olivier de Mauny, dont il est ici question, était le neveu à
la mode de Bretagne, c'est-à-dire le fils d'un cousin germain de Ber-
trand du Guesclin.
4. Dom Plancher dit {Hist, de Bourgogne, II, 302) que Philippe partit
de Dijon le 16 avril 1364 pour serenore à la cour de France et ne revint
dans son duché que le 13 novembre suivant, mais cela semble en con-
ux CHRONIQUES DE J. FROISSART.
veave da seigneur de Château vîllain tué à la bataille de Poitiers ^^
conseiller et compère du duc de Bourgogne, le comte d'Auxerre,
le vicomte de BeaumoQt', Antoine, seigneur de Beaujeu, Louis
de Chalon, Amanieu de Pommiers', Petiton de Curton, le soudic
de [la Trau *], le su*e de Mussidan', chef et conducteur des gens
du seigneur d'Albret, sont les principaux chevaliers qui figurent
tradiction avec le pauage soiyant extrait par M. Flnot d'un registre de
la Chambre des comptes de Bourgogne : a Lettres en date du 4 mai
1364 de Messeigneurs de Voudenoy et d'Aigremont au duc qui estoit à
RouTres, ^avertissant qu'il prîst garde de sa personne, parce qu'il j avoit
on parti de par d^là la Saône qui vouloit Tenleyer. » Finot, Recherches^
p. 88.
1. Il y a plusieurs erreurs dans ce peu de mots. Jeanne de Château-
villain, remariëe le 2 mai 1362 à Arnaud de Cervolle, Tainëe des ûWeé
et la principale héritière de Jean III du nom, seigneur de Châteauvil-
lain, et de Marguerite de Nojers, n'était nullement, comme le dit Froîs*
sart, veuve d'un seigneur de Chateauvillain tué à la bataille de Poitiers.
Elle avait été mariée en premières noces avant 1345 à Jean, seigneur
de Thil en Auxois et de Marignj en Champagne, en secondes noces,
à Hugues de Vienne VI du nom, seigneur de Saînt-Georges, qui vivait
encore le 25 janvier 1358 (n. st.). Anselme, II, 343, VII, 799, 800.
2. Louis, vicomte de Beaumont (Beaumont*Bur--Sarthe ou le- Vi-
comte, Sarthe,' arr. Mamers), marié à Ljon le 13 novembre 1362 à
Isabelle de Bourbon, fille de Jacques de Bourbon, comte de la Marche,
blessé mortellement à Briguais.
3. A peine monté sur le trône, Charles V eut soin de s'attacher par
des pensions quelques-uns des principaux seigneurs de Gascogne, déjà
mécontents du gouvernement du prince d'Aquitaine et de Galles. Ama-
nieu de Pommiers, notamment, fit hommage au roi de France pour
mille livres tournois de rente et promit de servir le dit roi contre tous
excepté le roi d'Angleterre. Arch, JVat., J626, n» 105.
4. La Trau est aujourd'hui un château ruiné de la commune de Pré-
chac (Gironde, arr. Bazas, c. Villandraut). Le seigneur de Préchac
s'intitulait, tantôt soudic, tantôt soudan de la Trau. Le Soudan de la Trau,
chevalier banneret, reçut en 1364 2,905 florins d'or de Florence de bon
poids, pour le reste de ses gages et de la solde des archers et des gens
d'armes de sa compagnie ayant servi en Bourgogne sous le duc Phi-
lippe (Arch. de la Cote tPOr^ fonds de la Chambre des Comptes,
sÂieB, liasse 367; Invent., I, 38). Le 2 octobre 1364, ce même soudic,
chevalier et sire de Didonne (auj. Saint-Georges-de-Didonne, Cha-
rente-Inférieure, arr. Saintes, c. Saujon), fit hommage à Charles V
pour le château de Beauvoir sis en la sénéchaussée de Toulouse {Arch,
Nat., J622, n* 75; J400, n» 60), et il renouvela cet hommage en 1365
^J622, n* 66). Deux ans environ après l'aveu du 2 octobre 1364, c'est-
à-dire le 10 juin 1366, ce soudic ou soudan de la Trau n'en faisait pas
moins hommage à Bordeaux, au prince d'Aquitaine, pour cette même
seigneurie de Didonne (Maichin, Hist, de Saintonge , 1671, in-F>,
p. 172).
5* Dordogne, arr. Ribérac.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, JJg 510-529; un
dans Tarm^e de du Guesclin. — [Bruraor*] de Laval, chevalier
breton du parti français, est fait prisonnier par Gui de Gauville,
jeune chevalier de la garnison d'Evreux, au retour d'une che-
vauchée contre les Navarrais de cette ville. P. lOS à 108, 292,
293.
Retour du roi de Chypre d'Aquitaine à Paris ^. — Funérailles
du roi Jean à l'abbaye de Saint-Denis'. — Préparatifs pour le
couronnement de Charles Y à Reims. — Arrivée du captai de Buch
à Évreux. P. 108 à 110, 293 à 295.
Jean de Grailly part d'Évreux* et s'avance vers Pont-de-
l'Arche pour couper le passage de la Seine à du Guesclin et aux
Français. Les principaux chevaliers de l'armée du captai sont le
sire de Sault *, banneret du royaume de Navarre , l'anglais Jean
Jouel, Pierre de Sacquenville, Guillaume de Gauville, Bertrand
du Franc, le| bascle dej Mareuil'. — Sur son chemin, le cap-
1 . Froimart appelle ce personnage Braimon de Laval. Le véritable
nom de ce chevaher, manceau et angevin plutôt que breton, était Gui
de Laval, dit Bnimor, fils aine de Foulque de Laval et de Jeanne Cha-
bot , dame de Rais. Marié en premières noces à Jeanne de Montmo-
rency, dame de Blaison (Maine-et-Loire, arr. Angers, c. les Ponts-de-
C^) et de Chemiilë (Maine-et-Loire, air. Cholet), Bnimor de Laval se
remaria à Thiphaine de Husson, fille de Fraslin de Husson, chevalier,
seigneur de Dncey (Manche, arr, Avranche^, de Champcervon (Manche,
arr. Avranches, c. la Haye-Pesnel) et de Chërencé (auj. Chérencé-le-
Hëron, Manche, arr. Avranches, c. Viliedieu), et de Clémence du
Gnesclin, la plus jeune des sœurs du futur connétable. Gui de Laval,
dit Brumor, oevint ainsi, par suite de ce mariage, le neveu par alliance
de Bertrand du Guesclin.
2. Pierre !•», roi de Chypre, était à Paris le 29 février 1364. Voyez
plus haut, p. xLvi, note 2.
3. Les obsèques du roi Jean furent célébrées, malgré l'épuisement du
Trésor, avec un grande magnificence. On dépensa à ces obsèques, en
trois jours, du 27 au 29 avril, dix-sept mille sept cent soixante et une
livre de cire, qui, a 23 francs les cent livres, coûtèrent 4,805 francs
7 deniers parisis, Bîèl, Naî,y Quittances, XY, n* 21.
4. Le lundi 13 mai, le cantal de Buch était à Yemon, où la reine
Blanche de Navarre, veuve ae Philippe YI de Yalois, dévouée de cœur
a la cause du roi de Navarre son frère, offrit un dîner magnifique au
généralissime de Charles le Mauvais.
5. La seigneurie de Sault (auj. Sault-de-Navailles, Qassea-Pyrénées,
arr. et c. Orthez) était située, non en Navarre, nuiis en Béam.
6. Tous les historiens semblent avoir ignoré jusqu'à ce jour que le
bascle ou le bascon de Mareuil appartenait à la famille béarnaise de
Sault. Le surnom de bascle^ bascon ou basquin est un équivalent de notre
mot basque, qui, au moyen âge, servait a désigner les Béarnais aussi
bien que les Navarrais proprement dits. Le véritable nom de l'aventurier
LIT CHRONIQUES DE J. FROISSART.
tal rencontre un hëraut nomme le Roi Fanoon qui arrive du
camp français; dialogue échangé entre ce hëraut et le captai. —
Jean de Grailly refuse de recevoir un autre héraut appelé Prie
envoyé vers lui par l' Archiprètre , le mercredi de la Pentecôte*.
P. 110 à 112, 295 à 297.!
Marche, dispositions et ordre de bataille des Navarrais. P. 113
à 115, 297 à 299.
Marche, dispositions et ordre de bataille des Français. P. 115
et 116, 299, 300.
Ruse de guerre imaginée par les Gascons du parti français :
trente hQmmes d'armes des plus hardis et des mieux montés sont
chargés spécialement d'attaquer le captai dès le début de Faction,
de le prendre et de l'emporter de vive force loin du champ de
bataille. P. 116, 117, 300.
Sur le refus du comte d'Auxerre , les barons français mettent
du Guesclin à leur tête et adoptent d'un commun accord comme
cri de ralliement le cri d'armes de Rertrand : Notre Dame! Gues-
clin 1 Cependant la matinée s'avance, et les Français commencent
à souffrir de la faim et de la chaleur. On délibère sur la con-
duite à tenir : les uns sont d'avis d'aller offrir la bataille à Ten-
nemi sur les hauteurs ' où il s'est retranché ; toutefois on finit
qui périt à Cocherel est Jean de Sault, ainsi que le prouve la quittance
suivante dont nous deyons l'indication à notre savant collègue M. Demay :
a Sachent tous que je Jehan de Sault, dit le bascon de Mareul, escuier,
sergant d^armes du roy de Navarre notre seignour, ay eu et recen de
Jehan des Ylles, viconte de Coutances pour nostre dit seigneur, la
somme de cent livres toumeis pour cest présent terme de la Saint Mi-
chiel, en rabatant de la somme de deulx cens livres toumeis que je
pren chacun an sur la recepte de la dicte vicontey à ma vie tant seule-
ment du don de mon dit seigneur. De laquelle somme de cent livres je
me tiens pour bien paie et promet aporter quitance envers le dit mon-
seignour au dit viconte. En tesmoing de cen, j'ay scellé ces lettres de
mon seel. Donné à Gavray, le ?« jour d'octoore mil ccc soixante et
trois. » Bibl. Nai,^ Titres scellés de Oairambault, vol. 101, f» 7859.
1. En 1364, le mercredi de la Pentecôte est tombe le 15 mai.
2. Jean de Grailly, captai de Buch, occupa, dès la journée du mer-
credi 15 mai, le sommet et les pentes d'une colline escarpée qui do-
mine le village de Cocherel, situé sur la rive droite de l'Eure, à l'en-
droit où un pont mettait alors en communication les deux tronçons
d'une très-ancienne route reliant ensemble Vemon et Evreux. Coche-
rel ^auj. Houlbecq-Cocherel, Eure, arr. Évreux, c. Vemon), situé sur
la nve droite de l'Eure à environ 2 kil. 1/2 de cette rivière, est à peu
près à égale distance d'Évreux, de Pacy, de Vemon et d'Acquigny,
places qui étaient alors fortifiées et occupées par les Navarrais.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-S29. lv
par se ranger à l'opinion des plus sages qui conseillent d'attendre
en bon ordre l'attaque des Navarrais. P. 117 à 121, 300 à 302.
Du Guesclin a recours à un stratagème pour faire descendre
l'ennemi en rase campagne. Il donne Tordre à ses gens de battre
en retraite et de retourner sur leurs pas avec armes et bagages
de l'autre côté de la rivière. L'anglais Jean Jouel , en voyant ce
mouvement, croit que ses adversaires cherchent à s'ëchapper et
veut leur donner la chasse. Le captai s'y refuse; mais son lieu-
tenant, qui brûle d'en venir aux mains, ne se peut plus contenir :
il s'ëlance à la poursuite des Français. Force est alors à Jean de
Grailly, qui ne peut ni ne veut laisser Jean Jouel ^ se mesurer
seul contre les Français, d'abandonner ses positions et de des-
cendre de la colline. L'ennemi une fois pris au piège, les Français
font volte-face, reprennent TotTensive , et la bataille commence.
Sous prétexte qu'il ne peut porter les armes contre certains che-
valiers de l'armée iTavarraise, rArchiprêtre quitte le champ de
bataille dès le début de l'action , mais il ordonne à ses gens de
rester pour prêter main forte aux Français. P. 121 à 12S, 302 à 305.
Les Navarrais, quoique surpris, ne se déconcertent pas. Ils
font passer en avant leurs archers ; mais les Français sont si bien
1. Ce Jean Jouel a^ait été en quelque sorte lâché sur la Normandie
yaœ Edouard III, furieux de la mauraise foi de Louis, duc d'Anjou, qui
refusait de revenir se constituer otage en Angleterre : c Puis manda le
dit roi Edouart à monseigneur Jehan Jouel, qui avoit et tenoit plu-
sieurs fors en Xormandie, qu'il guerroiast en France en son propre nom
comme Jehan Jouel, et fut une guerre couYerte. » Chronique des quatre
premiers Falois, p. 409. — Les Compagnies tenaient alors la France
tellement à discrétion que, de tous les points du royaume, leurs chefs
purent se rendre en Normandie et amener des renforts au captai de
Buch sans être inquiètes. Il en yint jusque des confins du Berry, du
NÎTemais, du Bourbonnais et de TAuvergne. Il faut lire le charmant
épisode des chroniques de Froissart, où un aventurier basque, nommé
le Bascot de Mauléon, capitaine du Bec-d'Allier (auj. forges de la
commune de Cuffy, Cher, arr. Saint- Amand-Mont-Rond, c. la Guer-
che) en 1364, raconte, vingt-quatre ans après ces ëyënements, à notre
chroniqueur, son commensal à Thôtel de la Lune, à Orthez, ses proues-
ses de routier et notamment la part qu'il prit à la bataille de Cocherel
où il fut fait prisonnier par un Gascon au parti français, l'un de ses
cousins, appelé Bernard de Terride, qui le rançonna a mille francs :
K Quant les nouvelles me furent venues que le captai mon maistre es-
toit en Costentin et assambloit gens à son povoir, pour le grant désir
que je avois de le voir, je me partis de mon fort à douze lances et me
mis en la route messire Jehan Jouel et messire Jacqueme Planthin et
vinsmes sans dommage et sans rencontre qui nous portast dommage
devers le captai. » Froissart de Buchon^ éd. du Panthéon, II, 408.
Lvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
protégés par leurs pavois que le trait de l'ennemi ne leur fait
presque aucun mal. Les Bretons et les Gascons se couvrent de
gloire. Les trente hommes d'armes d'élite, montés sur fleur de
coursiers, que Ton a spécialement chargés de s'assurer de la per-
sonne du généralissime de l'armée navarraise, vont droit au
captai, l'enlèvent après une résistance désespérée, l'emportent
loin du champ de bataille et le mettent en lieu sûr ^ P. 1 25 à 1 27,
305 et 306.
Les Gascons' et notanunent les gens du seigneur d'Albret,
ayant à leur tête Amanieu de Pommiers , Petiton de Curton , le
soudic de la Trau, parviennent à s'emparer du pennon du captai
que défendent le bascle de Maretdl et Geffroi de Roussillon. Le
bascle de Mareuil est tué^ et Geffiroi de Roussillon est fait prison-
nier par Amanieu de Pommiers. En revanche, le sire de Mussi-
dan' est blessé grièvement et perd trois de ses écuyers, le sou-
1 . On a ici la Tenion anglo-gasconne de la bataille de Cocherel que
Froiisart, pendant son séjour à Bordeaux à la cour du prince d'Aqui-
taine et de Galles en 1366 et 1367, s'était fait raconter par le Roi Fau-
con et aosai sans doute par quelques-uns des seigneurs gascons, ralliés
dès lors au parti anglais, qui avaient combattu à Cocherel dans les
rangs français. Cette version est un conte inventé à plaisir et, comme
nous Pavons dit ailleurs, une pure gasconnade. Pour prouver que la
{>rise du captai par les Gascons ne se peut soutenir, il suffit de citer
es lignes suivantes d'un acte authentique où Jean de Grailly recon-
naît qu'il a été fait prisonnier par un écuyer breton, bien connu,
nommé Roland Bodin : c Je Jehan de Greilly, captai du Buch, de ma
pure et franche voulenté, reconnois et confesse par ces présentes que,
comme pieça, en la bataille qui fu decoste Coicherel en Normandie, Jio-
tant BoMn^ escuier^ nCtutt pris et fusse son loyal prison»,., » Arck, Nat.^
J616, no 6. Cf. HUt. de B. du Gueselin, p. kk% à 450, 600 à 603.
2. Froissart a beaucoup surfait l'influence qu^ont pu avoir les Gas-
cons sur l'heureuse issue de la journée du 16 mai. Nous avons prouvé
ailleurs, en nous appuyant sur le témoignage très-explicite de quatre
chroniqueurs contemporains, que Bertrand gagna la bataille de Coche-
rel, d'abord grâce à sa retraite feinte, ensuite à la faveur du mouve-
ment tournant exécuté au dernier moment par une réserve de ses Bre-
tons qui chargèrent en queue les Anglo-navarrais. Hist, de du Guesclin^
p. kkh^ note k,
3. Raymond de Montant, seigneur de Mussidan (Pordogne, arr. Ri-
bérac), avait prêté serment de foi et hommage au prince d'Aquitaine et
de Galles, en l'église Saint-Front de Périgueux, le 13 août 1363. (Del-
pit. Documents français en Angleterre, p. 104). Arnaud Amanieu, sire
d'Albret (auî. Lahrit, Landes, arr. Mont-de-Marsanj. voulant accom-
pagner Charles Y à Reims et assister à la cérémonie au couronnement *
an roi de France, avait placé ses gens d'armes sous la conduite du sire
de Mussidan.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS »4 0-529. Lvn
die de la Trau, de son côté, a un bras cassé. Du Guesclin vient
au secours de la bataille ou division du comte d'Auxerre, qui
commence à plier, mais le vicomte de Beaumont périt dans cette
rescousse. Bertrand accourt ensuite prêter main-forte aux Picards
qui ont atTaire à la division anglaise de l'armée du captai. Jean
Jouel, chef de cette division, est terrassé et fait prisonnier par
Olivier de Mauny, neveii de du Guesclin , qui le remet à un de
ses écuyers nommé Guyon de Saint-Pem ^ ; 1^ capitaine anglais
1. Ces détails intéressants sont empruntés à un manuscrit des Chro-
niques de Froissart conservé aujourd'hui à la bibliothèque de l'nniTer-
site de Leyde. Ce manuscrit, désigne dans notre classement des ma-
nuscrits de Froissart et dans nos variantes sous le n9 17, paraît être
l'œuvre de deux copistes ; mais les interpolations que nous signalons
n'appartiennent qu'à l'un de ces copistes qui semble être le même que
le scribe à qui nous devons le manuscrit n» Sklk et 6475 de la Biblio-
thèque Nationale (nP 15 de notre classement). Or, le copiste de ce
dernier manuscrit rappelait Raoul Tainguy. Ce nom accuse une ori-
gine bretonne, et en effet presque toutes les interpolations, que nous
avons relevées dans les deux manuscrits dont nous venons de parler, se
rapportent a la Bretagne et surtout à Bertrand du Guesclin et â ses
compagnons d'armes. C'est d'après le manuscrit de Raoul Tainguy,
conserve à la Bibliothèque Nationale sous les n<» Sklk et 6475, que
nous avons pu donner dans nos variantes (p. 299) la liste des princi-
paux chevaliers bretons qui combattirent à Cocherel, et cette liste est
tellement exacte, qu'on la croirait dressée d'après une montre authen-
tique. La miniature, qui forme l'en- tête de ce manuscrit, est aux cou-
leurs {èlancy vermeil^ vert et noir) et porte la devise (jamès) de Char-
les VI. Du Guesclin y est représenté avec un costume de cérémonie
brodé à ses armes, dd)Out, tête nue, tenant de la main droite son épée
et de la main gauche l'épée de connétable. La physionomie du célèbre
capitaine a une expression individuelle si prononcée, qu'il est impossi-
ble de n'y pas voir un portrait. On lit sur la feuille de garde du 1" vo-
lume de ce manuscrit (n® 6474) : a Ce manuscrit, échappé du château du
Verger^ a été envoyé par M. Marchand de la part de M. le prince de
Rohan pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise. Ce 21 avril
1779. » La terre et le château du Verger, en Anjou (auj. château de
la commune de Seiches, Maine-et-Loire, arr. Baugé), avaient passé aux
Rohan à la fin du quatorzième siècle par le mariage de Charles de Ro-
han avec Catherine du Guesclin, dame du Verger, fille unique de Ber-
trand du Guesclin, U du nom, marié à Isabeau d'Ancenis et neveu à la
mode de Bretagne du connétable qui lui avait légué par testament, le 10
juillet 1380, deux cents livres de rente assises sur sa seigneurie de Sens,
n y a lieu de croire par conséquent que le manuscrit provenant du
Verger, et dont l'écriture trahit la fin ou quatorzième siècle ou les pre-
mières années du quinzième, a appartenu a Catherine du Guesclin. Le
manuscrit de la bibliothèque de Leyde, qui est aussi en grande partie
l'œuvre de Raoul Tainguy, provient de la même région que son con-
génère de la Bibliothèque Nationale, car on y lit ces mots en marge, à
ifiii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
meurt des suites de ses blessures le soir même de la bataille. Cet
eugagement coûte la vie à deux chevaliers picards, Baudouin,
sire d'Annequin^y mattre des arbalétriers de FrancCt et Louis de
Haverskerque. Finalement, les Français restent maîtres du champ
de bataille. Guillaume de Gauville ', Pierre de Sacquenville, Ber-
trand du Franc tombent entre les mams des vainqueurs*. Le
reste de l'armée navarraise se débande et gagne la forteresse
d'Acquigny*. Cette bataille de Cocherel se livre le jeudi 16 mai
1364. P. 127 à 130, 306 à 310.
la parde supérieure du premier feoiUet : c Premier rolome de l'hif-
toire de mesure Jehan Froissart aehêpté à Angers par moi C. (Qande)
Fauchet Tan 1593 ; fut relié à Tours; me cousta 5 livres 2 sous en
tout, n Raoul Tainguy a forci le texte de Froissart, dans le manuscrit
de Leyde, d'interpolations qui n*ont pas une sareur bretonne moins
prononcée que celles du manuscrit de la Bibliothèoue Nationale. Le
guy ajoutera a cette liste le nom d'un de ses compatriotes qu i
gnera ainsi : c Maleterre, breton, nez de Saint Melair lez Cancalle où
sont les bonnes oestres. » JUs. de la bibliothèque dt ^université de Lejrde^
fonds FouiuSy rfi 9, /*» 344 v®.
1. Baudouin de Lens, sire d'Anneqnin (Pas-de-Calais, arr. Béthune,
c. Cambrin), ëtait depuis dix ans le fidèle compagnon d*armes de Ber-
trand du Guesclin avec lequel il avait organise des joutes à Pontorson
dès 1354 (Bist, de du Guesclin, p. 122, note 2V Enriron trois semaines
ayant Cocherel, le 25 avril, Baudouin, sire a*Annequin, avait donné
quittance de 1088 francs d'or qui lui avaient été assignés « pour cer-
tain service par lui fait ou roy nostre dit seigneur devant RoUeboise. s
Bibl, Nat., Quittances, XV, n» 7.
2. Charles Y donna vers 1366, les château et seigneurie de Tillières
(auj. TilUères-sur-Avre, Eure, arr. Évreux, c. Yemeuil) à Gui le Ba-
veux, seigneur de Longueville, « en récompense da ce qu'il avoit fait
prisonnier en la bataille proche Cocherel Guillaume de Gauville, en-
nemi du roi. » Areh, Nat.^ J217, n* 23.
3. A la liste des prisonniers de Cocherel on peut ajouter Geffroi de
Roussillon pris par Amanieu de Pommiers, l'Anglais Robert Chesnel
par Gaudrjr de Ballore {Arch. Nat.y sect. jud., X** 19, i^» 300 et 301),
te Navarrais Pierre d' Aigrement, capitaine du Boisnie-Maine, par un
écuyer du diocèse de Quimper (Bibi. Nat,^ ms. lat. n* 5381, II, 175),
Jacques Froissart, secrétaire du roi de Navarre {BibL Hat,, Quittances,
XV, 211), Jean de Trousscauville, ch» (Ibid., XV, 258), Colin de Fré-
ville, écuyer {Arch, Nat,, JJ146, n<» 364), Jean de Launoy, bourgeois
d'Évreux (JJ116, n» 111,), enfin Baudouin de Bauloz, Jean Gansel,
Lopez de Saint-Julien, capitaines navarrais d'Anet, de Livarot et de
Samt-Sevcr {Arch. Nat, , J38 1 , n» 3) .
4. Eure, arr. et c. Louviers. &i 1364, Acquigny était au pouvoir
des Navarrais. Bibl. Nat,, Quittances, XV, 264.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, g§ 510-529. ux
Gui de Gauville, fils de Guillaume de GauviLle, arrive sur le
champ de bataille à la tète de la garnison navarraise de Conches;
à la nouvelle de la défaite des siens, il reprend en toute 4iâte le
chemin de sa forteresse. Les trente qui ont enlevé le captai le
transportent à Vernon^ et de là à Rouen. P. 130 à 132, 310, 311 .
Charles Y reçoit la nouvelle de cette victoire à Reims ^. ou il
est allé se faire couronner roi de France. — Noms des principaux
personnages qui assistent au couronnement. — - Retour de Charles V
à Paris. P. 132 à 134, 311 à 313.
Charles Y investit Philippe son plus jeune frère du duché de
Bourgogne *, et, à la prière de celui-ci, pardonne à l'Archiprêtre
1. Yemon a^ait été cédé par le dauphin régent le 21 août 1359, en
échange de Meiun, à la reine Blanche de NaTarre, veure de Philippe
de Yalois, ainsi qae Yernonnet, Pontoîse, Neaufles, toute laWicomté
de Gîsors à l'exception de la rille et du château, Neufchatel et Gour-
nay. Blanche, sœur de Charles le MauTais, était toute dérouée à son
frère ; et , s'il faut en croire le Cauchois Pierre Cochon , la châtelaine
de Yernon, trompée par la feinte de Bertrand, se hâta trop de fêter la
rictoire du captai de Buch ; c Si ayint que messire Bertran se retrajr
et fist passer ses sonunages oultre la riTière (d'Eure). Les nouTelles
yindrent à la rojne Blanche que les Franchois estoient desconfits et,
celles nouYclles oves, menestriex commenchèrent à corner, et dames
et damoiselles à danser et démener si grant \oye que nul ne le peust
penser. Et tantost après, en mainz de deux hores, oïrent autres non-
Telles. De quoj les vielles lurent mises soubz le banc et fii la grant
joje tournée à grant plor. Et avoit la dite roine une grant huche toute
plaine de linges, robes et de chausses semellées à ponlaine , qui cou-
roient pour le temps, à leur donner après la bataille ; et pour ce que le
roy de Franche 07 parler de celle grant joye et que Vemon estoit
trop entre les forteresches des Navarrois, elle ni mise hors. 9 Chronique
Normande de P. Cochon, publiée par M. Charles de Beaurepaire, Ronen,
1870, p. 111 et 112. — Il est certain, en effet, que presque tous les
actes, émanés de la chancellerie de la reine Blanche postérieurement à
la bataille de Cocherel, sont dates de son château de Neaufles (aujour-
d'hui Neaufles-Saint-Martin , Eure, arr. les Andelys, c. Gisors). Bièl,
Nat,, Quitt., XV, 167, 248.
2. Charles Y reçut la nouvelle de la victoire de Cocherel la veille
de son sacre, le samedi 18 mai, deux jours après la bataille, au mo-
ment où il arrivait aux portes de Reims. Cette nouvelle lui fut appox^
tée par deux messagers, l'un, Thomas Lalemant, son huissier d'armes,
à qui il assigna en récompense 200 livres parisis de rente {Arch, Nat,^
JJ96, n«> 372), l'autre Thibaud de la Rivière, ëcuyer breton de la
Compagnie de du Guesclin, qu'il gratifia de 500 livres tournois de
rente {Catalogue Joursanvault, I, 6, n» 33; 309, n^ 1710).
3. Quoique Philippe eût été crée duc de Bourgogne par le roi
Jean à Germigny-sur-Mame dès le 6 septembre 1363, Charles Y cou-
tx CHRONIQUES DE J. FROISSART.
sa conduite à Gocherel. Il fait couper la tète à Pierre de Sacquen-
ville à Rouen*. Guillaume de Gauville, fait prisonnier à Gocherel,
est échange contre Brumor de Laval, captif à Évreux. Le captai
de Buch est transféré de Paris à Meaux ' où il doit tenir prison.
Bertrand du Guesclin rachète au prix de cinq ou six mille francs
le château de Rolleboise à Wauter [Straël], capitaine de cette for-
teresse.— Charles y met sur pied trois armées. La première, sous
les ordres du duc de Bourgogne, va mettre le siège devant Mar-
chelainville , en Beauce ; la seconde ^ dont Bertrand du Guesclin
est le chef, opère dans la direction du Cotentin et sur les mar-
ches de Cherbourg ; la troisième enfin , commandée par Jean de
la Rivière, assiège le château d'Acquigny'. P. 134 à 137, 313
à 315.
Louis de Navarre, frère puîné de Charles le Mauvais, Robert
tinua de donner à son plus jeune frère le titre de c duc de Touraine i
jusqu'au 2 juin 1364, jour où il se décida à confirmer au profit de
Philippe la donation du duché de Bourgogne faite par son père (dom
Plancher, Hist, de Bourgogne ^ II, Preuves, ccLxxvni). Une particularité
que tous les historiens semblent avoir ignorée, c'est que Charles V, par
acte daté de son château du Goulet, le 18 avril 1364, dut promettre à
son second frère Louis, duc d'Anjou , qu'au cas où il vienorait à avoir
des héritiers mâles légitimes aptes à lui succéder sur le trône , il don-
nerait à perpétuité à son dit frère le duché de Touraine, tant la cite et
et le château de Tours, que toutes les autres appartenances de ce duché.
Areh, Nat.^ J375, n» 3.
1. Pierre de Sacquen ville fut exécuté a Rouen entre le 27 mai et le
13 juin 1364. Le 13 juin 1364, Charles Y donna à son amé et féal ch**
et chambellan Pierre de Domont les châteaux, forteresses ou manoirs
de Sacquenrille (Eure, arr. et c. Évreux) et de Bérengeville ainsi que
les terres, situées en Brie et ea Champagne, confisquées sur Pierre de
Sacquenville, a comme il se feust mis en la bataille du captai de Buch
pour le TOj de Navarre, ennemi de nous et de notre royaume , contre
noz bons et loyaux chevaliers et subgiez et en jcelle bataille, à la des-
confiture du dit captai et sa compaignie, le dit Pierre ait esté pris et,
comme traitre de nous et de nostre rojaume, amené en noz prisons en
nostre p'tlie de Rouen et illeucques pour ses démérites exécutez (Jreh, Nat,^
JJ96, no 116). A la même date, les châteaux ou manoirs de Corvail et
de Couvay, confisqués comme les précédents sur feu Pierre de Sac-
quenville, furent donnés à Jean de Gaillon, sire de Groslej. /&«/.,
no 118.
2. Au commencement du mois de septembre 1364, la belle reine
Jeanne d'Évreux, veuve de Charles le Bel, dame de Château-Thierry,
qui nourrissait un sentiment tendre pour le captai de Buch, obtint du
roi que le vaincu de Cocherel reviendrait tenir prison à Paris. Uisi. de
du Guesclin^ p. 600 à 603.
3. Du 14 juillet au 20 août, Mouton, sire de Blainville, capitaine
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, SS ^^1 0-^29. lzi
Knolles, Robert Ceni, Robert Briquet, Creswey, à la tftte de
douze cents combattants, ravagent le pays compris entre Loire
et Allier, le Bourbonnais et surtout les environs de Moulins, de
Saint-Pierre-le-Moutier * et de Saint-Pourçain. Bernard et Hor-
tingo de la Salle, ayant sous leurs ordres quatre cents compa-
gnons, s'emparent par surprise de la Charité-sur-Loire * dont les
pour le roi au diocèse de Rouen pardeçà Seine, alla assiéger Acquif;ny,
à la tête d'une troupe qui comprenait à la fin du siëge 44 cheraliers,
tant bannerets que autres, et 105 ^cuyers (Bibl. Nat,^ Quitt., xt, 49,
53). Mouton leva au commencement de septembre le siëge d*Acquigny
pour aller avec le duc de Bourgogne sur les bords de la Loire renfor-
cer le sî^e mis par les Français devant la Charité.
1. L'une de ces forteresses, situées enure Loire et Allier, était encore
oocnpëe en 1367 par un routier navarrais nommé le bour Camus. Nous
▼oulons parler de Beauvoir qu'il nous est impossible d'identifier même
d'une manière dubitative, ainsi que l'a fait M. Chazaud {La Chronique
du Bon duc Lojs de Bourbon^ p. 16, note 2), arec Beauregard. Beauvoir
est aujourd'hui un château de Saint-Germain-Chassenay , Nièvre,
arr. Nevers, c. Decize. Ce lieu fort était tombé de bonne heure an
pouvoir des Compagnies, car dès 1358 Pierre de Chandio, châtelain de
Decize pour le comte de Flandre et de Nevers, faisait réparer le pont-
levis du château confié à sa garde, t pour obvier à la maie volenté des
Englois qui tenoient plus de cent forteresses... Droy, Beauvoir^ Vitry,
Isenay, Saint Gracien sur Allier,... lesquels plusieurs fois se misent en
essey de eschaler, embler et prendre la rille et le chastel de Decizè. s
Arch. de la Céie d'Or^ B4406; Jnvent., II, 112. — La reddition de
Beauvoir et la prise du bour Camus par les gens du duc de Bourbon
durent aroir lieu après décembre 1367 (/^û/., Bô498;//i('eiU.,II, 273).
— Un peu au nora-est de Beauvoir, sur la rive droite de la Loire, les
Compagnies anglo-navarraises tenaient à la même ëpooue le château de
Montëcot dont les ruines informes se voient encore à âémelay, Nièvre,
arr. Château-Chinon, c. Luzy. L'identification, faite par M. Chazaud,
de Montëcot avec Montesche nous parait inadmissible. La Chronique du
bon duc Lojrs de Bourbon^ p. 16, note 3.
2. La date de l'occupation de la Charité-sur-Loîre (Nièvre, arr.
Cosne), qui n'a été donnée jusqu'à ce jour d'une manière un peu pré-
cise par aucun historien, doit être fixée au mois d'octobre 1363. Cela
résulte d'une lettre de rémission accordée par Charles Y en janvier 1367
(n. st.) à Jeannet Sardon ou Sadon, de la Charité-sur-Loire, a conune,
en la fin du moys de septembre en fan McccuLm, le fort de la tour de
Bèvre (auj, château de Germigny, Nièvre, arr. Nevers, c. Fougues, sur
la rive droite de la Loire, à peu près à ëgale distance de Nevers au sud
et de la Charité-sur-Loire au nord) eust esté et fust prins par aucuns
Angloiz, noz enemis et celiui an la ville de la Charité dessus dicte eust esté
et fust ou moys <F octobre ensuivant prinse par autres Angloiz^ Gascons et
autres gens de CompaigniCf eulx porians pour lors noz enemis, lesquelles
forteresses, ainsin prises, furent détenues et occupées par noz diz enne-
mis bien par Cespaee de sè»e ou dix et sept moys ou environ : durant le-
IX T Cf IONIQUES DE J. FROISSAHT.
habitants se réfugient à Nevers. A la nouvelle de la prise de cette
ville, Louis de Navarre envoie aux vainqueurs un r^fort de trois
cents armures de fer sous les ordres de Robert Briquet et de
Creswey. P. 137 à 139, 315, 316.
Prise de Marchelainville ^ par le duc de Bourgogne et d'Ac-
quigny par Jean de la Rivière. P. 139 à 141, 316, 317.
Siëge, prise et rasement du fort de Chamerolles^ par le duc
quel temps, le dit Surdon, qai pour Tempeschemeiit de aoz diz enemis
ne poToit demourer en la dicte ville de la Charité, demoura en la ville
de Sancerre en l'ostel et on aeivlce de Ettienne de Heriçon, bourgois
du dit lieu de Sancerre, ôon oncle. Si advint que par plusenrs foys les
diz enemis furent et vlndrent en la dicte ville de Sancerre, tant pour
traictier de finances ou raençons d'aucuns de leurs Compaignons qui
Srins y furent par plusenrs intervalles par nostre amë et féal le conte
e Sancerre et sez frères et par leurs genz qui contre yceulx enemis
firent moult honorable et loyal guen*e et leur portèrent très grans do-
maîges, si comme Ten dit, comme pour traictier de la raençon de plu-
seurs personnes du pays que les enemis y tindrent prisonniers par de*
vers eulx. Et mesmement les diz enemis, tenans la dicte ville de la
Chante, forent et repaîrèreut ploseurs.foiz en la dicte ville de San-
cerre pour traictier de la delÎTrance de la dicte Charité, duquel traictîé
le dit conte fu par aucune parâe du temps chargié, si comme l'en dit,
auxquielz enemis, tant pour ce (jue il fussent plus favorables et gra-
cieux à la délivrance de leurs prisonniers et à passer et consentir lez
traictiez de la dicte delivrrnce de la Charité et afin de apaisier leurs
malvaises et dures volentez et que il n'ardissent les maisons et manoirs
du dit Sadon et du dit Estienne son oncle, ycellni Sadon tint aucune
foiz compaignie en la dicte ville de Sancerre et leur vendi et délivra
vins, advenes et autres choses, et merchanda avec eulx de chevaulx et
d'autres choses, tant pour lui et pour le dit Estienne son oncle comme
pour le traictië et délivrance d'aucuns prisonniers qui prins furent ou
temps dessus dit, tant en la dicte tour de Bèvre comme en la dicte ville
de la Charité... » Arch. Nat.^ JJ97, n« 638, f» 178.
1. Auj. hameau de Péronvilie, Eure-et-Loir, arr. Châteaudun,
c. Orgères. Les ruines du fort de Marchelainvilie sont encore marquées
sur la carte de Cassini. La forme de ce nom de lieu, dans les divers
manuscrits de Freissart, est Marceranville^ MarcerainvilU^ MacerenvUle,
Macheranvîlle (p. 139, 315). M. de Barante (^Hist. des ducs de Bourgogne^
éd. de Bruxelles, 1837, I, 74) a identifié la forteresse ainsi désignée
avec Marchéville (Eure-et-Loir, arr. Chartres, c. Illiers), mais cette
identification ne soutient pas l'examen.
2. Château situé à Chilleurs-aux-Bois, Loiret, arr. et c. Pithiviers.
Les ruines de ce lieu fort sont, comme celles de Marchelainvilie, mar-
2 nées sur la carte de Cassini. Par acte daté de Paris en septembre 1367,
Iharles Y octroya une lettre de rémission à Thibaud de Grassay,
* - '' "" • ^" ^ • .Sal-
; for-
i deâ
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-529. lxlu
de Bourgogne. — Siège et prbe da château de Dreux et du fort
de Preux ^. — Reddition du fort de Ck)uyay '. — Le duc de Bour-
gogne quitte la BeauceS et, après avoir eu une entrevue avec le
enTirons et employant le produit de ses rapines à mettre la dite ëglise
en état de résister aux attaques des Compagnies, « excepte une queue
de Tin que ycellui suppliant yendi pour nure couvrir un jaque, quant il
ala servir nostre très cher et tr^: amé frère le duc de Bourgoigne quant il fu
devant le fort de Chamerolss,,, » Arch, Nat,^ JJ97, n» 413, ^ 106. —
D'après le rëcit de Froi «art, le fort de ChameroUes derait être situe
dans le voisinage de MarcheiainTÎHe. M. de Barante s'est donc trompe
en roulant reconnaître dans le premier de ces deux forts un c Came-
roUes » qu'il faudrait aller chercher à mi-chemin de Montareis et de
Gien et un peu à Test de ces deux rilles (auj. hameau de Châtillon-
sur-Loing, Loiret, arr. Montargis).
!• Vers le milieu de 1364, le château de Dreux n'ëtait plus depuis
longtemps au pouvoir des Compagnies, et nous révoquons en doute
jusqu'à preuve du contraire cette partie du récit de Froissart. Quant à
Preux, que M. de Barante a transformé en Preuil, nous ne connaissons
aucun lieu fort de ce nom en Beauce, dans le pays chartrain ou le
Perche.
2. On peut lire à volon'^é dans les manusc -its de Froissart Connais
Connay^ Couvai ou Couvay, Nous avons préféré la forme Couvai,^ nom
de lieu qui s'est conservé en composition dans Crécy-Couvé, Eure*-et-
Loir, arr. et. c. Di'enx. Quoi qu'il en soit, l'identification faite par
M. de Barante du Couvai de Froissart avec un Conneray^ nom de heu
qui nous est inconnu (serait-ce Connerré, Sarthe, arr. le Mans, c. Mont-
rort?), cette identification est tout à fait inadmissible : le temps et
l'usage contractent souvent les formes, mais ne les allongent jamais,
surtout à l'intérieur des mots. Y. Histm des ducs de Bourgogne^ I, 75.
3. Une montre publiée par dom Plancher {Hist, de Bourgogne^ III,
556) nous fait connaître les principaux chevaliers qui servirent en
Beauce sous le duc de Bourgogne. On y distingue le comte de la Mar-
che, Simon, comte de Braine, Jean le Maingre, dit Boucicant, maré-
chal de France, Enguerrand, sire de Concy, Amauri, sire de Craon,
Antoine, sire de Beavjeu, Jean de Vienne et Robinet de Chartres,
écuyer. Philippe, duc de Bourgogne, dut quitter la Beaucer, pour se
rendre & la cour du roi son frère, du 10 au 24 août 1364, car c est en-
tre ces deux dates que Charles Y fit un séjour en Brie, soit à Crevé*
ccBur, soit à Vaux, soit à Crécy. L. Delisle, Mandements de Charles V^
p. 31 à 33, no* 66 à 70. — Cette campagne du duc de Bourgogne en
Beauce fut entreprise presque au lendemain de la victoire de Cocherel,
dans le courant de juin 1364. Du Guesclin semble avoir été chargé au
début de la direction générale des opérations. Dans deux quittances de
Renier le Coutelier, vicomte de Bayenx et trésorier des guerres, en
date des 15 et 24 juin, Bertrand est qualifié capitaine général de la pro-
vince de Rouen et du bailliage de Chartres ou encore lieutenant du roi entre
Loire et Seine (Bibl, Nat.^ Quitt., xv, 29, 34). Cest seulement dans la
dernière semaine de juin que le comte de Longueville fut envoyé en Basse
Normandie contre les Navarrais (La Roque, Hist. de la maison de Har^
Lxiv CHRONIQUES DE J. FROISSâRT.
roi son frère à Vaux-la-Gomtesse en Brie, accourt à la tête de
toutes ses forces en Bourgogne où il force le comte de Montbé-
liard et ses alliés d'Allemagne , qui ont profité de l'absence de
Philippe pour envahir le duché, à rebrousser chemin et à repasser
précipitamment le Rhin^ P. 141 à 143, 317 à 320.
Le connétable ^ et les deux maréchaux ' de France mettent le
siège devant la Charité; ils sont bientôt rejoints par le duc de
urgogne\ revenu de sa chevauchée dans le comté de Montbé-
r
courte IV, 2300). Bertrand était à Caen le 21 juin {Bibl. Nat,^ ms. fr.
no 22469, f° 77); il assiégeait Valognes le 9 juillet {Arch. Nat,^ JJ98,
n*» 210) et, le 11, il avait pris cette ville {Ibld.^ JJi08, n» 329).Le 24,
il était de passage à Saint-Lo (Jbid,^ JJ96, n<» 429). Il allait renforcer
la petite armée qui, dès le 12 juillet, avait mis le siège devant ixfaauf-
four (Orne, arr. Argentan, c. Merlerault), sous les ordres du maréchal
de la Ferté, de Pierre, seigneur de Tournebu, et de Guillaume du
Merle, seigneur de Messey. Les machines des assiégeants lancèrent
2960 pierres, et les assiégés ne se rendirent qu'au bout de 42 jours.
{Bibl, Nat.^ ms. fr. n» 4987, f« 91; Quittances, xv, n» 72'.
1 . Philippe, alors duc de Touraine, avait lancé les Compagnies sur
le comté ae Bourgogne dès le mois de décembre 1363. La comtesse
Marguerite avait appelé sous les armes la noblesse comtoise, après avoir
fait rompre le pont d*Apremont (Haute-Saône, arr. et c. Graj) ; et le
comte deMontbéliard et Jean de Neufchâtel, neveu du comte, s'étaient
mis à la tête de cette noblesse. Le 25 juillet 1364, Ancel de Salins
avait signé à Viliers-Farlay un traité de paix avec le duc au nom de la
comtesse; mais le comte de Montbéliara et son neveu avaient refusé
d'y souscrire. A la fin du mois de septembre suivant, apprenant que le
comte de Montbéliard, à la tête de quinze cents lances recrutées en
Alsace et en Allemagne, s'était avancé jusqu'à Châtiilon-sur-Seine, le
duc de Bourgogne s'était mis à sa poursuite avec l'Archiprétre et l'avait
forcé à chercher un refuge en Alsace, où Arnaud de Cervolle alla por-
ter le ravage, ainsi que dans les comtés de Bourgogne et de Montbé-
liard. Finot, Recherches^ p. 92.
2. Robert, dit Moreau, sire de Fiennes.
3. La première rédaction (p. 145, lignes 4 et 5) dit que ces maré-
chaux étaient Boucicaut et Mouton, sire de Blainville. Boucicaut était
en effet maréchal de France et il prit part au siège de la Charité. Quant
à Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville, il assista aussi
à ce siège, à la fin de septembre et dans les premiers jours d'octobre
{Bibl. Nat.^ Quitt., xv, .66, 95), et il y eut plusieurs chevaux tués et
affolés (Delisle, Mandements de Charles T, p. 48, n* 93) ; mais il ne fut
fait maréchal de France que le 20 juin 1368 (Anselme, Kist. généaL^
VI, 756). La seconde rédaction (p. 321) substitue Amoul, sire d'Au-
drehem, à Mouton, sire de Blainville.
4. Philippe, duc de Bourgogne, avait mis le siège devant le fort de
Moulineaux (auj. hameau de la Bouille, Seine -Inférieure, arr. Rouen,
c. Grand-Couronne) à la fin d'août et dans les premiers jours de sep-
tembre. Le S septembre^ Guillaume de Calletot, ch***, était envoyé avec
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 510-529. lxv
liard. Bertrand du Guesclin^ lai-même, après une campagne dans
le G)tentin, Jean de la Rivière', après la levëe du siëge d'Évreux,
viennent renforcer les assiégeants. La garnison de la Charité fait
souvent des sorties, et, dans une de ces escarmouches, Robert
d'Alençon, fils du comte d'Alençon, Louis d'Auxerre, fils et frère
des deux comtes d'Auxerre % sont faits chevaliers. Louis de Na-
un antre chevalier, quinze hommes d^armei et deux archers étoffée
« en l'aide de très excellent et puissant prince mS' le duc de Bour-
goigne qui a mis un siège devant U fort de Moulineaux, » Bi6l, Nai,^
Quitt., aV, 64 à 57. — Rappelé par l'invasion des Compagnies sur les
frontières de son duché, Philippe quitta précipitamment la Normandie
et n'arriva devant la Charité qu'à fa fin de septembre , car nous avons
une lettre de Philippe adressée a Jacques de Vienne, son lieutenant
dans le Lyonnais, et datée de Cosne-sur-Loire^ le lundi 30 septembre
(dom Plancher, Hist, de Bourgogne^ II, 300). D'un autre côté, le man-^
dément de Charles V mentionnant la présence devant la Charité de Mou-
ton, sire de Blainville, € en la compaignie de nostre très chier et amé
frère le due de Bourgoigne *, est du 7 octobre 1364.
1 . Quoi qu'en dise Froissart, il est presque impossible d'admettre
que du Guesclin ait pu assister au siège de la Charité. Le 20 août 1364,
le nouveau comte de Longueville, sire de Broons et de la Roche Tesson,
chambellan du roi, s'intitulait encore « lieutenant général en Norman-^
die > dans une quittance de cent francs d'or de l'argenterie du roi dé-
lÎTrée à Renier le Coutelier {Bibl, Nat.^ dép. des mss.. Titres originaux,
au mot du Gueselin). Peu avant le 20 septembre, Charles Y donnait
l'ordre d'annuler les assignations de deniers faites antérieurement à
Bertrand sur les receveurs de Chartres, d'Évreux , de Lisieux de Séez ,
de Bayeux, de Coutances et d'Avranches {Bibl. Nat.^ Quitt., XV, 62) ;
et cette annulation serait inexplicable , s'il fallait admettre avec Frois-
sart que du Guesclin servait alors le roi de France devant la Charité.
Le 29 septembre suivant, le vainqueur de Cocherel prenait part à la
bataille d'Auraj. Entre ces deux aateS| on voit qu'il ne reste pas de
place pour un vojage à la Charité et le retour en Bretagne.
2. Dès le commencement de juillet 1364, Mouton, sire de Blainville,
avait mis le siège devant Evreux {Bibl. Nat.y Quittances, XV, 53). Au
mois de septembre suivant, Charles V accorda une lettre de rémission à
Jean le Rebours, dojen, vicaire et officiai d'Évreux, partisan du roi
de Navarre, « à Jarequeste de Hue de Chastillon, maistre de nos arba-
lestriers (nommé en remplacement de Baudouin, sire d'Annequin, tué à
Cocherel), de Jean, sire de la Rivière et de Préaux, nostre chambellan,
et de Mouton, sire de Blainville, nostre conseiller, qui ont esté et sont de
par nous à siège devant la dicte ville. » Arch, Nat.^ JJ96, n® 256, f^ 85
vo. — Les Français avaient déjà levé le siège d'Évreux en octobre,
car dans le courant de ce mois le roi octroya une lettre de rémission à
Jean Quieret, seigneur de Fransu, chevalier, et à Godefroi de Nojelle,
écuyer, considéré que « dicti miles et Godefridus coram civitate Ebroy-
eensi in comitiva dilecti et fidelis militis et cambellani nostri Joliannis
de Riparia fuerunt,... » Arch. Nat., JJ96, n© 294, f<» 93 et 94.
3. En 1364, Jean de Chalon, IV du nom, fils aîné de Jean de Cha-
Lxvi CHRONIQUES DE J. «"ROISSART.
varre , cantonné sur la frontière d'Auvergne , appelle au secours
des assièges Robert Knolles, Gautier Hewet et Mathieu de Gour-
nay; mais le comte de Montfort a pris ces chevaliers anglais à
son service pour assiéger le fort château d'Auray, et il a besoin
plus que jamais de leur aide pour tenir tête à Charles de Blois
son concurrent, qui se prépare à lui faire la guerre à la tête
d'une puissante armée. P. 145, 146, 320 a 322.
Louis de Navarre, en qui la garnison de la Charité met toute
son espérance, évacue l'Auvergne pour se rendre en Normandie
dans la région de Cherbourg*. Charles V est obligé de [rappeler
ses gens d'armes de la Charité pour les enrôler au service de
son cousin Charles de Blois ^, et il invite le duc de Bourgogne son
Ion, III du nom, comte d^Auxerre et de Tonnerre, prenait le tître de
comte d^Auxerre concurremment avec son père, quoique celui-ci, pri-
sonnier non rachète des Anglais, fût encore Tivant. Le père Anselme
(^Hist, généal,^ YUI, 419) se trompe en faisant mourir Jean III avant
1361. BîbL Nat,^ Clairambault, xxvii, 1993.
1. Louis de Navarre, frère de Charles le Mauvais, arriva en Norman-
die, non pas, comme le dit Froissart, après la mort de Philippe de Na-
varre, comte de Longueville, décédé dès le 29 août 1363, mais après
la défaite du captai de Buch à Cocherel , vers le milieu du mois d'oc-
tobre 1364. Le premier acte que nous connaissions, qui atteste Tar-
rivée et la présence de Louis de Navarre en Normandie , est daté Je
Mortain /e 21 octobre 1364 ; Louis, comte de Beaumont le Roger, prend
dans cet acte le titre de lieutenant du roi de Navarre en France^ Nor^
mandie et Bourgogne {Bibl, Nat,, Quilt., XV, 92). D'autres actes, éma-
nés de Louis de Navarre, sont datés de Cherbourg le 31 octobre {Ihid,^
no 99), de Bricquebec, le 2 novembre (Jbid.^ n* 104), de Valognes, le
16 novembre (Jbid,, n» 110), d'Avranches, le 16 décembre 1364 [Ibid,^
no» 113 et lld), d'Evreux, le 14 février 1365 {Ibid., vP 136), de Pon-
taudemer), le 19 février (Ibid.^ n» 138), d'Évreux, le 22 mars (Ibid,^
n» 151), de Cherbourg, le 10 avril {Ibid., n» 156), les 12 et 20 août
(ibtd., n»* 195, 197) de Bricquebec, le 4 novembre (ibid.^ n© 226), de
Cherbourg, le 13 novembre {/A/W., n» 232), de Gavray, le 24 novem-
bre (Ibid., no 238), de Bricquebec, les 11 et 12 décembre (Ibid.^
uos 245, 246), de Gavray, le 19 décembre (/A«/.,n<»251), d'Avranches,
le 20 décembre 1365 (Ibid,, no 252).
2. Ce ne fut point, comme Froissart le dit par erreur, pour les enrôler
au service de Charles de Blois, que le roi de France rappela les gens
d*armes envoyés devant la Charité, car le retour de ces gens d'armes
est postérieur à la bataille d'Aurajr. Cette bataille se livra le 29 sepj-
tembre, et à cette date. Mouton, sire de Blaînville, par exemple, n'était
pas encore revenu du siège de la Charité, puisque l'on fut obligé, « en
Tahsence de ce chevalier, capitaine pour le roy es cité et diocèse de
Rouen », de confier la défense du pays à Regnault des lUes, bailli de
Caux (Bibl, Nat,^ Quitt., XV, 66). Traqué à outrance sur tous les
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ S30-545. lxvii
frère à traiter avec les assiégés. On permet à ceux-ci de se reti-
rer où bon leur semblera, après leur avoir fait prêter serment de
ne point s'armer contre le royaume pendant trois ans. Les habi-
tants de la Charité rentrent dans leurs foyers, et le duc de Rour-
gogne retourne en France*. P. 147, 148, 322.
CHAPITRE LXXXIX.
13649 29 SEPTEMBRE. BATAILLE d'aUHAY. 136$, 12 AVRIL.
TRAITA DE GUÉRAHDE. (§§ 530 à 545.)
Le roi de France, apprenant que la guerre va se ralhmer entre
Jean de Montfort et Qiarles de Rlois, envoie à ce dernier un se-
cours de mille lances sous les ordres de Rertrand du Guesclin ^.
points de la Normandie depuis la journée du 16 mai 1364, le parti
nayarrais essaya dans le courant de septembre de mettre à profit le
départ du duc de Bourgogne et du sire de Blainville pour la Charitë,
de Bertrand du Guesclin pour la Bretagne ; il crut que les circonstances ~
étaient favorables pour regagner le terrain perdu depuis Cocherel. Les
choses en vinrent à ce point «rue Ton craignit un instant que le clos
des galées de Rouen, ce grana arsenal de la France an quatorzième
siècle, ne tombât au pouvoir des Navarrais qui occupaient Moulineaux ;
et Ton mit sur pied en toute hâte douze hommes cParmes, vingt arba-
létriers et archers chargés spécialement de la défense de ce clos (Biùi.
Nat,^ Quitt., XV, 58). C'est pour ces motifs que ^Charles V rappela ses
gens d'armes de la Charité et que, comme nous le montrerons dans
une des notes du chapitre suivant, il dut voir avec un certain déplaisir
Bertrand du Guesclin interrompre une campagne signalée par tant de
succès et laisser la Normandie à peu près sans défense pour aller en
Bretagne mettre Tépée du vainqueur de Cocherel au service de Charles
de Blois.
1. Le duc de Bourgogne, après le siège de la Charité, ne retourna
pas en France. Le 26 novembre 1364, il fit son entrée solennelle à
Dijon en compagnie de son frère le duc d'Anjou. Au mois de janvier
de Tannée suivante , il entreprit une expédition contre les Compagnies
qui ravageaient la Champagne et assiégea Nogent-sur-Seine. Dom
Plancher, III, 13, 557, 568.
2. Du Guesclin, en allant mettre son épée au service de Charles de
Blois, à la fin de septembre 1364, semble avoir obéi bien plutdt à
l'inspiration de la fidélité et du dévouement qu'aux ordres du roi de
France. Charles V, en effet, put être contrarié de voir le vainqueur de
Cocherel s'éloigner de la Normandie au moment où le parti' navarrais.
Lxvitt aiRONIQUES DE J. FROISSART.
Charles, après avoir rassemble une année à Nantes S quitte cette
ville pour marcher contre le comte de Montfort qui a mis le siège
devant Auray. Noms des principaux chevaliers , tant bretons que
rëdnit à la détentbre depuis la joumëe du 16 mai, tendait à reprendre
rofTensive et redoublait d*audace dans toutes les parties de cette pro-
vince. Quoi au'il en soit, il est certain que , dès les premiers jours
d*aoât 1364, le roi de France fit tous ses efforts pour provenir le con-
flit et dépêcha auprès des deux compétiteurs Pierre Domont, l'un de
ses chambellans et Philippe de Troismons, Tun de ses conseillers, com-
mis pour <K aller devers le duc de Bretagne et le comte de Montfort
pour certaines choses touchans l'onneur et proufit du royaume. » Biùl.
Nat,^ Quitt., XV, 46; cf. les n»» 41 et 47. — Et lorsque les hostilités
furent sur le point d'éclater, lorsque Bertrand eut quitté la Normandie
pour aller rejoindre le prince au service duquel il avait fait ses pre-
mières armes, Charles Y n*eut rien de plus pressé que de casser aux
gages le chevalier breton, conmae le prouve un curieux mandement des
trésoriers généraux des aides, en date du 20 septembre 1364, dont le
texte est signalé et publié ici pour la première fois : a De par les ge-
nerauls trésoriers. Jehan TUissier, nous vous mandons que des deniers
de vostre récente vous paiez et délivrez à Rollant Foumier, notaire du
Chastellet de Paris, pour Tescripture de sept paires de lettres de vidi-
mus du dit Chastellet faisans mencion des lettres du roy nostre sire
encorporées es diz vidimus , par lesquelles le roy nostre dit seigneur
rappclloit l'assignacion faicte a monseigneur Bertran du Glesquin, conte
de Longueville, sur les esleuz et retîeveurs de Chartres, d'Evreux, de
Lisieux, de Sées, de Baieux, de Constances et d^Avranches : pour
chascune lettre , m sous parisis valent xxi sous parisis. Et , par rap-
, portant ceste présente cedule avecques lettres de quittance sur ce du ait
notaire, la dicte somme de xxi sous parisis sera allouée en voz comptes
sanz aucun contredit. Escript à Pans le xx« jour de septembre l'an mil
cccLXXiii. » BibL Nat.^ Quitt. » XV, n» 62. — Quand on connaît cet acte,
il est impossible d^admettre avec Froissart que du Guesclin ait fourni à
Charles de Blois un renfort de mille lances. Sans doute, Bertrand ne put
guère amener en Bretagne que sa compagnie proprement dite, composée
surtout de ses parents ou alliés de Bretagne et ae Normandie. L'un de
ces derniers, Robert de Bnicourt, ch^, seigneur de Mauy (Calvados,
arr. Bayeux, c. Isîgny), marie à Alice Paynel, fut fait prisonnier à Au-
ray par un homme d'armes anglais nommé Thomas Caterton. Celui-ci
exigea une rançon de quatorze mille francs. Robert de Brucourt, se
trouvant hors d'état de payer cette somme , l'emprunta à Bertrand du
Guesclin, son cousin, auquel il dut engager toutes ses terres et seigneu-
ries à litre hypothécaire. Arch. Nat.y JJ109, n® 427.
1 . Au mois d'août 1364, Charles de Blois ne se troqvait pas à Nantes,
mais à Guiiigamp ; et Cuvelier est beaucoup plus exact que Froissart
clans les deux vers suivants :
Tout droit à une ville, qui nommée est Guinguans,
Fu faite la semonce des hardiz combatans.
(Vers 5412 et 5413.)
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 330-545. lxix
français, qui ont rëpondii à l'appel du duc de Bretagne. Au mo-
ment du départ, Jeanne de Penthièvre exhorte son mari à re-
pousser toute proposition d'accommodement. Charles de Blois se
met en marche et arrive à Rennes^ avec son armée. P. 148 à 152,
323 à 327.
Huit lieues de pays séparent Rennes d'Auray *, Charles de
Blois part de Rennes un vendredi ' et se vient loger à trois lieues
d'Auray. L'armée franco-bretonne s'avance dans le plus bel
ordre. A cette nouvelle, Jean de Montfort et ses principaux capi-
taines, Jean Chandos, Robert Knolles, Eustache d'Auberchicourt,
Hugh de Calverly, Gautier Hewet, Mathieu de Gournay, tiennent
conseil. On décide qu'on ira à la rencontre de l'ennemi, et le
lendemain samedi la plus grande partie de l'armée assiégeante
exécute un mouvement rétrograde et vient se placer en travers
du coté par où s'avance Charles de Blois, pour lui barrer le che-
min d'Auray*. Arrivés en présence des forces anglo-bretonnes,
1. Charles de Blois, partant de Guingamp pour aller au secours
d'Auray assiégé par Montfort, se serait détourné de son chemin en
passant par Rendes, et il n'arait garde de suivre Titinéraîre indique
par Froissart. U fit sa première et principale étape à Josselin , où les
contingents qui n'avaient pas rallie Guingamp vinrent le rejoindre.
Cuvelier, Chronique de Bertrand du Guesclin, édit. de Charrière, I, 203,
ver» 5467 et 5476.
2. Froissart travaillait sans avoir sous les yeux aucune carte des pays
où se sont passés les événements qu'il raconte dans ses Chroniques.
Aussi sa géographie est-elle très défectueuse, surtout quand il s'agit de
régions où 1 infatigable narrateur n'avait pas été conduit par son hu-
meur curieuse, ou les hasards de sa vie errante. Personne n'ignore que
la distance qui sépare Rennes d'Aàray est, non pas de huit, mais de
plus de vingt lieues.
3. Nous avons dit , dans une des notes précédentes , que Charles de
Blois avait fait sa première halte à Josselin (Morbihan, arr. Ploôrmel).
La distance de Josselin à Auray (Morbihan, arr. Lorient) est de douze
à quinze lieues. L'étape suivante se fit, pendant la nuit du vendredi 27
au samedi 28 septembre, dans la lande de Lanvaux (à 3 kil. au N. de
Rochefort, entre la rivière d'Arz et le cours de la Qaie). Un témoin
qui déposa en 1371 dans l'enquête pour la canonisation de Charles de
Blois c....vidit semel dictum dominum Carolum de Blesiis, dum ibat
ad confiictum de Aurroyo in quo fuit mortuus, jacentem in abbatia
de Longis Vallibus supra quamdam sargiam , prœcinctum ad camem
quadam corda. » Bi6L Nat,, ms. lat., n» 5381, t. U, ^ 158. Cf. Cuve-
lier, vers 5760 et 5761.
4. A la nouvelle de l'approche de Charles de Blois, Jean de Mont-
fort, qui venait de s'emparer d'Auray, abandonna ses positions et vint
occuper, sur la rive droite du Loch, les hauteurs de la Forêt et de Ros-
ixx CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Oiarles et les siens s'arrêtent dans une position avantageuse au
milieu de grandes bruyères*. P. 152 à 154, 327, 328.
Par le conseil de Bertrand du Guesclin, Charles de Blois par-
tage son armée en trois batailles ou divisions , chacune de mille
combattants *, et une arrière-garde. Bertrand commande la pre-
mière de ces batailles^ les comtes d'Auxerre et de Joigny la se-
conde, Charles de Blois la troisième. Les seigneurs de Rais, de
Rieux, de Tournemine, du Pont forment l'arriêre-garde. Le duc
chevauche de rang en rang, excitant chacun à faire son devoir;
il affirme sur son âme et sa part de paradis ' que c'est pour son
bon et juste droit que Ton va combattre. P. 154, 155, 328, 329.
tevel, dans les environs de la gare actuelle d'Aurav. La rivière seule le
sf^parait des Franco-Bretons campés dans le bois de Kermadio. Ces dé-
tails topographiques, extraits d^une chronique inédite de la Chartreuse
d^Auray conservée à Tahbaye de Solesmes, sont empruntés à un très-
intéressant mémoire de dom François Plaine intitulé : La journée tCAu-
ray itaprh quelques documents nouveaux. Mémoires de tassoeiaiion bre^
ionne\ Saint-Brieuc, 1875, in-8», p. 87 et 88.
1 . Après avoir passé la nuit du 27 au 28 septembre dans la lande de
Lanvaux, Tannée de Charles de Blois s'était remise en marche le sa-
medi 28 par Plomergat (Morbihan, arr. Lorient, c. Auray). En peu
d'heures, on atteignit Keranna, aujourd'hui Sainte- Anne, et ensuite
les bois de Kermadio, sur la rive gauche du Loch ; mais il n'y eut
qu'une partie des troupes à s'avancer si loin : le reste de l'armée s'é-
clielonna entre le manoir de Kermadio et les moulins du duc en Tre-
valleray. Dom François Plaine, Mém, de Passociation bretonne^ p. 88.
2. Ce même nombre de quatre mille donné approximativement par
le P. Péan de Quélen (dom Morice , Preuves de Phistoire de Bretagne^
II, 11), par Cuvelier (vers 5758), par Guillaume de Saint-André
(vers 1129) confirme sur ce point la version de Froissart. Il parait y
avoir eu beaucoup de recrues dans les rangs des Franco-Bretons {Étbl,
Nat,^ ms, lat. n" 5381, t. I, f«» 109), et Cuvelier mentionne parmi les
champions du duc de Bretagne un jeune damoiseau qui n avait pas
quinze ans : c Chevaliers fu la faiz, n'ot pas quinze ans passez. »
Vers 6915.
3. Le saint et le héros sont si intimement fondus en la personne de
Charles de Blois qu'il est impossible de les distinguer : « Carolus, ante-
quam iret ad conflictum de Aurroyo in qao mortuus fuit, adeo infir-
mus fuerat per septem septimanas quod se sustinere non poterat; sed
illa infirmitate non obstante, ipse semper super straminibus, ut prœ-
fertur, jacebat. £t dum per istum et alios cubicularios suos reprehen-
debatyr pro eo quod ad conflictum ire volebat in tali debilitate, ipse
dicebat : a Ego ibo defendere populum meum : placeret modo Deo
quod contentio esset solum inter me et adversarium meum, absque eo
?uod alii propter hoc morirenturi » Bibl, Nat,^ ms. lat. n*> 5381,
» 175.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 530-S45. lxxï
Jean Chandos, charge dans l'autre camp de la direction su-
prême, divise aussi Tarmëe de Montfort en trois batailles et une
arrière-garde. Il met à la tète de la première bataille Robert
Knolles, Gautier Hewet et Richard Burleigh; la seconde a pour
chefs Olivier de Clisson, Eustache d'Auberchicourt et Mathieu de
Gournay; enfin, Chandos s'est réserve pour lui-même le com-
mandement de la troisième où il doit combattre aux côtes du
comte de Montfort. Chacune de ces batailles se compose de^ cinq
cents hommes d'armes et de trois cents archers *. Après beau-
coup de difficultés, Hugh de Calverly consent à. être le chef de
la réserve ou arrière-garde qui compte cinq cents combattants.
P. 155 à 157, 329 à 331.
Le samedi [28 septembre'] 1364, les deux armées sont en face
l'une de l'autre dans Tordre que nous venons d'indiquer. Le sire
de Beaumanoir, qui ne se peut armer parce qu'il est prisonnier
des Anglo-Bretons, va en parlementaire d'un camp à l'autre et
parvient à obtenir un répit entre les deux parties jusqu'au lende-
main, à l'heure de soleil levant. Le châtelain d'Auray profite de
ce répit pour se rendre auprès de Charles de Blois , son maître,
qui l'assure que l'ennemi lèvera le siège le lendemain par accord
ou par bataille'. Les Anglais, de leur côté, sachant que leurs
1. S'il fallait accepter les données de Froissait, reffectif de rarmée
de Montfort ne se serait élevé qu'à environ trois mille deux cents
combattants. L'auteur de la Chronique des quatre premiers Falots, le plus
exact des chroniqueurs du quatorzième siècle, fait remarquer en effet
que les Franco-Bretons avaient l'avantage du nombre: « Et avoit
monseigneur Charles de Bloiz plus grant nombre de gent que n'avoit
le conte de Montfort. > Guillaume de Saint- Andrë, dont on a le droit,
il est vrai, de suspecter le témoignage, ne donne à Montfort que dix-
huit cents hommes: « Montfort n'est que à dix hait cens. » vers 1130.
Si l'on excepte Olivier de Clisson et la clientèle de ce grand seigneur,
Montfort n'avait pour ainsi dire sous ses ordres que des Anglais. Or,
les contingents disponibles des garnisons anglaises de la Bretagne et du
Poitou ne pouvaient guère dépasser deux mille ou deux mille cinq
cents combattants.
2. On lit dans Froissart : c le samedi 8 octobre. » Il y a là deux
erreurs. En 136(i, le 8 octobre tomba un mardi, et non un samedi, et
la veille de la bataille d'Auray doit être rapportée, non au 8 octobre,
mais au samedi 28 septembre.
3. Cet épisode est purement romanesque. Le comte de Montfort
venait de s'emparer de Ja ville' et avait forcé la garnison du château
d'Auray à capituler, lorsque Charles de Blois arriva pour faire lever
le siège de celle forteresse.
Lxxii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
adversaires sont à bout de ressources , ont pris la résolution de
ne se prêter à aucun accommodement. P. i57 à 159, 331 à 333.
Le dimanche, de grand matin, les chevaliers des deux armëes
assistent à la messe et communient et, un peu après soleil levant,
se mettent en ordre de bataille comme le jour précédent. Le sire
de Beaumanoir revient au camp de Jean de Montfort où il porte
des propositions de paix. Chandos, qui veut à tout prix livrer
bataille, ne le laisse pas venir jusqu'au comte et prend sur lui de
répondre à ce parlementaire : « Messire Jean de Montfort sera
aujourd'hui duc de Bretagne ou il mourra à la peine. » Puis il va
trouver Montfort et, pour l'exciter, il met dans la bouche de
Charles de Blois les paroles qu'il vient lui-même de prêter aupa-
ravant au compétiteur de Charles*. Grâce à cette ruse menson-
gère, les deux prétendants sont également exaspérés, et leurs
partisans se disposent à en venir aux mains, les Franco-Bretons
en invoquant Dieu et saint Yves, les Anglo-Bretons en se recom-
mandant à Dieu et à saint Georges. P. 159 à 162, 333 à 335.
1. C'est Charles de Biois, et non Jean Chandos, qui rompit définitif
yement les négociations. Les capitaines anglais, dont Montfort nVtait
qae l'instrument, Youlaient conserver le droit de lever des rançons sur
la Bretagne pendant cinq années. Le mari de Jeanne de Penthièvre
aima mieux courir les chances d'une batailleque de laisser ses sujets en
butte à de telles vexadons. Cela résulte de Taffirmation d'un témoin ocu-
laire, Geoffroi de Dinan, ch*', qui déposa sous la foi du serment, en 1371,
dans l'enquête pour la canonisation de Charles de Blois : « .... Die
conâictus praedicti de Aurroyo, dum ipse (Carolus de Blesiis) cum suis
gentibus armorum paratus fuisset ad hélium in campo contra adversa-
rios suos etiam ex adverso paratos contra ipsum, perlocutum fuit de
tracta tu habendo cum ipso ex parte dictorum adversariorum suorum,
dummundo ipsi haherent redemptiones a popularibus sui dncatus us-
que ad quinqnennium, prout antea de facto habuerant. Et cum nobiles
viri dominus de Ruppeforti et vicecomes Rohanni, présentes ibidem in
armis et de parte ipsius existentes, tractatui hujusmodi consentirent,
dicens dictus dominus de Ruppeforti quod, quantum in ipso erat, prœ-
diligebat summam triginta milium librarum levari et exigi a subditis
suis, quam ipsa die debellare ; ac dixit presenti testi quod ipse iret ad
dictum dommum Carolum et sibi diceret quod melius sibi foret per-
mittere hujusmodi redempdones levari a dictis popularibus quam even-
tum belli expectare. Qui presens testis accessit ad dictum dominum Cara-
htm, et hoc ex parte dictorum nobiltum eidem nunciavit, Quod cum audisset,
respondit quod prxdiUgebat incidere in eventum belli ^ ad voluntatem Deiy
auam permittere populum suum talibus miseriis et cmgtutiis prmgravari qui-
ius compatiebatur f et pro ipsis pugnare volebat, ut diêebtU, et finaliter pu^
rnavit ac mortuus fuit, n BibL ^at.. ms. lat. n» 5381, t. I, f« 360 V et
361.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ »30-»45. lxxiii
Du côte des Français, chaque homme d'armes est muni d'une
lance retaillëe à la longueur de cinq pieds et d'une hache qui
pend à la ceinture ou qu'on porte suspendue au cou. I^a bataille
de Bertrand du Guesclin vient attaquer celle de Robert KnoUes
et de Gautier Hewet. Les archers anglais commencent à tirer,
mais leurs adversaires sont si bien protégés par leurs pavois que
les traits ne les atteignent pas. Ces archers jettent alors leurs
arcs , et quelques-uns d'entre eux |)arviennent à s'emparer des
haches des hommes d'armes de dû Guesclin. Pendant ce temps,
la bataille de Charles de Blois en vient aux mains avec celle de
Jean de Montfort. Les gens de ce dernier ont d'abord le dessous,
mais Hugh de Calverly, qui se tient sur aile, accourt leur prêter
main- forte et parvient à réublir le combat. P. 162, 163, 335
à 337.
Olivier de Cllsson, Eustache d'Auberchicourt, Richard Bur-
leigh, Jean Boursier, Mathieu de Gournay ^, ont affaire à la ba-
taille des comtes d'Auxerre et de Joigny. La mêlée devient telle
que toutes les batailles ou divisions des deux armées se confon-
dent, excepté i'arrière-garde de Hugh de Calverly, q\ii se tient
toujours en réserve du côté des Anglo-Bretofis. Olivier de Clisson,
une hache de guerre à la main, fait merveille d'armes ; mais il a
un œil crevé par la pointe d'une hache ennemie qui a rompu la
visière de son bassinet. Les comtes d'Auxerre et de Joigny sont
blessés grièvement et faits prisonniers sous le pennon de Jean
Chandos; le sire de [Trie*], grand banneret de Normandie, est
tué ; les Franco-Bretons , qui combattaient aux côtés de ces sei-
gneurs, se laissent alors entraîner à une panique et à une déban-
dade générales. P. 164 à 166, 337 à 339.
Les deux batailles de du Guesclin et de Charles de Blois sou-
tiennent encore la lutte. Toutefois les Anglo-Bretons de Mont-
fort maintiennent mieux leurs lignes et gagnent du terrain, grâce
1 . Od a publie, d'après une liste manuscrite dressée au dix-hui-
tième siècle par YTes Duchesnoy, les noms des principaux capitaines
qui combattirent à Àuray sous Jean Chandos (kevue des provinces de
rOuest^ m, 203). Cf. un opuscule intitule : Jean Chandos^ connétable
d'Aquitaine et sénéchal du Poitou^ par Benjamin Fillon, 1856, p. 13,
note 1.
2. « Prie d est la leçon que donnent tous les manuscrits; mais
comme Froissart ajoute que ce chevalier ëtait un grand banneret de
Normandie, on peut supposer qu*il a voulu dt^igner le seigneur de
Trie.
txxiv CHRONIQUES DE I. FROISSART.
surtout à l'appui de la réserve commandée par Hugh de Cal-
verly*. Jean Chandos, à la tête d'une troupe nombreuse d'An-
glais, accourt prêter main-forte à la division opposée à celle de
Bertrand du Guesclin. Après une résistance désespérée, Bertrand
et le seigneur de Rais sont faits prisonniers par les gens de Jean
Chandos. Le reste des forces franco-bretonnes se rallie autour de
Charles de Blois qui se bat^^omme un lion. Bientôt la bannière
de Charles est jetée par terre et conquise, et Charles lui-même
est tué ^. On a prétendu que, le matin de la bataille, les cheva-
liers des deux armées s'étaient donné le mot de ne pas prendre
à rançon le chef de l'armée opposée, s'il venait à tond^er entre
leurs mains , mais de le mettre à mort. Parmi les bannerets de
Bretagne, Charles de Dinân, les seigneurs de Léon, d'Ancenis,
d'Avaugour, de Lohéac, de Kergorlay, de Malestroit, du Pont,
sont tués. Le vicomte de Rohan, les seigneurs de Léon, de Roche-
fort, de Rais, de Rieux, de Tournemine, Henri de Malestroit,
Olivier de Mauny, les seigneurs de Riville, de Fréauville et d'Es-
neval, outre les comtes d'Auxerre, de Joigny et Bertrand du
Guesclin, sont faits prisonniers. Cette bataille se livre dans les
environs d'Auray le [29 septembre*] 1364. P. 166 à 169, 339
à 342.
1 . D'après la chroniqae de la Cbartreuse d'Auray, dont la rédaction
relativement moderne, repose en général sur une tradition orale non
interrompue, Hugh de Calrerly s'était embusqué dans le bois de Rerlain.
2. En 1371, SIX ans après l'événement, Georges de Lesven, ëcolatre
et chanoine de Nantes, maître es arts et bachelier en médecine, rap-
portait comme une tradition très-autorisée que Charles de Blois s'était
constitué prisonnier lorsqu'un partisan de Montfort (d'après les tradi-
tions de ta maison de Peuthièvre, Pierre de Lesnérac, Guérandais
d^origine) le tua par trahison : c per magnum spatium temporis postquam
eapius fuit per inimlcot suos et se redd'iderat pruonar'uim eudem , ipsi ini-
mtei eumdem oeeiderunt ac armis et aliis vestimentis sois despoliaverunt
ac ipsum indutum cilicio ad camem invenemnt. » Bibl, JVat.^ ms. lat.
n* 5381 ,!t- 1, f* 54. Cf. dom Morice, Preuves de ^histoire de Bretagne^ II, 7.
3. Froissart, par suite de l'erreur que nous avons déjà signalée, as-
signe à la bataille d'Auray la date au 9 octobre. U est constant que
cette bataille se livra le dimanche 29 septembre 1364, le jour de la fête
de saint Michel. On a pu dire, en réfléchissant à cette coïncidence et
par allusion à la part prise par les Anglais, dont saint Georges était le
patron, au succès de Montfort, que saint Michel avait fait les honneurs
de cette journée à saint Georges. Peu de temps avant la bataille d'Au-
ray, Charles de Blois était allé pieds nus en pèlerinage au Mont-Saint-
Michel où il avait fait cadeau aux religieux d^une relique de saint Yves,
comme en témoignait l'inscription suivante gravée sur un reliquaire
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ S30-545. lxxv
Les principaux seigneurs anglo-bretons, laissant à leurs gens le
soin de poursuivre les fuyards , viennent se dësarmer à l'ombre
d'une haie et font compliment à Jean de Montfort de sa victoire.
Celui-ci en reporte tout l'honneur sur Jean Chandos qu'il invite
à boire après lui dans son hanap. Et , quand il apprend la mort
de son adversaire Charles de Blois , il se fait conduire auprès du
cadavre de son cousin dont la vue excite ses regrets et lui arra-
che des larmes^. Jean Chandos s'empresse de mettre fin à cette
scène attendrissante. Les restes de Charles de Blois sont portes
à Rennes et de là à Guingamp. P. 469 à 174, 342 à 344.
Le comte de Montfort donne trêve pour enterrer les morts, et
Charles Y envoie en Bretagne Louis, duc d'Anjou, son firère,
pour réconforter Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de
Blois. — La nouvelle de la victoire d'Auray est apportée à
Edouard III à Douvres, cinq jours après la bataille^, par un var-
^let poursuivant armes que le roi d'Angleterre fait sur le champ
héraut sous le nom de Windsor, et c'est de ce héraut ainsi que
de certains chevaliers des deux partis que Froissart tient son
récit de cette journée mémorable*. P. 471 à 174, 344 à 346.
Cette nouvelle comble de joie Edouard III et Louis, comte de
en vermeil de la célèbre abbaye : a Cest la coste saint Yves que mon-
seigneur Charles de Blois cy donna, a Dom Huynes, But, du Mont-^fùnt"
Michel, n, 44.
1. II faut lire dans le texte tout ce rëcit empreint de je ne sais quel
charme mélancolique qui va jusqu'à l'éloquence. Toutefois, il est im-
possible de ne pas faire remarquer que la générosité prêtée ici à Mont-
fort s'accorde assez mal avec l'irrévérence des Anglais attestée par un
témoin oculaire. Frère GeofRroi Rabin, dominicam de la maison de
Nantes : « Et postmodum, dum ipse dondmis Carolus. fuisstt dearmatus et
despoUaius omnibus vettimentis suis per Angàeos , vidit aliquos dictonim
Anglicorum tenentes quoddam cilicium album qnod dicebant fuisse et
esse cilicium dicti domini Caroli auod habebat indutum, quod quasi
pro nihiio reputantes ad terram oimiserant. • Bibl. Naî,, ms. lat.
n- 5381, t. I, f^» 192 vo et 193.
2. Le cinquième jour après la bataille d'Auray nous reporte au 4 oc-
tobre; or, la veille, c'est-a-dire le 3 octobre, Edouard III a daté l'un
de ses actes de Canterbury, ville située, comme chacun sait, sur la
route de Londres à Douvres (Rvmer, III, 749) : l'assertion de Froissart
offre par conséquent un haut degré de vraisemblance.
3. L'historien et le critique ne doivent pas un instant perdre de vue
que le récit de Froissart, relatif à la journée d'Auray, dérive principa-
lement du héraut anglais Windsor , comme la narration que le même
chroniqueur a consacrée à l'affaire de Cocherel provient surtout du
roi d'armes ou héraut anglo-gascon Faucon.
Lxxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Flandre, qui se sont donne rendez-vous à Douvres pour traiter,
moyennant dispense du pape Urbain Y, du mariage d'Aymon,
comte de Cambridge, l'un des fils du roi d'Angleterre, avec Mar-
guerite, fille du comte de Flandre et veuve du dernier duc de
Bourgogne, Philippe de Rouvre*. P. 474, 4 73, 346 à 348.
Siège d'Auray, de Jugon et de Dinan*, par le comte de Mont-
fort ; reddition de ces trois places. — Siège de Quimper-Corentin.
P. 175 à 177, 348 à 350.
De l'avis de ses conseillers, firappés des progrès croissants et
des conquêtes du vainqueur d'Auray, Charles Y envoie Jean de
Craon, archevêque de Reims, le seigneur de Craon et le maré-
chal Boucicaut ' à Quimper-Corentin * en qualité de plénipoten-
tiaires et les charge de traiter avec Jean de Montfort'. Celui-ci
demande du temps pour en référer à Edouard III, son beau-père
et son protecteur, d'après les inspirations duquel il règle toute sa
politique ; puis, il pose ses conditions que les ambassadeurs fran-
çais soumettent à leur tour au roi leur maître et au duc d'Anjou.
Fmalement, la paix est conclue aux conditions suivantes : 1 ^ Jean
de Montfort sera reconnu duc de Bretagne , mais s'il meurt sans
héritiers légitimes, le duché retournera aux enfants de Charles
de Blois. 2^ Jean fera hommage du duché au roi de France, son
suzerain. 3* Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de Blois,
sera maintenue en possession du comté de Penthièvre dont le re-
1. Les conventions relatives à ce projet de mariage, qui ne se
réalisa point, sont datées de Douvres, le 19 octobre 1364> Rymer,
III, 751.
2. Dinan et Jugon se rendirent à Montfort dans le courant du mois
d'octobre 1364. Dom Morice, Preuves, I, 1583.
3. Par acte date de Paris le 25 octobre 1364, Charles Y donna
pleins pouvoirs pour traiter de la paix à Jean de Craon , archevêque
de Reims et au maréchal Boucicaut (Ihid., 1584); il n'est fait dans
cet acte aucune mention d*Amauri, sire de Craon.
4. U est très-vraisemblable , suivant une conjecture fort plausible de
Dacier (p. 615 de son édition, note 1), que les préliminaires de la paix
furent arrêtés devant Quimper-Corent\n qui se rendit à Montfort le
17 novembre de cette année (/^<W., 1585 et 1586); mais la paix ne fut
conclue définitivement et signée qu'à Guérande le samedi 12 avril de
l'année suivante, la veille de Pâques.
5. Par acte daté d'Angers le 11 mars 1365 (n. st.), Jeanne de Pen-
thièvre, qui continuait rie s'intituler a duchesse de Bretagne », chargea
de ses pleins pouvoirs Hugues de Montrelais , évêque de Saint-Brieuc ,
Jean, sire de Beaumanoir, Gui de Rochefort, sire d'Assérac, et maître
Gui de Cleder. /^/V/., 1587 et 1588.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 530-545. lxxvu
venu est évalué à vingt mille francs ^ Jean de Mont fort intervien-
dra de tout son pouvoir auprès d'Edouard III pour faire mettre
en liberté ses cousins Jean et Gui , les deux fils aînés de Charles
de Blob, qui sont encore détenus prisonniers en Angleterre.
P. 477 à 181, 350 à 352.
Charles V rend à Olivier, sire de Gisson , ses terres sises dans
le royaume, que Philippe de Valois avait autrefois confisquées, et
le rallie ainsi au parti français *. — Jean de Montfort se marie à
la fille de la princesse de Galles que Jeanne de Kent avait eue de
son premier mariage avec Thomas de Holland ^ et les noces sont
célébrées à Nantes. — Les reines Jeanne d'Évreux et Blanche de
Navarre; la première tante et la seconde sœur de Charies le
Mauvais, font mettre en liberté le captai de Buch à qui le roi de
France donne le château de Nemours * dont le revenu est évalué
1. Le traité de Guérande maintient en outre Jeanne de Penthièvre
en possession de la vicomte de Limoges. Froissart donne seulement les
grandes lignes de ce tFaitë, qu'il faut lire dans sa teneur pour en avoir
une idée exacte. Ibid.^ 1588 à 1599.
2. Le dauphin, duc de Normandie, avait travaillé de bonne heure
à rallier Clisson au parti français. Dès le 27 septembre 1360, il avait
rendu à Olivier la moitié de la baronnie de Thury (auj. Thurj-Har^
court. Calvados, arr. Falaise) et la terre du Thuit [Notre-Dame du
Tuinx est marquée comme ruine sur la carte de Cassini , n<» 9^, au
N. O. de la foi^t de Cinglais, sur la rive droite de TOme, a 16 kil. S.
de Caen, entre Boulon et les Moutiers), que le sire de Clisson devait
tenir dans le duché de Normandie et qui avaient été confisquées {Arch,
Nat,^ JJ87, n^ 274). Aussitôt après le traité de Guérande, cette habile
politique, servie par la morgue et les convoitises des Anglais, auxi-
liaires de Montfort, réussit à rattacher peu à peu et par degrés Clisson
et sa puissante clientèle au parti français {Ibid,^ JJ113, n» 162). Jeanne
de Penthièvre, qui avait' nommé Olivier son lieutenant et gouverneur
en ses terres et pays de Bretagne {BibL Nat,, ms. lat. n^ 5381, II, 83
à 85; dom Morice, Preuves^ I, 1631 et 1632), Jeanne de Penthièvre fut
le principal intermédiaire de cette réconciliation définitive, accomplie
au mois de septembre 1367, et en vertu de laquelle Charles rétablit le
fils unique et Théritier de Jeanne de Belleville dans la possession de
toutes ses terres confisquées (Arch. Nat,, K 166«, n» 17*).
3. Jean de Montfort, devenu duc de Bretagne, veuf en premières
noces de Marie d'Angleterre, Tune des filles d'Edouard III, morte vers
1363 après quelques mois de mariage, épousa en 1366 Jeanne Holland,
fille de Thomas Holland et de la fameuse Jeanne de Kent, devenue en
1362 princesse de Galles et d'Aquitaine par son mariage avec le prince
Noir. Jeanne Holland mourut en 1384.
4. Seine-et-Marne, arr. Fontainebleau. Nous ne connaissons aucun
acte qui mentionne cette donation de Nemours au captai de Buch;
mais Christine de Pisan dit aussi que Jean de Graillj fut comblé de
fpveurs par Charles V et qu'il reçut même le titre de chambellan du
Lxxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
à trois mille francs. Le prince de Galles ayant témoigné son mé-
contentement de l'acceptation de ce don, le captai renvoie son
hommage à Charles V et renonce à la donation faite en sa faveur.
— En vertu d'un traité conclu entre les rois de France et de Na-
varre, Charles V conserve Mantes et Meulan et assigne en dédom-
magement à son beau-frère d'autres châteaux en Normandie*.
— • Louis de Navarre emprunte soixante mille florins ^ au roi de
France pour passer en Lombardie où il va épouser la reine de
Naples, mais il ne survit que peu de temps à ce mariage*. P. 181
à 183, 3»2, 383.
roi de France (Le livre des faits et bonnes mœurs] du sage roi Charles ,
l'* partie, chap. xxx).
1. Par le traite de paix conclu à Paris le 6 mars 1365 (n. st.) entre
les rois de France et de Nayarre, il fut stipulé qae Charles de Mauvais
aurait, non comme le dit Froissait, des châteaux situes en Normandie,
mais la ville et la baronnie de Montpellier en dédommagement de
Mantes, de Meulan et du comté de Longueville (jâreh. Nat,, J617, d9 31;
Secousse, Mémoires sur Charles 11^ II, 222 à 231). La confirmation de
ce traité par Charles Y est, suivant la judicieuse remarque de M. De-
lisle {Mandements de Charles V^ p. lOd, n. 2 et p. 112) antérieure au
20 juin de la même année (Secousse, Mémoires^ II, 25^ a 256).
2. Louis de Navarre emprunta à Charles V, non pas 60000, mais
50000 florins d'or fin du coin de France, appelés francs. Le k avril
1366 (n. st.), il engagea son comté de Beaumont-le-Roger, Bréval et
Anet a son rojal créancier qui devait toucher le revenu de ces terres
évalué à 8000 livres, jusqu*à parfait remboursement de la somme
prêtée (Arch. Nat,^ J617, n» 32).
3. Froissart conmiet ici deux erreurs. Louis de Navarre épousa en
1366, non la reine de Sicile, mais Jeanne de Sicile, duchesse de Duras,
fille de Charles de Sicile duc de Duras et de Marie de Sicile, et il
survécut si bien a ce mariage qu*il mourut seulement en 1372, dans la
Fouille et fut enterré à Naples. (Anselme, Hist, ginéal.^ I, 291). Louis
de Navarre quitta Évreux vera la fin d*avril 1366, et il n'est plus fait
mention de sa présence en Normandie à partir du 20 de ce mois {Bibl.
Nat., Quitt., XVI, 290). Le captai de Buch, mis en liberté par Chai^
les y, remplit, dès les derniers mois de 1365 et jusqu'à la fin de 1366,
les fonctions de lieutenant du roi de Navarre en Normandie {Ibîd., XV,
224). Ajant appris, sur ces entrefaites, que le prince de Galles se dis-
Ê osait à entrer en Espagne pour restaurer don Pèdre et renverser don
[enri de Trastamarc soutenu par du Guesclin, le vaincu de Cochcrel
rassembla en toute hâte les débris des Compagnies anglo-navarraises
aux environs d'Avranches où il avait donné rendez-vous à Jean , duc
de Lancastre, et se mit en route pour Bordeaux. Le dernier acte de sa
lieutenance est un mandement daté de Genest (Manche, arr. Avran-
ches, c. Sartilly), le 22 décembre 1366, par lequel il enjoignit de
payer 88 livres ii sous w pour certains vivres qui nirent amenez à Gê-
nez pour la despensc de monseigneur le duc de Lancastre et de nous. »
Ibid., XVI, 340.
SOMMAIRE DU PJEŒMIËR LIVRE, SS ^^6-559. ïmjdl
CHAPITRE XC.
1365, ocTOBBE-1 366 , mai. expédition de du gubsclin et des
COMPAGNIES EN ESPAGNE. — 1366, 5 AVRIL. DON PÈDEE EST DÉ-
TRÔNÉ ET DON HENRI, COMTE DE TRASTAMARE, EST PROCLAMÉ ROI
DE CASTILLE. 14 AOUT. VICTOIRE REMPORTÉE PAR LES COMPAGNIES
ANGLO-GASCONNES PRés DE MONTAUBAN. 23 SEPTEMBRE. TRAITÉ
d'aLLUNCE ENTRE LE PRINCE D* AQUITAINE ET DE GALLES, DON
PÈDRE ET LE ROI DE NAVARRE ; PRÉPARATIFS MILITAIRES DU PRINCE
DE GALLES ET DÉMÊLÉS AVEC LE SIRE d' ALBERT (§§ 546 à 559).
Redoublement des ravages des Compagnies dans le royaume
de France à la suite des traités qui ont mis fin aux guerres de
Navarre et de Bretagne; la principauté d'Aquitaine seule est à
l'abri du fléau; plaintes et récriminations contre le roi d'Angle-
terre* et le prince de Galles son fils. Charles V et Urbain V es-
sayent en vain d'envoyer les gens des Compagnies en Hongrie
faire la guerre contre les Turcs*. P. 183 à 185, 353, 354.
Lutte entre don Pèdre, roi de Castille et Henri, comte de
Trastamare, frère naturel de don Pèdre '. — Griefs du roi de
1. Le 24 noTembre 1364, Edouard HI somma Eostache d'Auberchi-
court, Robert Scot et Hugh de Calveriy, chevaliers anglais, qui fai-
saient la guerre au royaume de France,* à l'ombre du roy deNayarre »,
de licencier leurs bandes. Bibl. Nat.^ collection Bréquigny, XV, 38.
2. Froissart semble faire allusion ici à un projet d'expédition contre
les infidèles conçu vers le milieu de 1365 par le pape Urbain V. Le
trop fameux Arnaud de Cerrolle, dit TArchiprêtre, deyait être le chef
de cette expédition (Y. plus haut, p. xxxv, note 3). Le samedi 5 avril
1365, Urbain fulmina une bulle d'excommunication contre les Compa-
gnies {Jrch. Nat., J711, n» 302').
3. Don Alphonse XI du nom, roi de Castille, ëtaît mort à la fieur
de l'âge le vendredi saint, 27 mars 1350, U ne laissait qu'un fils légi-
time, don Pèdre, alors âgé de quinze ans et quelques mois, dont la mère
dona Maria était une infante de Portugal, fille du roi Alphonse IV,
surnommé le Brave. Don Alphonse avait eu en outre de son union illé-
gitime avec une jeune veuve d'une illustre maison de Séville, dona
Léonor de Guzman, dix enfants naturels, neuf garçons et une fille.
L'aîné de ces bâtards, don Henri, avait été fait de bonne heure comte
de Trastamare et, aussitôt après l'avi'iiemeiit au trône de riiéritier lé-
gitime, s'était posé en rival de don Pèdre.
J
LZM CHRONIQUES DE J. FROISSART.
France et du pape contre don Pèdre, meurtrier de sa femme
Blanche de Bourbon *■ et excommunié par le Saint-Père '. Bertrand
du Guesclin, fait prisonnier par Jean Chandos à Auray, dont
Charles V, Urbain V et don Henri de Trastamare ont paye la
rançon fixée à cent mille francs ', se met à la tète des gens des
Compagnies pour les emmener en Espagne au secours de don
Henri contre don Pèdre. A du Guesclin se joignent plusieurs che-
1. Blanche de Bourbon, la seconde des filles de Pieire I"", duc de
Bourbon, et d'Isabelle de Valois, sœur cadette de Jeanne de Bourbon,
mariée a Lyon en juillet 1349 à Charles dauphin , depuis Charles V,
avait ëpousé don Pèdre, roi de Castille, par contrat passé en l'abbaye
dePreuilly, le 23 juillet 1352 {Jrch, Nat.^ J603, i\^ 55). Abandonnée
dès les premiers mois de son mariage en fareur d'une maîtresse, nom-
mée dona Maria de Padilla, cette princesse mourut en 1361, et la ru-
meur publique accusa don* Pèdre de cette mort, a jnssu Pétri mariti
cnidelis », ainsi que poruit l'inscription tracée à Jerez sur le tombeau
de Blanche (Llaguno, nd Ayala^ p. 328, note 3).
2. Innocent VI avait été pendant les dernières années de son pon-
tificat en lutte presque continuelle avec don Pèdre, auprès duquel il
avait député avec le titre de légat le célèbre Gui de Boulogne, cardi-
nal évdque de Porto (Martène, Thés, Anecdot,^ II, 964, 997 et 998;
Arch, iVa/., L377, caps. 217, u* 57). Urbain V, successeur d'Innocent VI,
prit ouvertement parti pour Pierre IV, roi d'Aragon, et même pour le
comte de Trastamare contre don Pèdre.
3. Charles V contribua au payement de cette rançon pour une
somme de quarante mille florins a'or, dont nous avons les quittances
délivrées par Jean Chandos ; et en retour Bertrand du Guesclin fit le ser-
ment, par acte daté de son château de la Roche-Tesson le 22 août
1365, d'emmener les Compagnies hors du royaume, engageant au roi
lé comté de Longueville en cas de non exécution de cette promesse
{Arch, Nat.^ J28I, n«s 4, 5 et 6; Charrière, Chronique de B.du Guesclin^
II, 393 à 395 : Charrière a daté à tort du 20 et du 27 août deux pièces
2ui ont été l'une et l'autre libellées à la Roche Tesson le 22 août),
ertrand renouvela cet engagement par acte passé à Paris le mardi
30 septembre, dans l'hôtel à l'enseigne du Pi^gaut^ près de Sainte-
Opportune {Ibld.^ J381, n* 4^*»). Aussitôt après l'accomplissement de
cette formalité, il se mit en route pour l'Espagne ; il était de passage à
Auxerre, le 10 octobre {Arch, Nat,, X*'38, f* 246), à Avignon, du
12 au 16 novembre (Ihid., K 49, n* 6, £^ 7), à Montpellier, du 29 no-
vembre au ^3 décembre {TluUamus parvus\ p. 369), enfin à Barcelone,
à la cour de Pierre , roi d'Aragon, du l*' au 9 janvier 1366 (Zurita,
Annales, 1. IX, c. 61 ; Arch. Nat,^ X«*38, f 2^6). Prosper Mérimée a
supposé par erreur que du Guesclin avait levé, à l'occasion de son
passage à Avignon vers la fin de 1365, une rançon de 5000 florins sur
les habiunts du Comtat. Du Guesclin ne commit cette exaction que
deux ans plus tard, dans le cours d'une campagne qui se termina le
8 avril 1368 par la prise de Tarascon. V. H'ut, de don Pèdre /«, p. 407,
note 1.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S 546-559. lxxxi
valiers anglais ou à la solde du prince de Galles, Hugh de Cal-
verly/, Gautier Hewet, Mathieu de Goumay, Eustache d'Auber-
chicourt*, Bertucat d'Albret*. De cette expédition font aussi
1 . Ce cheyalier accompagna du Guesclin sans PaTeu et même contre
le gré du roi d* Angleterre, puisaue celui-ci, par acte daté du 6 dé-
cembre 1365, alors que Bertrand et ses compagnons d'aventure étaient
déjà en route pour TËspagne, manda à Jean Chandos, à Hugk de Cal-
perlé, à Nicol de Dagworth et à William de Elmham, chevaliers, de
prendre des mesures pour que nuls gens d*armes de sa ligeance,
assemblés en certaines Compagnies, ne pussent entrer au royaume d'Es-
pagne pour faire guerre à noble prince le roi de Castille son cousin.
Rymer, IH, 779.
2. Dans le courant du mois d'août 1365, Bertrand du Guesclin, en
vertu d'un traité passé avec Louis de Navarre et Eustache d'Auber-
chîcourt, lieutenants de Charles le Mauvais en basse Normandie, avait
consenti à rendre les château et ville de Carentan au roi de Navarre,
moyennant une rançon de 14000 francs; et en outre Olivier de
Mauny, capitaine de Carentan pour son cousin, s'était fait donner
3535 francs à titre d'arrérages des rançons (BibL Nat,, ms. fr. 10 367,
fo 20).
3. Ce Bertucat était un cadet, sinon même un bâtard, de la puis-
sante maison d'Albret, et le père Anselme ne l'a pas classé dans sa gé«
néalogie de cette famille. Parmi ces seigneurs anglais ou anglo-gascons
qui accompagnèrent du Guescb'n en Espagne, Froissart n'a pas men-
tionné le plus important. Nous voulons parler de Guardia Raymond,
ch», seigneur d'Aubeterre (auj. Aubeterre-sur-Dronne , Charente,
arr. Barbeûeux), qui parait avoir été le grand recruteur et condottiere
des compagnies anglo-gasconnes. Il prétendit plus tard que, le 10 octo-
bre 1365, à Auxerre, Bertrand lui avait souscrit une obligation de
2400 francs d'or ; le 6 et le 9 janvier 1366, a Barcelone, deux autres
obligations l'une de 6066. francs d'or et l'autre de 2060 florins du coin
du roi d'Aragon, cette dernière de moitié avec Arnoul, sire d'Audre-
hem, maréchal de France ; enfin, le 20 juillet suivant, à Albatera, en
Castille, une quatrième obligation de 4000 florins d'or. L'année sui-
vante, le sire d'Aubeterre ayant combattu à Najera dans l'armée du
prince de Galles contre don Henri de Trastamare, du Guesclin avait
différé de payer le chevalier anglo-gascon, qui mourut sans avoir pu
rénssir à se faire rembourser. Plus de vingt ans après ces événemenu,
en 1390, Jean Raymond, frère et héritier de Guardia Raymond, in-
tenta pour ce fkit devant le Parlement à Olivier du Guesclin, comte de
Longueville, le principal héritier du connétable, un procès^ dont les
pièces, qui seront analysées à la fin du second volume de notre Histoire
I de du Guescluiy nous ont permis d'établir pour la première fois d'une
manière sûre les principales étapes ainsi que les dates précises de l'ex-
pédition de du Guesclin et des Compagnies en Espagne [Ârch. Nat,^
sect. jud., X«« 1475, f» 87, V; X«« 37, f»» 333 V et 334; X«* 1475,
f~ 176, 178 V et 179; X** 38, ^» 246 et 247). Une fois arrivés à
Montpellier, les brigands des Compagnies voulurent être payés avant
de continuer leur route; et du Guesclin fut obligé, pour les satisfaire,
VI -A
Lxxxii OmONiQUES DE J. FAOISSART.
|Kirtîe un certain nombre de seigneurs français, en première ligne
le jeune comte de la Marche qui veut venger la mort de sa cou-
sme Blanche de Bourbon', Antoine, sire de Beaujeu*, Amoul,
sire d'Audrehem, marëchai de France S le Bègue deViilainesS
d^empmnter 10 000 francs aux bourgeois de cette ville : « Et alèrent à
Montpellier dont ne vouldrent partir, se ilz n'avoient argent; et pour
ce emprunta (Bertrand) à certains bourgois dix mille francs, et lors
partirent. > X** 1475, f» 176.
1. Jean de Bourbon, !•' du nom, comte de la Marche, fils de Jac-
ques de Bourbon blesse mortellement à la bataille de Briguais , et de
Jeanne de Chatillon-Saint-Pol, était le cousin germain de Blanche de
Bourbon, fille de Pierre !«', frère aîné de Jacques de Bourbon. An-
selme, Hist. génial,, I, 298„ 300, 319.
2. Antoine, sire de Beaujeu, fils d'Edouard, sire de Beaujeu, tué au
combat d'Ardres en 1351, et de Marie du Thil, passa a Alontpellier,
en faisant route pour TEspagne, le 13 janvier 1366; mais Fauteur de la
chronique romane Ta sans doute confondu avec son oncle Louis au-
quel il donne à tort le titre de seigneur de Beaujeu qu'Antoine seul
avait le droit de porter : « Item, a xm del dich mes (de janvier 1366)»
passet a Montpellier M. Lojs, senhor de Beljoc , en Bergonha, am sa
companha, e segui los autres. » Thalamus parvus, p. 370. — Le sire de
Beaujeu retourna en Espagne trois ans plus tard et, avant de partir
pour ce pays, fit son second testament daié de Beaujeu le 12 mai 1369.
Mch. Nat., p. 1368S no 1586 ; Musée des Archives, p. 220 à 223.
3. Ai-noul, sire d'Audrehem, l'un des premiers protecteurs de du
(jucsclin qu'il avait pu apprécier dès la fin de 1353, pendant qu'il était
lieutenant du roi Jean en basse Normandie {Hist. de du Guesclin, p. 118
et 119), avait été envoyé en Languedoc vers le mois de janvier 1361
(voyez plus haut, p. xxxii, note 1), en compagnie de Robert, dit Mo-
roau, sire de Fiennes, connétable de France, avec le titre de capitaine
de la Langue d'Oc (dom Vaissete, Hist. de Languedoc, IV, 314)> de
capitaine général dans toute la Langue d'Oc {Ibid., Preuves, 276),
enfin de lieutenant du roi es parties de Langue d'Oc {Arch. Nat., JJ93,
n« 216). Le 23 juillet 1362, de concert avec Henri, comte de Trasta-
mare , il avait passé à Qermont en Auvergne avec les principaux rou-
tiers un traité tendant à faire évacuer le royaume par les Compagnies
(voyez p. xxni, note 3). Le 13 août 1362, il avait été nomme par le
roi Jean lieutenant général en tonte la Langue d'Oc {Arch, Nat., JJ93,
n« 241)1 et depuis lors il n'avait cessé de lutter avec plus de courage
3ue de succès contre les bandes qui infestaient le midi. Le sire d'Au-
rehem, aussi modeste que brave , dut contribuer plus peut-être que
personne à faire charger du Guesclin d'une entreprise aussi difficile
que la conduite des Compagnies en Espagne.
4. Pierre de Villaines, chevalier, dit le Bègue, qui tirait son nom du
fief de Villaines (Seine-et-Oise, arr. Pontoise. c. Écouen), mentionné
dès le mois de* mai 1360 comme sénéchal de Carcassonne et de Béziers
{Ârch. Nat., JJ91 , n» 302), paraît avoir conservé cette charge jusaue
vers la fin de ] 362. Créé chambellan du dauphin, duc de Normanciie,
il guerroyait dans les premiers mois de 1363 aux environs de Falaise
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §S ^6-559. lxxxiii
le Bègue deVilliersS le sire d'Antoing^, en Hainaut, Alard de
Briffœuil *, Jean de Neuville ^, Gauvain de Bailleul, Jean de Ber-
guette, Lallemand de Saint-Venant'. ;Le rassemblement gënëral
a lieu à Perpignan', sur les confins de l' Aragon. L'effectif de
toutes ces bandes s' élève à trente mille hommes. Là sont tous les
chefs des Compagnies, Robert Briquet % Jean Gresii^ey, Naudon
où il fut fait prisonnier (Ibld.^ JJ92, n» 208). Là sans doute [il connut
du Guesclin, qui Tentraina en Espagne où il derint comte de Ribadeo.
1. Adam de Villiers, dit le Bègue, seigneur de VilUers-le-Bel , de
Vitzy en Brie et de la Tour de Chanmont. Le Bègue de Villiers fit
montre à Pontorson le 1«' fërrier 1356 (n. st.) avec cinq écuyen et
donna quittance au même lieu le 11 ariil suivant (Bibl. Nat,^ Titres
originaux, au mot Vdliers), Adam servait sous son frère aine Pierre de
Viluers, capitaine de Pontorson, et c'est alors sans doute que les deux
frères eurent l'occasion d*appr^cier Bertrand, et se lièrent avec le che-
valier breton. Par acte date d* Avignon le 26 janvier 1366, Pierre de
Villiers, qualifie a officier procureur de Bertrand de Clesquin , comte
de Longneville et seigneur de la Roche Tesson d, donna quittance au
trésorier du pape de trente-deux florins {Jrch, Nat.^ L377, d'après
Arch. du Vatican, Miscell., botte 222, n« 3).
2. Auj. Belgique, prov. Hainaut, arr. Toumay, à 7 kil. de Tour-
nay. ,
3. Auj. dëp. de Vasmes-Audemez, Belgique, prov. Hainaut, arr.
Toumay, c. Péruwelz,
k. Jean de Neuville ëtait le neveu d'Amoul , sire d'Audrehem , et
après la prise de son oncle à Polders , il exerça par intérim l'office de
maréchal de France de 1356 à 1360. jéreh, ^at,^ JJ86, n» 283 ; JJ90,
nwl01ct232; JJ96, no 11.
5. Bailleul , Berguette, Saint-Venant, sont des localités situées dans
la même région que Valenciennes, et Froissart a pris soin de mention-
ner les chevaliers qui portent ces noms, parce qu'ils étaient ses com-
patriotes.
6. Les Compagikies touchèrent à Perpignan ce qu'on peut appeler
leur solde d'entrée en campagne ou du moins un à-compte sur cette
solde ; mais il arriva qu'après avoir reçu l'argent, quelques-unes de ces
bandes n'eurent rien de plus pressé que de revenir sur leurs pas et de
rentrer en France : c .... alie certe Societates, que pagamentum^ ut di-
Xïebatur, ceperant in Perpigniaco^ retroeedebant in regno Francie [24 dé-
cembre 1365). » Arch, Nat, ,Kk9, n» 5, f» 8 vo.
7. Ces Compagnies s'avançaient vers l'Espagne par bandes isolées
et se comportaient partout où elles passaient comme si elles avaient été
déjà en pays ennemi. C'est ainsi que Robert Briquet occupa entre le
5 et le 8 novembre le fort de Belesgar près de Montpellier ; « Item,
a V de novembre, Robert Briquet, capîtani d'una autra companha de
Bretos, près lo fort de Belesgar et aqui estet entro a vin de dezem-
bre. » Thalamus parvus^ p. 369. — Quelques jours auparavant, le l*»" no-
vembre, c'étaient G. d'Aîgnay, Aufret de Guébriant et Henri de Dînan
qui passaient devant Montpellier à la tête de Compagnies bretonnes ;
Lxxxiv CHRONIQUES DE J. FROISSART.
de Bageran, I^mi, Maleterre, le Petit Meschin, les bours Oimus,
de Lesparre et de Breteuil, Bataillé, Espiote, Amanieu d'Ortîgue,
Perrot de Savoie. Le roi d'Aragon, allie de doo Henri, fait le
meilleur accueil aux Compagnies *- avec Taide desquelles il recon-
quiert les villes et forteresses de son royaume, occupées naguère
par don Pèdre. Celui-ci se voit bientôt abandonné de l'immense
majorité de ses sujets qui se déclarent pour le comte de Tras-
tamare. Accompagné de don Femand de Castro ', le seul de ses
le 13, d'autres Bretons occupaient Aigremont (Gard, arr. Alais, c.
Ledignan) et y resuient plusieurs jours ; le 18, c^était le Gascon Bras
de Fer, lieutenant du bour de Caupène (Gers, arr. Condom, c. Nogaro),
qui mettait au pillage les environs de Montpellier (/^û/.); le 3 décembre,
c'était le Limousin qui entrait dans cette ville et s'y arrêtait deux
jours ; le 6 décembre, apparaissait Robert Lescot avec une compagnie
d'Anglais (7^û/., p. 370); le 9, c*était le tour du seigneur d'Aubeterre,
capitaine d'une bande d'Anglo-gascons ; le 18, c'étaient le vicomte de
Lomagne et un chevalier d'Auvergne, nommé Jean de la Roche, qui
se logeaient à Saint-Martin-de-Londres (Hérault, arr. Montpellier);
enfin, du 7 au 10 janvier 1366, l'Anglo-gascon Raynaud de VignoUes
et les Bretons Eon Budes et Thibaud du Pont venaient camper entre
les Ma telles et Montamaud. Les dernières bandes, con^posées d'Alle-
mands et de Bretons, dont le chroniqueur de Montpellier nous ait
signalé le passage, s'écoulèrent les 18 et 19 février 1366 {Ibid,,
p. 371).
1. Pierre IV, roi d^Aragon, contribua aussi bien que le comte de
Trastamare au payement de la solde des Compagnies : c Etalèrent jus-
ques à Barsalonne, et par le trésorier du roy Henry furent paiez.... Et
après eurent un aiiltre paiement à Sarragosse dont il ne vouldrent
partir jusquez à ce que de tout le temps passé eussent esté paiez, ei le
furent par le roy d* Aragon et messire Êertran. » Areh, Nat,, sect. jud,,
A'^ 1475, f<> 176. — Par un traité conclu k Monzon le vendredi saint
31 mars 1363, Pierre IV et le comte de Trastamare s'étaient engagés
à détrôner don Pèdre à frais communs et à se partager la Castille
(Areh. génér, J^ Aragon^ l^gAJo de Autografos, appendice G). Mérimée,
Histoire de don Pèdre /«, éd. de 1874, p. 346, 545 et 546. ^ Dans un
festin que Pierre FV offrit aux chefs des Compagnies à Barcelone le
1*' janvier 1366, du Guesclin s'assit à la droite du roi, qui avait à sa
gauche l'infant Raymond Berenger, son oncle (Chronique de Pedro IV
rédigée par lui-même en catalan et publiée par Carbonell, Chroniques
de Espanya^ p. 196). Pour payer les mercenaires français, le roi d'Ara-
gon tut obligé de vendre ses biens patrimoniaux par acte daté de Sa-
ra^osse le 12 mars 1366 {Archiv. génér, d! Aragon^ reg. 1213, p. 42 et
suiv.), car il lui fallut ajouter aux 100000 florins qu'il avait promis
aux chefs des Compagnies un supplément de 20000 florins. Mérimée,
//«/. de don Pèdre ^ p. 411.
2. Ce Femand de Castro était le frère de la célèbre Inez de Castro,
surnommée Port de Héron, dont les tragiques aventures, racontées avec
une naïveté pleine de saveur pur rcxcclleiit chroniqueur portugais Fer-
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-359. ljcxxv
courtisans qui lui soit resté fidèle, de sa femme * et de ses deux
filles Constance' et Isabelle *, il s'enferme avec ses trésors dans
le château de Séville * d'où il fait voile ^ bientôt vers la Galice et
se réfugie à la Corogne. P. 185 à 192, 354 à 360.
nan Lopes, sont deTcnues de bonne heure une sorte de légende ro-
manesque où les poètes de tons les pajs, à l'exemple de Camoêns, ont
aimé k puiser des inspirations. Quelques-unes des plus belles pages de
la chronique de Feman Lopes ont été traduites par M. Ferdinand
Denis (Chroniques chevaleresques Je P Espagne et du Portugal, Paris, 1839,
in-8, I, 107 a 165). Quoiau'en dise Froissart, don Femandde Castro
n'accompagna pas don Pèare dans sa retraite sur Séville; il se trou-
vait alors en Galice dont il éuit gouTemeur pbur le roi de Castîlle.
1. Ce titre de femme ne peut s'appliquer ni à Blanche de Bourbon,
épouse légitime de don Pèdre, morte en 1361, ni à la fameuse dona
Maria de Padilla, la principale concubine du roi de Castille. Dans son
testament écrit à Séville pendant l'hiver de 1362, don Pèdre désigne,
il est vrai , dona Maria comme sa femme, mais on sait que l'heureuse
rivale de Blanche de Bourbon n'avait survécu que quelques mois à
cette infortunée princesse. Lorsqu'il rédigea son testament, don Pèdre
entretenait quatre maîtresses, Mari Ordz, Mari Alfon de FermosiJla,
Juana Garcia de Sotomajroi* et Urraca AJfon Carrillo ; il fit à la pre-
mière un legs de 2000 doubles castillanes, aux trois autres un legs de
1000 doubles seulement, à la condition qu'elles entreraient en religion
toutes les quatre après la mort de leur bienfaiteur, jaloux jusque dans
la mort. Si don Pèdre n'emmena qu'une femme avec lui en 1366 dans
sa retraite sur Séville, ce fut sans aoute Mari Ortiz qui parait avoir été
une sorte de sultane favorite.
2* Constance devait épouser plus tard Jean de Gand, duc de Lan-
castre, fils d'Edouard III.
3. Isabelle fut mariée dans la suite à Edmond, duc d'Yorck, frère
du duc de Lancastre.
'4. Le 28 mars 1366, veille du dimanche des Rameaux, don Pèdre,
qui se trouvait alors à Burgos, avait fait charger ce qu'il avait de plus
précieux. sur des mules et s'était sauvé précipitamment avec les infantes
ses filles, n'ayant pour toute escorte que les six cents cavaliers maures
qui composaient sa garde. Il avait gagné Tolède, d'où il n'avait pas
tardé à reculer jusqu'à Séville. Ayant fait venir dans cette ville tout
l'or et l'argent monnayés qu'il gardait dans le château d'Almodovar del
Rio, il l'avait fait embarquer sur une galère et avait chargé Martin Yanez
de se rendre avec ce trésor à Tavira, en Portugal; mais le propre ami-
ral de don Pèdre, le Génois Boccanegra, s'étant mis à la poursuite de
Martin Yanez, captura le trésor, qu'il s'empressa de livrer a don Henri,
pour se concilier les bonnes grâces de son nouveau maître. Ce trésor
s'élevait à trente-six quintaux d'or, sans compter une quantité considé-
rable de pierreries. Boccanegra reçut comme salaire ae sa trahison la
riche seigneurie d'Otiel. Salazar, Casa de Lara^ t. II, lib. XII. Mérimée,
Hist, de don Pèdre^ p. tô6.
5. Don Pèdre ne s'embarqua point pour se rendre en Galice; il
prit la voie de terre et essaya d'abord de chercher un refuge en Por-
Lxxxvi CHRONIQUES DE J. FROISSART.
Gomez Garrillo% les grands maîtres de Calatrava' et de Saint-
Jacques' prennent parti pour le comte de Trastamare devant
qui toutes les villes ouvrent leurs portes *. Don Henri est cou-
ronne roi, fait comtes ses deux frères don Sanche ^ et don Tello *,
sans oublier les chefs des Compagnies'' auxiliaires qu'il comble
de faveurs. P. 192^ 193, 360.
tugal. Presque aanégé dans rAloazar de S^Tille par ses sujets ameutés
cootre loi, il monta à cheval et sortit pour ainsi dire fortiTement de la
capitale de l'Andalousie avec les deux infantes et une fille naturelle de
don Henri son rival, surnommé doua Lëonor des Lions. U éuit suivi
du maître d'Alçantara, Martin Lopez, de son chancelier et de deux
cenU cavaliers seulement. Repoussé par le roi de Portugal Pierre !«>*,
le monarque fugitif n'eut d'autre parti à prendre que de gagner la
Galice où commandait en maître don Femand de Castro qui lui était
entièrement dévoué.
1 . Gomez Carillo était camarero major du prétendant don Henri,
comte de Trastamare.
2. Don Diego Gapcia de Padilla, frère de dona Maria de Padilla,
grand maître de Calatrava sous don Pèdre. Pero Lopez de kya\a(Cro^
nica del rey don Pe^o^ p. 410) confirme sur ce point le témoignage de
Froissart. '
3. Don Garcia Alvarez de Tolède, grand maître de Santiago, laissé
par don Pèdre dans Tolède avec 600 hommes d'armes, s'empressa de
livrer, après un semblant de résistance, cette ville à don Henri et rési-
gna son office en^faveur de Gonzalo Mexia, vieux serviteur du préten-
dant, moyennant* quoi il fut gratifié de deux domaines considérables
et d'une grosse somme d'argent.
k. Le comte de Trastamare et ses auxiliaires avaient occupé succes-
sivement Borja, Calahorra, où don Henri s'était fait proclamer roi de
Castille, Briviesca, enfin Burgos où le prétendant avait été couronné en
grande pompe dans le monastère de las Huelgas le jour de Pâques
b avril 1366.
5. Don Sanche fut fait comte d'Albuquerque (Espagne, province
d'Estramadure, sur la frontière de Portugal). Il recueillit ainsi l'im-
portant héritage de don Juan d'Albuquerque qui , depuis la mort du
fils de ce célèbre capitaine, avait été réuni au domaine royal de Castille.
6. Don Tello reçut le titre de seigneur de Biscaye et fut en outre
pourvu du fief de Castaneda.
7. Tous les érudits prétendent, sur la foi d'Ayala, que don Henri
donna alors à Bertrand du Guesclin le titre de comte de Trastamare
et la seigneurie deMolina avec d'immenses domaines (Buchon, ChronU
ques de Froissart^ éd. du Panthéon, I, 506, note 5 ; Mérimée, Hut, de
don Pèdre^ p. ^21). Cette assertion n'est pas tout à fait exacte. Le
titre qui fut alors conféré au comte de Longueville est celui de duc,
non de comte, de Trastamare {Arck. Nat.^ J381, vP 7; L377, d'après
Arch. du Vatican, Miscellanea, arm. XV, caps. 2, n<> 22 ; Thalamus
parvus^ p. 382). Quant an duché de Molina, Bertrand n'en fut investi,
du moins à perpétuité et à titre héréditaire, que par acte daté de Sé«
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 846.S39. lxxxvii
Après le couronnement de don Henri, le comte de la Marche,
Arnoul, sire d'Audrehem , et le sire de Beaujeu retournent en
France ^ ; mais Bertrand du Guesclin^ et Olivier de Mauny * avec
les Bretcms, Hugh de Galverly et Eustache d'Auberchicourt
ville le k mai 1369 (dom Morice, Preuves de V histoire de Bretagne^ I,
1628 à 1631). Diaprés Ayala, Hugh de Galverly, chef des bandes an-
glo-gasconnes, fut fait comte de Garrion (auj. Carrion-de»los-Gondes,
Espigne, prov. Léon, à 64 ki]. O. de Burgos), et le comte de Dénia,
qui commandait les auxiliaires aragonais, devint marquis de Villena
(Espagne, prov. Murcie, à 64 kil. N. N. E. de Murcie et à 88 kil. S.O.
de Valence). Le nouveau marquis eut en partage tous les biens qui
avaient composé la dot de la comtesse de T rastamare.
1 . Le licenciement des Compagnies eut lieu Vers le mois de mai 1366,
après rentrée de don Henri à Sëville où le trésor de don Pèdre livré
par Tamiral Boccanegra fournit les moyens de payer la solde de ces
bandes : <c Et de là alèrent à Barges (Burgos) où ilz entrèrent et orent
grant finance, tant des Sarrazins que Chrestians que des Juis. Et avoient
juré et promis non faire guerre a messire Bertran ne au roy Henry
jusquez un an après leur retour. Et après avoient prise Tolète Çïo-
lède) et y orent grant finance. Après, prindrent Sebille (Séville) où ilz
trouvèrent le trésor du roi Piètre ^ dont ils furent paiez, poub buuc rbtour-
HEB. » Arch. Nat,, X«* 1475, ^ 176. .
2. Ayala (p. (i22)y d'accord sur ce point avec Froîssart, dît que don
Henri garda a son service Bertrand du Guesclin et Hugh de Galverly
ainsi que quinze cents lances choisies surtout parmi les bandes fran-
çaises et bretonnes. Le sire d'Audrehem resta aussi en Espagne.
3. Lorsque Bertrand était parti pour FEspagne à la fin de 1365,
Olivier de Mauny, alors capitaine de Garentan pour le comte de
Longueville, n'avait pas accompagné son cousin. Olivier de Mau-
ny, seigneur de Lesnen (fief situe en Saint-Thual, lUe-et -Vilaine,
arr. Samt-Malo, c. Tinténiac), n'arriva en Languedoc que vers le
milieu de 1366. B passa devant Montpellier le premier juin de cette
année et, après avoir mis au pillage tous les environs de cette ville
récemment cédée au roi de Navarre, se remit en route, le 5, dans la
direction d'Agde : « Item, le primier jom de junh (1366), M. Olivier
de Mauni et M. G. Boten (il faut' sans doute lire : GefTroi Budes,
d'Uzel, Gôtes-du-Nord, arr. Loudéac, le même qui déposa le 17 sep-
tembre 1371 dans l'enquête pour la canonisation de Gnarles de Blois ;
dom Mbrice, Preuves^ II, 10), cavaliers de Bretanha, capitanis d'alcu-
nas grans companhas , am las dichas companhas se alojeron als barris
dels Augustis et en los autres de Montpellier et à Gastel Nou et en los
autres luocs entom Montpellier, et estant aqui gasteron motas toze-
lieyras et iluotas sivadieyras et autres camps de Montpellier et dels
dichs autres luocs, et y feron motz autres mais, e puoys a V joms del
dich mes, s'en desalotjeron et aneron s'en en Agades (Agde, Hérault,
arr. Béziers) , per seguir las autras companhas. » Thalamus parvus^
p. 372. — Olivier de Mauny se rendait en Aragon où il allait prendre
Possession du poste de capitaine et châtelain de Borja (Aragon, sur la
[uccha, à 25 kil. S. E. de Taraçona, à la limite de l' Aragon et de la
Lxxxviii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
avec les Anglais, restent en Espagne pour aller faire la guerre
contre les Sarrasins de Grenade. — Retire à la Corogne avec sa
femme, ses deux filles et don Femand de Castro, don Pèdre en-
voie des messagers vers le prince d'Aquitaine et de Galles pour
le prier de venir à son secours contre le bâtard Henri. Le prince,
après en avoii" délibërë avec les gens de son conseil, accueille
favorablement cette demande, et cinq chevaliers anglais partent
pour la Corogne afin de ramener à Bordeaux le roi détrôné de
Castille. Sur ces entrefaites, don Pèdre se rend lui-même à
Rayonne. P. 193 à 109, 360 à 365.
Arrivée et séjour de don Pèdre à Bordeaux ^ Il promet de
faire roi de Castille Edouard, le jeune fils du prince de Galles, et
de distribuer ce qu'il a consez^é de ses trésors ' aux gens d'ar-
mes du prince. Celui-ci, malgré les avis de ses conseillers qui
le détournent d'une intervention armée en faveur du roi détrôné,
est disposé à prendre parti pour ce dernier, d'abord parce que ,
souverain légitime , don Pèdre a été supplanté par un bâtard,
ensuite, parce que l'adversaire de don Henri de Trastamare a été
de tout temps pour l'Angleterre un allié fidèle. Toutefois, avant
Nararre), que Tenait de loi confier son cousin Bertrand nommé par
Pierre IV comte de Borja, en récompense de ses services. En 1375,
du Guesclin vendit ce comté à rarcherêque de Saragosse, movennant
le prix de 27 000 florins d*or (communication de M. le marquis de Santa
Coloma).
1. La relation deLopez de Ayala diffère un peu de celle de Froissart.
Le chroniqueur espagnol prétend que don Pèdre se rendit d'abord de
Santiago à la Corogne où il reçut le sire de Pojane et un autre cheva-
lier gascon députés par le prince de Galles pour Tinviter à se rendre
dans ses États d'Aquitaine. De la Corogne le roi détrôné de Castille ga-
gna Saint-Sébastien et de là Bajonne. Arrive dans cette dernière ville,
il fit savoir son arrivée au prince et, sans attendre que celui-ci vint à
sa rencontre, alla au-devant de lui jusqu'au Cap Breton (auj. Landes,
arr. Dax, c. Saint-Vincent-d^Tyrossc). Quelques jours après l'entre-
vue de Capbreton, le prince d'Aquitaine, don Pèdre et Charles, roi de
Navarre, se donnèrent rendez-vous à Bayonne, et ce ne fut qu'après
cette conférence que l'ex-roi de Castille alla lui-même à Bordeaux.
Froissart, qui se trouvait alors dans cette ville à la cour du prince, de-
vait, selon la judicieuse remarque de Buchon, être mieux informé de
ces détails que Lopez de Ayala attaché au service personnel de don
Henri de Trastamare.
2. Don Pèdre n'avait emporté que trente-six mille doubles ; la plus
forte partie de son trésor et ses joyaux, confiés à Martin Yanez et sai-
sis par l'amiral Boccanegra, étaient devenus, comme nous l'avons dit
plus haut, la proie de don Henri de Trastamare.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-5S9. lxxxtx
de mettre ce dessein à éxecution, le prince d'Aquitaine veut avoir
l'avis de ses vassaux et des grands feudataires de sa principauté.
P. 199 à 204, 365.
Le prince d'Aquitaine convoque à im parlement à Bordeaux les
seigneurs et barons, tant de Poitou, de Saintonge, de Rouergue,
de Quercy, de Limousin, que de Gascogne. On lui conseille d'en
référer au roi d^Angleterre , son père , et quatre chevaliers sont
envoyés à cette fin à Londres. Edouard III, après avoir consulté
les gens de son Parlement, est d'avis que son fils donne suite à
son projet et entreprenne une expédition pour remettre don Pèdre
sur le trône. Les barons d'Aquitaine, convoqués de nouveau, de-
, mandent qui payera leur solde. Don Pèdre promet d'employer
tous ses trésors, qui sont immenses, au payement de cette solde ;
et le prince anglais, de son côté, se charge de pourvoir aux frais
de l'expédition et de faire les avances nécessaires jusqu'à l'arrivée
en Castiile. Jean Cbandos et Thomas de Felton vont à Pampelune
inviter Charles le Mauvais à se rendre à Rayonne, afin qu'on
s'entende avec lui sur les conditions du passage à travers ses
états ; car l'armée du prince ne peut pénétrer en Espagne sans
traverser la Navarre en franchissant les défilés de Roncevaux^
P. i04 à 209, 366, 367.
Le prince d'Aquitaine, don Pèdre et le roi de Navarre ont en-
semble à Rayonne * des conférences qui durent plusieurs jours.
Moyennant le payement d'une somme de cent vingt mille francs '
et la cession de Logroiio *, de Salvatierra ^ et de Saint-Jean-Pied-
1. Roncevaux ou Roncesralles, vallée et port ou patsage situé en
Navarre, sur le Tenant espagnol des Pyrénées, entre Pampelune et
Saint- Jean-Pied-de-Port. Roland, chef de TaMère-garde de Tarmëe
de Charlemagne, y fut vaincu par les Sarrasins et y périt le 15 août 778.
2. ■ Nos igitur Petrus, rex Castellae et Legionis, Carolus, rex Na-
vairae et Edwardus, princeps Aquitaniœ, supradicti, convenientes in
unum in civitate BaionensL B.Rymer, III, 800. — Cette citation prouve
2ue les conférences préliminaires, où le prince d'Aquitaine, les rois de
lastille et de Navarre s'entendirent sur les conditions de leur alliance,
se tinrent, comme le dit Froissart, à Rayonne ; mais le traité lui-même
ne fut rédigé et signé par les plénipotentiaires des trois contractants
qu'à Liboume, dans le couvent des Frères Mineurs du dit lieu, le 23
septembre 1366. Itid., 800 à 807.
3. Le traité porte 200000 fiorins <tor vieux : c £1 rey don Pedro pa-
gara al rey de Navarra dozientas vezes mil florines de oro, s Rymer, III,
801, 1- col., 1.21 et 22.
k. Espagne, prov. Rurgos, sur TEbre, à 88 kil. £. de Rurgos.
5. Espagne, prov. Alava, à 240 kii E. N. E. de Vittoria. Ayala dit
xc CHRONIQUES DE J. FROISSART.
de-Port *, Charles le Mauvais consent à laisser passer à travers
son royaume Farmëe qui doit se Vendre en Espagne pour réta-
blir don Pèdre sur le trône de Castille. L'allie' de don Pèdre s'em-
presse de rappeler près de lui ceux de ses hommes d'armes que
du Guesclin a enrôlés sous la bannière du comte de Trastamare.
Eustache d'Auberchicourt , Hugh de Calverly, Gautier Hewet,
Mathieu de Goumay", Jean bevereux, répondent les premiers à
l'appel du prince et quittent l'Espagne pour retourner à Bor-
deaux. Bientôt après le départ de ces chevaliers, quelques-uns
des principaux capitaines d'aventure, Robert Briquet, Jean Cres-
wey, Robert Cem', Bertucat d'Albret, Gardot du Castel, Naudon
de Bageran, les bours de Lesparre, Camus et de Breteuil, repren-
nent aussi le chemin de la Gascogne pour aller offrir leurs ser-
vices au prince d'Aquitaine, — Du Guesclin, de son côté, se rend
auprès du roi d'Aragon, du duc d'Anjou qui se tient alors à
Montpellier, et du roi de France *, afin d'engager ces princes à
prendre parti pour Henri de Trastamare et à lui envoyer des
renforts. P. 209 à 213, 367 à 369.
A la nouvelle de l'expédition projetée par le prince d'Aqui-
Uine et de Galles pour rétablir don Pèdre sur le trône de Cas-
tille, Pierre, roi d'Aragon, fait alliance avec don Henri de Tras-
tamare *, et interdit aux Compagnies anglo-gasconnes, qui veulent
2ue don Pèdre s'engagea à céder au roi de Navarre la proYince de
riiipuzcoa (oip. Saint-Sébastien) et celle de Logrono.
1. Basses-Pyrénées, arr. Mauléon. Don Pèdre s'engageait, d'un autre
côté, à céder au prince d'Aquitaine une partie de la Biscaye, particu-
lièrement les ports de mer et le château d'Ordiales ; il se reconnaissait
en outre le débiteur du prince pour une somme de 550 000 florins d*or
au coiQ de Florence. Cette somme et 56000 florins, avancés par le
S rince et payés au roi de NaTarre , deyaient être remboursés dans le
élai d'un an. Les jeunes infantes, filles de Marie de Padilla, amsi que
les femmes et les enfants des seigneurs castillans émigrés, demeureraient
en orage à Bordeaux jusqu'au payement intégral de cette dette. Ry-
mer, III, 802, 703. Ayala, p. 433.
2. Vers le milieu de 1366, don Henri de Trastamare avait dépêché
ce Mathieu de Goumay à Lisbonne pour obtenir du roi de Portugal
r,u'il demeurât neutre dans la lutte qui allait s'ouvrir. Vicomte de
Santarem, Quadro de relacôes poCitieas^ III, 26, d'après Mérimée,
p. 439.
3. Il y a tout lieu de croire, malgré l'assertion de Froissart, que du
Guesclin ne se rendit pas de sa personne auprès du roi de France à la
fin de 1366.
4. Le 10 octobre 1363, don Henri de Trastamare s'était obligé par
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-559. xa
quitter l'Espagne pour rejoindre la bannière du prince, le passage
à travers l'Aragon et la Catalogne. Ces Compagnies sont enrôlées
définitivement au service du prince d'Aquitaine par Jean Chandos
envoy<^ en mission dans le pays basque auprès de leurs chefs ; et
à la prière de ce chevalier, Gaston Phœbus, comte de Foix, con-
sent à laisser passer les routiers et leurs bandes sur son terri-
toire. P. 213 à 216, 369, 370.
Par le conseil de Jean Chandos et de Thomas de Felton , le
prince de Galles , non content d'avoir fait fondre les deux tiers
de son argenterie, sollicite et obtient d'Edouard III cent mille
friincs * pour subvenir aux frab de Fexpëdition projetée. P. 216
à 218, 371, 372.
Le sire d'Albret s'engage à servir le prince d'Aquitaine et de
Galles à la tète de mille lances. Apprenant que les gens des Com-
pagnies, au nombre de trois mille, après avoir franchi les Pyré-
nées, doivent passer entre Toulouse et Montauban, Gui d'Azay,
sénéchal de Teulouse, les sénéchaux de Carcassonne ', de Nîmes*
et le [vicomte*] de Narbonne marchent à la poursuite de ces
e traité deBenifar, de livrer à Pierre IV, roi d'Aragon, le rojanme de
MoTcie et en outre dix villes importantes des deux Castilles, Requena,
Moya, Otiel, Canyet, Cuenca, Molina, Médina Celi, Almazan, Soria,
Agreda. Sommé vers le milieu de 1366 de mettre ce traité à exécution
SArch. génér. d'Aragon , reg. 1293 Secretorum, p. 127), le rival de don
^èdre, pour s'assurer Talliance de Pierre IV dans la ' lutte qui allait
s'ouvrir, avait consenti à céder au roi d'Aragon le royaume de Murcie.
1. La somme que le roi d'Angleterre mit à la disposition de son fils
fut prélevée sur une des échéances de la rançon du roi Jean. Le
l**" mars 1366, Edouard III, confirmant un acte en date du 13 décem-
bre 1363, assigna à son fils aine lïidouard, prince de Galles, 60000
écus d'or à prendre sur le premier payement du second million dâ par
le roi de France, ou qui premièrement se doit faire du second million (R7-
mer, m, 787). Par acte date d'Ax (Ax-sur-Ari<fge, Ariëge, arr. Foix),
le 29 janvier 1367 (n. st.), Edouard, prince d'Aouitaine et de Galles,
donna procuration à Jean des Roches, sénéchal ae Bigorre, pour rece-
voir en son lieu et place 30 000 francs sur la rançon du roi Jean (Ârch,
Nat,^ J6k2,n*2f).
2. C'est Arnaud d*£spagne qui était alors sénéchal de Carcassonne.
3. Le sénéchal de Beaucaire et de Nimes ^'appelait Gui de Pro-
hins.
k. Aimeri de Lara, vicomte de Narbonne, à qui Froissart donne par
eri'eur le titre de comte, amiral de France du 28 octobre 1369 à fé-
vrier 1373, mourut en 1382 et fut enterré à l'abbaye de Fontfroide, au
diocèse de Narbonne (auj. château de la commune de Narbonne). An-
selme, Histoire généal.^ VII, 759, 760.
xcii CHRONIQUES DE J. FROISSART.
pillards ^ à la tète de cinq cents lances et de quatre mille bidaus.
P. 218 à 220, 372 à 374.
Traquée par les Français , une des bandes anglo-gasconnes se
réfugie dans Montauban; et Jean Trivet, capitaine anglais de
cette forteresse, dans une entrevue qu'il a avec Gui d'Azay et le
vicomte de Narbonne' , refuse de livrer des gens d'armes qui
viennent rallier la bannière du prince son maître '. P. 220 à 223,
374 à 376.
Une bataille se livre sous les murs de Montauban entre les
Fr^'inçais et les gens des Compagnies commandés par Robert Ceni '
1 . OlÎTier de Maunjr, avant d'aller prendre possesaion de son poste
de capitaine de Borja pour Bertrand du Guesclin, s'était mis à la pour-
suite des Compagnies anglo-gasconnes, et était accouru au secours de
Louis, duc d*Ânjou, frère du roi de France et aon lieutenant en Lan-
guedoc, dont ces bandes avaient envahi le gouveniement. Le 13 août
1366, Olivier, h la tête de ses Bretons renforcés des gens d*armes du
duc d'Anjou et des arbalétriers de la commune de Toulouse, attaqua
Tune de ces bandes retranchée derrière les palissades de Montech
(Tarn-et-Garonne, arr. Castelsarrasin, à 12 kil. S. O. de Montauban),
la mit en déroute, lui tua cent hommes, fit quatre-vingt prisonniers et
captura cinq cents chevaux c Item en aquei an meteys (1366), a xni
d*aost, loi gens d'armas de mossenhor GMivier de Mauni et de la co-
muna de Tnoloza, aneron armatz combattre una oompanha d*Angles
que era en los barris de Montuoch, en Tolzan, e los desconfiron si
que nU ac entorn lxxx près e c mortz et entom \^ cavalguaduras pre-
zas : els autres (ugiron. » Thalamus parvus, p. 372.
2. Charles Y s*ëtant plaint au roi d'Angleterre, précisément à l'oc-
casion de l'affaire de Montauban, de ce que les Compagnies s'auto-
risaient du prince d'Aquitaine pour faire guerre au rojaume de
France, Edouard III adressa à son fils aîné une lettre assez sévère où
on lit ce qui suit : a Et les dites gentz d'armes et Compaignies, requis
paravant (le combat livré devant Montaubau) par les gentz de nostre
dit frère (le roi de France) par quoi et par qui et en quel noun il
venoient faire guerre en la terre de nostre dit frère, respoudirent que
c'estoit de par vous et pur vous et en vostre noun , et que de ce il
avoient voz lettres et mandement : lesquelles choses seroient, se il est
ainsi, contre la paix et alliances, à grant deshonour et esclaundre de
nous et de nostre estât, et aussi de vous et de noz filz, prelatz et
autres gentz de nostre roialme, et nous desplairoit très durement, ne
ne pourriens en nulle manère ces choses par dissimulacion passer,
sans y mettre remède. » Rjmer, III, 808.
3. £n 1368, ce Robert Ceni ou Cheni fut fait prisonnier dans l'ab-
baye fortifiée d'Olivet (auj. lieu-dit de la commune de Saint-Julien-
sur-Cher, Loir-et-Cher, arr. de Romorantin, c. Menetou-sur-Cher, sur
la rive gauche du Cher), par Louis de Sancerre, Gui le Baveux et le
gouverneur de Blois. Robert Cheni eut la tête tranchée ainsi que tous
les routiers plac^* sous ses ordres. Bièl. Nat,, ms. fr. n* 4987, f^ 87 >*.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, §§ 546-559. xciii
et Bertucat d'Albret*. Les Français sont bien trois contre un;
mais Jean Trivet et les soudoyers de la garnison viennent à la
rescousse des routiers, et les habitants de la ville eux*mêmes font
pleuvoir sur les Français une grêle de pierres *. En outre, le bour
de Breteuil, Naudon de Bageran amènent aux Anglo-gascons
pendant Faction un renfort de quatre cents combattants de trou-
pes fraîches '. Les Français sont mis en pleine déroute. Gui
d'Azay, les vicomtes de Narbonne et d'Uzès, le seigneur de Mont-
morillon, les sénéchaux de Garcassonne, de Beaucaire et plas de
cent chevaliers sont faits prisonniers. Cet engagement a lieu
devant de Montauban la veille de la mi-août,1366. P. 223 à 226,
376 à 379.
Bertucat d'Albret, Robert Ceni, Jean Trivet, Robert d'Aube-
1. La lettre du roi d'Angleterre, dont nous Tenons de citer un
fragment, mentionne .en outre parmi les chefs de ces bandes Rocanpa-
dour, le bour Camus, Garciot du Castel et un routier nommé Frère
Darrère, que dom Vaissete appelle Fierderrière. Hist, du Languedoc^
IV, 332.
2. Le combat n'eut pas lieu au pied des remparts de Montauban,
comme le raconte Froissart, mais à la Villedieu (1 ani-ct-Garonne, arr.
Castelsarrasin, c. Montech), à 12 kil. a l'ouest de Montauban. « Et
Tendemain (l4 août 1366), ledit seneschal (de Toulouse) et ses gentz
cheyauchèrent après les dites gentz d'armes et compaignes jtuqes près
^unt pille appelée la Fille Dieu^ pris de Montauban^ en la terre et obeis^
sance de nostre dit frère^ et illoec s'arrestèrent les dites gentz d'armes et
Compaignes et se mistrent en arroy de combattre.... » Rvmer, III,
808, coi. 1.
3. La défaite fut amenée par la défection d'une bande de routiers
à la solde du duc d'Anjou qui, après avoir promis de rester simples
spectateurs du combat, prirent parti pour les Anglo-gascons, aussitôt
que l'action fut engagée et chargèrent en queue les Français, c Deux
centz combattantz anglais, qui avoient au commencement esté avecques
les gentz de nostre dit frère (le roi de France) et s'estoient retraitz,
parceq'il disoient qu'il ne se combatroient point encontre les ditz
gentz d'armes et Compaignes, parceq'il estoient de leur alliance et se-
rement, et ^'il venoient de vostre principauté (c'est Edouard III qui ,
écrit au pnnce d'Aquitaine), corurent par darrère sur les gentz de
nostre dit frère, et adonc furent les gentz de nostre dit frère aesconfiz
et pris et mors une partie. » Rjrmer, III, 808, col. 2. — L'auteur de la
chronique romane de Montpellier dit, de son côté, que Gui d'Azajr,
sénéchal de Toulouse, Arnaud d'Espagne, sénéchal de Carcassonne, le
bour de Béarn, les vicomtes de Narbonne et de Caraman et beaucoup
d'autres vaillants hommes « y foron nafratz et apreyzonatz per la tra-
cion de II<^ homes d'armas angles loscals anavon am los Frances ; els
Frances, cofizan se d'els, los avian meses en l'arieregarda, e quant venc
al combatre, els feriron sus los Frances. 0 Thalamus parvus, p. 372.
xciv CHRONIQUES DE J. FROISSART.
terre *, le bour de Breteail et Naudon de Bageran se 'partagent
le butin. Les prisonniers s'engagent à payer rançon à Bordeaux
dans un délai convenu et sont mis en liberté à cette condition ;
mais le pape Urbain Y leur défend sous peine d'excommunication
de verser les sommes promises et déclare nuls tous engagements
pris envers les gens des Compagnies ^. Ceux-ci adressent des ré-
clamations à Jean Chandos, connétable d'Aquitaine', qui élude
leurs plaintes pour ne pas froisser le Saint-Père. P. 226 à 228,
379, 380.
L'effectif des Compagnies anglo-gasconnes s'élève à douze mille
soudoyers : le prince de Galles les prend à ses gages depuis la
lin d'août i366 jusqu'à l'entrée de février 1367. D'un autre côté,
don Henri de Trastamare retient à son service les soudoyers français
et surtout les bandes bretonnes dont les principaux chefs sont, après
Bertrand du Guesclin, Silvestre Budes \ Alain de Saint-Pol, Guil-
laume du Bruel et Alain dé Lakouet*. — Sur ces entrefaites,
1 . Ce Robert d^Aubeterre appartenait sans doute à la même famille
aae Gtiardia Raymond, sire d Anbeteire, qui aTait été comme nous
I avons dit plus haut , le principal condottiere des Compagnies anglo-
gasconnes emmenées en Espagne par Bertrand du Guesclin, à moins
que Froissart n'ait fait confusion et n'ait voulu désigner le sire d' Aube-
terre lui-même. U est certain que celui-ci alla rejoindre le prince de
Galles sons les ordres duquel il combattit à Najera : a Tontes les debtes
d'Aubeterre furent confisquéez, car le sire estoit jure messire Bertran et
se tourna contre lui. Oultre, il fit depuis ou royaulme de France avec les
Compaignes, » jirch. Nat,^ sect. jud., X*« 1475, f> 176.
2. Urbain Y, Tun des papes les plus grands et les plus saints qui
aient régi la chrétienté, combattait alors les Compagnies sans trêve ni
merci et lançait contre elles à coups redoublés les foudres apostoliques.
Par une bulle datée d'Avignon le 2 mai 1366 et adressée a Parchevê-
que de Toulouse, il venait d'excommunier et de frapper des pins ter-
ribles anatbèmes les bandes de pillards cantonnées en France et spécia-
lement dans le Languedoc {Areh, Nat,^ L312, n<> 9). S'il fallait en croire
le duc d'Anjou dans les instructions qu'il remit en 1376 à ses ambassa-
deurs auprès de don Henri, roi de Castille, l'affaire de la Villedieu aurait
coûté plus de trois millions au royaume de France.
3. Silvestre Budes, fils de Guillaume Budes et de Jeanne du Gues-
clin, seigneur d'Uzel (auj. Uzel-près-l'Oust, Côtes-du-Nord, arr. Lou-
déac), était le cousin de Bertrand du Guesclin dont, s'il faut en croire
d'Argentré, il porta la bannière à la bataille de Najera. Il était frère de
Geffroi Budes dont nous avons eu déjà l'occasion de parler.
k. Cet Alain de Lakonet ou de Lakouet était sans doute le frère de
Yon ou Yvon de Lacouet, c chevalier de Bretaigne », dont Olivier de
Mauny se porta garant vis-à-vis du roi de France le 26 avril 1368.
Arch, Nat., J65<1, nP 72.
SOMMAIRE DU PREMIER LIVRE, gg 546-559. «v
Jean, duc de Lancastre^, vient amener au prince de Galles son
frère un renfort de quatre cents hommes d'armes et de quatre
cents archers. Le roi de Majorque , dépouillé de ses états par le
roi d'Aragon, se rend aussi, vers la même époque, à la cour de
Bordeaux où il expose ses griefs , et on lui donne l'assurance
qu'au retour de l'expédition d'Espagne on l'aidera à recouvrer
son royaume *. Le prince d'Aquitaine reçoit continuellement des
plaintes au sujet des désordres de tout genre commis par les gens
des Compagnies qu^il a enrôlés à son service; mais il attend la
délivrance de la princesse sa fenmie, qui est sur le point d'accou-
cher, et on lui conseille de laisser passer la fête de Noël avant
de s'engager dans les défilés de Roncevaux '. Le 7 décembre, il
écrit au sire d'Albret de lui amener deux cents lances, au lieu de
mille, comme il avait été convenu d'abord. Le sire d'Albret se
1. Par acte daté de Westminster le 20 octobre 1366, Edouard III
mande à deux de ses sergents d'armer dans les ports de Plvmouth, de
Dartmouth, de Weymouth et de Fowej, vingt naTires destinés à trans-
porter en Aquitaine Jean, duc de Lancastre, avec des hommes d*armes
et des archers (Rvmer, III, 810). Le départ d'Angleterre de Jean de
Gand dut avoir lieu peu après le 2 novembre, jour où le roi son père
lui accorda un sauf-«6nduit {Ihid.^ 812). Cf. p. x.xxvni, note 3.
2. Jayme II, roi de Majorque, père de Jajme dont il est question
dans ce passage de Froissart, avait été détrône par Pierre IV, roi
d'Aragon, dit le Cérémonieux, qui avait réuni le rojratmie de Majorque
à r^agon par un acte solennel an 29 mars I3kk. Dans une campagne
entreprise pour reconquérir ses États, Jayme II fut blessé grièvement
et mourut des suites de ses blessures le 25 octobre 1349. Pour subve-
nir aux frais de cette dernière et malheureuse tentative, il avait vendu
au roi de France, le 18 avril 1349, pour 120000 écus d'or, tout ee qui
lui resuit de son royaume, c'est-à-dire les seigneuries de Montpellier
et de Lattes (Hérault, arr. et c. Montpellier). Sa veuve Yolande, qui
continuait de s'intituler reine de Majorque, se remaria à Othon, duc de
Brunswick, et celui-ci autorisa sa femme, le 20 novembre 1353, à trai-
ter avec le roi de France au sujet de 1000 livres de rente viagère qu'elle
réclamait du dit roi pour son douaire (jirch, iVa/., J598, n9 21). Jayme,
fils de Jayme II, qui prit part à l'expédition du prince de Galles en
Espagne, était le troisième mari de Jeanne I de Naples, petite-fille de
Robert, roi de Naples, qu'il avait épousée le 14 décembre 1362. Jeanne
avait succédé comme reine de Naples à Robert son a!eul mort le 19 jan-
vier 1343.
3. Pour se rendre de Guyenne en Castille, il n'y avait au quatorzième
siècle qu'une seule route ou une armée pût s'engager avec de la cava-
lerie ; c'était celle qui, passant par Saint-Jean-Pied-de-Port, longe la
fameuse vallée de Roncevaux, et qui, après avoir franchi la cime des
Pyrénées par un col élevé, suit le cours de l'Arga pour venir débou-
cher sur Pampelune.
xcvi CHRONIQUES DE^J. FROISSART.
fâche et répond qu'il renonce à servir le prince, car il ne saurait
trier ces deux cents lances parmi les mille qu'il avait retenues
pour faire partie de l'expédition. Le prince d'Aquitaine est outré
de dépit d'une telle réponse et se montre bien résolu à ne pas
laisser cette insolence impunie; toutefois, le comte d'Armagnac
accourt à Bordeaux et réussit à obtenir la grâce du sire d'Albret,
son neveu S grâce à l'entremise de Jean Chandos et de Thomas
de Felton. Cet incident n'en doit pas moins être considéré comme
le point de départ de la brouille entre le prince de Galles et le
sire d'Albret>. P. 228 à 234, 380 à 382.
1. Mathe d* Armagnac, seconde femme de Bernard Ezv et mère d'Ar-
naud Amanieu, sire d'Albret, yicomte de Tartes, fille de Bernard VI,
comte d'Armagnac et de sa première femme Isabelle d*Albret, ëuit
Taînëe des deux sœurs de Jean I, comte d'Armagnac. Par. conséquent,
Arnaud Amanieu, sire d'Albret, qui figure dans ce récit, était bien,
comme le dit Froissart, le nereu du comte d^ Armagnac. Anselme, Hîst.
génial., ra, (kl5, VI, 20d.
2. Le mécontentement du sire d^Albret avait une cause moins che-
valeresque que celle qui est indiquée ici par le secrétaire de la reine
d'Angleterre, alors l'un des hôtes et des historiographes de la cour de
Bordeaux. Arnaud Amanieu avait été gratifié d'une rente annuelle de
1000 livres sterling, équivalant à 6000 francs d'or, sur la cassette d'E-
douard III, mais cette rente éteit si mal payée, qu'à la fin de 1368, on
devait au titulaire dix ans d'arrérages, soit 60 000 francs. Le k mai
1368, Charles V maria Marguerite de Bourbon, l'une des sœurs ca-
dettes de sa femme, au sire d'Albret et) le 19 novembre suivant , il
s'engagea à verser entre les mains de son nouveau beau-frère les
60000 francs d'arrérages dus par le roi d'Angleterre, et en outre à lui
servir la rente annuelle de 6000 francs promise, mais non payée, par
Edouard III : c'est en reconnaissance de ces deux actes si profondé-
ment politiques qu'Arnaud Amanieu se décida, vers la fin de cette an-
née, à porter appel devant le Parlement de Paris de ses démêlés avec le
prince d'Aquitaine, en d'autres tenues, à fournir au roi de France,
qui éuit prêt, un prétexte pour se faire atUquer et pour poursuivre,
sous les apparences d'une guerre défensive, la revanche de Poitiers et
de Brétigny. Areh, Nat.^ JJ99, n» 345.
CHRONIQUES
DE J. FROISSART.
LIVRE PREMIER.
§ 474. Li intention dou roy Edowart d'Englelerre
estoit tèle que il enteroit en ce bon pays de Biausse
et se trairoit tout bellement sus celle belle, douce et
bonne rivière de Loire, et se venroit tout cel esté
jusques apriès aoust rafreschir en Bretagne. Et tan- 5
tost sus les vendenges, qui estoient moult belles ap-
parans^ il retourroit en France et venroit de rechief
mettre le siège devant Paris, car point ne voloit re-
tourner en Engleterre, pour ce qu'il en avoit au
partir parlé si avant, si aroit eu se intention dou dit lo
royaume^ et lairoit ses gens par ses forterèces^ qui
guerre faisoient pour lui, en France, en Brie, en Cam-
pagne^ en Pikardie^ en Pontieu, en Vismeu, en Vexin
et en Normendie, guerriîer et heriier le royaume de
France, et si taner et fouler les cités et les bonnes ^5
villes que de leur volenté il s'acorderoient à lui.
Adonc estoient en Paris li dus de Normendie et si
VI— 1
2 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1360]
doy frère^ et li dus d^Orliiens, leurs oncles, et tous li
plus grans eonsaulz de France, qui imaginoient bien
le voiage dou roy d'Engleterre, et comment il et ses
gens fouloient et apovrissoient le royaume de France,
5 et que ce ne se pooit longement tenir ne souffrir,
car les rentes des signeurs et des ^lises se perdoient
generaument partout. Adonc estoit canceliers de
France uns moult sages et vaillans homs messires
Guillaumes de Montagut, evesques de Tieruane, par
10 qui conseil on ouvroit en partie en France, et bien
le valoit, en tous estas, car ses eonsaulz estoit bons et
loyaus. Avoecques lui estoient encores doi clerc de
grant prudense, dont li uns estoit abbes de Clugni,
et li autres mestres des Frères Preeceurs^ et le appel-
15 loit on frère Symon de Lengres^ mestres en divinité.
Cil doi clerch darrainnement nommet, à le priière^
[requeste*] et ordenance dou duc de Normendie et
de ses firères et dou duch d*Orliiens, leur oncle, et
de tout le grant conseil de France entirement^ se par-
so tirent de Paris sus certains articles de pais^ et messi-
res Hughes de Genève, signeur d'Antun, en leur com-
pagnie, et s'en vinrent devers le roy d'Engleterre
qui cheminoit en Biausse par devers Gaillardon. Si
parlèrent cil doi prélat et li chevaliers au dit roy
25 d'Engleterre, et commencièrent à trettier pais entre
lui et ses alliiés et le royaume de France et ses alliiés,
asquelz trettiés li dus de Lancastre et li princes de
Galles, li contes de le Marce et pluiseur hault baron
[d'Engleterre*] furent appelle.
1. Ms. A 7, fo 224 vo. — Mss. B 1, l II, f» 146, B 3 et 4 (lacune).
2. Ms. B 4, f> 221. — Ms. B 1, t. II (lacane).
[1360] LIVRE PREUIER, § 474. 3
Si ne fîi mies cilz trettiés si tost acomj^s, quoiqu'il
fdst entamés, mes fu moult longement démenés. Et
toutdis aloit li rois [d'Ëngleterre] avant, querant le eras
pays. Cil trettieur, comme bien cohsilliet, ne voloient
mies le roy lassier ne leur pourpos anientir ; car il 5
veoienl le royaume de France en si povre estât et si
grevé que en trop grant péril il estoit^ se il attendoient
encores un esté. D'autre part^ li rois d'Ëngleterre de-
mandoit [et requeroit*] les offres si grandes et si pre-
judiciales pour tout le royaume de France^ que à envis 10
s'i acordoient li signeur pour leur honneur. Et si oou-
venoit par pure nécessité qu'il fust ensi ou auques priès^
se il voloient venir à pais : siques tous leurs trettiés.
et leurs parlemens durèrent dixsept jours^ toutdis en
poursievant le roy d'Ëngleterre. Li dessus nommet 15
prélat et li sires d'Antun^ messires Hughes de Genève,
qui moult bien estoit et volentiers oys en le court
dou roy d'Ëngleterre^ renvoioient tous les soirs ou de
jour à aultre leurs trettiés et leurs procès devers le
duch de Normendie et ses frères en le cité de Paris, so
et sus quel fourme ne estât il estoient^ pour avoir
response quel cose en estoit bon à faire, et dou
sourplus comment il se maintenroient. Cil procet et
ces paroUes estoient consilliet secrètement et examiné
souffissamment en le cambre dou duch de Normendie, S5
et puis estoit rescrit justement et parfaitement li in-
tention dou duch de Normendie et li advis de son
conseil as dis trettieurs : par quoi riens ne se passoit^
de l'un costé ne d'autre, qu'il ne fust bien specefiiet
et justement cancelé. 30
1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (Imiine).
4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i360]
Là estoient^ en le cambre dou roy d'Engleterre
sus son logeis^ ensi comme il cheoit à point et qu'il
se logoit sus son chemin^ tant devant le cité de
Chartres comme ailleurs^ des dessus dis trettieurs
5 françois grans oflfres mises avant , pour venir à con-
clusion et à fin de guerre et à ordenance de pais ,
asquelz coses li rois d'Engleterre fu trop durs à en-
tamer; car li intentions de lui estoit tèle que il vo-
loit demorer rois de France, comment que il ne le
10 fust mies, et morir rois de France, et voloit ostoiier
en Bretagne, en Blois, en Tourainne cel esté, si com
ci dessus est dit. Et, se li dus de Lancastre ses cou-
sins, que moult amoit et creoit, li euist otant descon-
silliet le pais à faire que il li consilloit, il ne s'i fust
15 point acordés; mais il li remoustroit moult sagement
et disoit : « Monsigneur, ceste guerre que vous tenés
au royaume de France, est moult mervilleuse et trop
fretable pour vous. Vos gens y gaagnent, et vous y
perdes et alewés le temps. Tout consideret, se vous
20 guerriiés selonch vostre oppinion, vous y userés vos-
tre vie, et c'est fort que vous en venés ja à vostre
entente. Si vous conseille que, entrues que vous en
poés issir à vostre honneur, vous en issiés et prendés
les offires que on vous présente; car, monsigneur,
25 nous poons plus perdre sus un jour que nous n'a-
vons conquis dedens vingt ans. »
Ces paroUes et pluiseurs aultres belles et soubtieves,
que li dus de Lancastre remoustroit fiablement en
istance de bien au roy d'Engleterre, convertirent si le
30 dit roy, parmi le grasce dou Saint Esperit qui y ouvra
ossi ; car il avint à lui et à toutes ses gens ossi , lui
estant devant Chartres, un grant miracle qui moult le
[1360] LIVRE PREMIER, $ 475. 5
humilia et brisa son corage, car entrues que cil tret-
tieur [franchois*] aloient et preeçoient le dit roy et
son conseil et encores nulle response agréable n'en
avoient^ uns orages, uns tempes et uns effbudres si
grans et si horribles deseendi dou ciel en l'ost le roy 5
d'Engleterre^ que il sambla bien proprement à tous
ceulz qui là.estoient^ que li siècles deuist finer, car il
cheoient de Tair pières si grosses que elles tuoient
hommes et chevaus, et en furent li plus hardi tout
eshidé. Et adonc regarda li rois d'Engleterre devers 10
Teglise Nostre Dame de Chartres, et se voa et rendi
dévotement à Nostre Dame^ et prommist^ si com il
dist et confessa depuis, que il s'accorderoit à le pais.
A ce donc estoit il logiés en un village assés priés de
Chartres qui s'appelle Bretegni^ et là fu li certainne 15
ordenance et compositions faite et jettée de le pais,
sus certains poins et articles qui ci ensievant sont
ordonné. Et pour ces coses plus entérinement faire
et poursievir, li trettieur d'une part, et d'aulre grant
clerch en droit dou conseil le roy d'Engleterre, or- 20
donnèrent sus le fourme de la pais, par grant délibé-
ration et par bon avis, une lettre qui s'appelle la
chartre de la pais, dont la teneur s'ensieut ensi.
§ 475. a Edowart, par le grasce de Dieu roy d'Engle-
terre, signeur d'Irlande et d'Aquitainne, à tous ceulz 25
qui ces présentes lettres veront, salut. [Savoir faisons
que,] comme pour les dissentions, debas, descors et
estris, meus et espérés^ à mouvoir entre nous et nostre
très chier frère le roy de France, certains tretteurs
1. M». B 4. — Ms. B 1, t. II, fo 146 vo (lacune).
6 CHAONIQUES DE J. FRCMSSART. [i360]
et procureurs de nous et de nostre très obier fil
ainsnet Edouwart^ prince de Galles^ aians à ce souffis-
,saat pooir et auctorité pour nous et pour lui et nostre
royaume, d'une part, et certains aultres trettieurs et
6 procureurs de nostre dit frère et de nostre très chier
neveu Charle, duch de Normendie^ [dalphin de
Vienne], fil ainsné de nostre dit frère de France, aiant
pooir et auctorité de son dit père en ceste partie,
pour son dit père et pour lui, soient assamblé à Bre-
10 tegni priés de Chartres, ouquel Heu est trettié, parlé
et acordé finable pais et concorde des trettieurs et
procureurs de l'une et l'autre partie sus les dissen*^
tions, debas, guerres et descors devant dis, lesquelz
trettiés et paix les procureurs de nous et de nostre
15 dit fil, pour nous et pour lui, et les procureurs de
nostre dit frère et de nostre dit neveu, pour son père
et pour lui, jurront sus saintes Ewangiles, tenir,
garder et acomplir ce dit trettié , [et ossi le jurerons
et nostre dit filz ossi, ainsi comme dessus est dit
20 et que il s'en sievra ou dit trettié ^] : parmi lequel
acort, entre les aultres coses, nostre frère de France
et son filz devant dis sont tenu et ont prommis bail-
lier et délivrer et delaissier à nous, nos hoirs et suc-
cesseurs à tous jours, les cités, contés, villes, chastiaus,
25 forterèces, terres, isles, rentes et revenues et aultres
coses qui s'ensievent, avoech ce que nous tenons en
Ghiane et en Gascongne, à tenir et possesser perpe-
tuelment, à nous et à nos hoirs et à nos succes-
seurs, ce qui est en demainne, en demainne, et ce
30 qui est en fief,' en fief, et par le temps et manière chî
1. Ms. B 4, f> 221 yo. — Ms. B 1, t. II, F> 447 (lacune).
[1360] LIVRE PREMIER, $ 475. 7
apriès esclarcis : c'est à savoir, la cité^ le chastiel et
la conté de Poitiers et toute la terre et le pays de
Poito^ ensamble le fief de Thouwart et la terre de
BelleviUe^ le cité et le chastiel de Saintes et toute la
terre et le pays de Saintonge par deçà et par delà la 5
Charente, avoech la ville ^ chastiel et forterèce de le
Rooelle et leurs appertenances [et appendances] ; la
dté et le chastiel d'Agens et la terre et le pays d'Agi-
nois; la cité, la ville et le chastiel et toute la terre de
Pieregorch, la terre et le pays de Piereguis; la cité et 10
le chastiel de Limoges, la terre et le pays de Limo-
zin; la cité et le chastiel de Chaours et la terre et le
pays de Caoursin; la cité, le chastiel et le pays de
Tarbe, et la terre, le pays et la conté de Bigorre; la
conté, la terre et le pays de Gauvre; la cité et le chas- 15
tiel d'Angouloime, et la conté, la terre et le pays
d'Angoulesmois; le chastiel, le ville et la cité de Ro-
dais, et la conté, la terre et le pays de Roerge. Et se
il y a, en la ducé d'Aquitainne, aucuns signeurs,
comme le conte de Fois, le conte d'Ërmignach, le 20
conte de LaiUe, les visconte de Quarmaing, le conte
de Pieregorch, le visconte de Limoges ou aultres qui
tiennent aucunes terrés ou lieus dedens les mètes des
dis lieus, il en feront hommage à nous et tous aultres
services et devoirs deus à cause de leurs terres et 25
lieus, en le manière qu'il les ont fais dou temps
passé, tout soit ce que nous ou aucuns des rois d*£n-
gleterre anciennement n'i aions rien eu ; en apriès, la
visconte de Moustruel sus mer, en le manière que
dou temps passé aucun roy d'Engleterre l'ont tenu, 30
et, se en la ditte terre de Moustruel ont esté aucun
débat dou partage de la terre, nostre frère de France
8 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
nous a prommis que il le nous fera esclarcir au plu$
hasteement comme il pora, lui revenu en France; la
conté de Pontieu tout entièrement, sauf et excepté
que^ se aucunes coses y ont esté aliénées par les
5 rois d'Engleterre qui ont régné pour le temps et ont
ancienement tenu la ditte conté et appertenances^ [en*]
aultres personnes que as rois de France^ nostre dit
frère ne si successeur ne seront pas tenus de le ren-
dre à nous. Et^ se les dittes allienations ont esté faites
10 des rois de France qui ont esté pour le temps^ sans
aucun moiien, et nostre dit^frère le tiegne en présent
en sa main, il les laissera à nous entièrement^ excepté
que^ se les rois de France les ont eus par escange à
aultres terres, nous deliverons ce qu'il en a eu par
15 escange^ ou nous laisserons à nostre dit frère les
coses ensi aliénées. Mes, se li roy d'Engleterre qui
ont esté pour le temps de lors^ en avoient aliéné ou
transporté aucune cose en autres personnes que es
rois de France, et ossi depuis il soient venus es
20 mains de nostre dit frère, espoir par partage^ nostre
dit frère ne sera pas tenus de les nous rendre. Et
ossi^ se les coses dessus dittes doient hommage, nos-
tre dit frère les baillera à aultres qui en feront hom^
mage à nous et à nos successeurs; et, se les dittes
25 coses ne doient hommage^ il nous baillera un teneur
qui nous en fera le devoir, dedens un an proçain
apriès ce que il sera partis de Calais. Item, le chas-
tiel et le ville et la signourie de Calais, le chastiel^ le
ville et la signom*ie de Merk^ les villes, chastiaus et si-
30 gnouries de Sangates^ Coulongne, Hames^ Walle et
1. Ms. B 3, ^ 236. — Ms. B 1, t. II, f» Ikl vo (lacune).
[4360] LIVB£ PREMIER, § 475. 9
Oye, avoech tières, bois marès^ rivières, rentes, si-
gnouries, advoesons d'églises, et toutes aultres aper-
tenances et lieus entregisans dedens les mètes et
bondes qui s'ensievent, c'est à savoir de Calais
jusques au fil de le rivière par devant Gravelines, 5
et ossi par le fil meismes de la rivière [tout entour
Lengle, et aussi par la rivière qui va par delà Poil,
et aussi par mesme la rivière *] qui chiet ou grant
lay de Ghines, jusques à Fretin, et d'illuech par le
vallée entour le montagne de Calkuli y encloant 10
meisme la montagne, et ossi jusques à la mer, avoech
Sangate et toutes ses a pper tenances; le chastiel et le
ville et tout entirement la conté de Ghines avoech
toutes les terres, villes, chastiaus, forterèces, lieus,
hommes, hommages, signouries, bois, foriès, droitu- 15
res d'icelles, ossi entièrement comme li contes de
Ghines darrainnement mort les tenoit au temps de
sa mort. Et obéiront les églises et les bonnes gens
estans dedens les limitations de la ditte conté de
Ghines, de Calais et de Merk et des aultres lieus des^ 20
sus dis, à nous, ensi comme il obeissoient à nostre
dit frère et au conte de Ghines qui fii pour le temps :
toutes lesquelz coses, comprises en ce présent article
et l'article proçain précèdent de Merk et de Calais,
nous tendrons en demainne, excepté les hiretages 25
des églises, [qui demourront as dites églises 1 entière-
ment, quel part qu'il soient assis, et ossi excepté les
hyretages des aultres gens des pays de Merk et de
Calais assis hors de le ville et fremeté de Calais jus-
1. jirch. I>îat,, J 638, n" 1. — Ms. B 1, t. U, fo 148 (lacune).
2. Ms. B 4, f> 222 vo. — Ms. B 1 (lacune).
iO CHRONIQUES DE J. FR0I8SART. [1360]
ques à le value de cent livrées de terre par an^ de la
monnoie courant ou pays^ et en desous, [lesquels
hiretages leur demourront jusques à le value dessus
dite et en desous']; mes [les] habitations et hyreta-
5 ges assis en la ditte ville de (Valais avoech leur aper-
tenanoes demorront [en demaine à nous pour en
ordenner à nostre volunté. £t ossi demorront*] as
habitans en la terre ^ ville et conté de Ghines^ tous
leurs demainnes entièrement et y [revenront*] plainne-
10 ment^ sauf ce qui est dit par avant des confortacions^
mètes et bondes dessus dittes en l'article de Calais^
et tous les isles adjacens as terres, pays et Ueus avant
nommés^ ensamble avoech tous les aultres isles^ les^
quelz nous tenions on temps dou dit trettié. Et euist
15 esté pourparlé que nostre dit frère et son ainsnet fil
renonçassent as [dis] ressors et souverainnetés et à
tout le droit qu'il poroient avoir as coses dessus
dittes^ et que nous les tenissions comme voisins^ sans
nul ressort et souverainneté de nostre dit frère ou
20 ix)yaume de France, et que tout le droit que nostre dit
frère avoit es coses dessus dittes^ il nous cedast et
transportast perpetuelement et à tous jours. Et ossi
euLst esté pourparlé que samblablement nous et
oestres dit filz renoncissions expresseement à toutes
S5 les coses qui ne doient estre baillies ou délivrées à
nous par le dit trettié, et par especial au nom et au
droit de la couronne et dou royaume de France, et
hommage, souverainneté et demainne de la ducée de
1. Ms. B ^, f» 222 y^. — M». B 1, t. II, f» 148 vo (lacune).
2. jirch. Nat., J 638, n© 1. — M». B 1, t. II, f« 1^8 r> (lacune).
3. Ms. B 4, f« 222 vo. — Ma. B 1 : « pcnderont. » — Ms. B 3, f» 236:
« appartiendront. »
[1360] LIVRE PRElilER, § 475. ii
Normendie, de la conté de Touraiane, des contés d'An-
gou et du Mainne, de la souveraînneté et hommage de
la conté et dou pays de Flandres^ de la souverainneté
et hommage de la ducée de Bretagne, excepté que le
droit dou conte de Montfort, tel qu'il le poet et doit 5
avoir en la ducé [et pais'] de Bretagne, nous reservons
et metons par mos exprès hors de nostre trettié^ sauf
tant que nous et nostre dit frère de France venu à
Calais en ordenerons si à point, par le bon avis et
conseil de nos gens à ce députés, que nous metteroi» lo
à pais et à acord le dit conte de Montfbrt et nostre
cousin messire Charle de Blois^ qui demande et ca-
lenge droit à l'iretage de Bretagne. Et renonçcms à
toutes aultres demandes que nous Élisions ou faire
porions, pour quelque cause que ce soit^ exceptet les 15
coses des^is dittes qui doient demorer et estre bail-
lies à nous et à nos hoirs, et que nous leur trans|K>r-
tissions^ cessisions et delaississions tout le droit que
nous porions avoir à toutesles coses qui à nous ne
doieiît estre baillies : sus lesquelz coses, apriès plui- 20
seurs altercations eues sur ce, et par especial pour ce
que les dittes renunciations [ne se font pas de pre^
sent^ avons finablement accordé avec nostre dit
frère par la manière qui s'ensuit^ c'est assavoir que
nous et nostre dit ainsné filz renoncerons et ferons 35
et avons promis à faire lesrenunciftl»ns*j^ transpors^
cessions et delaissemens dessus dis^ quant et si tost
que nostre dit frère ara bailliet à nous ou à nos
gens especialment de par nous députés, la cité et le
1. ais. B 4, r> 222 T«. — Ms. B I, t. II, f« US v» (lacune).
2. Arch. Nai., J ^38, n» 3. — Ms. B 1, t. II, P> 149 (Uuîime).
12 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
chastiel de Poitiers et toute la terre et le pays de
Poito, ensamble le fief de Touwart et la terre de Bel-
leville, le cité et le chastiel d'Agen, et toute la terre
et le pays d'Aginois^ la cité et le chastiel de Piere-
5 gorch et toute la terre et le pays de Piereguis, la
eliité et le chastiel de Caours et toute la terre et le
pays de Quersin^ la chité et le chastiel de Rodais et
toute la terre et le pays de Roerge, la cité et le chas-
tiel de Saintes et toute la terre et le pays de Sain-
10 tonge, le chastiel et le ville de le Rocelle et toute la
terre et le pays de Rocellois, le cité et le chastiel de
Limoges et toute la terre et le pays de Lymozin, le
cité et le chastiel d'Angouloisme^ la terre et le pays
d'Angoulesmois^ la terre et le pays de Bigorre, la
15 terre de Gauvre, la conté de Pontieu et la conté de
Ghines : lesquelz coses nostre dit frère nous a prom-
mis à baillier, en le fourme que ci dessus est con-
tenu, ou à nos especiaus députés, dedens un an en-
sievant^ lui parti de Calais pour retourner en France.
20 Et tantos ce fait^ devant certainnes personnes que
nostre dit frère députera, nous et nostre dit ainsnet
fil ferons en nostre royaume en Engleterre ycelles
renunciations, transpors^ cessions et delaissemens^
par foy et par sierement solenelment^ et d'icelles fe-
S5 rons bonnes lettres ouvertes seelées de nostre grant
seel, par [la] manière et fourme comprises en nos
aultres lettres sur ce faites, et que compris est ou dit
trettiet, lesquèles nous envoierons à la feste de l'As-
sumption Nostre Dame proçainnement ensiewant, en
30 l'église des Augustins en le ville de Bruges, et les fe-
rons baillier à ceulz que nostre dit fi'ère y envoiera
lors pour les recevoir. £t^ se dedens le terme qui mis
[1360] LIVRE PREMIER, $ ^^^' ^3
y est, nostre dit frère ne pooit baillier ne délivrer ai-
siement à nous ou à nos députés les cités, villes,
chastiaus, lieus, forterèees et pays ci dessus nommés,
comment que il en doie faire son plain pooir sans
nulle dissimulation, il les nous doit délivrer et bail- 5
lier ou faire délivrer et baillier dedens le terme de
quatre mois ensievant l'an acomplit. Avoech toutes
ces coses et aultres qui s'ensievront chi apriès, est
dit et acordé par le teneur dou trettié que nous,
renvoiié et ramené nostre frère de France en le ville lo
de Calais, six sepmainnes apriès ce que il y sera venus,
nous devons recevoir, ou nos gens à ce especialment
de par nous députés, six cens mille frans, et par quatre
ans ensievant cescun an six cens mille frans, et de
ce délivrer et mettre en ostage et envoiier demorer en 15
nostre cité de I^ondres en Engleterre des plus nobles
dou royaume de France, qui point ne furent prison-
nier à le bataille de Poitiers, et de dix neuf cités et
villes des plus notables dou royaume de France, de
çascune deux ou quatre hommes, ensi comme il 20
plaira à nostre conseil. Et tout ce acompli, les hosta-
ges venus à Calais et le premier paiement paiiet, ensi
que dit est, nous devons nostre frère de France et
Phelippe son jone fil délivrer quittement en le ville
de Boulongne sus mer, et tous ceulz qui avoech yaus 25
furent prisonnier à le bataille de Poitiers, qui ne se-
roient rançonné à nous ou à nos gens, sans paiier
nulles raençons. Et pour ce que nous savons de vé-
rité que nostres cousins messires Jakemes de Bour-
bon, qui pris fti à le bataille de Poitiers, a tousjours 30
mis et rendu grant painne à ce que pais et acord
fuissent entre nous et nostre dit frère de France, en
14 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
quelconque estât qu'il soit, rançonnés ou à rançon-
ner, nous le deliverons sans eoust et sans fret avoec-
ques nostre dit frère en le ville de Boulongne, mes
que eilz trettiés soit tenus ensi que nous espérons
5 qu'il le sera. Et ossi nous a prommis nostre dit frère
que il et son ainsnet fil renonceront et feront sambla-
blement lors et par le manière dessus ditte les renon-
ciations, transpors, cessions et delaissemens, acordés
par le 'dit trettié à faire de leur partie, si comme
10 est dit dessus. Et envolera nostre frère ses lettres
patentes seelées de son grant seel as dis lieus et ter-
mes, pour les baillter et délivrer as gens qui de par
nous y seront député, samblablement, comme dit est.
Et ossi nous a prommis et acordé nostre dit frère
15 que li et si hoir surserront, jusques as termes des
dittes renunciations dessus esclarcis, de user de sou^
verainnetés etressors en toutes les cités, contés, villes,
chastiaus, forterèces, pays, terres, isles et , lieus que
nous tenions ou temps dou dit trettié, lesquelz nous
20 doient demorer par le dit trettié, et as aultres qui à
cause des dittes renunciations et dou dit trettié nous
seront baillies et doient demorer à perpétuité à nous
et à nos hoirs, sans ce que nostre dit frère ou ses
hoirs ou aultres, à cause de le couronne de France,
25 jusques as termes dessus esclarcis et yceulz [durans*],
puissent user d'aucuns services de souverainneté ne
demander subjection sur nous, nos hoirs, nos subjès
d'icelles, presens et à venir, ne querelles ou appiaus
en leur court recevoir, ne rescrire à ycelles, ne de
30 juridition aucune user à cause des cités, contés, chas-
I. Ms. A 8, f<» 220 vo. — M«». H I, t. II, f» 150 : « durer, i
[1360] LIYIUE PREMIER, $ 475. 15
tiausy villes^ terres , islez et lieus proçainnement
nommez. Et nous a ossi aeordé tiostre dit frère que
nous, nos hoirs ne aucuns de nos subgès^ à cause
des dittes cités, contés^ chastiaus, villes, pays^ terres,
isles et lieus proçains avant dis^ comme dit est^ soions 5
tenus ne obUgiés del recognoistre nostre souverain^
ne de faire aucune subjection^ service ne devoir à lui
ne à ses hoirs ne à le couronne de France jusques as
termes des renunciations devant dittes. Et ossi acor-
dons et prommetons à nostre dit frère que nous et lo
nos hoirs {surserrons*] de nous appeller et porter title
et nommer roy de France^ par lettres ou aultrement^
jusques as termes dessus nommés et yceulz [durans*].
Et combien que es articles dou dit acord et trettié de
le pais^ ces présentes lettres ou aultres dependans des 15
dis articles ou de ces présentes ou aultres quelcon-
ques que elles soient^ soient ou fuissent aucunes [pa-
reilles *] , ou fait aucun que nous ou nostre dit frère
deissions ou feissions^ [4^^] sente^isseut translation
ou renunciations taisibles ou expresses des ressors et 20
souverainnetés, est li intentions de nous et de nostre
dit frère que les avant dis souverainnetés et ressors
que nostre dit frère se dit avoir ens es dittes terres
qui nous seront baillies, comme dit est, demorront
en Testât ouquel elles sont à présent; mais toutesfois 25
il surserra de en user et demander subjection^ par
le manière dessus ditte, jusques as termes dessus
esclarcis. Et ossi volons et acordons à nostre dit frère
1- Ms. B k, f<» 237. — Ms. B l : « «irsurrons. »
2. Ms. A 8, f» 220 vo. — Ms. B 1 : « durer. 9
3. Ms. A 8, F» 220 vo. — Ms. B 1 : « parolics. »>
k. Ms. B 4, f» 223 vo. _ Ms. B 1 : c qu'il. >
i6 CHRONIQUES DE J. FROISSàRT. [i360]
que^ apriès ce que il ara baillies les dittes cités^ con-
tés^ chastiaus^ villes, forterèeesy terres, P^ys» ' isles et
lieus dessus nommés^ ensi que baillier les nous doit
ou à nos députés, parmi sa délivrance et renuncia-
5 tions, transpors et cessions qui sont à faire de se
partie par lui et par son ainsné fil^ faites et envoiiés
as dis lieus et jour à Bruges les dittes lettres, et bail-
lies as députés de par nous, que la renunciation,
cession, transport et délaissement à faire de nostre
10 partie soient tenues pour faites. £t par habundant
nous renunçons dès lors par exprès au nom, au droit
et au calenge de le couronne et dou royaume de France
et à toutes les coses où nous devons renuncier par
force dou dit trettié, si avant comme pourfiter pora
15 à nostre dit frère et à ses hoirs. Et volons et acor-
dons que par ces présentes le dit trettiet de pais et
acord fait entre nous et nostre dit frère, [ses*] subgès,
alliiés et adkerens d'une part et d'autre, ne soit,
quant as aultres coses contenues en ycelli, empiré et
20 afoibli en aucune manière; mais volons et nous plaist
que il soient et demeurent en leur plainne force et
virtu. Toutes lesquèles coses en ces présentes lettres
escriptes, nous, rois d'Engleterre [dessus dit'], volons,
octroions et prommetons loyaument et en bonne foy,
25 et par nostre sierement fait sus le corps de Dieu et
sur saintes Ewangiles, tenir, garder, entériner et
acomplir sans fraude et sans mal engin de nostre
partie. Et à ce et pour ce faire, obligons à nostre dit
frère de France nous et nos hoirs, presens et à venir,
1. M«. A 8, ^ no To. — Mss. B : « les. »•
2. Ms. B 4, f» 223 y^. — M». B 1, t. U, fo 150 r» (lacune).
[i360] LIVRE PREMIER, § 476. 17
en quelque lieu qu'il soient. Et renonçons par nos
dis fois et sieremens^ à toutes exceptions de fraude, de
decevance^ de crois [prinse*] et à prendre, et à im-
petrer dispensation de pape ou d'autre au contraire^
laquèle^ se impetrée estoit^ nous volons estre nulle et 5
de nulle valeur^ et que nous ne nous en puissions
aidier, et as drois disans que royaume ne pora estre
devisé et gênerai renonciation [non'j valloir fors en
certainne manière^ et à tout ce que nous porions faire,
dire ou opposer au contraire en jugement et dehors, lo
En tesmoing desquèles coses , nous avons fait mettre
nostre grant seel à ces présentes lettres^ données à
Bretegni dalés Chartres, le vingt cinquime jour dou
mois de may, l'an de grasce Notre Signeur mil trois
cens et soixante, m 15
§ 476. Quant ceste lettre, qui s'appelle li une des
Chartres de le paix, car encores en y eut des aultres
faites et seelées en celle anée en le ville de Calais, si
com je vous en pafleray, quant temps et lieus seront,
fu jettée, on le moustra au roy d'Engleterre et à son 20
conseil. Liquelz rois et ses consaulz, quant il l'eurent
oy lire, respondirent as trettieurs qui de ce s'estoient
ensonniiet et en istance de bien cargié : « elle nous
plaist moult bien ensi. »
Dont fu ordonné que li abbes de Clugni et frères 25
Jehans de Lengres et messires Huges de Genève, sires
d'Antun, qui pour le duch de Normendie y estoient
commis, partesissent de là, la chartre grossée et sec-
1. Mft. B 3, ^ 237 yo. — Mw. B 1 et B 4 (]acime).
2. Ms. B 3. — Ms8. B 1 et B 4 (lacune).
VI — a
18 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
lée avoech eulz^ et venissent à Paris devers le duch
et son conseil et leur remoustrassent l'ordenance
dessus ditte et en fesissent au plus briefinent qu'il
peuissent relation.
5 Li dessus nommé s'i acordèrent volentiers et re-
tournèrent à Paris où il furent receu à grant joie. Si
se traisent devers le duch de Normandie et ses frères,
le duch d'Orliiens présent et le plus grant partie dou
conseil de France. Là remoustrèrent 11 dessus dit
10 mouk couvignablement sus quel estât il avoient parlé
et quel cose fait et esploitié ; il furent volentiers oy,
car la pais estoit moult désirée. Là fu la dessus ditte
lettre leute et bien examinée, ne onques n'i fu de
point ne d'article débat ue; mais seela li dus de Nor-
15 mendie comme ainsnés filz dou roy de France et
hoirs dou roy son père. Et furent assés tost apriès li
dessus dit trettieur renvoiiet devers le roy d'Engle-
terre qui les attendoit en son host priés de Chartres.
Quant il furent venu, il n'i eut mies grans parle-
20 menSy car il disent que à toutes ces coses li dus de
Mormendie^ si frère, leurs oncles et tous li con-
saulz de France estoient doucement et benignement
acordé.
Ces nouvelles plaisirent grandement bien au roy
25 d'Engleterre et à son conseil. Adonc, pour le mieulz
foire que laissier, et pour plus grant seurté, fu en
l'ost le roy d'Engleterre une triewe criée à durer jus-
ques à le Saint Michid en un an à tenir fermement
et establement entre le royaume de France et Je
30 royaume d'Engleterre et tous leurs adherens et alliés,
d^uile part et d'aultre, et dedens ce terme, bonne
pais entre les dis rois et leurs parties. Et tantost fu-
[1360] LIVRE PREMIER, § 476. 19
rent ordonné sergant d'armes de par le roy de
France, commis et envoiîet de par le duch de Nor-
mendie^ qui se esploitièrent parmi le royaume de
France de chevaucier et de noncier publikement ens
es cités, villes^ chastiaus^ bours et forteréces, ceste 5
Iriewe et espérance de pais, lesquèles nouvelles fo-
rent partout volentiers oyes.
Encores revenu les dessus dis trettieurs en Tost le
roy d'Engleterre, il requisent au dit roy et à son con-
seil, que quatre baron d'Engleterre, comme procu- 10
reur, à lui venissent avoech yaus en le cité de Paris
pour venir jurer le pais en son nom, pour mieulz
apaisier le peuple : laquel cose li rois d'Engleterre
acorda moult volentiers. Et y forent ordonné et en-
voiié li sires de Stanfort, messires Renaulz de Gobe- 15
hem, messires Guis de Briane et messires Rogiers de
Biaucamp, banereth. Cil quatre signeur, à l'orde-
nance de leur signeur, se partirent et se misent au
chemin avoecques l'abbé de Clugni et monsigneur
Hughe de Genève, et chevaucièrent tant qu'il vinrent 20
au Montleheri.
Quant cil de Paris sceurent leur venue, par le
commandement dou duch de Normendie, toutes les
religions et li clergiés, en grant reverense et à pour-
cessions, widièrent de le cité et vinrent bien avant 25
sus les camps contre les barons d*Engleterre dessus
nommés, et les amenèrent ensi moult honnourable-
ment dedens Paris. Et encores vinrent contre yaus
pluiseur hault signeur et grant baron de France, qui
lors se tenoient dedens Paris, et sonnèrent toutes les 30
cloches de Paris à leur venue. Et forent, à ce donc
qu'il entrèrent en le cité, toutes les grans rues jon-
20 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
chies et parées de draps d'or^ ossi honnourable-
ment comme on pooit aviser et deviser; et ensi
furent il amené au palais qui richement estoit appa-
reilliés pour eulz recevoir. Là estoient li dus de Nor-
5 mendie, si frère, leurs oncles li dus d'Orliiens et
grant fuison de prelas et de signeurs dou royaume
de France, qui les recueillièrent bellement et reve-
ramment.
Là lisent au palais, présent tout le peuple, cil
10 quatre baron d'Engleterre sierement et jurèrent ou
nom dou roy leur signeur et de ses enfans, sus le
corps Jhesu Cris sacré et sus saintes Ewangiles, à tenir
et à acomplir le dit trettié de le pais, si com ci des-
sus est esclarcis. Ces coses faites, il furent mené ou
15 palais, et là festiié et honnouré très grandement dou
duch de Normendie, de ses frères et des haus barons
de France qui là estoient. Apriès ce, il furent mené
en le Sainte Chapelle dou palais, et lor furent mous-
trées les plus belles reliques et li plus digne jeuiel
20 dou monde qui là estoient et sont encores, et meis*
mement la sainte couronne dont Diex fu couronnés
à son saintisme traveiL Et en donna li dus de Nor-
mendie à çascun des chevaliers une des plus grandes
espines de la ditte couronne, laquèle c6se cescuns
25 des chevaliers prisa moult et le tint au plus noble
jeuiel que on li peuist donner. Et furent là ce jour
et le soir et Tendemain, jusques apriès disner; et
quant il prisent congiet, li dus de Normendie fist à
çascun donner un moult biel et bon coursier riche-
30 ment paré et ensellé, et pluiseurs aultres biaus jeuiaus,
desquelz je me passerai assés briefment, et dont il
remerciièrent grandement le duc de Normendie.
[1360] LIVRE PREMIER, § 477. 21
Apriès ce, il se partirent dou dit duc et dès si*
gneurs qui là estoient, moult amiablement, et s'en
retournèrent devers le roy lor signeur, et y vinrent
Tendemain assés matin en grant compagnie de gens
d'armes qui les convoiièrent jusques à là^ et qui de- 5
voient ossi le roy d*£ngleterre et ses gens conduire
jusques à Calais, et faire ouvrir cités^ villes et chas-
tiaus^ pour yaus laissier passer [parmy ^] paisieulement
et aministrer tous vivres.
§ 477. Quant il furent parvenu jusques en Post le lo
roy d'Engleterre leur signeur^ il li recordèrent com
honnourablement il avoient esté receu, et li remous-
trèrent les dignes jeuiaus que li dus de Normendie
lor avoit donnés. De quoi li rois eut grant joie et
festia grandement le connestable de France et les 15
signeurs qui là estoient venu^ et leur donna biaus
dons et grans jeuiaus et assés.
Adonc fu ordonné que toutes manières de gens se
deslogassent et traisissent bellement et en pais devers
le Pont de l'Arce, [pour*] là passer le Sainne, et puis 20
vers Abbeville, pour passer le Somme ^ et puis aller
tout droit à Calais. Dont se deslogièrent toutes ma-
nières de gens et se misent au chemin. Et avoient
ghides et chevaliers de France envoiiés de par le
duch de Normendie qui les conduisoient et les me- 25
noient ensi comme il dévoient aler.
Li rois d'Ëngleterre, quadt il se parti, passa parmi
la cité de Chartres et y herbega une nuit. A Tende-
1. Ms. E 4, fo 235. -- Ms. B 1, t. n, f> 152 (lacune).
2. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
22 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
main^ il vint moult dévotement et si enfant en l'église
de Nostre Dame, et y oïrent messe ; et y fisent grande
offrande et puis s'en partirent et montèrent à chevaK
Si entendi que li rois et si enfant vinrent à Har-
5 flues en Normendie, et là passèrent il le mer et re-
tournèrent en Engleterre. Li demorant de l'host vin-
rent au mieulz qu il peurent sans damage et sans
péril, et partout leur estoient vivre appareillié pour
leur argent jusques en le ville de Calais. Et là prisent
10 li François congiet d'yaus qui les avoient aeonvoiiés.
Si passèrent li Englès depuis^ au plus bellement qu'il
peurent, sans damage et sans perU et retournèrent en
• Engleterre.
Sitost que li rois d'Engleterre fu retournés arrière
15 en son pays, qui y vint auques des premiers, il se
traist à Xx)ndres. Et fîst mettre hors de prison le roy
de France et le fîst venir secrètement au palais à
Wesmoustier; et se trouvèrent en le chapelle dou
dit palais. Là remoustra li rois d'Engeleterre au roy
îo de France tous les trettiés de le pais, et comment ses
filz li dus de Normendie, ou nom de lui, avoit juret
et seelé à savoir quel cose il en disoit. Li rois de
France, qui ne desiroit aultre cose fors sa délivrance,
à quel meschief que ce fust, et issir hors de prison,
25 ne Teuist jamais contredit ne mis empeecement à ces
ordenances; mes respondi que Diex en fust loés
quant pais estoit entre yaus. Quant messires Jakemes
de Bourbon seut ces nouvelles, si en fu durement
resjoys ; et vînt à Londres au plus tost qu'il peut
30 devers l'un roy et l'autre qui li fisent grant cière.
Depuis chevaucièrent il tout ensamble et li princes
de Galles en leur compagnie; et vinrent à Windesore
[1360] LIVRE PREMIER, $ 477. 23 '
là OÙ madame la royne estoit^ qui moult fu resjoie de
leur venue et de la pais dou roy son signeur et dou
roy de France son cousin. Si eut là grans approce-
mens d'amours entre ces parties, et donnés et rendus
grans dons et biaus jeuiaus. Depuis fu il acordé que 5
U rois de France et ses filz et li baron de France^ qui
là estoient pour le temps^ se partesissent et se traisis-
sent devers Calais. Adonc prisent il congiet à la royne
d'Engleterre et à ses filles, qui moult estoit lie de le
pais et dou département dou roy de France» Si 10
aconvpia li rois d'Engleterre le roy de France jusques
à Douvres, et là le tint tout aise eus ou chastiel de
Douvres deux jours, et tous les François ossi. Au
tierch jour, il entrèrent en mer, li princes de Galles,
li dus de Lancastre, li contes de Warvich, messires 45
Jehans Chandos et pluiseur aultre signeur en leur
compagnie, et arrivèrent à Calais environ le Saint
Jehan Baptiste. Si se tinrent en le ditte ville de
Calais tout aisiement, et attendirent là un terme les
messagiers dou duch de Normendie qui dévoient 20
aporter le finance de six cens mille frans [de France ^].
Mais li paiemens ne vint mies si tost comme on esperoit
que il deuist venir, car il ne fu pas si tost recueillies
des officiiers dou roy de France. Si vinrent li dus de
Normendie et si doi frère en le cité d'Amiens, pour 25
mieulz oïr tous les jours nouvelles dou roy leur père
et attendre à ses besongnes et à sa délivrance. £t
entrues se coeilloit li paiemens parmi le dit royaume.
Si entendi et oy recorder adonc que messires Galeas,
sires de Melans et de pluiseurs cités en Lombardie, 30
1 . Ms. A 8, f> 222 iro. _ Mm. B (lacune).
24 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
fist ce premier paiement, parmi un trettiet qui se
mist avant adonc, car il avoit un sien fil à marier;
si rouva au roy de France que il li vosist donner et
acorder une sienne fille : parmi tant il paieroit ces
5 six cens mille firans. Li rois de France qui se veoit
en dangier, pour avoir l'argent plus appareilliet^ s'i
acorda legierement. Or ne fu mies cilz mariages si
tost fais ne acordés ne confremés^ pour quoi la
finance ne fu mies si tost appariilie ne ne vint avant.
10 Si convint ce dangier souffrir au roy de France et
attendre Pordenance de ses gens.
§ 478. Quant li princes de Galles et li dus de Lan-
castre^ qui se tenoient à Calais dalès le roy de France^
veirent que li termes passoit et que li paiemens point
15 ne s'approçoît, si eurent volenté de retourner en
Ëngleterre. Et misent ordenance [en ce *], et laissiè-
rent le roy de France en le garde de quatre moult
souffissans chevaliers, monsigneur Renault de Gobe-
hem^ monsigneur Gautier de Mauni^ monsigneur Gui
20 de Briane et monsigneur Rogier de Biaucamp. Et
paioit li rois de France ses frès et les firès de ces
signeurs et de leurs gens : si montèrent grant fuison
le terme de quatre mois qu'il furent à Calais.
Or vous parlerons d'aucuns chevaliers englès^ cha-
25 pitains de garnisons, qui se tenoient en France et
estoient tenus deux ans ou trois en avant, ançois
que pais se fesist. Cil qui avoient apris à guerriier et
à heriier le pays, furent moult courouciés de ces
nouvelles^ quant il eurent commandement dou roy
1. Ms. B 4, F> 225 ▼<>. — Ms. B 1, t. H, f> 153 (lacune).
[1360] LIVRE PREMIER, § 478. 25
d'Engleterre qu'il partesissent; mes amender ne le
peurent. Si vendirent li pluiseur leurs forterèces à
chiaus dou pays environ, et en reçurent grant argents
Et puis s'en partirent li aueun ; et li aucun ne s'en
veurent mies partir ensi, qui avoient apris à pillier. 5
Et fisent guerre comme en devant, en l'ombre dou
roy de Navare; et ce furent cil qui se tenoient sus
les marées de Normendie et de Bretagne. Mes mes-
sires Eustasses d'Aubrecicoiu*t, qui se tenoit dedens
le ville de Âthegni, quant il s'en parti, le vendi bien 10
et chier à chiaus dou pays. Or prist il simplement
ses couvens, dont il fu depuis mal paiiés, et si n'en
eut aultre cose. Si se partirent tout cil qui tenoient
forterèces en Laonnois, en Soissonnois^ en Pikardie,
en Brie, en Gastinois et en Campagne. Si retour- 15
noient li aucun, qui avoient assés gaegniet, en leurs
pays, ou qui estoient tanet de guerriier, et li pluiseur -
se retraioient en Normendie devers les forterèces na-
varoises.
Or vint cilz paiemens de ces six cens mille florins en 30
le ville de Saint Orner et fu tous quois, mis et arestés
en l'abbeye c'on dist de Saint Bertin, sans porter
adonc plus avant, car li aucun hault baron de France,
qui esleu et nommé estoient pour estre ostagiier et
entrer en Engleterre, refusoient et ne voloient venir 25
avant et en faisoient grant dangier. De quoi, se li
argens fîist paiiés et délivrés en le ville de Calais as
Englès, et li signeur de France ne volsissent entrer
en ostagerie, ensi que couvens et ordenance de
trettié se portoient, la ditte somme des florins fust 30
perdue, la pais fust brisie, et li rois Jehans de France
fust remenés arrière en Engleterre. Sus ces coses
26 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
avoit bien manière et avis de regarder comment on
en peuist user.
§ 479. Ensi demora lî rois de France à Calais^ dou
mois de juUet jusques en le fin dou mois d*octembre.
5 Quant ces coses furent si approcies que li paiemens
premiers tous pourveus, si com chi dessus est dit^
et venu à Saint Omer cil qui dévoient entrer en os-
tagerie pour le roy de France, et li rois d'Engleterre
enfourmés de toutes ces coses, il rapassa le mer à
10 grant quantité de signeurs et de barons et vint de
rechief à Calais. Là eut grans parlemens de Fune
partie et l'autre dou conseil des deux rois qui par
l'ordenance de le paix s'appelloient frère. Là fiirent
de rechief lentes, avisées et bien examinées les let-
15 très qui s'appellent chartre de le pais, à savoir se
riens y avoit à mettre ne à oster ne nul article à
corrigier. £t tous les jours donnoient li doy roy l'un
à l'autre à disner, et leurs en&ns, si grandement et
si estoffeement que merveilles seroit à penser. Et es-
20 toient en reviaus et en récréations ensamble si or-
donneement que grant plaisance y prendoient toutes
manières de gens au regarder. Et laissoient li doi
roy leurs gens et leurs consaulz couvenir dou sour-
plus : siques entre yaus il fu là avisé et regardé pour
25 le milleur et pour le plus grant seurté que aultr^
lettres, comprendans tous les articles de le pais, fuis-
sent escriptes et seelées les deux rois presens et leurs
enfans. Et pour tant que li certains arrès de le pais
venoit et descendoit dou roy d'Engleterre, ces lettres
30 qui furent là Eûtes dient ensi.
[1360] LIYRB PREMIER, g 480. 27
§ 480, < Edouwars, par le grasce [de] Dieu roy d*En-
gleterre, signeur d'Irlande et d'Acquitainne^ à tous
ceulz qui ces présentes lettres veront^ salut. Savoir fai-
sons que nous^ pensans et considerans que les rois et
princes crestiien^^ qui yoelent bien gouvrener le peu- 5
pie qui leur est subgeti doient fuir et eschiewer guer-
res^ dissentions et discors, dont Diex est offendus, et
querre et amer, pour eulz et pour leurs subgès, pais^
unité et concorde, par laquèle Tamour dou souverain
roy des roys poet estre acquise, li subget sont gou- lo
vrené en transquilité et as perilz des guerres est obvié,
et recordans les grans maulz, damages et afflictions
que nostre royaume et no subget ont soustenu par
lonch tamps^ pour cause et occasion des guerres et
descors qui ont duré longement entre nous et nostre 15
très chier frère le roy de France, et les royaumes,
subgès^ amis et aidans et alliiés d'une part et d'autre^
sur laquèle entre nous et nostre dit frère finablement
est fais bons accors^ et bonne pais refourmée^ et de-
sirans ycelle garder [et] tenir, et persévérer en vraie 20
amour perpetuelment par bonnes et fermes alliances
entre nous et nostre dit frère, nos hoirs et les royau-
mes voisins et les subgès de l'un et de l'autre, par
quoi justice en soit mieuls gardée et exersée, les
drois et les signouries de l'un et de l'autre mieulz 25
defTendus, les rebelles, malfaiteurs, desobeissans [à]
l'un [et] à l'autre estre plus aisiement constrains à obéir
[et cesser des rebellions et excès*,] et toute crestienté
estre maintenue en plus paisieule estât, et la Terre
Sainte en poroit estre mieus secourue et aidie; et 30
1. Areh, NaU^ J 639, n» 15.
28 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i360]
toutes ces coses et aultres attendans^ et considerans
que nostre Saint Père le pape ait dispensé^ par grant
délibération avoech nous et nostre dit frère de France,
c'est à savoir avoec nous et tous nos subgès, tant de
5 gens d'église comme de seculers, sus toutes les con*
fédérations y alliances y couvenances , obligations ,
liens et sieremens qui [pourroient *] iestre entre nous,
nostre royaume et nos subgès, d'une part, et le pays
et les bonnes villes, [g^ns et subgès *] de le conté de
10 Flandres, d'autre part; comme le bien et l'effect de la
ditte pais entre nous et nostre dit frère de France,
les royaumes [et] subgès de France et d'Engleterre,
poeent estre empeeciet par ycelles, et pour ce les ait
le dit nostre Saint Père cassées, ostées, anuUées et
45 irritées dou tout, si comme en ses lettres et pro-
cès sur ce fait est plus plainnement contenu : pour
considération des cessions et causes dessus dittes, et
ossi [vouUiantz'J acomplir, en tant comme touchier
nous poet , le dit acort fait sus les dittes alliances, si
20 comme ottriié l'avons comme dit est, et [eue *] sur
ce très grande et meure délibération, avons fait et
par ces présentes faisons pour nous, nos enfans, nos
hoirs et successeurs, nostre roialme, noz terres quel-
conques et nos subjiz, d'une part, et le royaume de
25 France, ses terres et ses subgès, d'autre part, perpé-
tuelles alliances, confédérations, amistés, pactions et
couvenances qui apriès s'ensievent : c'est assavoir
que nous, nos en£ins, nos hoirs et successeurs, nos-
1. Ms. B 3, f> 240. - Ms. B 1, t. H, f» 154 (lacune).
^ Ms. B 4, f» 226 v«. — Ms. B 1 (lacune).
3. jirck, Nat,^ J 639, n» 15.
4. Arch, Nat., J 639, n» 15.
[1360] LIVRE PREIOER, § 480. 29
tre royaume, no terre et nos subgès quelconques,
presens et à venir, nés et à nestre, serons à tousjours
mes à nostre dit frère de France, ses hoirs, ses en-
fans et successeurs, le royaume de France, ses terres et
ses subgès quelconques, bons, vrais et loyaus amis et 5
alliiés, et les garderons à nostre loyal pooir, leurs
honneurs et leurs droîs. Et où nous sarions ne po-
rions savoir leur deshonneur, lem* vitupère et leur
damage, nous leur noncerions ou ferions noncier. Et
empeecerons et grèverons de tout nostre pooir leurs lO
ennemis [presens et advenir^], nés et à nestre, quelz
qu'il soient; ne nul [conseil*], confort ne ayde encon-
tre eulz ne soufferons ne ne donrons, par quelque
cause et occasion que ce soit ou puist estre, en ap-
pert ou en repost, ne ne dirons ne ferons; ne yceulz 15
ennemis, au damage et prejudisse de nostre dit frère,
ses hoirs ou le royaume de France, secrètement ne
receptrons ne recevrons, ne recepter ne recevoir fe-
rons ou soufferons en aucune manière, en nostre
royaume ou aultres nos terres et nos signouries; ne 80
par yceulz royaume et terres ou aucun d'eulz, ou pre-
judisce et damage de nostre dit frère, ses hoirs suc-
cesseurs, le royaume de France, ses terres et ses subgès,
leurs dis ennemis passer ne demorer sciamment souf-
ferons; ne aultrement yceulz ennemis, pour nous ou 85
pour aultres, en appert ou en repost, sour quelque
title ou couleur que ce soit, contre nostre frère, ses
hoirs ou ses subgès et le royaume de France et aul-
tres terres, ne porterons ne soustendrons; nos amis
1. Ms. B 4, f^ 226 v«. — Ms. B 1, t. II, (o 154 yo (Ucunc).
2. Ms. B d. -^ Ms. B 1 (lacune).
30 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
et nos alliiés à leur amour et alliances, se il nous en
requièrent^ de nostre pooir enduirons. Et ne souffe*
rons aucuns de nos subgès ne aultres quelconques
aler ne entrer ou royaume de France ou aultres ter-
5 res de nostre dit frère, ses enfans, hoirs et succes-
seurs, pour y faire guerre, damage ou offense aucune,
as gages ou au service d'autrui ou aul trament, par
quelconques cause et manière que ce soit; ançois les
empeecerons et destourberons de tout nostre pooir.
10 Et, se aucun de nos subgès faisoient le contraire ou
aucune guerre villainne ou damage à nostre dit frère
ou royaume de France, par terre ou par mer, à
ses enfans, hoirs et successeurs ou subgès, nous les
en punirons ou ferons punir si grandement qu'il sera
15 exemples à tous aultres. Et de tout nostre pooir ferons
reparer et radrecier tous les damages, attemptes ou
emprises fais contre ces présentes alliances, se nous
en sommes requis. Et toutes fois que nostre dit frère,
ses hoirs et successeurs aront mestier de nostre ayde,
20 et il nous en requerront ou feront requerre, nous,
encontre toute personne qui puisse vivre et morir,
leur aiderons et donrons tout le bon conseil, confort
et ayde, à leurs propres frès et despens, que nous
ferions ou porions faire pour nostre propre fait et
35 besongne, et sans fraude et mal engin, non contres-
tant quelconques aultres alliances^ amistés et con-
fédérations que nous et nostre predicesseur avons
eues ou temps passé à quelconques aultres persones,
asquèles toutes et çascune d'icelles nous renonçons
30 dou tout pour nous, nos successeurs, royaume, terres
et subgès à tous jours mes par ces présentes, réservé
toutesvoies et exepté le pape et le saint collège de
[1360] LIVRE PREMIER, $ ^^^- ^i
Romme, et Tempereur de Romme qui ores est^ les-
quels nous ne volons estre compris en ces présentes
alliances, en aucune manière. Et pour ce que les
alliances, confédérations^ couvenances, pactions et
aultres coses dessus dittes et çascune d'icelles soient 5
plus fermement tenues, gardées et acomplies, nous
avons juré sus le saint corps Jhesu Cris sacré, et en-
core jurons et prommetons par le foy de nostre corps
et en paroUe de roy, les coses dessus dittes et ças-
cune d'icelles tenir fermement et acomplir à tous 10
jours, sans les enfraindre en tout ou en [partie, en]
aucune manière, par quelconques cause et occasion
que ce soit. Et, se nous faisions, procurions ou souf-
frions sciamment le contraire estre fait, ce que Diex
ne voeille, nous volons estre tenu et réputé en tous 15
Hex et en toutes places et en tous cas, pour faulz,
mauvais et desloyaus parjure, et encourre en tel
blasme et tel diffame comme roy sacré doit encourir
en tel cas. Par ces présentes alliances, nous n'enten-
dons ne volons que aucun préjudice se face à nous 20
ne à nos hoirs et subgès, par quoi nous [et] eulz ne
porions et porons recepter, porter et tenir tous les
banis dou royaume de France et afuis, presens et à
venir, nés et à nestre, par quelconques cause et oc-
casion que ce soit» par manière qui a esté fait et 25
acoustumé de faire ou temps passé. Et soumettons,
quant à toutes ces coses, nous, nos hoirs et succes-
seurs, à le juridition el cohertion de l'église de Romme.
Et volons et consentons, tant comme en nous, que
nostre Saint Père le pape conferme toutes ces coses, 30
en donnant monitions et mandemens generaulz sour
l'acomplissement d'icelles contre [nous], nos hoirs et
32 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
successeurs et contre tous nos subgès^ soient com-
munes, collèges, universités ou personnes singulères
quelconques, et en donnant sentenses generaulz
d'escumeniement, de suspention et de [interdiction*]^
5 pour estre encourut par nous et par eulz, sitost que
nous et euls ferons ou attempterons , en occupant
ville, chastiel et forterèce, ou aultre cose quelconque
Élisant, ratefiant ou aggrevant, en donnant conseil,
confort, faveur ou aide, celeement ou en appert,
10 contre la ditte pais et ces certainnes alliances. Et
avons fait samblablement jurer toutes les devant
dittes coses par nostre très chier fil ainsné le prince
de Galles, et nos filz puisnés, Leonniel, conte de
Dulnestre, Jehan, conte de Ricemont, Ayn)on, conte
15 de Langlée, et nos cousins, monsigneur Phelippe de
Navare, et les dus de Lancastre et de Bretagne, le
conte de Stanfort et le conte de Sallebrin, le signeur
de Mauni, Gui de Briane, Renault de Gobehen, le
captai de Beus, le signeur de Montferrant, Jame
20 d'Audelée, Rogier de Biaucamp, Jehan Chandos,
Raoul de Ferrières, chapitainne de Calais, Edowart
le Despensier, Thomas et Guillaume de Felleton,
Eustasse d'Aubrecicourt, Franke de Halle, Jehan de
Montbray, Bietremieus de Bruwes, Henri de Persi,
25 Nicole de Tambourne, Richart de Stafort, Guillaume
de Grantson, Jehan de Gommegnies, Raoul Spigre-
niel, Gastonnet de Graili et Guillaume Bourtonne,
chevaliers. Et ferons ossi jurer samblablement, au
plus tost que faire porons bonnement, nos aultres
30 enfans et la plus grant partie des prelas, des églises,
1. Arck Nat., i 639, no 15. — Mi. B 1 : t juridition. » F» 155 t«.
[1360] LIVRE PREMIER, § 481. 33
contes^ barons et aultres nobles de nostre royaume.
En tesmoing de laquel cose^ nous avons fait mettre
nostre seel à ces présentes lettres^ données en nostre
ville de Calais, le vingt quatrime jour dou mois d'oc-
tembre^ Tan de grasce Nostre Signeur mil trois cens ft
et soixante. »
§ 481 . Quant ceste lettre, qui s'appelle confédé-
ration et alliance entre le roy de France et le roy
d'Engleterre, fii grossée et seelée sus le fourme et
manière que vous avés oy, on le lisi et publia devant 10
les deut rois et tous leurs enfans et consaulz qui là
estoient présent. Si sambla à çascun estre belle et
bonne et grant conjonction d'amour et de paiâ.
Âdonc se traisent d'un lés li consaulz dou roy de
France, et consiUièrent une longhe espasse ensamble 15
sus les renonciations que li rois d'Engleterre devoit
faire et avoit prommis à faire par le trettié de le
pais donné et ordonné à Bretegni priés de Chartres,
lui venut à Calais.
Quant il en eurent parlé ensamble, il se traisent 20
devers le roy d'Engleterre et son conseil, le roy de
France présent qui avoit toutdis parlé à lui, tant que
ses gens avoient consilliet. Et là requist li evesques
de Tieruane, canceliers de France et promeus à estre
cardinaulz, au dit roy d'Engleterre que il volsist 25
acomplir de point en point le dit trettié de le pais
et tous les articles, à le cautèle dou temps à venir.
Li rois d'Engleterre respondi qu'il en estoit tous
desirans, mes que on li desist de quoi et comment.
Là fil aportée la ditte chartre de le pais et leute so
generalment. Et apriès ce li consauls dou roy de
TI — 3
84 CHRONIQUES DE J. FROISSIRT. [1S60]
France requisent que une ohartre auques samblable
à ceste^ faisans mention plainnement des renuncia-
tions^ fust grossée pour mieus confermer leurs orde-
nances et apaisier toutes gens as quelz la pais pooit
5 touchier. Li rois d'Engleterre et ses consaulz Taoor-
dèrent legierement et yolentiers. Dont furent li tret-
tieur et li plus grant partie dou conseil de Tun roy
et de l'autre mis ensamble. Et là fu une grosse lettre
jettée de rechief et puis escripte notablement et
10 grossée sus la date de la précèdent alliance et con-
fédération : laquèle chartre des renunciations dist
ensi.
• § 482. « Edowars^ par le grasce de Dieu roy d*En-
gleterre, signeur d'Irlande et d'Acquitainne, à tous
15 ceulz qui ces présentes veront, salut. Savoir faisons
que nous avons promimis et prommetons baillier ou
Élire baillier et délivrer reaiment et de fait au roy
de France nostre très chier firère ou à ses députés
especiaus en celle partie as frères Âugustins dedens
20 la ville de Bruges^ au jour de la feste Saint Ândrieu
proçain venant en un an, lettres seelées de nostre
grant seel en las de soie, en cire vert^ ou kas que
nostre dit frère ara &it les renonciations qu'il doit
Élire de se partie et nostre très chier neveu son fil
95 ainsné^ et ycelles baillier à nos gens ou députés au
dit lieu et terme, par le manière que obligié y sont :
desquèles lettres la teneur de mot en mot s'ensieut
ensi.
Edowars, par le grâce de Dieu roi d'Engleterre,
30 signeur d'Irlande et d'Acquitainne , savoir faisons à
tous presens et à venir que^ comme guerres mor-
[1360] UVBE PREBflER, § 482. 35
tèles aient longement duret entre nous^ qui avons
réclamé avoir droit au royaume et à le couronne de
France, d'une part, et le roy Phelippe de France
lui vivant, et après son décès entre nostre très chier
firère son fil le roy Jehan de France, d'autre part^ 5
et aient porté moult grans damages^ non pas seu-
lement à nous et à tout nostre royaume, mes as
royaumes voisins et à toute crestienté ; car par les
dittes guerres sont maintes fois avenues batailles
mortèles^ occisions de gens, pillemens^ arsures et 10
destruction de peuple et perilz de ames^ défloration
de pucelles et de viergenes^ deshonnestemens de
femmes mariées et veves, et arsures de villes, de ab-
beies et de manoirs et de edefisses^ roberies et [op-
pressions*], guettemens de voies et de chemins^ jus- 15
tiee en est faille et la foy crestiienne refroidie et .
marchandise perie, et tant d autres malefîsces et horri-
bles fais s'en sont ensievoit qu'il ne poeent estre dit^
nombret ne escript^ par lesquèles nostre dit royaume
et li aultre royaume par crestienneté ont soustenu 20
moult d'afQictions et de damages inreparables. Pour
quoi, nous, considerans et pensans les maulz dessus
dis et que vraisamblable estoit que plus grant s'en
poroient venir ou temps à venir, et aians grant pité
et grant compassion de nostre peuple qui, en le [pro- 25
secucion'] de nos guerres, ont exposé leurs corps et
leurs biens à tous perilz, sans eskiewer despens et
mises, dont nous devons bien avoir perpetuèle me-
more, avons pour ce soustenu par pluiseurs fois
1. Ms. A 8, f^ 225 ^. — Ms. B 1, t. II, f« 156 vo : c expressions. »
2. Arch. ^a/., J 639, no 11.
36 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
trettié de pais^ premièrement par le moiien de hon-
nourables pères en Dieu pluiseurs cardinaulz et mes-
sages de nostre Saint Père le pape^ qui à grant dili-
gense [et instance '] y travillièrent pour le temps de
5 lors^ et depuis ce y ait eu pluiseurs trettiés pour-
parles et pluiseurs voies touchies entre nous et nostre
dit frère de France. Finablement^ ou mois de may
darrainnement passet^ vinrent en France messages
de par nostre Saint Père le pape, nostre très chier et
10 féal l'abbet de Clugni, frères Symons de Lengres,
mestre en divinité^ mestre de l'ordene des Frères
Preeceurs, et Hughe de Genève, chevalier, signeur
d'Antun, où nous estions lors en nostre host. Et tant
alèrent et vinrent li dit message devers nous et
15 devers nostre très ehier neveu Charle duc de Nor-
mendie, dalphin de Yiane et régent pour le temps
dou royalme de France, que en pluisem*s lieus se
assamblèrent trettieurs d'une partie et d'aultre, pour
parler^et trettiier de pais entre nous et nostre dit frère
20 de France et les royaumes de Fun et de Tautre. Et
au darrainnier se assamblèrent li dit trettieur et pro-
cureur de par nous et de par nostre ainsné fil le
prince de Galles, as coses dessus escriptes par espe-
cial députés, et li procureur et trettieur de nostre dit
25 frère et son ainsné fil, aiant à ce pooir et auctorité
de Tun et de l'autre, à Bretegni priés de Chartres, ou-
quel lieu fu parlé , trettié et acordé des trettieurs et
procureurs de Tune partie et lautre, sus tous les
discors, dissentions et guerres que nous et nostre dit
30 frère avions l'un contre l'autre : lequel trettié et pais
1. Mt. Bk,^ 228. - Mt. B 1, t. U, f> 156 to (lacnnO-
[1360] LIVRE PREMIER, § 482. 37
li procureur d'une partie et d'autre, pour Tune partie
et pour l'autre, jurèrent sus saintes Ewangiles tenir
et garder; et apriès le jurèrent nostres dis filz [solemp-
nelment*] pour nous et pour lui, et le dit nostre
neveu le duch de Normendie, aiant à ce pooir, pour 5
son dit père nostre frère et pour lui. Apriès ces coses
ensi faites et à nous raportées et exposées, conslderet
que nostre dit frère de France s'acordoit et consen-
toit au dit trettiet et voloit ycelui et la pais tenir,
garder et acomplir de sa partie, yceulz trettiés et 10
pais, dou conseil et consentement de pluiseurs de
nostre sanch et linage, dus, contes, chevaliers et
gens d'église, de [barons *] et aultres nobles, bour-
gois et aultres sages de nostre royaulme, pour apai-
sier les guerres , les maulz et les doleurs dessus 15
dis dont le peuple estoit si malement mené, si com
dessus est dit et escript, à Tonneur et la glore dou
roy des roys, et pour reverense de Sainte Eglise,
de nostre Saint Père le pape et de ses messages,
avons consenti et consentons, et le rattefions, gréons 20
et approuvons, comme, par le teneur dou dit trettié
et pais, nostre dit frère de France doit délivrer et
delaissier, et a baillié, délivré et delaissié, si comme
il est contenu en ses lettres. sur ce faites plus plain-
nement, à perpétuité à nous, pour nous et pour nos 25
hoirs et successeurs, à tenir perpetuelment [et] à
tous jours toutes les coses qui s'ensievent, par .e ma-
nière que nostre dit frère et ses filz et leurs ancis-
seurs rois de France les ont tenu dou temps passé,
1. Meh. Nat,, J 639, n» 11. — Ms. B 1, t. II, P> 157 : « pewonelle-
ment. »
2. Ms. B 4, f» 228 ▼«. — fils. B 1, t. n, (^ 157 (lacune).
38 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i360]
c'est à savoir^ ce qui est en souverainneté, à tenir en
souverainneté [et ce qui est en demaine^ tenir en
demaine*]^ et ce qui est en fief^ à tenir en fief,
et sans rappiel à tous jours mes pour lui ne pour ses
5 hoirs^ quelzconques qu'il soient^ presens et à venir :
c'est à savoir la cité et le chastiel et toute [la conté
de Poitiers, et toute*] la terre et le pays de Poito,
ensamble le fief de Towart et la terre de Belleville,
la cité et le chastiel de Saintes et toute la terre et le
10 pays de Saintonge par deçà et par delà le Charente^
la cité et le chastiel d'Agen, la terre et le pays d'A-
ghinois, la chité, le chastiel et toute la conté de
Pieregorch et la terre et le pays de Piereguis, le cité
et le chastiel de Limoges et toute la terre et le pays
15 de Limozin, la chité et le chastiel de Chaours et toute
la terre et le pays de Quersin, le ville, le chastiel et
[tout] le pays de Tarbe, et la terre, pays et conté de
BigorrCy la conté, la terre et le pays de Gauvre, le
cité et le chastiel d'Angouloisme et toute la terre
20 et le pays d'Angoulesmois, la cité et le chastiel
de Rodais et toute la terre et le pais de Roerge,
et ce que nous ou aultres rois d'Engleterre ancien-
nement tindrent en le ville de Moustruel sus mer
et es apertenances. Item, la conté de Pontieu tout
25 entièrement, sauf et excepté et selonch la teneur
de Farticle contenu ou dit trettié qui de la ditte
conté fait mention. Item, le chastiel et le ville
[de Calais, le chastiel et ville'] et la signourie de
Merk, les villes, chastiaus et signouries de Sangattes,
1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
2. Ms. B 4. — Ms. B 1. (lacune).
3. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune\
[1360] LIVRE PREMIER, S ^2. « 39
Coulongne^ Hames^ Walle et Oye^ avoec les terres^
hoiSf mares, rivières, rentes^ signouries et aultres
[choses ^] contenues en l'article dou trettiet faisant de
ce mention. Item^ le chastiel, le ville et tout entière-
ment la conté de Ghines, avoech toutes les terres, ^
villes^ chastiaus, forterèces, lieus^ hommes^ homma-
ges^ signouries^ bois^ foriès et droitures^ selonc la
teneur de l'article faisant de ce mention plus plain-
nement ou dit trettié^ et avoech les isles et adjacens
tierres^ pays et lieus avant nommés^ ensamble avoech 10
tous les aultres isles et adjacens tierres^ pays et
lieus avant nommés^ ensamble avoech tous les au-
tres isles, lesquels nous tenions à présent et tenons^
c'est à entendre ou temps dou dit trettié. [Et
comme. par la forme et manière du dit traictié*] et l&
de le pais, nous et nostre dit firère le roy de France
devons et avons prommis, par foy et par sierement,
l'un à l'autre^ yceulz treltiés et pais tenir et garder et
acomplir et non venir encontre, et soions tenu, nous
et nostre dit frère et nos fils ainsnés dessus dis, 20
par obligation et prommesse, par fois et par siere-
mens fais d'une partie et d'aultre, certainnes renun-
ciations l'un pour l'autre, selonch la fourme et teneur
dou dit article entre les aultres ou dit trettié de le
pais, dont la fourme est tèle : Item, est acordé que le 35
roy de France et son ainsnet fil le régent, pour eulz
et pour leurs hoirs et pour tous les rois de France et
leurs successeurs à tous jours, et au plus tost qu'il se
pora faire, sans mal engin, et au plus tart dedens le
1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
2. Ms. B 3, F» 2^2. — Ms. B 1, t. II, £<> 157 vo (lacune).
40 CHRONIQUES DE J. FEOISSART. [1360]
Saint Michiel prochain venant en un an, renderont
et bailleront au dit roy d'Engleterre et à tous ses
hoirs et successeurs^ et transporteront en eulz tous
les honneurs et regalitës, obedienses, hommages^
5 ligeautés, vassaus^ fiés^ services, recognissances, siere-
mens^ droitures^ mère et mixte impare^ toutes ma-
nières de juriditions^ hautes et basses, ressers^ sauve-
gardes^ signouries et souverainnetés quiapertenoient^
apertiennent et poront en aucune manière apertenir
10 as rois et [à] la couronne de France ou à aucune aul*
tre personne^ pour cause dou roy et de la couronne
de France, hoirs ne successeurs, tant de signeurs
comme de subgès nobles ou non nobles^ en quelque
temps que ce soit^ es cités, contés^ chastiaus, terres^
15 pays^ isles et lieus avant nommés^ ou en aucun
d'iceulz, et à leur apertenances et apendances quel-
conques, ou es personnes^ vassaus et subgès quel-
conques d'iceulz, soient prince, duc, conte, visconte,
arcevesque, evesque et aultres prelas d'église, barons,
SO nobles et aultres quelconques, sans riens à eulz,
leurs hoirs et successeurs, la couronne de France ou
aultre que ce soit, retenir ne reserver en yceulz, pour
quoi il ne leurs hoirs ou successeurs ou aucuns rois
de France, ou aultres que ce soit, à cause dou roy et
S5 de la couronne de France, aucune cose y poront ca-
lengier ou demander ou temps à venir sus le roy
d'Engleterre, ses hoirs et ses successeurs, ou sus au-
cuns des vassaus et subgès avant dis pour cause des
pays et lieus avant nommés, ensi que toutes les avant
30 nommées personnes et leurs hoirs et successeurs
[perpetuelment seront hommes lièges et subgiz du
roi d'Engleterre et à touz ses heirs et succès-
[1360] UVRE PREBUER, S ^^i^ 41
sours*], et que le dît roy d'Engleterre, ses boira et ses
successeurs^ toutes les personnes^ cités^ contés, terres,
pays, isles, chastiaus et lieus avant nommés et toutes
leurs apertenances et leur appendances aront et ten-
ront, et à eulz demorront plainnement^ perpétuel- 5
ment et franchement en leur signourie, souverain-
neté, obéissance j ligeauté et subjection, comme les
rois de France les avoient et tenoient ens ou temps
passé, et que li dis rois d'Engleterre, ses hoirs et ses
successeurs, aront et tendront perpetuelment et pai- 10
sieulement tous les pays avant nommés^ avoech leurs
apertenances et appendances et les aultres coses
avant nommées, en toute francise et liberté perpe-
tuèle^ comme signeur souverain et lige et voisin au
roy de France et au dit royaume de France^ sans y 15
recognoistre souverainneté ou faire obéissance^ hom-
mage^ ressort^ subjection et sans faire ou temps à
venir aucun service et recognissance au roy ne à le
couronne de France^ des contés^ cités^ chastiaus^
terres, pays^ isles^ lieus et personnes avant nommées 20
ou pour aucune d'icelles. Item^ est acordé que li
rois de France et ses ainsnés fîlz renonceront expres-
sément as dis ressors et souverainnetés et à tout le
droit qu'il ont ou poront avoir à toutes les coses
qui par ce présent trettié doient appertenir au roy 85
d'Engleterre. Et samblablement li rois d'Engleterre
et ses ainsnés filz renonceront expressément à toutes
les coses qui par ce présent trettié ne doient estre bail-
lies ne données au roy d'Engleterre, et à toutes les
demandes qu'il Êiisoit au roy de France, et par espe- 30
1. Jreh. Nat.t J 639, n* 11.
4S CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
cial au nom^ au droit, as armes et au calenge de la
couronne de France et dou royaume, à l'ommage et
souverainneté et demainne de la ducé de Normen*
die, de la ducé de Tourainne, des contés d*Ângo et
5 du Mainne, et à la souverainneté et hommage de la
ducé de Bretagne, et à la souverainneté et hommage
de la conté et dou pays de Flandres, et à toutes aul-
très demandes que li rois d'Engleterre feisoit en de-
vant ou temps dou dit calenge ou faire poroit ou
40 temps à venir au dit royaume de France, par quel-
conque cause que ce soit, oultre et excepté ce qui
par ce présent trettié doit demorer ou estre bailliés
[au roy d'Engleterre et à ses hoirs. Et transporteront,
cesseront et délaisseront li un roy à l'autre, perpe-
15 tuelement tout le droit que chascuns d'eulx a ou peut
avoir en toutes les choses qui par ce présent trettiet
doivent demourer ou estre bailliés^] à çascun d*eulz;
et dou temps et lieu où et quant les dittes renoncia-
tions se feront, [parleront et ordeneront les deus
20 rois à Calays ensemble']. Et pour ce que nostre dit
(rêve de France et son ainsnet fil, pour tenir et
acomplir les articles de la pais et accors dessus dis,
ont renonciet expressément as ressers et souverain-
netés compris es dis articles, et à tout le droit qu'il
Sô avoient ou avoir pooient en toutes les coses dessus
dittes que nostre dit frère nous a à baillier, délivrer
* et delaissier et es aultres qui d*or en avant nous doient
demorer ou apertenir par les dis trettiés et pais :
[nous, parmi les dittes choses, renonchons expresse-
1. M». B 4, P» 229 To. — Ms. B 1, t. II, fo 158 ^o (lacune).
2. J'-ck. Nat.j J 639, no 11.
[1360] UVRE PREIOKR, $ 488. 4S
ment à toates les choses qui par les dis traitteurs et
pais] ne doivent estres baillies ne demorer à nous^
pour nous ne pour nos hoirs, et à toutes les deman-
des que nous faisions ou porions faire envers nostre
dit fihère de France, et par especial^ au nom et au 5
droit de la couronne et dou royaume de France, à
l'ommage, souverainneté et demainne de la duoé de
Normendie, dou ducé de Tourainne, des contés
d'Ango et du Mainne, et à la souverainneté et hom-
mage dou pays et de la conté de Flandres, et à la 10
souverainneté et hommage de la ducé de Bretagne,
et à toutes aultres demandes que nous disions ou
Élire porions à nostre dit frère, pour quelque cause
que ce fîist, oultre et excepté ce que par ce présent
trettié doit demorer à nous et à nos hoirs. Et en lui 45
transportons, cessons et délaissons, et il en nous, et
li uns en l'autre, au mieulz que nous poons, tout le
droit que cescuns de nous poroit ou poet avoir en
toutes les coses qui par le dit trettiet et pais doient
demorer ou estre baillies à çascun de nous, sauf et 30
réservé as églises et gens d'églises ce qui à eulz aper-
tient ou poet apertenir, et que tout ce qui a esté
occuppé et est détenu dou leur pour ooquison des
guerres leur soit [recompensé, restitué ^ et] rendu et
délivré, et que les villes et forterèces et tous les ha- 25
bitans en ycelles seront et demorront en tèles liber-
tés et francises comme elles estoient par devant en
nostre main et signourie, et leur seront confremés
par nostre dit frère de France, se il en est requis, se
contraires ne sont as coses devant dittes. Et soume- 30
1. Ms. A 8, fo 227 vo, _ Bfi. B 1, t H, f> 150(lacun<f).
4 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1360]
tons, quant à toutes ces coses, nous et nos hoirs et
successeurs à le juridition et cohertion de l'église de
Romme. Et volons et consentons que nostre Saint
Père le pape conferme toutes ces coses^ en donnant
5 monitions et mandemens generauls sus l'acomplisse-
ment d'îcelles contre nous^ nos hoirs et successeurs,
et contre tous nos subgès, soient communes ^ col-
lèges, universités ou personnes singulères quelcon-
ques, en donnant sentenses generauls d'escumenie-
10 ment, de suspention et d*entredit^ pour estre encheut
par nous ou par eulz par ce fait et si tost que nous ou
eulz ferons ou attempterons^ en occuppant ville ou
chastiel^ cité -ou forterèce, ouaultre quelconque cose
faisant, ratefîant ou [aggreant*], en donnant conseil,
15 confort, faveur ne ayde, celeement ou en appert,
contre la ditte pais : desquèles sentenses il ne puis-
sent estre absols jusques qu'il aient fait plenière sa-
tisfacion à tous ceulz qui par celui fait aront soustenu
ou soustendront damage. Et avoech ce volons et
20 consentons que nostre Saint Père le pape, pour ce
que plus fermement soit tenue et gardée la ditte pais
à perpétuité, toutes pactions^ confédérations, allian-
ces et convenances, comment que elles puissent estre
nommées^ qui poront estre prejudiciales ou obviier
25 par quelque voie à la ditte pais ou temps présent ou
à venir, supposé que elles fuissent fermes ou vallées
par painnes et par sieremens ou confremées de nos-
tre Saint Père le pape ou d'autres, soient quassées,
irritées et mises au noient, comme contraire au bien
1. Ms. A 8, f» 227 ▼•. — M». B 1, t. n, P» 159 : « âggrcrant. ■
[1360] LIVRE PREMIER, $ 482. 45
commun et au bien de [paix commune ^] et pourfi-
table à toute crestienté, et desplaisans à Dieu^ et
tous sieremens [fais en tel cas soient relaciés^ et
diserné par le dit nostre Saint Père le pape, que
nuls ne soit tenus à tels seremens*]^ alliances et cou- 5
yenances tenir ou garder, et deffendre que ou temps
à venir ne soient [faites*] tèles ou samblables; et^ se
de fait aucuns attemptoit et faisoit le contraire, que
dès maintenant les casse et irrite, et rende nulles et
de nulle vertu^ et nientmains nous les en punirons, 10
comme violateurs de pais^ par painne de eorps et de
biens^ si comme li cas le requerra et que raisons le
vodra. £t^ se nous faisions^ procurions ou souffrions
estre fait le contraire, que Diex ne voeille! nous
volons estre tenu et réputé pour desloyal et mençon- 15
gier, et volons encourir en tel blasme et diffame
comme rois sacrés doit encourir en tel cas. Et jurons
sus le corps Jhesu Cris sacré les coses dessus dittes
tenir^ garder et acomplir et encontre non venir par
nous ou par aultre^ par quelque cause ou manière so
que ce soit. Et pour ce que les dittes coses et çascune
d'icelles soient, de point en point et par le fourme
et manière dessus ditte, tenues et acomplies, nous
obligons nous^ nos hoirs et tous les biens de nous et
de nos hoirs, à nostre dit frère le roy de France et 85
à ses hoirs ^ et jurons sus saintes Evangiles, par
nous corporelment touchies^ que nous parlerons^
attenderons et acomplirons, ou cas dessus dit^ tou*
1. Ms. A 8, f^ 227 T*. — Ms. B 1, t. II, f> 159 t« : c pays commun.
•— Ms. B 4, f^ 230 : c paix commun» i'
2. Ms. B ik. — Ms. B 1 (lacune).
3. Ms. B 4. — Ms B 1 (lÉcane).
46 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1360]
tes les derant dittes coses par nous prommises et
acordëes, comme devant est dit. Et volons que^ ou
cas que nostre dit frère et nostre dit neveu aroient
iaites les renonciations et envoiies et baillies, comme
5 dit est, et les dittes lettres ne fuissent baillies à nos-
tre dit firère ou à ses députes^ au lieu, au terme et
par le [fourme et ^] manière que dessus est dit, dès
lors ou cas dessus dit, nos présentes lettres et quan-
ques compris est dedens^ aient tant de vigheur^ d'ef-
10 fect et fermeté comme aroient nos aultres lettres par
nous prommises et baillies, comme dessus est dit^
sauf toutesvoies et réservé pour nous, nos hoirs et
successeurs, que les dittes lettres dessus eneorporées
n'aient aucun effect, ne ne nous puissent porter au-
15 cun prejudisse ou damage jusques à ce que nostre
dit frère et nostre dit neveu aront faites^ envoiies et
baillies les dittes renunciations par le manière dessus
ditte^ et si soufBssamment baillies et délivrées en
temps et en liu que il souffisse à nous et à nostre
20 especial conseil, et ossi qu'il ne s'en puissent aidier
contre tous nous^ nos hoirs et successeurs^ en au-
cune manière^ se non ou cas dessus dit« En tiesmoing
de laquel cose^ nous avons fait mettre nostre seel à
ces présentes lettres, données à Calais, le vingt qua-
35 trime jour dou mois de octembre, l'an de grasce
Nostre Signeur mil trois cens et soissante. »
§ 483. Quant ceste arrière chartre, qui s'appelle
lettre des renonciations tant d'un roy comme de
l'autre, fii escripte, grossée et seelée^ on le lisi et pu-
1. Ms. B 4, P> 230. — M». B 1, t. II, f» 160 ▼<» (1mw>«)-
[1360] UVBE PRranER, S ^^' ^^
blia generaument en le cambre dou Conseil^ presens
les deux rois dessus nommés et leurs eonsauls : si
samblaà çascun à estre belle et bonne^ bien dittee et
bien ordenée. Et là de rechief jurèrent li doy roy et
leur doy ainsnet fîl^ sus les saintes ewangiles corpo- 5
rehnent touchies et sus le corps Jhesu Ois sacré, à
tenir^ garder et acomplir et non enfiradndre tous les
coses dessus dittes. Depuis encores^ par Favis et re-
gard dou roy de France et de son estroit conseil et
sus le fin de leur parlement^ fîi requis li rois d'En- lo
gleterre que il volsist donner et acorder une com-
mission gênerai qui s*estendesist sus tous ciaulz qui
pour le temps tenoient en l'ombre de se guerre
villes, chastiaus ou forterèces ou royaume de France,
par quoi il euissent cause, conmiandement et co- 15
gnissance de vuidier et partir.
Li rois d'Engleterre, qui ne voloit que tout bien
et bonne pais nourir entre lui et son frère le roy de
France, ensi que juré et prommis Favoit, descendi à
ceste cequeste legierement, et li sambla de raison. 90
Et commanda à ses gens que elle fust faite sus le
milleur fourme que on poroit, à Tentente et discré-
tion dou roy de France son frère et de son conseil.
Adonc de rechief se remisent li plus especial dou
conseil des deux rois dessus nommés ensamble, et 25
fîi là jettée^ escripte et puis grossée, par l'avis de
l'un et de l'autre, une commission dont la teneur
s'ensieut ensi.
§ 484. (( Edouwars, par le grasce de Dieu roy d'Ën-
gleterre, signeur d'Irlande et d'Acquitainnes, à tous 30
nos chapitainnes, gardes de villes et de chastiaus.
48 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
adherens et alliiés estans es parties de France^ tant
en Pikardiei en Bourgongne, en Ango, en Berri^ en
Normendie^ en Bretagne^ en Auvergne, en Campa-
gne^ en [Mainne ^] et en Tourainne et en toutes les
5 mètes et limitations dou demainne et de le tenure
de France, salut. Comme paix et acord soient fait
entre nous, nos alliiés, aidans et adherens^ d'une
part, et nostre très chier frère le roy de France, ses
alliiés et adherens, d'autre part, sus tous les debas
10 et descors que nous avons eu dou temps passet ou
porions avoir ensamble, et aions juré sus le corps
Jhesu Cris la ditte pais, et ossi nostre très chier fil et
ainsné et aultres enfans, et cil de nostre sanch avoec
pluiseurs prelas, barons, chevaliers et des plus no-
l& tables de nostre royaume; et ossî ont juré nostre dit
frère et nostre dit neveu le duch de Normendie et
nos aultres neveus ses en&ns et pluiseur de leur
, sanch avoech pluiseurs prelas, barons, chevaliers dou
dit royaume de France; comme ensi soit ou aviegne
20 que aucun guerrieur de nostre royaume et de nos
subgès se poront eflTorcier de faire ou d'entreprendre
aucune cose contre la ditte pais, en prenant ou déte-
nant forterèces, villes, cités ou chastiaus, ou Élisant
pillage ou prenant gens ou arrestant leurs corps,
25 leurs biens ou marchandises, ou aultres coses faisant
contre la ditte pais, de quoi il nous desplairoit très
grandement et ne le poKons nullement ne vorrions
passer sus Tombre de dissimulation en aucune ma-
nière, nous volons obviier de tout nostre pooir es
30 coses dessus dittes. Si volons, desirons et ordonnons
1. Ms. 6 i, ^ à44. — Mm. B 1 et B i^ : « Hiimainne. i
[1360] UVRE PREMIER, § 484. 49
par délibération de notre conseil, de certainne sieute^
que, se nulz de nos subgès^ de quelconques estât ne
condition qu'il soit^ face ou efforce de faire contre
le pais^ en faisant pillages, prenant ou détenant for-
terèces, personne ou biens quelconques dou royaume 5
de France ou aultres de nostre dit frère, de ses sub-
gès^ alliiés et adherens ou aultres quelconques facent
contre la ditte pais^ et il n'est delaissié, cessé et de-
porté de ce faire et rendre les damages que fais ara
dedens un mois apriès ce que il ara esté sur ce re- lo
quis par aucuns de nos ofiîiciiers^ sergans^ persones
publiques, [que ^] par tel fait seulement et sans aultres
procès, condempnation ou déclaration il soient dès
lors tous réputés pour banis de nostre royaume et
de tout nostre pooir et ossi dou royaiune et terre de 15
nostre dit frère, et tous leurs biens confisqués et
obligiés à nous et à nostre demainne. Et se il pooient
estre trouvé en nostre royaulme, nous commandons
et volons expressément que punitions en soit , faite
comme de traittes et rebelles à nous, par le manière 20
qu'il est acoustumé à faire en crime de l'estat majes-
tal, sans &ire sur ce grâce, remission, souffrance ne
pardon. Et samblablement le volons faire de nos
subgès, de quelconque estât qu'il soient, qui en
nostre royaume deçà et delà la mer prenderont, oc- 25
cuperont et detenront forterèces quelconques contre
le volenté à ceulz de qui elles seront, ou qui boute-
ront feus, ranceneront villes ou personnes, en facent
pillages ou roberies, ou feront ou esmouveront
1. Touf les manusorits de Froissait et même le texte original du
protocole {Arch, Nat,, J 638, n» 16^") portent.: cqni», que nous n'en
considérons pas moins comme une mauraise leçon.
VI — 4
50 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1360]
guerre en nostre pooir et sous nos subgès. Si man-
dons^ commandons et enjoindons destroitement et
expressément à tous nos seneschaus^ baiUieus^ pre-
Yos^ chastellains ou aultres nos officiiers^ sur quan-
& que il se poeent fourfaire envers nous^ et sus painne
de perdre leurs offisses^ qu'il publient et facent pu*
bliier ces présentes par tous les lieus notables de
leurs senescaudies, baillietés, prevostés et chastelle*
ries, et que nulz, ce mandement oy et veu, ne de-
10 meure en forterèce qu'il tiegne ou dit royaume de
France hors de Tordenance et dou trettiet de le
pais, sus à estre ennemis à nous et à nostre dit frère
le roy de [France, et toutes les coses dessus dittes
gardent et facent garder entérinement et acomplir
15 de point en point. Et sacent tout que, se il en sont
négligent ou defallant, avoech le painne dessus ditte,
nous leur ferons rendre les damages à tous ceulz qui
par leur deffaute ou negligense aront esté grevés ou
damagiés. Et avoech ce les en punirons par tel manière
20 qu'il sera exemples à tous aultres. En tesmoing des-
quèles coses, nous avons Ëiit faire cestes nos lettres
patentes, données à Calais le vingtquatrime jour dou
mois d'octembre. Tan de grasce Nostre Signeur mil
trois cens et soissante. »
25 § 485. Apriès toutes ces coses Ëiites et devisées et
ces lettres et commissions baillies et délivrées, et si
bien tout ordonné par l'avis adonc de l'un et de l'au-
tre que les parties se tenoient pour content, voîrs est
qu'il fu parlé de monsîgneur Charle de Blois et de
30 monsigneur Jehan de Montfort sus l'estat de Bre-
tagne, car cescuns reclamoit avoir grant droit à Tire-
[11160] LIVRE PREMIER, § 48». 51
tage de Bretagne. Et quoique là en fust parlementé
et regardé comment on poroit couchier les coses et
yaus apaisier^ riens n'en fu diffiniement fait; car^ si
com je fui depuis enfourmés^ li rois d*Ëngleterre et
li sien n'i avoient mies trop grant affection. Car il 5
presumoient le temps à venir^ pour ce que il couve-
noit toutes manières de gens d'armes de leur costé
partir et vuidier des garnisons et forterèces qu'il te-
noient à présent et avoient tenu ou royaume de
France, et retraire quel part que fust; et miculz va- 10
loit et plus pourfîtable estoit que cil guerrieur et
pilleur se retraisissent en la ducé de Bretagne, qui est
uns des cras pays dou monde et bons pour tenir
gens d'armes, que donc qu'il revenissent en £ngle-
terre, car leur pays en poroit estre perdus et robes. 15
Geste imagination fîst assés briefment passer les En-
glès le parlement et l'article de Bretagne, dont ce fu
pechiés et mal fait que on n'en esploita aultrement;
car, se li doy roy volsissent bien acertes par l'avis
de leurs consaulz, pais euist là esté entre les parties 20
dessus dittes, et se fust cescuns tenus à ce que on li
euist donné et départi, et si euist messires Charles de
Blois reus ses enfans qui gisoient prisonnier en En-
gleterre, et si euist plus longement vescu qu'il ne
fist. Et pour ce qu'il n'en fu riens fait, onques les 25
guerres ne furent si grandes en la ducé de Bretagne,
en devant l'ordenance de la pais des deux rois dont
nous parlons maintenant, que elles ont estet depuis,
si com vous orés avant en l'ystore et par les signeurs,
barons et chevaliers dou pays de Bretagne qui ont 30
soustenu l'une opinion et l'autre : siques li dus
Henris de Lancastre, qui fu vaillans sires, sages et
52 GHR0;NIQUES de J. FROISSART. [1360]
imaginatis^ et qui trop durement amoit le conte de
Montfort et son avancement^ dist au roy Jehan de
France, présent le roy d'Engleterre et le plus grant
partie de leurs consaulz : « Sire, encores ont les
5 triewes de Bretagne , qui furent prises et données
devant Rennes, à durer jusques au premier jour de
may qui vient. Là en dedens envoiera li rois nos
sires, par le regard de son conseil, gens de par lui
et de par son fil le jone duch monsigneur Jehan de
10 Montfort, en France devers vous, et cil aront pooir
et auctorité d'entendre et de prendre tel droit que li
dis messires Jehans poet avoir de le succession son
signeur de [père] à la ducé de Bretagne, et que vous
et vos consaulz et li nostres mis ensamhie en ordon-
15 neront. Et pour plus grant seurté, c'est bon que les
triewes soient ralongies jusques à le Saint Jehan
Baptiste ensievant. » Ënsi fu il fait comme li dessus
dis dus de Lancastre le parlementa, et puis parlèrent
li signeur d'aultre cose.
ao § 486. Li rois Jehans de France , qui avoit grant
désir de retourner en son royaume, et c'estoit rai-
sons, moustroit au roy d'Engleterre de bon corage
tous les signes d'amour qu il pooit et ossi à son neveu
le prince de Galles, et li rois d'Engleterre otant bien
S5 à lui. Et par plus grant conjonction d'amour, li doi
roy, quoique il s*appellassent par l'ordenance de le
pais frère, donnèrent à quatre chevaliers, cescuns de
son costé, le somme de huit mif frans françois de
revenue par an, c'est à entendre cescun deux mil.
30 Et pour ce que la terre de Saint Salveur le Visconte
en Constentin, qui venoit au roy d'Engleterre dou
[1360] LIVRE PREMIER, $ 487. 53
costé monsigneur Godefroy de Harcourt^ par don et
par vendage que li dis messires Godefrois en avoit
fait au dit roy d'Engleterre, si eom il est contenu ci
dessus en ce livre , et que la ditte terre estoit hors
de Fordenance dou trettié de le pais, et couveuoit 5
que, quiconques tenist la terre, qu'il en fust homs de
fief et d'ommage au roy de France, et pour celi cause
li rois d'Engleterre Tavoit donné et réservé à monsi-
gneur Jehan Chandos, qui pluiseurs biaus services li
avoit fais et à ses enfans. De quoi li rois de France, 10
par grant délibération de corage et d*amour, le con-
ferma et seela, à le priière dou roy d'Engleterre, au
dit monsigneur Jehan Chandos, à tenir et possesser
ensi comme son bon hyretage* Si es ce une moult
belle terre et rendable, car elle vault bien une fois 15
l'an seize mil frans. Encores avoech toutes ces coses
furent pluiseurs aultres lettres faites et alliances, des-
quèlez je ne puis mies dou tout faire mention ; car
quinze jours ou environ que li doy roy et leur enfant
et leurs consaulz furent en le ville de Calais, tous les SO
jours y avoit parlemens et nouvelles ordenances, en
reconfermant et alloiant le paix. Et d'abundant re-
nouvelloient lettres, sans brisier ne corrompre les
premières, et les faisoient toutes sus une datte pour
estre mieulz seures et plus approuvées, desquèles je 25
euch depuis le copie par les registres de le cancelerie
de Pun roy et l'autre.
§ 487. Quant toutes ces coses furent si bien devi-
sées et ordonnées que nulz n'i savoit ne pooit par rai-
son riens amender ne corrigier, et que on ne cuidoit 30
mies, par les grandes alliances et obligations où li doy
84 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
roy et leur enfant estoient loîiet et avoient juret, que
ceste pais se deuist brisier, mais si fist, si com vous
orés avant ens ou livre, et que tout cil qui dévoient
estre oslagiier pour le rédemption dou roy de France
5 furent venu à Calais, et que li rois d'Engletenre
leur eut juré à tenir et garder paisieulement en son
royaume, et que li sis cens mil florin furent paiiet
as députés le roy d'Engleterre, li dis rois d'Engleterre
donna au roy de France en son chastiel de Calais un
10 moult grant souper et bien ordonné. Et servirent si
enfant et li dus de Lancastre et li plus grant baron
d'Engleterre à nus chiés. Âpriès ce souper, prisent fina-
blement li doy roy congiet li un à Fautre moult amia-
blement, et retourna li rois de France à son hostel.
15 A Fendemain, qu'il fu la vigile Saint Symon et Saint
Jude, se parti li rois de France de Calais, et tout cil de
son costet qui partir se dévoient. Et se mist li rois de
France tout à piet en istance que pour venir en pè-
lerinage à Nostre Dame de Boulongne, et li princes
20 de Galles et si doi frère en se compagnie, monsigneur
Leonniel et monsigneur Aymon% Et ensi vinrent il
tout de piet et devant disner jusques à Boulongne,
où il furent receu à grant joie. Et là estoit li dus de
Normendie, qui les attendoit. Si vinrent li dessus dit
25 sîgneur tout à piet en Feglise Nostre Dame de Bou-
longne, et fisent leurs ofh:*andes moult deuement, et
puis tournèrent en Tabbeye de laiens, qui estoit appa-
reillie pour le roy recevoir et les enfans dou roy
d'Engleterre. Si furent là ce jour et la nuit ensie-
30 vaut dalés le roy en grant revel ; et Fendemain bien
matin il retournèrent à Calais devers le roy leur père,
qui les attendoit. Si rapassèrent tout cil signeur en-
[1360] LIVRE PREMIER, $ 488. 85
samble le mer et li ostagiier de Franee : ce fu la
vigile de Toussains l'an mil trois cens et soissante.
§ 488. Or est raisons que je tous nomme tous les
nobles dou royaume de France qui entrèrent en En-
gleterre pour le roy de France : premièrement mon- 5
signeur Phelippe duc d'Orliiens jadis filz dou roy
Phelippe de France^ en apriès ses deux neveus^ le
duch d'Ango et le duch de Berri^ et puis le duch de
Bourbon^ le conte d'Alençon, monsigneur Jehan
d'Estampes^ Gui de Blois pour le conte Loeis de lo
Blois son frère^ le conte de Saint Pol, le conte de
Harcourt^ le conte daufin d'Auvergne, monsigneur
Engherant signeur de Couci, monsigneur Jehan de
Lini^ le conte de Porsiien, le conte de Brainne, le
signeur de Montmorensi^ le signeur de Roie^ le 15
signeur de Praiiaus, le signeur d'Estouteville, le si-
gneur de Clères, le signeur de Saint Venant^ le
signeur de la Tour d'Auvergne, le signeur d'En-
glure, le signeur de Trainiel, le signeur de Mau-
lévrier, le signeur de Bouberk et le signeur d'An- 20
dresel et encores des aultres que je ne puis ou sai
tous nommer. Ossi de h, bonne cité de Paris, de
Thoulouse, de Roem, de Rains, de Bourges en Berri,
de Tours en Touraine, de Lyons sus le Rosne, de
Sens en Boui^ongne, d'Orliiens, de Troies, de Chaa- 25
Ions en Champagne, d'Amiens, de Biauvais, d'Arras,
de Tournay, de Rem en Normendie, de Saint Omer,
de Lille et de Douay, de çascune deux ou quatre
bourgois. Si passèrent fînablement tout le mer et
s'en vinrent amanagier en le bonne cité de Londres. 30
Là les recarga li rois d'Engleterre au maieur de Lon-
56 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
dres et à ses officiiers, et leur commanda et enjoindi,
sur quanqu'il se pooient meffaire envers lui^ que il
fuissent à ces signeurs et à ces gens courtois , et les
fesissent yaus et leurs gens tenir en pais, car il es-
5 toient en se garde. Li commandemens dou roy fu
tenus et bien gai^dés en toutes manières. Et aloient
cil hostagier jeuer sans péril et sans rihote aval le
cité de Londres et environ. Et li signeur aloient ca-
chier et voler à leur volenté et yaus esbatre et de-
10 duire sus le pays et veoir les dames et les signeurs
ensi conmie il leur plaisoit; ne onques ne furent
constraint, mais trouvèrent le roy d'Engleterre moult
amiable et moult courtois. Or parlerons un petit dou
roy de France qui estoit venus à Boulongne.
15 $ 489. Li rois de France ne séjourna gaires à Bou-
longne sus mer, mes s'en parti tantost apriès le fieste
de le Toussains, et vint à Moustruel et puis à Hedin^
et fîst tant que il entra en le bonne cité d'Amiens, et
partout estoit il receus grandement et noblement.
20 Quant il eut esté à Amiens, où il se tint priés jusques
au Noël, il s'en parti et vint à Paris. Là fu il solen-
nelment et reveramment receus, et à grans pources-
sions de tout le clergié de Paris amenés et aconvoiiés
jusques au palais là où il descendis et messires Phe-
25 lippes ses filz ossi, et tout li signeur qui avoecques
le roy estoient. Et là fu li disners grans et nobles et
bien estoffés. Je ne vous aroie jamais devisé com
poissamment li rois de France fu recueillies, à ce re-
tour en son royaume, de toutes manières de gens,
80 car il y estoit moult désirés. Se li donna on des biaus
dons et fist on des riches presens, et le vinrent veoir
[1360] LIVRE PREMIER, S ^^0. 57
et yiseter li prélat et li baron de son royaume, et le
festioient et conjoissoient ensi eomme il apçrtenoit^
et li rois les i^cevoit doucement et bellement^ car
moult bien le savoit £ïire.
§ 490. Assés tost apriès ce que li rois Jehans fu 5
retournés en France^ passèrent le mer li commis et
establi de par le roy d'Engleterre pour prendre le
possession de[s] terres^ des pays^ des contés, des se-
neschàudies^ des cités, des villes, des chastiaus et des
forterèces qui li dévoient estre baillies et délivrées lO
par le trettiet de le pais. Si ne fu mies si tost fait,
car pluiseurs signeurs en le Langue d'och ne veurent
mies de premiers obéir ne yaus rendre au roy d'En-
gleterre^ quoique li rois de France les quittast de foy
et d'ommage^ et leur venoit à trop grant contraire et 15
diversité ce que estre engiès les couvenoit, et espe-
cialment ens es lontainnes marées, le conte de Pie-
regorch, le conte de Comminges^ le visconte de
Chastielbon^ le visconte de Quarmain, le signeur de
Taride^ le signeur de Pincornet et pluiseur aultre. 30
Et s'esmervilloient trop dou ressort dont li rois de
France les quittoit. Et disoient li aucun que il n'aper-
tenoit mies à lui à quitter et que par droit il ne le
pooit faire^ car il estoient en le Gascongne tifop an-
ciiennement chartret et privilegiiet dou grant Char- S5
lemainne, qui fu rois de France et d'Alemagne et em-
" perères de Romme^ que nuls rois de France ne pooit
mettre le ressort en aultre court qu'en le sienne, et
pour ce ne veurent mies cil signeur de premiers le-
gierement obéir. Mais li rois de France, qui voloit 80
tenir et à son pooir acomplir ce qu'il avoit jiu*et et
88 CHROmQUES DB J. FROISSâRT. [4360]
seelet, y envoia monsigneur Jakemon de Bourbon,
son chier cousin^ liquelz apaisa le plus grant partie
de ces signeurs. Et dennr^t homme cil qui devenir
le dévoient au roy d*£iigl<?terre^ li contes d'Ermi-
5 gnach, li sires de Labreth et moult d aultres qui à le
priière dou roy de France et de monsigneur Jake-
mon de Bourbon obéirent^ com envis que ce fust.
A Tautre costé, ossi sus le marine^ en Poito et en
Rocellois et tout en Saintonge, vint il à trop grant
10 desplaisir as barons, as chevaliers et as bonnes villes
dou pays, quant il les convînt estre englès. Et par
especial cil de le ville de le Rocelle ne sU voloient
acorder et s'escusèrent par trop de fois, et detriièrent
plus d'un an que onques il ne veurent laissier entrer
15 Englès en leur ville. Et se poroit on esmervillier des
douces, amiables et piteuses paroUes qu'il escrisoient
et rescrisoient au roy de France , en suppliant pour
Dieu que il ne les volsist mies quitter de leurs fois
ne eslongier de son demainne ne mettre en mains
20 estragnes^ et que il avoient plus chier à estre tailliet
tous les ans de le moitiet de leur chavance que donc
que il fuissent ens es mains des Englès. Sachiés que
li rois de France, qui veoit leur bonne volenté et
loyauté et ooit leurs escusances moult souvent, avoit
25 grant pité d'yaus; mais il leur mandoit et rescrisoit
affectueusement et songneusement que il les couve-
noit obéir : aultrement la pais seroitenfrainte et bri-
sie, par lequel coupe ce seroit trop grant prejudisse
au royaume de France. Siques quant cil de le Ro-
se celle veirent le destroit, et que escusances ne mous-
trances ne priières que il fesissent ne valloient riens,
il obéirent, mes ce fu à trop grant dur. Et disent bien
[1361] LIVRE PREMIER, § 491. 59
li plus notable de le ville de le Roeelle : <r Nous aour-
rons les Englès des lèvres^ mais li coers ne s'en mou-
vera ja. »
Ensi eut li rois d'Ënjsft^lerre le saisine et possession
de la ducé d'Aqiiitainnes, déh conté de Pontieu et de 5
Ghines et de toutes les terres que il devoit avoir par
deçà la mer^ c'est à entendre ou royaume de France,
qui li estoient données et acordées par Tordenance
dou trettié. Et proprement en ceste anée passa messî-
res Jehans Chandos^ comme regens et lieutenans de lo
par le roy d'Engleterre, et vint prendre le possession
de toutes les terres dessus dittes, les fois et les hom-
mages des contes, des viscontes^ des barons et des
chevaliers^ des cités, des villes et des forterèces^ et
mist et institua partout seneschaus^ baillieus^ ofiî- 15
cuiers à sen ordenance^ et vint demorer à Niorth. Si
tenoit li dis mesires Jehans Chandos grant estât et
noble^ et bien avoit de quoi, quant li rois d'Engle-
terre qui moult Tamoit le voloit^ et certes il en estoit
bien mérites^ car il fu doulz chevaliers^ courtois et so
amiables, larges^ preus, sages et loyaus en tous estas
et qui vaillamment se savoit estre et avoir entre tous
signeurs et toutes dames, onques chevaliers de son
temps mieus de li.
§ 491 • Entrues que li commis et député de par le 25
roy d'Engleterre prendoient les saisines et posses-
sions des terres dessus dittes, si com ordenance de
trettié et de pais se portoit^ estoient aultre commis et
establi ossi de par le roy d'Engleterre ens es mètes
et limitations de France avoecques les gens dou roy 30
de France^ qui faisoient vuidier et partir toutes ma-
60 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1361]
nières de gens d'armes des fors et des garnisons qu'il
tenoient. Et Ivmv oonimanfl<M(nt et enjoindoient
estroitement^ s\is a perdra c^^ips et avoir et estre
ennemi au roy d'Eni^Ieteri^e, quf il baillassent et de-
5 livrassent les forloi cop*> qu^il k soient as gens dou
roy de France. Là avoit aucuns chapitainnes^ cheva-
liei*s et escuiers de le nation et dou ressort d'Engle-
terre qui obeissoient et qui rendoient ou faisoient ren-
dre par leurs compagnons les dis fors qu'il tenoient.
10 Et s'en y avoit ossi de telz qui ne voloient obéir;
et disoient qu'il faisoient guerre en l'ombre et nom
dou roy de Navarre. Et encores en y avoit assés d'es-
tragnes nations qui estoient grant chapitainne et
grant pilleur qui ne s'en voloient mies partir si le-
15 gierement telz que Alemans, Braibençons, Flamens,
Haynuiers, Bretons, Gascons, mauvais François qui
estoient apovrî des guerres : se voloient recouvrer au
guerriier le dit royaume de France. De quoi telz ma-
nières de gens persévérèrent en leur mauvaisté et
20 fisent depuis moult de mauls ou dit royaume, oultre
tous chiaus qui grever les voloient. Et quant les cha-
pitainnes des dis fors estoient parti courtoisement
et avoient rendu ce qu'il tenoient et il se trouvoient
sus les camps, il donnoient leurs gens congiet. Cil
25 qui avoient apris à pillier et qui bien savoient que
de retournei en leur pays ne lor estoît point pourfi-
table, ou e&poir n'i osoient il retourner pour les vil-
lains fais dont il estoient acusé, se cueilloient en-
samble et faisoient nouviaus chapitainnes et pren-
30 doient par droite élection tout le pieur des leurs, et
puis chevauçoient oultre en sievant l'un l'autre. Si
se recueillièrent premièrement en Champagne et en
[1361] LIVRE PREBOER, § 491. 61
Bourgongne^ et fisent là grandes routes et grandes
compagnies qui s'appelloient les Tart Venus, pour
tant que il avoient encores peu pilliet ens ou
royaume de France. Si vinrent et prisent soudaînne-
ment en Campagne le fort chastiel de Genville et très 5
grant avoir dedens que on y avoit assamblé de tout
le pays d'environ sus le fiance dou fort lieu. Et quant
ces Ck)mpagnes eurent trouvé ce grant avoir, qui bien
estoit prisiés à cent mil frans, il le départirent entre
yaus tant qu'il peut durer. Et tinrent le chastiel un lo
temps; et coururent et gastèrent tout le pays de
Champagne^ l'evesqué de Vredun, de Toul et de
Lengres. Et quant il eurent assés pilliet^ il passèrent
oultre, mes il vendirent ançois le chastiel de Gen«
ville à chiaus dou pays et en eurent vingt mil 15
frans.
Et puis entrèrent en Bourgongne et là s'en vinrent
esbatre et reposer et raireschir, en attendant l'un
l'autre; et y fisent moult de mauls et de villains fais^
car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et es- 20
cuiers dou pays qui les menoient et conduisoient. Si
se tinrent un grant temps entours Besençon, Digon
et Biaune et robèrent tout celi pays, car nulz n'aloit
au devant. Et prisent le bonne ville de Givri en
Biaunois et le robèrent et pillièrent toute^ et se tin- 35
rent là un temps et entours Vregi pour le cause dou
cras pays. Et toutdis accroissoit leurs nombres^ car
cil qui se partoient des forterèces et lesquels leur
mestre donnoient congiet^ se traioient tous celle part.
Si furent bien dedens le quaresme quinze mil comba- 30
tans. Quant il se trouvèrent si grant nombre, il or-
donnèrent et establirent entre yaus pluiseurs cha-
/^
62 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136J]
pitainnes à qui il obéirent dou tout. Si vous en
nommerai aucuns. Li plus grans mestres entre yaus
estoit uns chevaliers ^ Gascongne^ qui s'appeUoit
messires Segins de Batefol : cilz avoit de se route
5 bien deux mil combatans. Ëncores y estoient Talbart
Talbardon, Guios dou Pin, Ëspiote, le Petit Mes-
chin^ Batillier, Hanekin François, le Bourch Gamus^
le JBourc de Lespare, Naudon de Bagherant, le
Bourch de Bretueil^ Lamit^ Hagre l'Escot, ÂUn^est,
10 Ourri l'Alemant^ Bourduelle, Bernart de la Sale^ Ro-
bert Brikety Carsuelle, Ainmenion d'Ortige, Garsiot
dou Chastiel, Guionet de Paus, Hortingo de la Salle
et pluiseurs aultres.
Si se avisèrent ces Compagnes, environ le mi qua-
15 resme^ qu'il se trairoient vers Avignon et iroient
veoir le pape et les cardinaulz. Si passèrent oultre et
entrèrent en le conté de Mascons et s'adrecièrent
pour venir en le conté de Forès^ ce bon cras pays,
et vers Lyons sus le Rosne.
20 § 492. Lî rois de France entendi ces nouvelles
que ces Compagnes monteplioîent ensi^ qui gastoient
et essilloient son royaume : si en fu durement cou-
rouciés; car il li fu dit et remoustré par grant espe-
cialité de conseil que ces Compagnes poroient si
25 montepliier que ilz feroient plus de mauls et de vil-
lains fais ou royaume de France, ensi que ja faisoient^
que li guerre des Englès n'euist fait. Si eut avis et
conseil li dis rois que d envoiier contre yaus et com-
batre. Si en escrisi li rois de France especiaument et
30 souverainnement devers son cousin^ monsigneur
Jakemon de Bourbon^ qui se tenoit adonc en le ville
[136i] UVR£ PREMIER, $ 492. 63
de Montpellier; et avoit mis nouvellement monsi-
gneur Jehan Chandos en le saisine et possession de
pluiseurs terres^ cités^ villes et chastiaus de la ducé
de Ghiane^ si comme ci dessus est contenu. Et li
mandoit li dis rois que il se fesist chiés contre ces 5
Compagnes et presist tant de gens d'armes de tous
costés que il fust fors assés pour yaus combatre.
Quant messires Jakemes de Bourbon entendi ces
nouvelles^ il s'avala incontinent vers Avignon sans
faire nulle part point d'arrest. Et envoioit partout 10
lettres et messages en priant et commandant les no-
bles, chevaliers et escuiers^ ou nom dou roy de
France, que il traisissent avant devers Lyons sus le
Rosne, car il voloit ces maies gens combatre. Li dis
messires Jakemes de Bourbon estoit tant amés des 15
gentilz hommes parmi le royaume de France que
cescuns obeissoit à lui très volentiers. Si le sievoient
chevalier et escuier de tous costés, d'Auvergne , de
Limozin, de Prouvence, de Savoie et de le daufîné
deViane. Et d'autre part ossi revenoient grant fuison 20
de chevaliers et d'escuiers de la ducé et de la conté
de Bourgongne , que li jones dus de Boui^ongne y
envoioit. Si se traioient toutes ces gens d'armes et
passoient otdtre, ensi qu'il venoient, devers Lyons sus
le Rosne et en le conté de Mascons. Si s* en vint mes- 25
sires Jakemes de Bourbon en le conté de Forés dont
la contesse de Forés sa suer estoit dame de par ses
enfans, car li contes de Forés ses maris estoit nou-
vellement trespassés. Et gouvrenoit pour le temps
d'adonc messires Renaulz de Forés , frères au dit 30
conte y la conté de Forés, liquelz recueiila le dit
monsigneur Jakemon et ses gens moult liement. Et
64 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1361]
là estoient si doi neveu^ et neveu ossi à monsigneur
JakemoQ^ à qui il les représenta moult doucement.
Lî dis messires Jakemes les reçut moult bellement et
les mist dalés lui pour chevaueier et yaus armer et
5 pour aidier à deffendre leur pays^ car les Compagnes
tiroient à venir celle part.
§ 493. Quant ces routes et ces Compagnes, qui se
tenoient vers Chalon sus la Sone et environ Tournus
et tout là en ce bon pays et cras^ entendirent que li
10 François se recueilloient et assambloient pour yaus
combatre, si se traisent les chapitainnes tout ensam-
ble pour avoir avis et conseil comment il se main-
tenroient. Si nombrèrent entre yaus leurs gens et
leurs routes et trouvèrent qu'il estoient environ seize
15 mil combatansy uns c'autres. Si disent ensi entre
yaus : a Nous irons contre ces François qui nous dé-
sirent à trouver et les combaterons à nostre avantage^
se nous poons^ ne mies aultrement. S'aventure donne
que li fortune soit pour nous^ nous serons tout riche
20 et recouvré pour un grant temps ^ tant en bons pri-
sonniers que nous prenderons que en ce que nous
serons si redoubté où nous irons que nus ne se met-
tent contre nous; et se nous perdons , nous serons
paiiet de nos gages, d
25 Cilz pourpos fîi entre yaus tenus et arrestés. Si se
deslogièrent et montèrent contremont par devers les
montagnes pour entrer en le conté de Forés et venir
sus le rivière de Loire. Et trouvèrent en leur chemin
une bonne ville qui s'appelle Chierleu^ dou bailliage
30 de Mascons; si l'environnèrent et assallirent forte-'
ment et se misent en grant painne dou prendre. Et
[i36î] LIVRE PREMIER, § 494. 65
y furent à Passaut un jour tout entier^ mes riens n'i
fisent^ car elle fu bien gardée et bien deffendue des
gentiiz hommes dou pays qui s'i estoient retrait :
aultrement elle euist esté prise. Il passèrent oultre et
s'espardirent parmi la terre le signeur de Biaugeu 5
qui marcist illuech^ et y lisent moult de maulz. Et
puis tantost entrèrent en Tarcevesquié de Lyons; et
ensi qu'il aloient et cheminoient^ il prendoient petis
fors où il se logoient et fisent moult de destourbiers
partout où il conversèrent. Et prisent un chastiel^ et lo
le signeur et la dame dedens, qui s'appelle Brinay, à
trois liewes de Lyons sus le Rosne. Là se logièrent il
et arrestèrent, car il entendirent que li François es-
toient tout trait sus les camps et apparillié pour yaus
eombatre. 15
§ 494. Ces gens d'armes, assamblés avoech mon-
signeur Jakemon de Bourbon qui se tenoit à Lyons
sus le Rosne et là environ, entendirent que les Com-
pagnes approçoient durement et avoient pris le ville
de Brinay et encores des aultres fors, et gastoient et 20
exilloient tout le pays. Si despleurent moult ces nou-
velles à monsigneur Jakemon de Bourbon, pour tant
que il avoit en gouvrenance le conté de Forés, la
ten'e à ses neveus, et ossi fist il à tous les aultres. Si
se misent as camps, et se trouvèrent grant fuison de 25
bonnes gens d'armes, chevaliers et es.cuiers, et che-
vaucièrent par devers les ennemis et envoiièrent
leurs coureurs devant pour savoir quels gens il trou-
veroient.
Or vous dirai le grant malisse des Compagnes : il 30
estoient logiet sus une montagne et avoient envoiiet
VI — 5
66 GEŒIONIQUES DE J. FROISSART. [i36t]
desous^ [en lieu '] où on ne les pooit aviser ne ap-
procier, la droite moitié de leurs gens et les mieus à
harnas, et laissièrent ces coureurs françois, tout de
fait avisety approcier si priés d'yaus que il les euis-
5 sent bien^ se il volsissent. Et retournèrent cil sans
damage devers monsigneur Jakemon de Bourbon et
le viconte d'Usés et messire Renault de Forés et les
signeurs qui là les avoîent envoiiés. Si en recordé-
rent au plus priés qu'il peurent de ce que il avoient
10 veu et disent ensi : « Nous avons veu les Compagnes
rengies et ordenées sus un tertre, et bien avisé à
nostre loyal pooir; mais, tout considéré^ il ne sont
non plus de cinq ou de six mil hommes là environ^
et encores sont il si mal armé que merveiHes. »
15 Quant messires Jakemes de Bourbon oy ce raport,
si dist à TÂrceprestre qui estoit assés priés de lui :
oc Ârcheprestre, vous m'aviés dit qu'il estoient bien
quinze mil combatans^ et vous oés tout le contraire. »
— « Sire, respondi li Arceprestres^ encores n'en y
20 cuide jou mies mains ; et se il n'i sont^ Diex y ait
parti C'est tout pour nous, si regardés que vous
volés Ëiire. » — « En nom Dieu, respondi messires
Jakemes de Bourbon, nous les irons combatre ou
nom de Dieu et de saint Jorge. »
25 Là fist li dis messires Jakemes arrester sus les
camps toutes ses banières et ses pennons et cmionna
ses batailles et inist en très bon arroy ensi que pour
tantost combatre^ car il veoient leurs ennemis devant
yaus. Et fist là pluiseurs nouviaus chevaliers : pre-
30 mierement son ainsné Fil messire Pîère, et leva ba-
1. Ms. B 4, f^ S34 vo. — Ms. B 1, t. U, t» 166 vo (lacune).
[1362] UYRE PREBOEa, $ 494. 67
nière, et son neveu le jone conte de Forés, et leva
banière ossi, et le signeur de Yillars et de Rousseil-
Ion, et leva banière, et li sires de Tourqon^ et li sires
de Montelimar et li sires de Groulée^ de le Daufîné.
Là estoient messires Robers et messires Loeis de 5
Biaugeu, [messires Loys^] de Ghalon^ messires Huges
de Viane , li vieontes d'Uzès et pluiseurs bons ehe-
Taliers et escuiers de là environ^ qui tout se desi-
roient à avanciër pour honneur, et ruer ces Compa-
gnes jus qui vivoient sans nul title de raison. Si fu lo
ordonnés li Arceprestres^ qui s'appelloit messires Re-
naulz de Cervole^ à gouvrener la première bataille et
Fentreprist volentiers, car il fu hardis et appers che-
valiers durement et avoit en se route plus de quinze
cens combatans. 15
Ces gens de Compagnes^ qui estoient en une mon-
tagne, veoient trop bien l'ordenance et le convenant
des François, mes on ne pooit veoir le leur ne yaus
approcier^ fors à meschief et à dangier. Et estoient sus
une montagne où il avoit plus de mil charelées de 30
rons cailliaus : ce leur fist trop d'avantage et de pourfit,
je vous dirai par quel manière. Ces gens d*armes de
France, qui les desiroient et voloient combatre, com-
ment qu*il fust, ne pooient venir à yaus ne approcier^
s'il ne costioient celle montagne où il estoient tout S5
aresté. Siques, quant il vinrent par desous yaus, cil
d'amont qui estoient tout avisé de leur Ëiit et pour-
veu cescuns de grant fuison de cailliaus, car il ne les
couvenoit que baissier et prendre, commencièrent à
jetter si fort et si ouniement et si roit sus ciaus qui 30
1 Ms. B 4, f» 235. — Ms. B 1, t. II, f» 167 (lacune).
(58 CHRONIQUES DE J. FKOISSART. [i362]
les approçoienty qu'il efibndroient bacinès, com fors
qu'il [fussent^ et navroient et mehaignoient telement
gens d'armes que nuls ne pooit ne osoit aler ne
passer avant, com bien que tai^iés il ^] fust. Et fu ceste
5 première bataille si foulée que onques depuis ne se
peut bonnement aidier. Âdonc au secours approciè-
rent les aultres batailles, messires Jakemes de Bour-
bon, ses filz et ses neveus, et leurs banières et grant
fnison de bonnes gens qui tout s'aloient perdre, dont
10 ce fu damages et pités que il n'ouvrèrent par plus
grant avis et milleur conseil. '
Bien avoient dit li Arceprestres et aucun cheva-
lier anciien qui là estoient que on aloit combatre
les Compagnes en trop grant péril ou parti où il
15 se tenoient et que on se souffresist tant que on les
euist eslongiés de ce fort où il estoient mis, si les
aroit on plus aise; mais il n'en peurent onques
estre oy. Ensi que messires Jakemes de Bourbon et
li aultre signeur, banières et pennons devant yaus,
20 approçoient et costioient celle montagne, li plus
niée et li pis armé des Compagnes les afoloient, car
il jettoient si roit et si ouniement ces pières et ces
cailliaus sus ces gens d*armes qu'il n'i avoit si
hardi ne si bien armé qui ne les ressongnast. Et
25 quant il les eurent tenus en tel estât et bien batus
une grande espasse, leur grosse bataille fresce et
nouvelle vinrent autour de celle montagne et trou-
vèrent une aultre voie, et estoient ossi drut et ossi
serré comme une brousse. Et avoient leurs lances
30 toutes recopées à le mesure de six pies ou environ,
1. Ms. B d, f^ 235. — Ms. B 1, t. II, f> 167 (lacune).
[i362] LIVRE PREMIER, § 495. 69
et puis s'en vinrent en cel estât de grant volenté,
en escriant d'une vois : « Saint George I » ferir en
ces François. Si en reversèrent à celle première
empainte pluiseurs par terre. lA eut grant riflic et
grant touellis des uns et des aultres. Et se abandon- 5
noient et combatoient ces Compagnes si très hardie-
ment que merveilles seroit à penser, et reculèrent les
François. Et là fu li Arceprestres bien bons cheva-
liers et vaillamment se combati, mes il fu si entre-
pris et si menés par force d'armes que durement fu lo
navrés et bleciés et retenus à prisonnier^ et pluiseur
chevalier et escuier de se route.
Que vous feroi je lonch parlement de celle beson-
gne? Li François en eurent le pieur, et y fu dure-
ment navrés messires Jakemes de Bourbon^ et ossi 15
fu messires Pières ses filz. Et y fu mors li jones
contes de Forés et pris messires Renaulz de Forés
. ses oncles, li vicontes d'Usés, messires Robers de Biau-
geu, messires Loeis de Chalon et plus de cent che-
valiers. Encores à grant dur furent raporté en le 2o
cité de Lyons sus le Rosne messires Jakemes de
Bourbon et messires Pières ses filz. Geste bataille de
Brinay fu l'an de grasce Nostre .Signeur mil trois
cens soissante et un, le venredi apriés les Grandes
Paskes. 25
§ 495. Trop furent cil des marées où ces Compa-
gnes se tenoient esbahi, quant il oïrent recorder que
leurs gens estoient desconfi. Et n'i eut si hardi, ne
tant euist bon chastiel et fort, qui ne fremesist ; car
li sage supposèrent et imaginèrent tantost que grans hO
meschiés en nesteroit et mouteplieroit, se Diex pro-
70 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4362]
prement n*i metoit remède. Cil de Lyons furent
moult efiraé quant il entendirent que la journée es-
toit pour les Compagnes; toutes fois^ il recueillièrent
moult doucement toutes manières de gens qui de le
5 bataille retournoient. Et furent par especial moult
couroucié et destourbé de le navrure monsigneur
Jakemon de Bourbon et de monsigneur Pière son fil;
et les vinrent moult bellement viseter, et les dames
et les damoiselles de le ville, dont il estoit bien amés.
10 Messires Jakemes de Bourbon trespassa de ce siècle
trois jours apriès ce que la bataille eut esté^ et mes-
sires Pières ses filz ne vesqui nient longhement puis-
sedi. Si furent de tout plaint et regreté. De la mort
dou dit monsigneur jakemon fu li rois de France ses
15 cousins moult courouciés^ mais amender ne le peut^
se li convint passer.
Or vous parlerons de ces Compagnes comment il
persévérèrent ensi que gens tout resjoy et reconforté
de leurs besongnes, pour le belle journée qu'il avoient
20 eu^ dont il eurent grant pourfit tant ou grant gaaing
qu'il eurent sus le place comme en bons prisonniers.
Ces dittes Compagnes menèrent bien le temps à leur
volenté en celui pays, car nulz n'aloit à Fencontre.
Tantost apriès le desconfiture de Brinay, il entrèrent
25 et s'espardirent parmi le conté de Forés et le gaslè-
rent et pillièrent toute, excepté les forterèces. Et pour
ce que il estoient si grans routes que uns petis pays
ne leur tenoit nient, il se partirent en deux pars. Et
retint messires Seguis de Batefol le mendre part;
30 toutes fois , il avoit bien en se part trois mil com-
batans. Si s'en vînt séjourner et demorer en Anse,
une ville sus le Sone à une lîewe de Lyons, et le fist
[IMO] UVBX PBEBflKR, g ^^^- 71
fortement remparer et fortefîierJ Et se tenoient ses
gens environ celle marce^ où il y a un des cras pays
dou monde. Si oouroient et rançonnoient à leur aise
et volonté tout le pays par deçà et par delà le Sonnej
le conté de Masoons^ l'arcevesquié de Lyons^ le tière 5
le signeur de Biaugeu et tout le pays jusques à Mar-
celli les Nonnains et le conte de Nevers. Li aultre
partie des Cbmpagnes^ Naudon de Bagherant, Es^
piote^ Carsuelle^ Robert Briket> Qrtingho et Bernar-
det de la Salle, Lamit, le bourch Camus^ le bouroh lo
deBretuel^ le bourch de Lespare et pluiseur, tout
d'une sorte et alliance^ s'avalèrent devers Avignon et
disent que il iroient veoir le pape et les cardinaus
et aroient de leur aident, ou il seroient heriiet de
grant manière; et se tenroient là en oe contour et 15
tout l'esté, tant pour attendre les laençons de leurs
prisonniers que pour veoir comment la paix des
deux rois se tenroit. En alant ce chemin d'Avignon,
il prendoient villes et fors, ne riens ne se tenoit
devant yaus, car li pays estoit durement eflraés^ et 30
là en celle marce il n'avoient onques eu point de
guerre : si ne se savoient li homme des petis fors
tenir ne garder contre telz gens d*armes.
Si entendirent ces Ck)mpagnes que au Pont Saint
Esperit^ à sept liewes priés d'Avignon^ il y avoit grant 25
avoir et grant trésor dou pays d'environ, qui là
estoit recueillies et rassamblés et mis sus le fiance
de le forterèce. Si avisèrent entre yaus li compa-
gnon^ se il pooient prendre le Pont Saint Esperit,
il lor vaurroit trop, car il seroient mestre et signeur 30
dou Rosne et de chiaus d'Avignon. Si estudiièrent
tant et jettèrent leur avis que, à ce que j'ai depuis
72 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
oy recorder, Batilliêr, Guiot dou Pin, Lamit et Petit
Meschin chevaucièrenl et leurs routes une nuit toute
nuit bien quinze liewes et vinrent sus le point dou
jour à le ditte ville dou Pont Saint Esperit, et Fes-
5 ehiellèrent et le prisent et tous chiaus et toutes celles
qui dedens estoient, dont ce fu pités et damages, car
il y occirent tamaint preudomme, et violèrent ta-
mainte dame et damoiselle. Et y conquisent si grant
avoir que sans nombre, et grandes pourveances pour
10 vivre un an tout entier. Et pooient par celi pont
courir à leur aise et sans dangier, une heure ou
royaume de France et l'autre en l'Empire. Si se ra-
valèrent et rassamblèrent là tout li compagnon, et
couroient tous les jours jusques ens es portes d'Avi-
15 gnon. De quoi li papes et tout li cardinal estoient
en grant angousse et en grant paour. Et avoient ces
Compagnes dou Pont Saint Esperit fait un chapi-
tainne souverain entre yaus, qui se faisoit adonc
communément appeller amis à Dieu et anemis à
20 tout le monde.
§ 496. Encores avoit adonc en France grant fuison
de pilleurs englès, gascons et alemans, qui voloient,
ce disoient, vivre, et y tenoient des forterèces et des
garnisons. Quoique li commis de par le roy d'Engle-
25 terre leur euissent commandé à vuidier et partir, il
n avoient pas tout obéi, dont moult desplaisoît au
roy de France et à son conseil. Mais quant li plui-
seur de ces pillars, qui se tenoient en divers lieus ou
royaume de France, entendirent que leur compa-
30 gnon avoient ruet jus monsigneur Jakemon de Bour-
bon et bien deux mil chevaliers et escuiers et pris
[4361] UVRE PREMIER, § 497. 73
tamaint bon et riche prisonnier,' et de rechief pris et
conquis le ville dou Pont Saint Esperit et si grant
avoir dedens que sans nombre, et esperoient encores
que il conquerroient Avignon où il metteroient à
merci le pape et les cardinaulz et lout le pays de 5
Prouvence, cescuus eut en pourpos d'aler celle part
en convoitise de pluiseurs maulz faire et plus gae-
gnier. Ce fu la cause pour quoi pluiseur pilleur et
guerrieur laissièrent leurs fors et s'en alèrent devers
leurs compagnons^ en espérance de plus pillier. lO
§ 497. Quant li papes Innocens VI' et li collèges
de Romme se veirent ensi vexé et guerriiet par ces
maleoites gens^ si en furent durement esbahi et or-
donnèrent une croiserie sus ces mauvais crestiiens
qui se mettoient en painne de destruire crestienneté, 1&
ensi comme les Wandeles fisent jadis, sans title de
nulle raison^ et gastoient tous les pays où il conver-
soient sans cause, et roboient sans déport quanqu*il
pooient trouver,. et violoient femmes vielles et jones
sans pité^ et tuoient honunes et femmes et enfans SO
sans merci qui riens ne leur avoient méfait. Et qui
plus de villains fais y faisoit, c'estoit li plus preus et
li mieulz parés. Si fisent li papes et li cardinal ser*
monner de le crois partout publikement, et absoloient
de painne et de coupe tous chiaus qui prendoient le 25
crois et qui s'abandonnoient de corps et de volenté
pour destruire celle mauvaise gent et leur compa-
gnie. Et eslLsirent li dit cardinal monsigneur Pière
dou Moustier cardinal d'Arras, dit d'Ostie, à estre
chapitainne de celle ditte croiserie, liquelz se traist 30
tantost hors d'Avignon et s'en vint demorer et se-
74 CHROraQUES DE J. FROISSAAT. [1861]
journer à Garpentras^ à quatre liewes d'ÂTignon, et
retenoit toutes manières de gens et de saudoiiers qui
venoient devers li et qui voloient sauver leurs âmes
et acquerre les pardons de le croiserie. Pluiseur s'en
5 alèrent celle part^ chevaliers et escuiers et aultres,
qui ouidoient avoir grans bienfais dou pape^ avoech
les pardons deseure dis; mes on ne leur voloit riens
donner. Si s'en partoient et aloient li auoun en Lom-*
hardie. Li aultre retoumoient en leurs pays^ et li
10 aultre se mettoient en le mauvaise compagnie qui
toutdis accroissoit de jour en jour. Si se départirent
en pluiseurs lieus et pluiseurs compagnies, et fisent
otant de chapitainnes comme de compagnies.
§ 498. Ensi herriièrent il le pape et les oardinaulz
15 et les marées d'environ Avignon et y fisent moult de
maulz jusques bien avant en Testé l'an mil trois cens
soissante et un. Or avint que li papes et li cardinal
s'avisèrent d'un moult gentil chevalier et bon guer*
rieur, le markis de Montfermt» qui avoit grant temps
10 tenu guerre contre les signeurs de Melans et encores
faisoit. Si le mandèrent, et il vint en Avignon. Si fu
moult festiiés et honnourés dou pape et de tous les
cardinaus. Là fu trettié devers lui que, parmi une
grande somme de florins qu'il devoit avoir^ il mette-
95 roit hors de le terre dou pape et de là environ les
Compagnes et les menroit en Lombardie. Si trettia li
dis markis de Montferrat devers les chapitainnes des
Compagnes et las amena à ce que, parmi sobsante
mil florins qu'il eurent pour départir entre yaus, et
80 ossi grans gages que. li db markis leur ordonna, il
s'acordèrent à ce qu'il iroiejit en Lombardie, et
[1861] LITRE PRIâdER, % 498. 75
avoecques tout ce il seraient absols de painne et de
coupe. Tout ce feit^ aoompli et acordé et les florins
paiiés^ il rendirent le ville dou Pont Saint Esperit et
laissièrent le marce d'Avignon et passèrent oultre
avoecques le dit markis^ dont li rois Jehans et tous 5
ses royaumes furent grandement resjoy quant il se
veirent quitte de telz gens; mes encores en retour^
nèrent assës en Bourgongne. Et ne se parti mies
adonc messires S^hins de Batefol qui tenoit Anse^
pour trettié ne cose que on li seuist prommettre. lo
Mais li dis royaumes, en pluiseurs lieus^ fii plus à pais
que devant^ quant les plus grans routes des Compa-
gnes en furent parties et passées oultre avoecques le
dit markis en le tière de Pieumont. Liquelz markis
en fist trop bien se besongne sus les sîgneurs de Me- 15
lansy et conquist villes^ chastiaus et forterèces et pays
sus yaus. Et eut pluiseurs rencontres et esoarmuces sus
yaus à sen honneur et pourfit. Et le misent les Com-
pagnes dedens un an ou environ tout au dessus de
sa guerre^ et li fisent en partie avoir sen entente des so
deux sîgneurs de Mebns^monsigneur Oaleas et mon-
signeur Bernabo, qui depuis régnèrent en grant pro-
spérité. Et quant pais fu entre yaus et le markis^ li
aucun de ces compagnons^ qui avoient assés gaa-
gniet et qui estoient tanet de guerriier, retournèrent S5
en leurs nations; mais li plus grant partie se misent
encores au malfkire et retournèrent en Franee.
Dont il avint que messires Seghins de Batefol, qui
s'estoit tenus tout le temps en le garnison de Anse sus
le rivière de Sone, prist, embla et esciella une bonne 80
cité en Auvergne, c'on dist Brude, et siet sus le ri-
vière d'Ailiier. Si se tint là dedens plus d'un anet le
76 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4362]
fortefia telement qu'il ne doubtoit nul homme. Et
eouroit tout le pays d^environ jusques au Pui, jus-
ques à la Casse Dieu, jusques à Clermont^ jusques à
Tillathy jusques à Montferr[a]at, à Rion^ à le Nonnète^
5 à Ysoire^ à Oudable, à Saint Bonnet l'Arsis et toute
la terre le conte dauSn qui estoit pour le temps os-
tagiers en Engleterre, et y fist trop durement de
grans damages. Et quant il eut honni et apovri le
pays de là environ, il s'en parti par acord et par tret-
40 tié et enmena tout son pillage et son grant trésor, et
se retraist en Gascongne dont il estoit issus. Dou dit
monsigneur Seghin ne sçai je plus avant, fors tant
que j'ay oy depuis compter qu'il morut assés mer-
villeusement. Diex li pardoinst tous ses méfiais !
15 § 499. En ce temps trespassa de ce siècle en En-
gleterre li gentilz dus Henris de Lancastre, de quoi
li rois et tout li hault baron dou pays furent du-
rement courouciet^ se amender le peuissent. De lui
demorèrent deux filles^ madame Mehaut et madame
20 Blance. Li ainsnée eut le conte Guillaume de Haynau,
filz à monsigneur Loeis de Baivière et à madame
Margherite de Haynau^ et la mainsnée eut monsi-
gneur Jehan, conte de Ricemont^ fil au roy d'Engle-
terre, qui fii depuis dus de Lancastre de par ma-
25 dame sa femme. Par le mort dou duc Henri de Lan-
castre et monsigneur Jakemon de Bourbon demora
li trettiés à poursievir de monsigneur Jehan de Mont-
fort qui s'appelloit dus de Bretagne et de monsi-
gneur Charle de Blois, qui avoient esté pourparlé
30 en le ville de Calais^ si com ci dessus est dit, dont
grans maulz et grans guerres avinrent depuis ens
[1361] UVR£ PREMIER, S SOO. 77
OU pays de Bretagne^ si corn vous orés avant en
Tystore.
Auques en celle saison ossi trespassa de ce siècle
li Jones dus de Boui^ongne qui s'appelloit messires
Phelippes, par laquèle mort vaghièrent pluiseur pays, 5
car il estoit grans sires durement : premièrement
dus de Bourgongne^ contes de Bourgongne^ contes
d'Artois, [d'Auvergne*] et de Boulongne^ palatins [et
seigneur de Salins']. £t avoit à fenune une jone
damoiselle^ fille au conte Loeis de Flandres de l'une lo
des filles le dueh Jehan de Braibant. Dont il avint
que par proismeté madame Mai^herite^ mère au dit
. conte de Flandres, se traist à le conté d'Artois et à
le conté de Bourgongne et en fist foy et hommage
au roy de France. Ossi messires Jehans de Boulon- 15
gne [fut conte d'Auvergne, et lui vint par droite suc-
cession*] la conté de Boulongne et en devint homs
au roy de France. Avoech tout ce^ li rois Jehans de
France par proismeté retint et prist la ducé de Bour-
gongne et tous les drois de Campagne^ dont il des* 30
plaisi grandement au roy de Navare, se amender le
peuist^ car il s'en disoit hoirs et successères. de la
ditte conté de Campagne. Mais ses demandes ne li
valiirent onques nulle cose; car li rois Jehans le
haioit durement : se dist bien que ja il ne tenroit 20
piet de terre en Brie ne en Champagne, •
§ 500. En ce temps vint en pourpos el en devo-
1. M». A 8, P» 236. — Ms. B 1, t. II, fb 170 (lacune).
2. M«. A 8. — Ms. B 1 : t de Brie et sires des foires de Cam-
pagne. »
3. Ms. A 8. — lis. B I : t contes d'Auvergne, se traist par droite
succession à. »
Y8 GHROniQUBS UB I. F1MMSSÂRT. [1362]
tion au roy de France qu'il iroit en Avignon veoir le
pape et les cardinaus^ tout jeuant et esbatant et vise-
tant la ducé de Bourgongne qui nouvellement li
estoit escheue. Si fist li dis rois &ire ses pourveances
s et se parti de le cité de Paris entours le Saint Jehan
Baptiste l'an mil trois cens soissante et deux^ et laissa
monsigneur Charle^ son ainsnet fil le duch de Nor-
mendie^ régent et gouvreneur dou royaume de France.
Si enmena li dis rois avoecques li monsigneur Jehan
10 d'Artois^ comte d'Eu^ son cousin germain, que moult
amoit , le conte de Tankarville et le conte de Dam-
martin^ monsigneur Boucicau^ mareschal de France^
et monsigneur Emoul d'Âudrehen^ monsigneur Tris-
tran de Maignelers^ le grant prieur de France et
15 pluiseurs aultres. Et chemina tant li dis rois à petites
journées et à grans despens, et en séjournant de
ville en ville et de cité en cité en le ducé de Bour-
gongne^ que il vint environ [la feste de Noël] à Ville-
nove dehors Avignon. Là estoit sei hostelz appareil-
90 liés pour lui et pour ses gens et toutes ses grosses
pourveances Ëiites. Si iu très grandement conjoïs et
festiiés dou pape et de tout le collège d'Avignon. Et
visetoient souvent l'un lautre, li rois de France le
pape^ et li cardinal le dit roy. Si se tint à Yillenove
95 tout le temps et toute le saison ensievant.
Environ le Noël, trespassa de ce siècle li papes
Innocens. Si furent li cardinal en grant discort de
&ire pape, car çascuns le voloit estre, et par especial
li cardinaulz de Boulongne et li cardinaulz de Piere-
30 gorch^ qui estoient li plus grant de tout le collège.
De quoy^ par leur dissension , et qu'il furent grant
temps en conclave, li collèges se misent et arrestèrent
[1S6«] UVRE PllBMIfi&, S KOI. T9
dott tout en Fordenance et disposition des deux car-
dinaulz dessus nommés. De quoi, quant il veirent
que il avoient falli à le papalité et qu'il ne le pooient
estre, il disent ensamble que nulz des aultres ossi ne
le seroit. Si esllsirent Tabbé de Saint Victor de Maiv 5
selle ^ qui estoit moult sains homs et de belle vie,
grans clers et qui moult avoit travilliet pour l'église
en Lombardie et ailleurs. Si le mandèrent li doi car^
dinal que il venist en Avignon. Il Tint au plus tost
qu'il peut : si reçut ce don en bon gré, et fîi créés 10
papes et appelles Urbains V*. Si régna depuis en
grant prospérité et augmenta moult Teglise et y fist
pluiseurs biens à Romme et ailleurs. Assés tost apriès
sa création, entendi li rois de France que messires
Pières de Lusegnon, rois de Cippre et de Jherusa- 15
lem, devoit venir en Avignon et avoit apassé mer.
Si dist li rois de France qu'il attenderoit sa venue,
car moult grant désir avoit de lui veoir, pour les
biens qu'il en avoit oy recorder et le guerre qu'il
avoit fait as Sarrasins, car voirement avoit li rois de 90
Cippre pris nouvellement le forte cité de Sathalie sus
les ennemis de Dieu et occis tous chiaus et celles
qui y furent trouvé.
§ 501 . En ce meisme temps et en cel yvier eut
grans parlemens en Engleterre sus les ordenances dou 25
pays et especialment sus les enfans dou roy d'En-
gleterre. Car on regarda et considéra que li princes
de Galles tenoit grant estât et noble, et bien le pooit
faire ^ car il estoit vaillans homs durement; mais il
hioit ce biel et grant hyretage d'Aquitainne^ où tous 30
biens et toutes habondances estoient. Se li fit re-
80 CHRONIQUES DE J. FROISSAIT. [1362]
moustré et dit dou roy son père que il se volsist
traire de celle part, car il y avoit bien terre en la
ducé pour tenir si grant estât comme il vorroit. Ossi
li baron et li chevalier dpu pays d'Âquitainne le vo-
5 loient avoir dalés yaus et en avoient priiet le roy son
père, quoique messires Jehans Chandos leur fust doulz^
amiables et bien courtois et compains en tous estas^
mais encores avoient il plus chier leur naturel si-
gneur que nul autre. Li princes descendi legierement
10 à ceste ordenance et se apparilla grandement et es-
toffeement^ ensi comme il apertenoit à lui, à son estât
et à madame sa femme. Et quant tout fu pourveu^
il prisent congiet au roy et à la royne et à leurs frères
et se partirent d'Engleterre et nagièrent tant par mer^
15 yaus et leurs gens, qu'il arrivèrent à le Rocelle.
Nous soufierons un petit à parler dou prince et
parlerons encores d'aucunes ordenances qui furent
en celle saison faites et instituées en Engleterre. Il
fu fait et ordonné, par l'avis dou roy premièrement
so et de son conseil, que messires Lyonniaus, secons
filz dou roy d'Engleterre, qui s'appelloit contes de
Dulnestre^ fust en avant nommés et escris dus de Cla*
rense; secondement, [que] mes^^ Jehans, filz dou
dit roy puisnés, qui s'appelloit contes de Ricemont^
25 fust en avant nommés et pourveus de la ducé de Lan-
castre^ laquèle terre li venoit de par madame Blance
sa femme, pour la succession dou bon duc Henri de
Lancastre. Encores fu adonc avisé et considéré entre
le roy d'Engleterre et son conseil que, se messires
30 Avmons, qui s'appelloit contes de Cantbruge, pooit
venir par voie de mariage à le fiUe dou conte de
Flandres qui estoit veve, on ne le poroit miex mettre
[1362] LIVRE PREMIER, S ^^2. 8i
ne assener. Et quoiqu'il en fust adonc proposé, il
n'en fu pas sitost trettié^ car il couvenoit ceste cose
faire par moiiens, et si estoit la dame encores assés
jone.
En ce temps trespassa la mère dou roy d*Engle* 5
terre^ madame Ysabiel de France^ fille jadis au biau
roy Phelippe de France. Se li fîst li rois d'Engleterre
ses filz faire son obsèque as Frères Meneurs à Londres
noblement et grandement et très reveramment. Et y
furent tout li prélat et li baron d'Engleterre et li si- lo
gneur de France qui ostagier estoient. Et fu ce Êiit
ains le département dou prince et de le princesse.
Et tantost apriès, si comme ci dessus [est] dit, il se
partirent d'Engleterre et nagièrent tant par mer qu'il
arrivèrent en le Rocelle^ où il furent receu à grant is
joie^ et là reposèrent par quatre jours.
$ 502. Sitost que messires Jehans Chandos^ qui
grant temps avoit gouvrené la ducé d'Aquitainne,
entendi ces nouvelles et la venue dou prince et de
"la princesse, il se parti de Niorth où il se tenoit et so
s'en vint à belle compagnie de chevaliers et d'es-
cuiers en le ville de le Rocelle. Si se conjoïrent et
festiièrent grandement li princes et ilz et madame la
princesse et tout li compagnon qui se cognissoient.
Si fu li princes amenés à grant joie à Poitiers^ et là 95
le vinrent veoir tout li baron et li chevalier de Poito
et de Saintonge qui pour le temps s'i tenoient^ et li
lisent feaulté et homçiage. Puis chevauça li princes
de cité en cité et de ville en ville et prist partout les
fois et les hommages, ensi comme il apertenoit dou 30
Ëdre, et vint à Bourdiaus et là se tint un grant temps,
vi~6
82 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363]
et toutdis la princesse dalés lui. Si le vinrent là veoir
li conte^ li visconte, li baron et li chevalier de Gas-
congne ; et li princes les reçut tous liement et s'a-
cointa si bellement d'yaus que tout s'en contentèrent.
5 Et meismement li contes de Fois le vint veoir auquel
li princes fîst grant feste. Et fu adonc la |>ais faite de
lui et dou conte d'Ermignach , qui un grant temps
s'estoient heriiet et guerriiet. Âssés tost après fu fais
connestables de tout le pays d'Âquitainne messires
10 Jebans Chandos^ et marescbaus messires Guiçars
d'Angle. Si pourvei li princes les chevaliers de son
hostel et chiaus qu'il amoit de ces biaus et grans
offisces parmi la ducé d'Âquitainne; et raempli ces
seneschaudies et ces bailliages de chevaliers d'Engle-
15 terre qui tantost tinrent grant estât et poissant , es*
poîr plus grant que cil dou pays ne vokissent, mais
point n'en aloit par leur ordenance* Nous lairons à
parler dou prince d'Âquitainnes et de Galles et de la
princesse et parlerons dou roy Jehan de France qui
20 se tenoit à Villenove dehors Avignon.
§ 503. Environ le Candeler l'an de grasce mil trois
cens soissante et deux, descendi li rois Pierres de Cipre
en Avignon, de laquèle venue la cours fu moult res-
joïe. Et alèrent pluiseur cardinal contre lui et l'ame-
25 nèrent au palais devers le pape Urbain qui liement
et doucement le reçut^ et ossi fist li rois de France
qui là estoit presens. Et quant il eurent là esté une
espasse et pris vin et espisses, li dôi roy se partirent
dou pape, et se retraist çascuns à son hostel. Ce
30 terme pendant, se fist uns gages de bataille devant le
roy de France, à Villenove dehors Avignon, de deux
[I363J LIVAË PREMIER, $ 503. 83
moult apers chevaliers de Gascongne^ monsigneurÂy-
meniou de Pumiers et monsigneur Fouque d'Arciac.
Quant il se furent combatu bien et chevalereusement
assés ensamble^ li dis rois de France fist trettier de
le pais et les acorda de leur rihote. Ensi se tinrent 5
cil doi roy tout ce temps et le quaresme en Avignon
ou priés de là : si visetoient souvent le pape qui les
recueilloit doucement.
Or avint pluiseurs fois en ces visitations que li
rois de Cippre remoustra au pape^ présent le roy 10
de France et les cardlnaulz, comment pour sainte
crestiennetet ce seroit noble cose et digne qu'i[l] ou-
veroit le saint voiage d'oultre mer et qu'i[l] iroit sus
les ennemis de Dieu. A ces paroUes entendoit li
rois de France volentiers et bien proposoit en soi 15
meismes qu'il iroit, se il pooit vivre trois ans tant
seulement^ pour deux raisons. Li une estoit que
li rois Phelippes ses pèrâs l'avoit jadis voé et prom-
mis; la seconde, pour traire hors dou royaume de
France toutes manières de gens d'armes, nommés 20
Compagnes, qui pilloient et destruisoient sans nul
title de raison son royaume et pour sauver leurs
âmes. Ce pourpos garda et réserva li rois de France
en soi meismes, sans parler à nullui^ jusques au jour
dou saint venredi que papes Urbains preeça en sa S5
chapelle en Avignon, présent les deux rois de France
et de Cipre et le saint collège.
Apriès la predicacion faite qui fu moult humle et
moult dévote, li rois Jehans de France par grant dé-
votion emprist la crois et le voa et pria doucement au 30
pape que il li volsist acorder et confremer. Li papes li
acorda volentiers et.benignement. Là présentement
84 GEŒIONIQUES DE J. FROISSART. [i363]
l'emprisent et encargièrent messires Tallerans^ car-
dinal de Pieregorchy messires Jehans d'Artois, contes
d'EUf li contes de Dammartin, li contes de Tankar-
ville^ messire Emoulz d'Âudrehen^ li grans prieur
5 de France^ messires Boucicaus et pluiseur aultre che-
valier qui là estoient présent et dedens le cité d'Avi-
gnon pour le jour. De ceste emprise fu durement
liés li rois de Cipre et en regratia grandement Nostre
Signeur et le tint à grant vertu et mistère.
10 § 504. Tout ensi que vous poés oïr, emprisent et en-
chargièrenty dessus leur deseurain vestement, la ver-
melle crois, li rois Jehans de France et li dessus nommet.
Avoech tout ce^ nos sains pères li papes le confrema
et l'envoia preecier en pluiseurs lieus, et. non pas par
15 universe monde : je vous dirai cause pour quoi. Li
rois de Cipre ^ qui là estoit venus en istance de ce
esmouvoir et qui avoit empris et en plaisance de
venir veoir Fempereour de Romme et tous les haus
signeurs de l'Empire, le roi d'Engleterre ossi et en
so sievant tous les chiés des signeurs crestiens, ensi
comme il fîst^ si com vous orés avant en Tystore, offiri
au Saint Père et au roi de France corps^ chevance et
parole pour dire et remoustrer^ là partout où il ven-
roit et s'embateroit^ le grasce et le dévotion de leur
S5 voiage, pour faire y encliner et descendre tous si-
gneurs qui de ce aroient mention. Si estoit cilz dis
rois tant creus et honnourés et de raison que on
disoit que^ parmi son travel et le certainneté qu'il
remousteroit à tous signeurs de ce voiage^ avanceroit
80 plus tous coers que aultres predicacions. Si s'en
souflSri on à preecier hors dou royaume de France^
[1363] LIVRE FREflllER, § 504. 85
et SUS ce pourpos s'arrestèreal. Tantost apriès Paskes
qui furent l'an mil trois cens soissante trois, li rois
de Cipre parti d'Avignon et dist qu'il voloit aler
veoir l'Empereur et les signeurs de l'Empire, et puis
revenroit par Braibant, par Flandres et par Haynau, 5
ou dit royaume de France. Si prist congiet au pape
et au roy de France qui en tous cas s'acquittèrent
trop bien devers lui en dons et en jeuiaus et en
grasces que H papes li fist et à ses gens. Assés tost
apriès le département dou roy de Cipre, li rois de lo
France prist congiet et s'en ala devers le ville de
Montpellier pour viseter la Langue d'och où il n avoit
en grant temps esté.
Or parlerons dou roy de Cipre et dou voiage qu'il
fist. Il chemina tant par ses journées qu'il vint en Aie- 15
magne, en une cité que on appelle Prage, et là trouva
il l'empereur, monseigneur Charte de Behaigne, qui
le reçut liement et grandement, et tout li signeur de
l'Empire qui dalés lui estoient. Si fu li rois de Cipre à
Praghe et là environ bien trois sepmainnes et enhorta 20
grandement en l'Empire ce saint voiage. Et partout,
ensi comme il ala et passa parmi Alemagne^ li Empe^
rères le fist defiretiier. Puis vint li dis rois de Cipre en
le ducé de JuUers, où li dus li fist grant feste. Et de là
s'avala il en Braibant^ où li dus ossi et la duçoise le S5
reçurent grandement et liement en le bonne ville de
Brouxelles en disners^ en soupers, en joustes, en re«
viaus et en esbatemens^ car bien faire le savoient;
et li donnèrent au département grans dons et biaus
jeuiaus. Puis s'en parti li dis rois de Cipre et s en ala 30
en Flandres veoir le conte Loeis^ qui ossi le reçut
et festia grandement. Et trouva à ce donc li rois de
86 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363]
Cipre le roy de Danemarke en le bonne ville de
Bruges; et disoit on là communément que cilz rois
avoit passet mer pour venir veoîr le roy de Cipre. Si
se conjoïrent et festiièrent assés. Et par especial li
5 contes Loeis de Flandres conjoy et festia très hon-
nourablement en le ville de Bruges le dit roy de
Cipre, et fîst tant que li dis rois se contenta grande-
ment de lui et des barons et des chevaliers de sa
terre. Si se tint tout cel estet li dis rois de Cipre^ en
10 faisant son voiage depuis le département d'Avignon^
en l'Empire et sus ces frontières pour enhorter ce
saint voiage empris : de quoi pluiseur signeur avoient
grant joie et desiroient bien que il se fesist.
§ 505. En ce temps avoit li rois d'Engleterre (ait
15 grasce à quatre dus qui estoient hostagier en Engle-
terre pour le roy de France, c'est à savoir le duch
d'Orliens, le duch d'Ango, le duch de Berri et le
duch de Bourbon, et se tenoient cil quatre signeur à
Calais. Et pooient chevaucier quel part qu'il voloient
20 trois jours hors de Calais^ et au quatrime dedens
soleil esconsant revenir. Et l'avoit fait li rois d'Engle-
terre en istance de bien^ et pour ce qu'il fuissent
plus proçain de leur pourcach de France et que il
songnassent de leur délivrance ensi qu'il &isoient.
25 Les quatre signeurs dessus dis estans à Calais^ il en-
voiièrent pluiseurs fois grans messages de par yaus
au roy de France et au duch de Normendie son
ainsné fil qui là les avoient mis^ en yaus remous-
trant et priant qu'il entendesissent à leur délivrance,
ensi que juré et prommis leur avoient^ quant il en-
trèrent en Engleterre; ou aultrement il y entende-
[1363] LIVRE PREMira, § 506. 87
roient eulz meismes et ne se tenroient point pour
prisonnier. Quoique cîl signeur, ensi que vous sa-
vés^ fuissent très proçain dou roy^ leur messagier et
promoteur n'estoient mies oy ne délivré à leur aise,
dont grandement en desplaisoit as signeurs dessus 5
dis et par especial au duch d'Ango, et disoit bien
qu'il y pourveroit de remède, comment qu'il s'en
presist. Or estoit adonc li royaumes et li consaulz
dou roy et dou duch de Normendie durement char-
giés et ensonniiés, tant pour le crois que li rois de lo
France avoit adonc encargiet que pour le guerre dou
roy de Navarre, qui guerrioit et herioit fortement le
royaume de France et avoit remandé aucuns des
chapitainnes des Compagnes en Lombardie pour
mieulz faire sa guerre. Ce estoit la principal cause 15
pour quoi on ne pooit legierement entendre as qua-
tre dus dessus nommés ne leurs messagiers délivrer,
quant il estoient venu en France.
«
$ 506. Quant li rois de Cipre eut visetés et veus
les signeurs et les pays dessus nommés, il retourna 20
en France et trouva à Paris le roy Jehan et le duc de
Normeddie et grant fuison de signeurs, barons et
chevaliers de France que li rois y avoit mandés pour
le roy de Cipre mieulz festier. Si y eut une espasse
de temps grans reviaus et grans esbatemens et ossi 25
grans parlemens et grans consaulz comment ceste
croiserie, à savoir estoit, se poroit parfumir àhonnour
tant dou roy de France comme de son royaume. Et
pour ce en parloient et proposoient li aucun leur avis
que il veoient le dît royaume grevé et occupé de 30
guerres^ de Compagnes, de pilleurs et de reubeurs
88 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363]
qui y descendoient et venoient de tous pays. Si ne
sambloit pas bon as pluiseurs que cilz volages se
fesist jusques à tant que li royaumes fust en milleur
estât ou à tout le mains on eùist pais au roy de Na-
5 vare. Non obstant ce et toutes guerres^ nulz ne pooit
abrisier ne oster le dévotion dou roy de France que
il ne fesist le pèlerinage; et Facorda et jura au roy
de Cipre à estre à Marselle dou march qui venoit en
un an que on compteroit Tan mil trois cens soissante
10 quatre^ et que sans £siute adonc il passeroit et live-
roit passage et pourveances à tous chiaus qui passer
vorroient.
Sus cel estât, se parti li rois de Cipre dou roy
de France et vei que il avoit bon terme encores
15 de retraire en son pays et de faire ses pourveances.
Si dist et considéra en soi meismes que il voloit aler
veoir le roy Charle de Navare son cousin et trettiier
bonne pais et acord entre lui et le roy de France. Si
se mist à voie en grant arroy et issi de Paris et prist
80 le chemin à Roem et fist tant qu'il y parvint. Jà le
reçut li arcevesques de Roem, messires Jehans
d'Alençon ses cousins^ moult grandement et le tint
dalés li moult aisiement trois jours. Au quatrime^ il
s'en parti et prist le chemin de Kem et esploita tant
35 qu'il passa les gués Saint Clément et vint en la forte
ville de Chierebourc. Là trouva il le roy de Navare
et monsigneur Loeis son frère à bien petit de gens.
Cil doi signeur de Navare recueliièrent le roy.de
Cipre liement et grandement et le festiièrent selonc
30 leur aisément moult honnourablement, car bien le
pooient et sa voient Ëdre.
En ce termine que li rois de Cipre se tenoit dalés
[1363] LIVRE PREMIER, $ 507. 89
yaus^ il s'avança de trettiier pour pais^ se trouver le
peuist^ entre ces signeurs, d'une part, et le roy de
France, d'autre; et en parla par pluiseurs fois moult
ordonneement, car il fu sires de grant avis et bien
enlangagiés. A toutes ses paroUes respondirent cil doi 5
signeur de Navare ossi moult gracieusement et se excu-
sèrent en ce que point n estoit leur coupe que il n'es-
toient bon ami au roy de France et au royaume, car
grant désir avoient de l'estre, mes que on leur rende-
sist leur hiretage que on leur tenoit et empeeçoit à 10
tort. Li rois de Cipre euist volentiers amoienet ces be-
songnes, se il peuist, et veu que li enfant de Navare
se fuissent mis sus lui, mes leurs trettiés ne s'estendi-
rent mies si avant. Quant li rois de Cipre eut esté à
Chierebourc environ quinze jours, et que li dessus 16
dit signeur' l'eurent festiiet selonch leur pooir moult
grandement, il prist congiet d'yaus et dist qu'il ne
cesseroit jamais si aroit esté en Ëngleterre et là pree-
cié et enhorté au dit roy d'Ëngleterre et à ses enfans
le crois à prendre. Si se parti de Cierebourch et fist so
tant par ses journées qu'il vint à Kem et passa outre
et vint au Pont de l'Arce et là passa le Sainne. Et
puis chevauça tant par ses journées qu'il entra en
Pontieu et passa le rivière de Somme 'à Abbeville et
puis vint à Rue et à Moustruel et puis à Calais où il S5
trouva trois dus, le duch d'Orliens, le duch de Berri
et le duch de Bourbon, car li dus d'Ango estoit re-
tournés en France, je ne sçai mies sus quel estât.
$ 507. Cil troi duch dessus nommet reçurent, ensi
comme prisonnier. en la ditte ville de Calais, le roy 30
de Cipre moult liement, et li rois ossi s'acointa
90 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363]
d'yaus moult doucement. Si furent là ensamble plus
de douze jours. Finablement^ quant li rois de Gpre
eut vent à volenté, il passa le mer et arriva à Dou-
vres. Si se tint là et rafreschi par deus jours, entrues
5 que on descarga ses vaissiaus et mîst hors ses che-
vaus. Puis chevauça li dis rois de Cipre à petites
journées à sen aise et s'en vint devers le bonne cité
de Londres. Quant il y parvint^ il y fu grandement
bien festiiés et conjoïs des barons de France qui là
10 se tenoient et ossi de chiaus d'Engleterre qui che-
vaucièrent contre lui, car li rois d'Ëngleterre y en-
vola ses chevaliers, le conte de Herfort, monsigneur
Gautier de Mauni, le signeur Despensier, monsigneur
Raoul de Ferrières, monsigneur Richart de Penne-
15 bruge, monsigneur Alain de Boukeselle et monsi-
gneur Richart Sturi, qui l'acompagnièrent et amenè-
rent jusques à son hostel parmi la cité de Londres.
Je ne vous poroie mies dire ne compter en un jour
les nobles disners, les soupers, les festiemens et les
so conjoïssemens, les dons, les presens, les jouiaus c'on
fisty donna et présenta, especialment li rois d*Engle-
lerre et la royne Phelippe, sa femme, au gentil roy
Pière de Cipre. Et, au voir dire, bien y estoient tenu
dou fiiire, car il les estoit venus veoir de loing et à
S5 grant fret, et tout pour enhorter et enditter le roy
que il volsist prendre la vermeille crois et aidier à
ouvrir ce passage sus les ennemis de Dieu. Mais li
rois d'Engleterre s'escusa bellement et sagement et
dist ensi : a Certes, biaus cousins, j'ay bien bonne
30 volenté d'aler en ce voiage, mais je sui en avant trop
vieubs, si en lairai convenir mesenfans. Et je croi que,
quant li voiages sera ouvers, que vous ne le ferés pas
[1363] LIVRE PREMIER, § 507. 91 *
sealz ; ains ares des chevaliers et des escuiers de ce
pays qui vous y serviront volentiers. » — « Sire, dist li
rois de Cipre, vous parlés assës, et croy bien que
voiremenl y venront il pour Dieu servir et yaus avan-
cier, mes que vous leur acordés, car li chevalier et li 5
escuier de ceste terre traveilient volentiers. » —
« Oil, dist li rois d'Engleterre^ je ne leur debateroie
jamèsy se aultres besongnes ne me sourdent et à mon
royaume, dont je ne me donne de garde. »
Onques li rois de Cipre ne peut aultre cose im- 10
petrer au roy d'Ëngleterre ne plus grant clarté de
son voiage^ fors tant que toutdis fu il liement et
honourablement festiiés en disners et en grans sou-
pers. Et avint ensi en ce termine que li rois David
d^Escoce avoit à besongnier en Engleterre devers le 15
roy^ siquesy quant il entendi sus son chemin que li
rois de Cipre estoit à Londres, il se hasta durement
et se prist moult priés de lui trouver. Et vint li dis
rois d'Escoce si à point à Londres que encores n'es-
toit il point partis. Si se recueillièrent et conjoirent SO
grandement cil doi roy ensamble^ et leur donna de
recief li rois d*Engleterre deux fois à souper ou pa-
lais de Wesmoustier. Et prist là li rois de Cipre con-
giet au roy d'Ëngleterre et à le royne^ qui li donnèrent
à son département grans dons et biaus jeuiaus. Et 25
donna li rois d'Ëngleterre au roy de Cipre une nef
qui s*appelloit Katherine trop belle et trop grande
malement. Et l'avoit li rois d'Ëngleterre meismement
fait faire et edefiier ou nom de lui pour passer oultre
en Jherusalem, et prisoit on ceste nef nommée Ka- 30
tberinè douze mil frans^ et gisoit adonc ou havene
de Zanduich. De ce don remercia li rois de Cipre le
. M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363]
roy d'Engleterre moult grandement, et Ten sceut
grant gret. Depuis ne séjourna il gaires ens ou pays^
mes eut volenté de retourner en France. Encores
avoech toutes ces coses li rois d'Engleterre deffretia
5 le roy de Cipre de tout ce qu'il et ses gens despendi-
rent, alant et venant^ en son royaume. Mais je ne sçai
que ce fu, car il laissa le vaissiel dessus nommé à
Zanduic^ ne point ne Fenmena avoeeques lui, car
depuis deux ans apriès je le vi la arester à Tancre.
10 § 508. Or se parti li rois de Cipre d'Engleterre et
rapassa le mer à Boulongne. Si oy dire sus son che-
min que li rois de France , li dus de Normendie , li
dus d'Ango et messires Phelippes ses mainsnés frères
et li grans consaulz de France dévoient estre en le
15 bonne cité d'Amiens. Si tira li rois de Cipre celle part
et y trouva le roy de France voirement nouvellement
venu et une partie de son conseil. Si fu d'yaus gran-
dement festiiés et conjoïs, et leur recorda la grigneur
partie de ses volages^ liquel l'oirent et l'entendirent
^0 volentiers. Quant il eut là esté une espasse, il dist
que il n'avoit riens fait jusques à tant que il aroit veu
le prince de Galles son cousin et dist^ se il plaisoit à
Dieu, que il l'iroit veoir ains son retour et les barons
de Poito et d'Aquitainne. Tout ce li acorda li rois de
S5 France assés bien. Mais il li pria chierement à son
département que il ne presist nul aultre voiage à son
retour, fors parmi France. Li rois de Cipre li eut en
couvent.
Si se parti li rois de Cipre d'Amiens et chevauça
30 vers Biauvais et passa le Sainne à Pontoise et fist
tant par ses journées que il vint à Poitiers. A ce donc
[1363] UVRE PREMIER, $ 508. 98
estoient li princes et la princesse en Angouloime. Et
là devoit avoir moult proçainnement une très grant
feste de quarante chevaliers et de quarante escuiers^
attendans dedens que madame la princesse devoit
bouter hors de ses cambres à sa relevée^ car elle 5
estoit acoucie d'un biau fil qui s'appelloit Edouwars
ensi com son père. Sitost 'que li princes sceut la
venue dou roy de Cipre, il envoia devers lui par es-
pecial monsigneur Jehan Chandos et grant foison
des chevaliers de son hostel^ qui l'amenèrent en grant lo
reviel et moult honnourablement devers le prince,
qui le reçut ossi humlement et grandement en tous
estas que il avoit esté nulle part receus sus tout son
voiage.
Nous lairons un petit à parler dou roy de Cipre et 15
parlerons dou roy de France et vous compterons en
quel istance ilz et ses consaulz estoient venu à Amiens.
Je fui adonc enfourmés, et voirs estoit, que li rois
Jehans avoit pourpos et affection d'aler en Engle-
terre veoir le roy Edouwart son frère et la royne SO
d'Engleterre sa suer. Et pour ce avoit il là assamblé
une partie de son conseil, et ne li pooit nulz brisier
ne oster ce pourpos. Si estoit il fort consilliés dou
contraire. Et li disoient pluiseur prélat et baron de
France que il entreprendoit une grant folie, quant il 95
se voloit mettre encores ou dangier dou roy d'En-
gleterre. Il respondoit à ce et disoit que il avoit trouvé
ou roy d'Engleterre son frère, en le royne et en ses
neveus leurs enfans, tant de loyauté, d'onneur, d'a-
mour et de courtoisie que il ne s'en pooit trop loer 30
et que en riens il ne se doubtoit d'yaus qu'il ne li
fuissent courtois, loyal et ami en tous cas. Et ossi il
M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
voloit excuser son fil le duch d'Ango qui estoit re-
tournés en France.
A ceste parolie n'osa nulz parler dou contraire^
puisque il l'avoit ensi £|rresté et affremé en lui. Si
5 ordonna là de recief son fil le duch de Normendie
à estre regens et gouvrenères dou royaume de
France jusques à son retour. Et prommist bien à
son mainsné fil, monsigneur Phelippe^ que, lui re-
venu de ce voiage où il aloit, il le feroit duch de
10 Bourgongne et le ahireteroit de le ducé. Quant
toutes ces coses furent bien faites et ordonnées à sen
entente et ses pourveances en le ville de Boulongne,
il se parti de le cité d'Amiens et se mist à voie et
chevauça tant qu'il vint à Hedin. Là s'arresta il et
15 tint son NoeL Et là le vint veoir li contes Loeis de
Flandres qui moult l'amoit, et li rois lui, et furent
ensamble ne sai trois jours ou quatre. Le jour des
Innocens^ se parti li dis rois de Hedin et prist le che- *
min de Moustruel sus Mer. Et li contes de Flandres
so retourna arrière en son pays.
§ 509. Tant esploita li rois Jehans qu'il vint à
Boulongne^ et se loga en l'abbeye, et tant i sé-
journa qu'il eut vent à volenté. Si estoient avoec-
ques li et de son royaume pour passer le mer, mes-
25 sires Jehans d'Artois, contes d'Eu, li contes de Dam-
martin^ li grans prieur de France^ messires Bouci-
caus, marescbaus de France^ messires Tristrans de
Maignelers^ messires Pierres de Villers, messires Je-
hans de Ainviile^ messires Nicolas Brake et pluiseur
30 aultre. Quant leurs nefs furent toutes chargies et li
maronnier eurent bon vent^ il le segnefiièrent au roy.
[1364] LIVRE PREMIER, S ^^* ^^
Si entra li rois en son vaissiel environ mienuit^ et
toutes ses gens ens es aultres^ et furent à Tancre celle
première marée jusques au jour devant Boulongne.
Quant il se desancrèrent, il eurent vent à volenté :
si tournèrent devers Engleterre. Si arrivèrent à Dou- 5
vres environ heure de vespres; ce fu l'avant vigile
de l'Apparition des trois Rois.
Ces nouvelles vinrent au roy d'Engleterre et à
la roynequi se tenoient adonc à Eltem^ un moult
bel manoir dou roy à sept liewes de Londres^ que 10
li rois de France estoit arivés et descendus à Dou-
vresl Si envoia tantost des chevali^*s de son hostel
celle part, monsigneur Bietremiu de Bruwes^ mon-
signeur Alain de Boukeselle et monsigneur Richart
de Pennebruge. Chil se partirent dou roy et che- I6
*vaucièrent devers Douvres, et trouvèrent là encores
le roy de France; si le conjoïrent et bienvegniè-
rent grandement et li disent que li rois leurs sires
estoit moult liés de sa venue. Li rois de France les
en crut legierement. L'endemain au matin monta so
li dis rois à cheval^ et montèrent tout cil qui avoec-
ques lui estoient, et ehevaucièrent devers Cantor-
bie, et vinrent là au disner. A entrer en l'église de
Saint Thiunas, fist li rois de France grant reve-
rense et donna au corps saint un moult riche jeuiel 25
et de grant valeur. Si se tint là li dis rois deux
'jours : au tierch jour il s'en parti et chevauça le che-
min de Londres, et fist tant par ses journées qui
estoient petites, qu'il vint à Eltem où li rois d'En-
gleterre et la royne et grant fuison de signeurs^ 30
de darnes^ de damoiselles estoient tout appareilliet
pour lui recevoir. Ce f u un dimence à heure de re-
96 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364]
levée qu'il vint là : si i eut entre celle heure et le
souper grans danses et grans earoles, et là estoit 11
Jones sires de Couei^ qui s'efibrçoit de bien danser et
de canter quant son tour venoit. Et volentiers estoit
5 veus des François et des Ënglès; car trop bien li
aSreoit à faire quanqu'il faisoit.
Je ne vous puis mies de tout parler ne recor-
der corn honourablement li rois d'Englelerre et la
royne reçurent le roy de France; et quant il se
10 parti de Eltem^ il vint à Ix)ndres. Si vuidièrent
toutes manières de gens par connestablies contre lui
et le recueillièrent en grant reverense. Et ensi fu
amenés^ en grant fuison de menestraudies , jusques
en l'ostel de Savoie qui estoit ordenés et appareil-
15 liés pour lui. Ens ou dit hostel avoecques le roy
estoient herbergiet cil de son sanch^ li ostagier de
France: premièrement, ses frères li dus d*Orliens^
ses fîlz li dus de Berri; si cousin^ li dus de Bour-
bon^ li contes d'Alençon^ Guis de Blois^ li contes
ao de Saint Pol et moult d'aultres. Si se tint là li
rois de France une partie de l'ivier entre ses gens
liement et amoureusement^ et le visetoient souvent
li rois d'Engleterre et si eniant, li dus de Clarense, li
dus de Lancastre et messires Aymons. Et furent par
95 pluiseurs fois en grans reviaus et récréations ensam*
ble, en diners et en soupers et aultres manières en
. cel hostel de Savoie et ou palais de Wesmoustier, qui
siet priés de là^ où li rois de France aloit secrètement,
quant il voloit, par le rivière de le Tamise. Si regre-
30 tèrent pluiseurs fois cil doy roy monsigneur Jakemon
de Bourbon^ et disoient bien que ce fu grans damages
de lui, car trop bien li affireoit à estre entre signeurs.
[1364] LIVRE PREMIER, § 5i0. 97
§ 510. Nous lairons un petit à parler dou roy
Jehan de France, et parlerons dou roy de Cipre qui
vint en Angouloime devers le prince de Galles, son
cousin, qui le reçut liement. Ossi lisent tout li baron
et li chevalier de Poito et de Saintonge qui dalés le 5
prince estoient, li viscontes de Touwars, li jones
sires de Pons, li sires de Partenai, messires Loeis de
Harcourt, messires Guiçars d'Angle; et des Englès/
messires Jehans Chandos, messires Thumas de Felle-
ton, messires Neel Lorinch, messires Richars de Pont- 10
chardon, messires Symons de Burlé, messires Bau-
duins de Fraiville, messires d'Aghorisses et li aultre.
Si fu li rois de Cipre moult festiés et bien honnourés
dou prince, de la princesse, des barons et des che-
valiers dessus dis, et se tint illuech plus d'un mois. 15
Et puis le mena messires Jehans Chandos jewer et
esbatre parmi Saintonge et parmi Poito, et veoîr le
bonne ville de le RoceUe, où on li iist grant feste. Et
quant il eut partout esté, il retourna en Angouloime
et fu à celle grosse feste que li princes y tint, où il 20
eut grant fuisou de chevaliers et d'escuiers.
Assés tost apriès la feste, li rois de Cipre prist
congiet dou prince et des chevaliers dou pays; mes
ançois leur eut il remoustré pourquoi il estoit là
venus, et pourquoi especialment il portoit la crois 25
vermeille, et comment [li papes li avoit confirmé,
et la dignité du voiaige, et comment^] li rois de
France, par dévotion, et pluiseur grant signeur
Favoient empris et juré. Li princes et li chevalier
li respondirent moult courtoisement que c'estoit 30
1. Ms. B 4, (^ 2k2. — Ms. B 1, t. U, e> 177 (lacune).
VI — 7
98 CHRONIQUES DB J. PROISSAET. [1364]
voirement uns voiages où toutes gens dV>nneur et
de bien par raison dévoient bien entendre^ et qu^
s'il plaisoit à Dieu que li passages fust ouvers^ il
ne le feroit mies seuls, mes en aroit de chiaus qui '
5 se désirent à avancier* De ces responses se tint
li rois de Gpre tous oontens, et se parti dou dit
prince et de la princesse et des barons dou pays.
Mes messires Jehans Chandos le yeult acompagnier,
ensi qu'il fist, et li tint toutdis compagnie tant qu'il
<0 fîi hors de le prinçauté.
Si me samble que li rois de Cipre retourna arrière
par devers France pour revenir à Paris, en istance de
ce que pour trouver le roy revenu : mais non fera,
car li rois de France estoit, en l'ostel de Savoie, en
15 Ëigleterre, acouciés malades; et aggrevoit tous les
jours, dont trop grandement desplaisoit au roy d'&i-
gleterre et à le roy ne, car li plus sage médecin dou
pays le jugoient en grant péril. Et de ce estoit tout
enfourmës li dus de Normendie, qui se tenoit à Paris
90 et qui avoit le gouvrenement de France, comment
li rois de France ses pères estoit fort grevés de ma-
ladif; car messires Boucicaus estoit râpasses le mor
et en avoit enfourmé le dit duch*
Se ceste nouvelle estoit sceue en France, li rois de
25 Navare, qui se tenoit en Chierebourch, en savoit ossi
toute la certainneté, dont il n'estoit mies courou-
ciés ; car il esperoit que, se li rois de France moroit,
sa guerre en seroit plus belle. Si escrisi secrètement
devers monsigneur le captai de Beus son cousin, qui
âO se tenoit adonc dalés le conte de Fois, son serourge,
en lui priant chierement que il volsist venir parler à
lui en Normendie, et il le feix>it signeur et souverain
[1364] LIVRE PREMIER, § 510. W
par dessus tous ses chevaliers. Li captaus, qui desiroit
les armes et qui estoit par linage tenus de servir son
cousin monsigneur de Navare^ obéi et se parti dou
conte de Fois^ et s'en vint par le prinçauté^ et pria
aucuns chevaliers et escuiers sus son chemin. Mes 5
petit en eut^ car point ne se voloient adonc armer li
Englès, ne K Gascon^ ne li Poitevin, pour le fait dou
roy de Navare, contre le couronne de France; car il
sentoient les alliances^ jurées à Calais entre le roy d'En-
gleterre leur signeur et le roy de France, si grandes et 10
si fortes 'qu^ ne les voloient mies bleder ne brisier.
Siques, ce terme pendant et le captai de Beus
venant en Normendie devers le roy de Navare, li rois
Jehans de France trespassa de ce siècle^ en Engle-
terre, en Fostel de Savoie^ dont li rois d'Engleterre 15
et la rôyne et tout leur enfant et pluiseur baron
d'Engleterre forent moult courouciet, pour Torineur
et la grant amour que li rois de France^ depuis la
pais faite, leur avoit moustré. Li dus d'Orliens, ses
frères, et 11 dus de Berri, ses ûh, qui de le mort le 20
roy de France leur signeur estoient moult courou-
ciet^ envoiièrent ces nouvelles en grant haste devers
le duch de Normendie, qui se tenoit à Paris. Quant li
dis dus en sceut la vérité de la mort le roy son père,
fîi il moult courouciés^ ce fii raisons; mes ilz, comme 25
cilz qui se séntoit successères de Firetage de France
et de la couronne, et qui estoit enfourmés aucune-
ment dou roy de Navare, coiounent il avoit pourveu
et pourveoit encores tous les jours ses garnisons en
le conté d'Evrues, et qu'il metoit sus gens d'armes 30
pour lui guerriier, s'avisa que il y pourveroit de re-
mède et de conseil, se il pooit.
iOO CHRONIQUES DE J. FROISSAET. [1364]
En ce temps s'armoit et estoit toutdis armés £ran-
(oîs uns chevaliers de Bretagne qui s'appelloit mes-
sires Bertrans de Gaiekin. li biens de lui, et la
proèce n'estoit mies encores grandement renommée
5 ne cogneue^ fors entre les chevaliers et escuiers qui
Fantoient et ens ou pays de Bretagne^ où il avoit
demoré et toutdis tenu la guerre pour monsigneur
Charle de Blois contre le conte de Montfort. Cilz
messires Bertrans estoit et fu toutdis durement ewi-
10 reus chevaliers et bien amés de toutes gens d'armes^
et ja estoit il grandement en le grasce dou duc de
Normendie^ pour les vertus qu'il en ooit recorder.
Dont il avint que^ sitos que li dus de Normendie seut
le trespas dou roy son père, ensi que cilz qui se
15 doubtoit grandement dou roy de Navare, il dist à
monsigneur Boucicau, mareschal de France : « Mes-
sire Boucicauy partes de ci^ avoech ce que vous avés
de gens, et chevauciés vers Normendie. Vous i trou-
vères messire Bertran de Claiekin; si vous prendés
20 priés, je vous prî, vous et lui, de reprendre sus le
roy de Navare la ville de Mantes, par quoi nous
soions signeur de la rivière de Sainne. » Messires
Boucicaus respondi : c Sire, volentiers. » Âdonc se
parti il, et emmena avoecques lui grant fuison de
25 bons compagnons, chevaliers et escuiers, et prist le
chemin de Normendie par devers Saint Germain en
Laie, et donna à entendre à tous chiaus qui avoec-
ques lui estoient, qu'il aloit devant le chastiel de Ro-
leboise, que manière de gens nommés ^Compagnes
80 tenoient.
§ 51 1 . Roleboise est un chastiaus biaus et fors du-
II364J UVBE PREMIER, $ 511. |0i
rement, seans sus le rivière de Sainne, à une liewe
priés de Mantes^ et estôit à ce temps garnis et raem-
plis de compagnons gens d'armes qui Êiisoient
guerre d'yaus meismes, et couitoient otant bien sus
le terre le roy de Navare que sus le royaume de 5
France. Et avoient un chapitainne à qui il obeis-
soient dou tout, et qui les retenoit et paioit parmi
certains gages qu'il leur donnoit. Et estoit cilz nés de
le ville de Brouxelles^ et s'appelloit Wautre Obstrate,
apert homme d'armes et outrageus durement. Cilz et lo
ses gens avoient le pays de là environ tout pilliet et
robet, et n'osoit nulz aler de Paris à Mantes^ ne de
Mantes à Roem ne à Pontoise, pour chiaus de le
garnison de Roleboise. Et n'avoient cure à qui : otant
bien les gens le roy de Navare ruoient il jus, quant 15
il les trouvoient, que les François; et par especial il
constraîndoient si chiaus de Mantes, qu'il n'osoient
issir hors de leurs portes, et se doubtoient plus
d'yaus que des François.
Quant messires Boucicaus se parti de Paris, quoi- 20
qu'il donnast à entendre que il alast celle part, il
se faindi de prendre le droit chemin de Roleboise,
et attendi monsigneur Bertran de Claiekin et se route,
qui avoit en devant chevauciet devant le cité d'Evrues
et parlementé à chiaus de dedens; mes on ne li 35
avoit volu ouvrir les portes : ançois avoient cil d'E-
vrues fait samblant que de lui servir de pierres et
de mangonniaus, et de traire à lui et à ses gens, se
il ne se fust si legierement partis des barrières où il
estoit arrestés. Et estoit messires Bertrans de Claiekin 30
retrais arrière devers le mareschal Boucicau, qui l'at^
tendoit sus un certain lieu assés priés de Roleboise.
102 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
Quant il se furent trouvé^ il estoient bien cinq cens
hommes d'armes.
Si eurent li doi chapitainne, messires Bertrans et
messires Bouchicaus^ sus les camps là^ moult grant
5 parlement ensamble^ à savoir comment il se mainten-
roient, ne par quel manière il poroient avoir le ville
de Mantes, où il tiroient. Si consUlièrent entre yaus que
messires Boucicaus, lui centime de chevaus tant seu-
lement, chevauceroit devant et venroit à Mantes, et
10 feroit l'efi&aé, et diroit à chiaus de le ville que cil de
Roleboise le cacent et que il le laissent [entrer] ens. Se
il y entre, tantost il se saisira de le porte, et messires
Bertrans et se grosse route tantost venront ferant bâ-
tant, et enteront en le ville et en feront leur volenté :
15 se il ne l'ont par celle voie, il ne poeent mies veoîr
comment il l'aient. Toutesfois pour le milleur cilz
consaulz fu tenus, et le tinrent entre yaus li signeur en
secré, et se parti messires Boucicaus et le route qu'il
devoit mener, et chevaucîèrent à le couverte par de-
20 vers Mantes, et messires Bertrans d'autre part, et
se misent il et li sien en embusche assés priés de
Mantes.
Quant messires Boucicaus et se route denrent
approcier la ville de Mantes, il se desroutèrent ensi
25 comme gens desconfîs et mis en cace. Et s'en vint li
dis mareschaus, espoir lui dixime, et li aultre petit à
petit le sievoîent. Si s arresta devant la barrière, car
toutdis y avoit gens qui le gardoient, et dîst : « Ha-
rou, bonnes gens de Mantes, ouvrés vos [portes et
30 nous laissez entrer dedens *] et nous recueillies ; car
1. Ms. A 8, fo 242 vo. -, Ms. B 1, t. Il, (» 178 y^ (lacune).
[1364] UVÏÏE PBElflER, S ^^^- iOS
yeci ces mourdreours et pillars de Roleboise qui nous
encaucent et nous ont desconfîs par grant mesaven*
tare. » — a Qui estes vous, sire? » dient cil qui là es-
toient et qui la barrière et le porte gardoieat. — « Si-
gneur, je sui Boucicaus, mareschaus de France, que li t
dus de Normendie envoioit devant Roleboise, mais
il m'en est trop mal pris; car li larron de dedens
m'ont ja desconfî, et me convient fuir^ voelle ou non^
et me prenderont à mains et ce que j'ai de rema-
nant de gens, se vous ne nous ouvrés le porte bien ic
tost. 1^ Cil de Mantes respondirent^ qui cuidièrent
bien que il leur desist vérité : ir Sire^ nous savons
bien voirement que cil de Roleboise sont nostre eU'
nemi et li vostre ossi, et n'ont cure à qui il aient la
guerre, et d'autre part que li dus de Normendie vos 15
sires nous het pour le cause dou roy de Navare
nostre signeur : si sommes en grant double que nous
ne soions deceu par vous qui estes mareschaus de
France. » — « Par ma foy, signeur, dist il, nennil ;
je ne sui ci venus en aultre entente que pour grever, 20
comment qu'il m'en soit mal pris, la garnison de
Roleboise. »
A t^s parolles, ouvrirent cil de Mantes leur bar-
rière et leur porte, et laissièrent ens passer mon-
signeur Boucicau et se route, et toutdîs venoient S5
gens petit à petit. Entre les darrainiers des gens
monsigneur Boucicau et les gens monsigneur Ber-
Iran, n'eurent cU de Mantes nul loisir de refremer
leur porte; car quoique messires Boucicaus et li plus
grant partie de ses gens se traissent tantost à hostel 80
et se desarmèrent pour mieuls apaisier chiaus de le
ville, li darrainnier qui estoient Breton, se saisirent
104 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
des barrières et de le porte. Et n'en fiirent mies mes-
tre cil de le ville^ car tantos messires Berlrans et se
route vinrent les grans galos^ qui estoient mis en
embusche, et entrèrent en le ville, et eseriièrent :
5 c( Saint Yve 1 Claiekin ! A le mort^ à le mort tous Na-
varois ! » Dont entrèrent cil Breton par ces hostels;
si pillièrent et robèrent tout ce qu'il trouvèrent, et
prisent des bourgois desquels qu'il veurent pour leurs
prisonniers^ et en tuèrent ossi assés.
10 Et tantos incontinent qu'il furent entré en Mantes,
ensi com vous oés recorder, une route de Bretons se
partirent et ferîrent chevaus des esporons et ne cessè-
rent si vinrent à Meulent une liewe par dedelà et entrè-
rent en le ville assés soubtievement ; car il disent que
15 c'estoient gens d'armes que messires Guillaumes de
Gauville, chapitainne d'Evrues, envoioit là, et que
otant ou plus en estoient demoret à Mantes. Cil de
Meulent cuidièrent proprement que il deissent vérité,
pour tant qu'il estoient venu le chemin de Mantes et
SO ne pooient venir aultre voie que par là ne avoir
passé le Sainne fors au pont à Mantes. Si les crurent
legierement et ouvrirent leurs barrières et leurs por-
tes ^et misent en leur ville ces Bretons qui tantost se
saisirent des portes et eseriièrent : « Saint Yve ! Clai-
S5 kin ! 1^ Et commencièrent à occire et à decoper ces
gens qui furent tout esperdu et prisent à fuir et à
yaus sauver, cescuns qui mieuls mieulz, quant il se
veirent ensi deceu et trahi et n'eurent nul pooir
d'yaus recouvrer ne sauver.
30 Ensi furent Mantes et Meulent prises, dont li dus
de Normendie fu moult joians, quant il en sceut les
nouvelles, et li rois de Navare moult courouciés,
[13641 LIVRE PREMIER, § 512. 105
quant il en sceut la vérité. Si mist tantost gardes et
chapitainnes especiaulz partout ses villes et ses chas-
tiaus, et tint à trop grant damage le perte de Mantes
et Meulent^ car ce li estoit par là une trop belle
entrée en France. 5
§ 512. En celle propre sepmainne arriva li captaus .
de Beus ou havene de Chierebourch, à bien quatre
cens hommes d^armes. Se li fist li rois de Navare
grant feste, et le recueilla moult doucement, et li re-
moustra^ en lui complaindant dou duch de Normen- 10
die, comment on li a voit pris et emblé ses villes,
Mantes et Meulent, et se mettoient encores en painne
tous les jours li François de tollir le demorant. Li
captaus li dist : a Monsigneur, se il plaist à Dieu,
nous irons au devant et esploiterons telement que 15
vous les rares, et encores des aultres. On dist que li
rois de France est mors en Engle terre: si verra on ,
pluiseurs nouvelletés avenir en France temprement,
parmi ce que nous y renderons painne. » De la venue
du captai de Beus fu 11 rois de Navare tous recon- 30
fortes, et dist que il le feroit temprement chevaucier
en France. Si manda li dis rois gens de toutes pars,
là où il les pooit avoir. Âdonc estoit en Normendie,
sus le marine, uns chevaliers d'Engleterre qui aultre-
fois se estoit armés pour le roy de Navare', et estoit 25
apers homs d'armes durement, et l'appelloit on mon-
signeur Jehan Jeuiel : cils avoit toutdis de se route
deux cens ou trois cens combatans. Li rois de Navare
escrisi devers lui et le pria que il le volsist venir servir
à ce que il avoit de gens, et il li remeriroit grande- 30
ment. Messires Jehans Jeuiaus descendi à le priière
fOa CHRONIQUES DS h FBOISSART. [4364J
dou roy de Navare et vint devers lui tost et aperto*
ment^ et se mist dou tout en son servioe«
Bien savoit et estoit enfourmés li dus de Nonnen-
die que II rois de Navare faisoit son amas de gens
5 d'armes et que li captaus de Beus en seroit chiés et
gouvrenères. Si se pourvei selonc ce et escnsi devers
monsigneur Bertran de Qaiekin qui se teuoit à
Mantes, et li manda que il et si Breton fesisseQt firon*
tière contre les Navarois et se mesissent as camps^
10 et il li envoieroit gens assés pour combatre le pois-*
sance dou roy de Navare, £t ordonna encores li dis
dus de Normendie à demorer monsigneur Boucicau
en le ville de Mantes^ et de garder là le firontière et
Mantes et Meulent^ pour les Navarois, Tout ensi fu
15 &it comme li dus ordonna. Si se parti messires Ber*
brans à tout ses Bretons et se mist sus les camps par
devers Vernon. En briefs jours^ envoia li dus de Nor*
mendie devers lui grans gens d'armes en pluiseurs
routes^ le conte d'Auçoirre^ le visconte de Byaumont,
20 l6 signeur de Biaugeu^ monsigneur Loeis de Chalon,
monsigneur l'Aroeprestre^ le mestre des arbalestriers
et pluiseurs bons chevaliers et escuiers. Encores es-
toient en ce temps issu de Gascongne et venu en
France^ pour servir le duch de Normendie, li sires
35 deLabrethy messires Âymenions de Pumiers, mes-
sires Petitons de Courton^ messires li soudis de I^es-
trade et pluiseur aultre appert chevalier et escuier :
0 de quoi li dis dus de Normendie leur savoit grant
gret, et leur donna tantos grans gages et grans pour-
30 fis, et leur pria que il volsissent aler et chevaucier
en Normendie contre ses ennemis. Li dessus nom-
met^ qui ne desiroient ne demandoient aultre cose
[1364] LIVRB PREMIER, g 512. 107
qae les armes ^ obéirent volentiers et se misent en
arroi et en ordenance et vuidièrent de Paris, et che-
vaucièrent devers Normendie, excepte le corps dou
signeur de Labreth. Cilz demora à Paris dalés le
duch, mes ses gens alèrent en celle chevaucie. 5
En ce temps, issî des frontières de Bretagne, des
basses marces devers Âlençon, uns chevaliers bretons
françois qui s'appelloit messires Braimons de Laval,
et vint sus une ajournée courir devant le cité d^&
vrues; si avoit en se compagnie bien quarante lances, 10
tous Bretons. Â ce donc estoit dedens Evrues uns
Jones chevaliers qui s'appelloit messires Guis de
Gauville. Sitost qu'il entendi l'effroi de chiaus d'£«
vrues, il se courut armer et fist armer tous les com^
pagnons saudoiiers qui laiens ou chastiel estoient, et 15
puis montèrent sus leurs chevaus et vuidièrent par
une porte desous le chastiel et se misent as camps.
Messires Braimons avoit ja fait se emprise et se
monstre et s'en retournoit tout le pas. Evous venu
monsigneur Gui de Gauville, monté sus fleur de 20
coursier, le tai^e au col et le glave ou poing, et e&-
crie tout en hault : « Braimon, Braimon, vous n'en
irés pas ensi, il vous fault parler à chiaus d'Evrues :
vous les estes venus veoîr de si priés qu'il vbus voe--
lent aprendre à cognoistre. » 25
Quant messires Braimons se oy escrier, si retourna
son coursier et abaissa son glave, et s'adreoa droite-
ment dessus moiisigneur Gui. Cil doi chevalier se con-
sievirent de grant ravine telement sus les targés, que
les glaves volèrent en tronçons ; mes il se tinrent si 30
francement que onques ne se partirent des arçons, et
passèrent oultre. Au retour qu'il fisent, il sacièren t leurs
108 GHRONIQUBS DE J. FROISSART. [i364]
espées^ ei'tantost s'entremellèrent leurs gens. De pre-
mières venues^ il en y eut tamaint reversé^ d'une part
et d'aultre. Là eut bon puigneis, et se acquittèrent
li Breton moult loyaument^ et se combattirent vas-
5 saument; mes finablement il ne peurent obtenir le
place, ançois les convint demorer, car gens crois-
soient toutdis sus yaus. Et furent tout mort ou pris;
onques nuls n'en escapa, et prist messires Guis de
Gauville monsigneur Braimon de Laval, et Teumena
10 comme son prisonnier dedens le chastiel d'Evrues,
[et ossi y furent menés tous les aultres qui pris es-
toient. Ensi eschei de ceste aventure, dont messires
Guis fu durement prisiés et amés dou roy de Navare
et de tous ceux de la ville d'Evrues **] .
15 § 513. Âuques en ce temps, retourna en France li
rois de Cipre qui revenôit d'Aquitainne, et s'en vint
droitement à Paris et se traist devers le régent le duc
de Normendie. Â ce donc estoient dalés lui si doi
frère, li dus d'Ango et messires Phelippes, qui puis fu
20 dus de Bourgongne, et attendoient le corps dou roy
leur père, que on raportoit d'Engleterre. Si leur aida
à complaindre li dis rois de Cipre leur duel, et il
meismes prist en grant desplaisance ceste mort dou
roy de France, pour le cause de ce que ses voiages
35 en estoit arriérés, et s'en vesli de noir. Or vint li
jours que li corps dou dit roy de France, qui estoit
embauàumés et mis en un sarcu, approça Paris, le-
quel corps messires Jehans d'Artois , li contes de
Dammartin et li grans prieus de France racondui-
1. Ms. B 4, fo 244 vo. — Ms. B 1, t. H, (^ 180 r^ (lacune).
[1364] LIVRE PREMIER, § 5i3. i09
soient. Si vuidièrent de Paris li dus de Nonnendie et
si frère et li rois de Cipre et la grigneur partie dou
clergiet de Paris, et alèrent tout à piet oultre Saint
Denis en France; et là fu il aportés et ensepelis en
§rant solennité. Et canta li arcevesques de Sens la 5
messe le jour de son obsèque.
Apriès le service fait et le disner qui fu moult grans
et moult nobles^ li signeur et li prélat retournèrent
tout à Paris. Si eurent parlement et conseil ensamble
à savoir comment il se maintenroient^ car li royau- 10
mes ne pooit longement estre sans roy. Si fu consil-
liet par Pavis des prelas et des nobles que on se trai-
roit devers le cité de Rains^ pour couronner à roy
monsigneur Charle, duch de Nonnendie. Lors fist
on appareillier moult grandes pourveances par tout 15
ensi que li nouviaus rois devoit aler, passer et de-
morer, et par especial en le cité de Rains. Si en es-
crisi cilz qui s'appelloit encores dus de Normendie
à son oncle, monsigneur Wincelart^ duc de Brat-
bant et de Lussembourc^ et ossi au conte de Flan- 20
dres, en priant que il volsissent estre à son couron-
nement. Et estoit li jours assignés au jour de le Tri-
nité proçain venant.
Entrues que ces besongnes, ces pourveances et cil
signeur s'ordonnoient, s'approçoient ossi li François et 25
li Navarois en Normendie. Et ja estoit venus en le cité
de Evrues li captaus de Beus, qui là faisoit son amas
et sen assamblée de gens d'armes et de compagnons
tout partout où il les pooit avoir. Si parlerons de lui
et de monsigneur Bertran de Claiekin, et d'une belle 30
journée de bataille qu'il eurent le joedi devant le
Trinité, que li dus de Normendie devoit estre cou-
iiO CHRONIQUES DK J. FROISSART. [136k]
ronnés et oonsacrés à roy de France^ ensi qu'il fii en
PegUse cathedral de Rains.
§ 514. Quant messires Jehans de Graili^ dis et
nommés captaus de Beus^ eut fait son amas et sek
5 assambiée^ en le cité de Evrues, de gens d'armes^
d'areiers et de brigans^ il ordonna ses besongnes et
laissa en le ditte cité chapitainne^ un chevalier qui
' s'appelloit messires Legiersd'Orgesi, et envoiaà Ron-
ces monsigneur Gui de Gauville^ pour faire frontière
10 sus le pays^et puis se parti de Eynies à tout ses gens
d'armes et ses arciers^ car il entendi que li lYançois
chevauçoient, mais il ne savoit quel part. Si se mist
as camps ^ en grant désir que d'yaus combatre; si
nombra ses gens et se trouva sept cens lances^ trois
15 cens arciers et bien cinq cens aultres hommes aida-
blés. Là estoient dalés lui pluiseur bon chevalier et
escuier, e^ par especial uns banerès dou royaume de
îîavare, qui s'appelloit li sires de Saus; et li plus
grans après et li plus apers et qui tenoit le plus
20 grande route de gens d'armes et d'arciers, c'estoît uns
chevaliers d'Engleterre, qui s'appelloit messires Je-
hans Jeuiel. Si y estoient messires Pierres de Saken-
villè^ messires Guillaumes de GauviUe^ messires
Bertrans dou Franc, le bascle de Maruel et pluiseur
25 aullre, tout en grant volenté d'encontrer monsigneur
Bertran et ses gens et dé combatre. Si tiroient à venir
devers Pasci et le Pont de FArce; car bien pensoient
que li François passeroient là le rivière de Sainne,
voîres se il ne l'avoient ja passé.
30 ' Or avint que, droitement le merkedi de le Pente-
coustCj si com li captaus et se route chevauçoient au
[Ide4] LIVAE PAïaUEA, $ 514; 111
dehors d'un bois^ il enoontrèrent d'aventure un hi-
raut qui s'appelloit le Roy Faucon, et estoit cilz au
matin partis de Tost des François. Si tretost que li
captaus de Beus le vei^ bien le recongneut et li fist
grant cière^ car il estoit hiraus au roy d'Engleterre^ 5
et K demanda dont il venoit et se il savoit* nulles nou-
Telles des François. « En nom Dieu^ monsigneur^
dist il, oid: je me parti hui matin d'yaus %t de leur
route^ et vous quièrent ossi et ont grant désir de
vous trouver. » — « Et quel part sont il ? ce dist li 10
captaus; sont il deçà le Pont de TArce ou delà? » —
a En nom Dieu^ dist Faucons^ sire, il ont passé le
Pont de FAroe et Yrenon, et. sont maintenant^ je
oroi, assés priés de Pasci. » — « Et quelz gens sont
il^ dist li captaus, et quelz capitainnes ont il? Di le 15
moi) je t'en pri, doulz Faucon. * — <c En nom Dieu,
sire, il sont bien mil et cinq cens combatans et tou-
tes bonnes gais d'armes. Si y sont messires Betran
de Claiekin, qui a le plus grant route de Bretons, li
contes d'Auçoirre, li viscontes de Byaumont, mes- so
sires Loeis de Ghalon, li sires de Biaugeu, monsi- .
gneur le mestre des arbalestriers, monsigneur l'Ar-
ceprestre, messires Oudars de Renti. Et si y sont
de Gascongne, vostre pays, les gens le signeur de
liabreth, messires Petiton de Ck>urton et messires 25
Perducas de Labreth; si y est messires Aymenions de
Pumiers et messires li soudis de Lestrade. »
Quant li captaus oy nommer les Gascons, si fu du-
rement esmerviUiés , et rougia tous de felonnie, et
replika sa parolle en disant : « Faucon, Faucon, es[t] 80
ce à bonne vérité oe que tu dis que cil chevalier de
Gascongne, que tu nonmxes, sont là, et les gens le
ii2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364J
signeur de Labreth? » — « Sire, dist li hiraus^ par
ma foi, oïl. » — « Et où est 11 sires de Labreth? dist li
captaus. » — « En nom Dieu, sire, respondi Fau-
eons, il est à Paris dalés le régent le duch de Nor-
5 mendie, qui s'appareille fort pour aler à Rains, car
on dist ensi partout communément que dimence qui
vient, il s'i fera sacrer et couronner. » Adonc mist li
captaus sa main à sa tieste, et dist ensi que par mau-
talent : « Par le cap saint Ântone, Gascon contre
10 Gascon s^esprouveront. n
Âdonc parla li Rois Faucons pour Prie, un hiraut
que li Arceprestres envoioit là, et dist au captai :
oc Monsigneur, assés priés de ci m'attent uns hiraus
françois que li Arceprestres envoie devers vous, li-
15 quels Arceprestres, à ce que j'entens par le hiraut,
parleroit à vous volentiers. » Dont respondi li cap-
taus et dist à Faucon : <r Faucon, dittes à ce hiraut
françois qu'il n*a que faire plus avant, et qu'il die à
PArceprestre que je ne voeil nul parlement à lui. »
80 Adonc s'avança messires Jehans Jeuiel, et dist : «Sire,
pourquoi ? Espoir est ce pour nostre proufit. » Dont
dist li captaus : « Jehan, Jehan, non est ; mes est li
Arceprestres si grans baretères, que, se il venoit jus-
ques à nous, en nous comptant gengles et bourdes,
25 il aviseroit et imagineroit nostre force et nos gens :
si nous poroit tourner à grant contraire. Si n'ai cure
de ses parlemens. » Adonc retourna li Rois Faucons
devers Prie son compagnon qui Fattendoit au coron
d'une haie, et escusa monsigneur le captai bien et
80 sagement, tant que li hiraus en fu tous contens,- et
raporta arrière à PArceprestre tout ce que Faucons li
avoit dit.
[1364] LIVRE PREMIER, § 545. 113
§ 515. Ensi eurent li François et li Navarois co-
gnissance li uns de l'autre^ par le raport des deux
hiraus; si se consillièrent et avisèrent sur ce et se
radrecièrent ensi que pour trouver Pun Tautre. Quant
li captaus eut oy dire à Faueon quel nombre de gens 5
d'armes li François estoient et qu'il estoient bien .
quinze cens, il envoia tantost certains messages en le
cité d'Evi*ues, devers le chapitainne^ en lui segnefiant
que il fesist vuidier et partir toutes manières de jones
compagnons armerés dont on se. pooit aidier^ et lo
traire devers Cocheriel; car il pensoit bien que là en
cel endroit trouveroit il les François^ et sans faute ^
quel part qu'il les trouvast^ il les combateroit. Quant
ces nouvelles vinrent en le cité d'Evi'ues à monsi-
gneur Legier d'Orgesi, il le fîst criier et publiier^ et 15
commanda estroitement que tout cil qui à ceval
estoient, incontinent se traissent devers le captai. Si
en partirent de recief plus de six vingt, tous jones
compagnons^ de le nation de le ville.
Ce merkedi, se loga à heure de nonne li captaus sus 20
une montagne 9 et ses gens tout environ; et li Fran-
çois qui les desiroient à trouver, chevaucièrent avant
et tant qu'il vinrent sus une rivière que on claime ou
pays Yton, et keurt autour devers Evrues et nest de
bien priés de Ronces ; si se logièrent ce merkedi tout
aisiement, à heure de relevée, ens uns biaus prés tout
dou lonch ceste rivière.
Le joedi au matin, se deslogièrent li Navarois, et
envoiièrent leurs coureurs devant, pour savoir se il
oroient nulles nouvelles des François; et li François 30
envoiièrent ossi les leurs, pour savoir se il oroient
nulles telles nouvelles des Navarois. Si en raportèrent
V! — B
114 CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1364]
oescans à se partie, en mains d'espasse que de deux
liewes^ cerlainnes nouvelles; et chevauçoient li Na-
varois^ ensi que Faucons les menoit, droit à Tadrèce,
le chemin qu'il estoit venus. Si vinrent environ heure
5 de prime sus les plains de Coceriel^ et veirent les
François devant yaus , qui ja ordonnoient leurs ba-
tailles, et y avoit grant fuison de banières et de pen-
nons^ et estoient par samblant plus tant et demi qu'il
ne fuissent. ^
10 Si se arrestèrent li dit Navarois tout quoi au dehors
d'un petit bos qui là siet^ et puis se traisent avant les
chapitainnes et se misent en ordenance. Première-
ment, il fîsent trois batailles bien et faiticement tout
à piet, et envoiièrent leurs chevaus^ leurs maies et
15 leui^ garçons en ce petit bois qui estoit dalés yaus^ et
establirent monsigneur Jehan Jeuiel en le première
bataille, et li ordonnèrent tous les Englès^ hommes
d'armes et arciers. La seconde eut li captaus, et
pooient estre en se bataille environ quatre cens com-
20 batans, uns c'autres. Si estoient dalés le captai li
sires de Sa us en Navare, uns jones chevaliers, et se
banière, et messires Guiilaumes de Gauville et mes-
sires Pierres de Sakenville. La tierce eurent troi
aultre chevalier, messires li bascles de Marueil, mes-
25 sires Bertrans dou Franc et messires Sanses Lopins,
et estoient ossi environ quatre cens armeures de fier.
Quant il eui^ent ordonné leurs batailles, «il ne s'es-
longièrent point trop lonchd'un de l'autre^ et prisent
l'avantage d'une montagne qui estoit à le droite
30 main entre le bois et yaus^ et se rengièrent tout de
front sus celle montagne par devant leurs ennemis.
Et misent encores, par grant avis, le pennon dou
[iat>4] LIVRE PJEl£Mi£R, § 516. M5
captai en un fort buisson espinerës, et ordonnèrent
là autour' soissante armeures de fier pour le garder
et deffendre. Et le fisent par manière d'estandart
pour yaus ralloiier, se par force d'armes il estoient
espars ; et ordonnèrent encores que point ne se de- 5
voient partir ne descendre de le montagne pour cose
qui avenist^ mès^ se on les voloit combatre^ on les
alast là querre.
§516. Tout ensi ordonné et rengié se tenoient
bavarois et Ënglès, d'un costé^ sus le montagne que lo
je TOUS di. Entrues ordonnoient li François leurs ba-
tailles, et en fisent trois et une arrière garde. La
première eut messires Bertrans de Claiekin à tout les
Bretons^ et fu ordonnés pour assambler à le bataille
dou captai. La seconde [eut li contes d'Auçoirre : si 15
estoient avecques lui gouverneurs de celle bataille'] li
viscontes de Byaumont et messires Bauduins d'Ane-
kins, mestres des arbalestriers, et eurent avoech yaus
les François^ les Normans et les Pikars^ monsigneur
Oudart de Renti^ monsigneur Engherant d'Uedin, 20
monsigneur Loeis de Haveskierkes et pluiseurs aultres
bons chevaliers et escuiers. La tierce eut li Arcepres-
tres et les Bourghegnons avoech lui^ moùsigneur
Loeis de Chalon^ le signeur de Biaugeu^ monsigneur
Jehan de Yiane, monsigneur Gui de Frelai^ monsi- 25
gneur Hughe de Yiane et pluiseiu^s aultres; et devoît
assambler ceste bataille au bascle de Marueil et à se
route. Et l'autre bataille qui estoit pour arrière garde,
1. Mf. A 8, F» 245 ^r^. '— Mm. B : « eurent H contes d'Ançoiire et
Il viscontes de BjaumonX et messires Bauduins d'Anekins. i Ms. B 1 ,
^183.
116 CHRONIQUES DE J. FR01S3ART. [1364]
estoit toute purainne de Gascons^ desquelz messires
Aymenions de Pumiers, messires li soudis de Les-
trade, messires Perducas de Labreth et messires Pe-
titon de Courton furent souverain et meneur.
5 Or eurent là cil chevalier gascon un grant avis; il
imaginèrent tantost Tordenance dou captai et com-
ment cil de son lés avoient mis et assis son pennon sus
un buisson, et le gardoient aucun des leurs, car il en
voloient faire leur estandart. Si disent ensi : « Il est de
10 nécessité que, quant nos batailles seront assamblées,
nous nos traions de fait et adreçons de grant volenté
droit au pennon le captai, et nous mettons en painne
dou conquerre; se nous le poons avoir, nostre en-
nemi en perderont moult de leur force et seront en
15 péril de estre desconfî. » Encores avisèrent cil dît
Gascon une aultre ordenance qui leur fu moult pour-
fitable et qui leur parfist leur journée.
S 517. Assés tost aprîès que li François eurent or-
données leurs batailles, li chief des signeurs se misent
20 ensamble et consillièrent [un grant temps ^] comment il
se maintenroient; car il veoient leurs ennemis gran-
dement sus leur avantage. Là disent li Gascon dessus
nommet une paroUe qui fu volentiers oye : « Sîgneur,
nous savons bien que ou captai a un ossi preu et seur
25 chevalier et conforté de ses besongnes que on trou-
veroit aujourd'ui en toutes terres, et tant comme il
sera sus le place et pora entendre au combatre, il
nous portera trop grant damage; si ordonnons que
nous mettons as chevaux, trente des nostres, tous
1. Ms. B d, fo 246 ▼<>. — Ms. fi 1, t. U, fb 183 (lacune).
[1364] LIVRE PREMIER, § 518. 117
des plus appers et plus hardis par avis^ et cil trente
n'entendent à aultre cose fors vaus adrecier devers
le captai. Et entrues que nous entenderons à con-
querre son pennon, il se metteront en painne, par
le force de leurs coursiers et de leurs bras, à desrom- 5
pre le priesse et de venir jusques au dit captai; et de
fait [il prenderont le captai *] et tourseront et Rem-
porteront entre yaus, et [menront *] à sauveté où que
soit, et ja n'i attenderont fin de bataille. Nous disons
ensi que, se il [puet*] estre pris ne retenus par celle 10
voie, la journée sera nostre, tant fort seront ses gens
esbahi de sa prise. »
Li chevalier de France et de Bretagne, qui là es-
toient, acordèrent ce conseil legierement et disent
que c'estoit uns bons avis et que ensi seroit fait. Si 15
triièrent et eslisirent tantost, entre leurs batailles,
trente hommes d'armes des plus hardis et plus en-
treprendans par avis, qui fuissent en leurs routes,
et furent monté cil trente cescun sus bons coursiers,
les plus legiers et plus rades qui fuissent sus le place, 20
et se traisent d'un lés sus les camps, avisé et enfour-
mé quel cose il dévoient faire, et li aultre demorèrent
tout à piet sus les camps en [leur*] ordenance, ensi
qu'il [dévoient *] estre.
§ 518. Quant cil signeur de France eurent ordonné 25
à leur avis leurs batailles, et que cescuns savoit quel
1. Ms. A 3, fo 246. — Ms. B 1, t. II, f« 183 vo : « il le prenderont. »
2. Ms. A 8. — Ms. B 1 : c remporteront. 9
3. M». B 4, f*> 246 v«. — Ms. B 1 : c iiocnt. »
4. Ms. B 4. — Ms. B 1 : «se. »
5. Ms. A 8, P» 246 ▼«. — Ms. B 1 : t le devoit. >
liH CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
cose il devoil &ire, il regardèrent entre yaus et pour-
parièrent longement quel cri pour le journée il crîe-
roient, et à laquèle banière [ou pennon •] il se retrai-
roient. Si fiirent grant temps sus un estât que de
5 criier :' <<* Nostre Dame ! Auçoirre 1 » et de faire pour
ce jour leur souverain dou conte d*Auçoirre. Mais li
dis contes ne s'i volt onques acorder^ ançois s'escusa
moult bellement^ en disant : a Signeur, grant mercis
de i'onneur que veus me portés et volés faire ; mais
10 tant comme à présent je ne voeil pas ceste , car je
sui encores trop jones pour encargier si grant fais et
tèle honneur, et s*est la première journée arrestée on
je fm onques : pour quoi vous prenderés un aultre de
moi. Ci sont pluiseur bon chevalier, monsigneur
15 Bertran [de Claquin'], monsigneur FArceprestre ,
monsigneur le Mestre', monsigneur Loeis de Chalon
monsigneur Aymenion de Pumiers, monsigneur Ou-
dart de Renti, qui ont esté en pluiseurs grosses be-
songnes et journées arrestées, et scèvent mieulz com-
20 ment télz besongnes se doivent gouvrener que je ne
face : si m'en déportés, et je vous en pri. »
Adonc regardèrent tout li chevalier qui là estolent
l'un l'autre, et li disent : « Contes d'Auçoirre, vous
estes li plus grans de mise, de terre et de linage qui
25 ci soit ; si poés bien et de droit estre nos chiés. » —
w Certes , signeur, respondi il , vous dittes vostre
courtoisie : je serai aujourd'ui vos compains, et
morrai et viverai et attenderai l'aventure dalés vous;
1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
2. M». B 3, f*» 259 ▼«. ^ Ms. B 1 (lacune).
3. Ms. A 17, f^ 311 : « Baudouin d'Annequins, » Baudouin d'An-
nequin c'tait maître des arbalétriers.
£1364] UVRE PREMIER, § 518* il9
mes de souverainneté n'i voeil je point avoir. » Adone
Tardèrent il l'un par l'autre lequel done il ordon-
neroieat. Si y fu avisés et regardés pour le milleur
chevalier de toute le place^ et qui plus s'estoit corn-
batus de le main et qui mieulz savoit ossi comment 5
telz coses se dévoient maintenir, messires Bertrans
de Claiekin. Si fu ordonné de commun acord que
on crieroit : « Nostre Dame ! Claiekin 1 » et que on
s'ordonneroit celle journée dou tout par le dit mon*
signeur Bertran. 10
Toutes ces coses faites et establies, et cescuns
sires desous se banière ou sen pennon, il regardoient
leurs ennemis qui estoient sus le tierne , et point ne
partoient de leur fort, car il ne l'a voient mies en
conseil ne en volenté : dont moult anoioit as Fran- 15
çois^ pour tant que [il les veoient grandement en
leur avantage^ et aussi que^] li solaus commençoit
hault à monter, qui leur estoit uns grans contraires;
car il faisoit malement chaut. Si le ressongnoient
tout li plus seur; car encor estoient il tout enjun et 90
n'avoient toursé ne porté vin ne vitaille avoech
yaus, qui riens leur vausîst, fors aucuns signeurs qui
avoient pelis flaconciaus plains de vin^ qui tantost
furent vuidiet. Et point ne s'estoient de ce pourveu ne
avisé dou matin, pour ce que il se cuidoient tantost 25
combatre que il seroient là venu et sans arrest. Et
non fisent^ ensi que il apparu; mes les detriièrent li
Englès et li Navarois par soutilleté ce qu'il peurent^
et fu plus de remontière ançois que il se mesissent
ensamble pour combatre. 30
1. Ms. B 4, f» 247. — Ms. B 1, t. II, f^ 184 (Uca»e).
iâO CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364]
Quant li signeur de France en veirent le couve-
nant, il se remisent ensamble par manière de con-
seil^ à savoir comment il se maintenroient et se on
les iroit combatre ou non. A ce conseil n'estoient il
5 mies bien d'acort j car li aucun voloient que on les
alast requerre et combatre, comment qu il fust, et
que c'estoit grans blasmes pour yaus^ quant tant y
mettoient. lA debatoient li aucun mieulz avisé ce
conseil, et disoient que^ se on les aloit combatre
10 ens ou parti où il estoient et ensi aresté sus leur
avantage, on se metteroit en très grant péril; car
des cinq il aroient les trois. Finablement, il ne pooient
estre d'acort que [de*] yaus aler combatre. Bien
veoient et consideroient li Navarois le manière d'yaus^
15 et disoient : « y[e]és les ci : il venront tantost à nous
pour nous combatre; il en sont en grant frefel et
grant volenté. »
Là avoit aucuns chevaliers et escuiers normans^ pri-
sonniers entre les Englès et Navarois, qui estoient re-
20 crus sus leurs fois; et les laissoient paisieulement lor
mestre aler et chevaucier^ pour tant qu'il ne se pooient
armer^ deviers les François. Se disoient cil as signeurs
de France : « Signeur^ avisés vous, car, se la journée
d'ui se départ sans bataille, nostre ennemi seront de-
25 main trop grandement reconforté; car on dist entre
yaus que messires Loeis de Navare y doit venir à bien
trois cens lances. » Siques ces paroUes enclinoient
grandement les chevaliers et les escuiers de France à
combatre y comment qu'il fust, les Navarois. Et en
30 furent tout appareillié et ahati par trois ou par quatre
1. Ms. B a. — Ms. B 1 (lacune.)
4364] LIVRE PREMIER, S ^^^' ^^^
fois; mes toutdis vaincoient li plus sage et disoient :
« Signeur^ attendons encores un petit et veons com-
ment il se maintenront; car il sont bien si grant et
si presumptueus que il nous désirent otant à com-
batre^ que nous faisons eulz. » 5
La en y avoit pluiseur durement foulés et malme-
nés, pour le grant caleur que il faisoit, car il estoit
sus l'eure de nonne; si avoient juné toute la ma-
tinée, et estoient armé et féru dou soleil parmi leurs
armeures qui estoient eseaufées. Si disoient bien cil : 10
et Se nous nos alons combatre ne lasser contre celle
montagne, ou parti où nous sommes, nous serons
perdu d^avantage; mes retreons nous meshui en
nostres logeis^ et de matin arons nous aultre con-
seil. M Ensi estoient il en diverses opinions. i&
§ 51 9. Quant li chevalier de France, qui ces gens
avoient sus leur honneur à conduire et à gouvi*ener,
veirent que li Navarois et li Englès d'une sorte ne
partiroient point de leur fort, et que il estoit [ja '] haute
nonne, et si ooient les paroUes que li prisonnier 20
françois qui venoient de Fost des Navarois, leur di-
soient^ et si veoient le grigneur partie de leurs gens
durement foulé et travilliet pour le chaut, si leur
tournoit à grant desplaisance. Si se remisent ensam-
ble et eurent aultre conseil, par l'avis de monsigneur 25
Bertran de Claiekin^ qui estoit leurs chiés et à qui il
obeissoient. « Signeur^ dist il, nous veons que nostre
ennemi nous detrient à combatre, et si en sont en
grant volenté, si com je l'espoir; mes point ne des-
1. Mi. B 4, P> 2M To. — Ms. B 1, t. n, P> 184 T« (lacune).
it2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
cenderont de leur fort^ se ce ne n'est par un parti
que je vous dirai. Nous ferons samblant de nous re-
traire et de non combatre mesiiui, ossi sont nos gens
durement foulé et travilliet pour le chaut; et ferons
5 tous nos variés^ nos harnois et nos chevaus passer
tout bellement et ordonneement outre ce pont et
l'aiguë et retraire à nos logeis, et toutdis nous ten*
rons sus èle et entre nos batailles en agait, pour veoir
comment il se maintenront. Se il nous désirent à
10 combatre, il descenderont de leur montagne et nous
yenront requeire tout au plain. Tantost que nous
yerons leur couvenanty se il le font ensi, nous serons
tout appareillié de retourner sus yaus, et ensi les
arons nous mieulz à nostre aise. » Cilz consaulz fu
15 arestés de tous^ et le tinrent pour le milleur entre yaus.
Adonc se retraist cescuns sires entre ses gens et des-
sous se banière ou son pennon^ ensi comme il deroit
estre^ et puis sonnèrent leurs trompètes et fisent
grant samblant d'yaulz retraire; et commandèrent
20 tout chevalier et escuier et gens d*armes^ leurs variés
et garçons à passer le pont et mettre oultre le rivière
leur harnas. Si en passèrent pluiseur en cel estât et
priés ensi que tout^ et depuis aucunes gens d'armes
iUintement.
S5 Quant messires Jebans Jeuiel^ qui estoit appers
chevaliers et vighereus durement et qui avoit gi*ant
désir des François combatre, perçut le manière com-
ment il se retraioienty si dist au captai : « Sire^ sire^
descendons apertement; ne veés vous le manière
30 comment li François s'enfuient ? » Dont respondi li
captaus et dist : a Messire Jehan ^ messire Jehan , ne
créés ja que si vaillant homme qu'il sont là^ s'enfuient
[1864] LIVRE PREMIER, $ S19. iS3
ensî; il ne le font fors par malisse et pour nous
attraire. » Âdonc s avança messires Jehans Jeuiaus^
qui moult engrans estoit de combatre^ et dist à ceulz
de sa route ^ et en escriant : «Saint Jorge I Passés
' avant I Qui m'aime, se me siewe : je m'en vois eom- 5
batre. » Dont se hasta il^ son glave en son poing, par
devant toutes les batailles^ et estoit ja avalés jus
de le montagne et une partie de ses gens, ançois
que li captaus se meuist. Quant messires li cap-
taus veit que c'estoit acertes et que Jehans Jeuiel lo
s'en aloit combatre sans lui^ se le tint à grant pre-
sumption, et dist à chiaus qui dalés lui estoient :
« Alons, alons, descendons la montagne apertement;
messires Jehans Jeuiaus ne se combatera point sans
mi. » Dont s'avancièrent toutes les gens dou captai^ 15
et ils premièrement, son glave en son poing.
Quant li François qui estoient en agait, les veirent
descendus et venus ou plain^ si furent tout resjoy et
disent entre yaus : « Veci che que nous demandions
hui tout le jour. >i Adonc retournèrent il tout à un fois, 20
en grant volenté de recueillier leurs ennemis^ et es-
<n*iièrent d'une vois : « Nostre Dame I Claiekin ! » Si
drecièrent leurs banières devers les Navarois, et com-
mencièrent les batailles à assambler de toutes pars^
et tout à piet. Ëvous monsigneur Jehan Jeuiel tout 25
devant, le glave ou poing, qui oorageusement vint
assambler à le bataille des Bretons, desquels messires
Bertrans estoit cbiés, et là fist tamainte grant apertise
d'armes, car il fu hardis chevaliers malement. Dont
s'espardirent ces batailles, cil chevalier et cil escuier 30
sus ces plains, et commencièrent à lancier, à fertr et à
fraper de toutes armeures, ensi que il les avoient à
i24 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
maîn^ et à entrer en l'un l'autre par vasselage^ et yaus
eombatre de grant volenté. Là crioient li Englès et li
Navarois d'un lés : « Saint Jorge 1 Navare ! i> et li
François : « Nostre Dame 1 Claiekin ! » Là furent moult
5 bon chevalier, dou costet des François : premièrement
messires Bertrans de Claiekin, li jones contes d'Au-
çoirre, li viscontes de Byaumont, messires Bauduins
d'AnekinSy messires Ix)eis de Chalon, li jones sires de
Biaugeu messires Anthones, qui là leva banière, mes-
10 sires Loeis de Haveskierke, messires Oudars de Renti,
messires Engherans d'Uedins; et d'autre part^ li Gas-
con, qui avoient leur bataille et qui se combatoient à
par yaus : premièrement messires Aymenions de Pu-
miersy messires Perducas de Labreth, messires li sou-
15 dis de Leslrade, messires Petiton de Courton et plui-
seur aultre, tout d'une sorte. Et s'adrecièrent cil
Gascon à le bataille dou captai et des Gascons : ossi
il avoient grant volenté d'yaus trouver. Là eut grant
hustin et dur puigneis, et fait tamainte grant aper-
20 tise d'armes.
Et pour ce que en armes on ne doit point mentir
à. son loyal pooir, on me poroit demander que li
Arceprestres , qui là estoit uns grans chapitains et
qui tenoit grant route, estoit devenus, pour ce que
25 je n'en faî nulle mention. Je vous en dirai le vé-
rité. Si tretost que li Arceprestres vei l'assamble-
ment de le bataille et que on se combateroit, il se
bouta hors des routes ; mais il dist à ses gens et à
celui qui portoit se banière : « Je vous ordonne et
30 commande, sur quanques vous poés fourfaire envers
moy^ que vous demorés et attendes fin de journée.
Je me pars sans retourner^ car je ne me puis hui
[i364] UYRE PREMIER, § 510. 125
combatre ne estre armés contre aucuns chevaliers
qui sont par delà; et^ se on vous demande de mi^ si
en respondés ensi à chiaus qui en parleront. » Adonc
se parti il, et uns siens escuiers tant seulement, et ra-
passa le rivière et laissa les aultres convenir. Onques 5
François ne Breton ne s'en donnèrent garde , pour
tant que il veoient ses gens et se banière jusques en
le fin de le besongne, et le cuidoient dalés yaus. Or
vous parlerons de le bataille, comment elle fu perse*
verée, et des grans apertises d'armes qui y furent fai- 10
tes celle journée, ensi que vous orés.
§ 520. Au commencement de le bataille, quant
messires Jehans Jeuiel fu descendus, et toutes gens le
sievirent dou plus priés qu'il peurent, et meismement
li captaus et se route, et cuidièrent avoir le journée 15
pour yaus; mes il en fu tout aultrement. Quant li
Navarois veirent que li François estoient retournet
par bonne ordenance, il conçurent tantost qu'il s' es-
toient fourfet. Nonpourquant, comme gens de grant
emprise, il ne s'esbahirent de riens, mes eurent bien 20
intention de tout recouvrer par bien combatre. Si
reculèrent un petit et se remisent ensamble, et puis
se ouvrirent et fisent voie à leurs arciers qui estoient
derrière yaus, pour traire. Quant li arcier furent de-
vant, si s'eslargirent et commencièrent à traire de 25
grant manière; mes li François estoient si fort armé
et si bien paveschié contre le tret, que onques il n'en
lurent grevé, se petit non, ne pour ce n'en laissièrent
il point à combatre, mes entrèrent, et tout à piet, eus es
Navarois et Englès, et cil entre eulz de grant volenté. 30
Là eut grant bouteis et lanceis des uns as aultres, et
126 CHRONIQUES DB J« FROISSART. [1364]
toUoient à l'un l'autre^ par force de bras et de lui-
tier^ leurs lances et leurs haces et les armeures dont
il se combatoient; et se prendoient et fiançoient pri-
sonniers li un l'autre^ et se approçoîent de si priés
5 que il se combatoient main à main si vaillamment
que nulles gens mieulz. Si poés bien croire que en
tel presse et en tel péril il en y avoît des mors et des
reversés grant fuison; car nulz ne s'espargnoit, d'un
costet ne d'aultre. Et vous di que li François n'a-
10 voient que faire de dormir ne de reposer sus leur
bride, car il avoient gens de grant fait et de hardie
emprise à le main : si couvenoit çascun acquitter
loyaument à son pooîr et deflFendre son corps, et
garder son pas et prendre son avantage, quant il ve-
15 noit à point; aultrement il euissient esté tout des-
confi. Si vous dî pour vérité que li Breton et li
Gascon y furent là très bonnes gens, et y fisent pluî-
seurs belles aperlîses d'armes.
Or vous voeil je compter des trente qui estoient
20 esleu pour yaus adrecier au captai, et {estoient*] trop
bien monté sus fleurs de coursiers. Chil qui n'enten-
doient à aultre cose que à leur emprise, si com cargîé
en estoient, s'en vinrent tout serré là où li captaus se
combatoit moult vaillamment d'une hace et donnoit
25 les cops si grans que nulz ne l'osoit approcier, et
rompirent le priesse par force de chevaus, et ossi
[parmi •] Payde des Gascons qui leur fisent voie. Cil
trente qui estoient trop bien monté, ensi que vous
savés, et qui sa voient quel cose il dévoient faire, ne
1. Ms. B 3, ï^ 261 vo. — Ms. B 1, t. U, f» 186 t© (lacune).
2. »b. B 4, fo 2W ▼«: — M». B 1 (lacune).
[i3&4] LIVRE PREMIER, $ ^t\. 127
veurent mies ressongnier le painne ne te péril ; mes
vinrent jusques au captai et Tenvironnèrent, et s'ar-
restèrent dou tout sur lui^ et le prisent et embraciè-
rent de fait entre yaus par force, et puis vuidièrent
le place et l'emportèrent en cel estât. Et en ce lieu 5
eut adonc grant abateis et dur puigneis, et se corn-
mencièrent toutes les batailles à converser de celle
part, car les gens dou captai , qui sambloient bien
foiu'sené, crioîent t « Rescousse au captai ! Rescousse I »
Nientnuiins, ce ne leur peut valoir ne aidier : li cap- 10
taus en fu portés et ravis en le manière que je
vous di, et mis à sauveté; de quoi^ en Feure que ce
avlnt, on ne savoit encores de vérité liquel en aroient
le milleur.
§ 521 . En ce toueil et en ce grant hustin et frois- 15
seis, et que Navarois et Englès entendoient à sievir le
trace dou captai qu'il en veoient mener [et porter *]
devant yaus^ dont il sambloient tout foursené^ mes-
sires Aymenions de Pumiers, messires Petilon de
Courton, messires li soudis de Lestrade et les gens le 20
signeurde Labreth, d'une sorte, entendirent de grant
volenté à yaus adrecier au pennon le captai qui estoit
en un buisson et dont li Navarois faisoient leur es-
tandart. Là eut grant hustin et dur et forte bataille,
car il estoit bien gardés et de bonnes gens, et par 25
especial messires li bascles de Marueil et messires
Joffrois de Rousseillon y estoient. Là eut fait tamainte
grant apertise d'armes, mainte prise et mainte res-
cousse, et maint homme blecié et navré et reversé
1. M». B 4. — M». B, 1, t. II, f» 187 T" (lacune).
128 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
par terre, qui onques depuis ne se relevèrent. Tou-
tesfois^ ii Navarois^ qui là estoient dalés ce buisson et
le pennon dou captai, furent ouvert et reculé par
force d'armes, et mors li bascles de Marueil et plui-
5 seur aultre, et pris messires Joffrois de Rousseillon et
fianchiës prisons de monsigneur Aymenion de Fu-
miers^ et tout li aultre qui là estoient, mort ou pris
ou reculé si avant qu'il n'en estoit là nulle nouvelle
entours le buisson, quant li pennons dou dit captai
10 fu pris et conquis et deschirés et rués par terre.
Entrues que li Gascon entendoien t à ce faire, li Pikart,
li François^ li Normant^ li Breton et li Bourghegnon
se combatoient 'd'autre part moult vaillamment. Et
bien leur besongnoit, car li Navarois les avoient re-
15 culés, et [estoit demourez ^] mort entre yaus, dou costé
des François, li viscontes de Byaumont, dont ce fu
damages; car il estoit à ce jour jones chevaliers et
bien tailliés de valloir encores grant cose. Si l'avoient
ses gens à grant meschief porté hors de le priesse
20 ensus de le bataille^ et là le gardoîent. Je vous di,
si com je oy depuis recorder ceulz qui y furent d'un
costé et d'autre, que on n'avoit point veu la pareille
bataille de celle, de otèle quantité de gens^ estre ossi
bien combatue comme celle lu; car il estoient tout à
25 piet et main à main. Si s'entrelaçoient li un dedens
l'autre, et s'esprouvoient au bien combatre de telz
armeures qu'il portoient; et par especial de ces haces
donnoient il si grans horions que tout s'estonnoient.
Là furent navré et durement blecié messires Petitons
30 de Courton et messires li soudis de Lestrade, et tele-
1. Ms. A 8, f" 249. — Ms8. £ : a estoient demoret. » MauvaUe leçon.
[1364] LIVRE PREMIER, § 521. 129
ment que depuis^ pour le journée, ne se peurent ai-
dîer. Messires Jehans Jeuiel, par qui la bataille com-
mença et qui de premiers moult vassaument avoit
assaillis et envaïs les François, y fist ce jour tamainte
grant apertise d'armes, et ne daigna onques reculer^ et 5
se embati si avant qu'il fu durement bleciés et navrés,
en pluiseurs lieus ou corps et ou cief,.et fu pris et
fîanciés prisons d'un escuier de Bretagne desous le
banière monsigneur Bertran de Claiekin : adonc fu il
portés hors de la presse. Li sires de Biaugeu, messi* 10
res Loeis de Chalon, les gens de l'Arceprestre, avoech
grant fuison de bons chevaliers et escuiers de Bour-
gongne , se combatoient d autre part moult vaillam-
ment et bien savoient à qui respondre; car une route
de Navarois et les gens à monsigneur Jehan Jeuiel 15
leur estoient au devant. Et vous di que li François
ne l'avoient point d'avantage, car il trouvoient dures
gens merveilleusement contre yaus. Messires Ber-
trans et si Breton se acquittèrent loyaument bien et
se tinrent tousjours ensamble, en aidant l'un l'au- 20
tre. Et ce qui desconfi les Navarois et Englès, ce
fu la prise du captai, qui fu pris très le commen-
cement, et le conques de son pennon, où ses gens
ne se peurent ralloiier. Li François obtinrent le
place, mes il leur cousla grandement des leurs; et y 25
furent mort, de leur costé, li viscontes de Byaumont,
si com vous avés oy, messires Bauduins d'Anekins,
mestres des arbalestriers, messires Loeis de Haves-
kierke et pluiseur aultre. Et des Navarois, mors uns
banerès de Navare qui s'appelloit li sires de Sans, et 30
grant fuison de ses gens dalés lui, et mors messires
U bascles de Marueil, uns apers chevaliers durement.
130 CHRONIQUES DE J. FROISSARÏ. [i364]
si com dessus est dît, et ossî morut ce jour prison-
niers messires Jehans Jeuîel. Si y furent pris messi-
res Guillaumes de Gau ville, messire Pierres de Sa-
kenville, messires Joffrois de Roussellon, messires
5 Bertrans dou Franch et pluiseur aultre : petit s^en
sauvèrent que tout ne fuissent ou mort ou pris
sus le place. Geste bataille fu en Normendie assés
pries de Coceriel, par un joedi, le [seizième*] jour
de may, l'an de grasce mil trois cens soissante
10 quatre.
§ 522. Apriès ceste desconfiture, et que tout li
mort estoient ja desvesti , et que eeseuns entendoit à
ses prisonniers, qui les avoit, ou à lui mettre à point,
qui bleciés estoit, et que ja la grignour partie des
15 François avoient rapasset le pont et le rivière et se
retraioient à leurs logeis , tout foulé et tout lassé, fu-
rent il en aventure d'avoir aucun meschief, dont il
ne se donnoient garde. Je vous dirai comment.
Messires Guis de Gauville, filz à monsigneur Guil-
20 laumé de Gauville, qui pris estoit sus le place, es-
toit partis de Ronces, une garnison navaroise ; car
il avoit entendu que leurs gens se dévoient combatre,
ensi qu^il fîsent; et durement s'estoit hastés pour
estre à celle journée, ou à tout le mains il esperoit
25 qne à l'endemain on se combateroit. Si voloit estre
dalés le captai, comment qu'il fust, et avoit en se
route environ cinquante lances de bons compagnons
et tous bien montés. Li dis messires Guis et se route
s'en vinrent tout, à brochant les grans eslais, jusques
1. M*. A 2. — MssfB : c qaatoriime. » M». B 1, t. II, f» 187 v©.
[1364] UVRË PREMIER, g 522. 131
en le place où la bataille avoit esté. Li François, qui
estoient derrière et qui nulle garde ne s*en donnoient
de celle sourvenue, sentirent la friente; si se re-
boutèrent tantost tous ensamble et s'en vinrent
contre les Navarois , en escriant : a Retournés 1 Re- 5
tournés ! Yeei les ennemis ! » De cel effroi furent
li pluiseur moult efiraé, et là fîst messires Aymenions
de Pumiers à leurs gens un grant confort : encores
estoit il, et toute se route^ sus le place. Sitos comme
il vei ces Navarois approcier, il se retrest sus dextre lo
et fist desvoleper son pennon, et lever et mettre tout
bault sus un buisson ^ par manière d'estandart, pour
ralloiier leurs gens.
Quant messires Guis de Gauviile, qui en haste
estoit adreciés sus le place, en vei le manière et re- 15
cognut le pennon monsigneur Aymenion de Pumiers,
et oy escrier : « Nostre Dame I Claiekin ! » et ne per-
çut nuUui de cbiaus qu'il demandoit , mes en veoit
grant fuison tous, mors gésir par terre, si cognent
tantost que leurs gens avoient estet desconfi, et li 20
François obtenu le place. Si fist tant seulement un
puigneis, sans faire nul samblant de combatre, et
passa ouUre assés priés de monsigneur Aymenion de
Pumiers qui estoit tous appareilliés de lui recueillier,
se il fust traist avant, et s'en râla son chemin ensi 20
comme il estoit venus : je croi bien que ce fu devers
le garnison de Conces.
Or parlerons nous des François comment il persé-
vérèrent. La journée, ensi que vous avés entendu,
fu pour yaus, et rapassèrent le soir oultre le rivière, 30
et se traisent à leurs logeis, et se aisièrent de ce qu'il
- eurent. Si fu li Arcéprestres durement demandés et
432 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
dépariés^ quant on se perçut qu'il n'avoit point estet
a e bataille et qu'il s'en estoit partis sans parler. Si
Tescusèrent ses gens au mieulz qu'il peurent. Et sachiés
que li trente, qui le captai ravirent et emportèrent,
5 ensi que vous avés oy, ne cessèrent onques de che-
vaucier, si l'eurent amené ou chastiel de Yrenon et
là dedens mis à sauveté. Quant ce vint à l'endemain,
il se deslogièrent et toursèrent tout, et chevauciè-
rent par devers Vrenon, pour venir en le cité de
10 Roem, et tant fisent qu'il y parvinrent. En le cité et
ou chastiel de Roem laissièrent il une partie de
leurs prisonniers , et s'en retournèrent li pluiseur à
Paris, tout liet et tout joiant, c'estoit raisons ; car il
avoient eu une moult belle journée pour yaus, et
15 moult pourfîtable pour le royaume de France. Car,
se li contraires fust avenus as François, messires li
captaus de Beus euist fait un grant escars en France;
car il avoit empris et en pourpos que de chevaucier
jusques à Rains, au devant dou duch de Normendie,
20 qui ja y estoit venus pour lui faire couronner et con-
sacrer, et la duçoise sa femme o lui ; mes Diex ne
le veult mies consentir : ce doit on moult bien es-
pérer.
§ 523. Ces nouvelles s'espardirent en pluiseurs
25 lieus, que li captaus estoit pris et toutes ses gens rués
jus. Si en acquist messires Bertrans de Claîekin grant
grasce et grant renommée de toutes manières de
gens ou royaume de France, et en fu ses noms moult
eslevés. Si vinrent les nouvelles jusques au duch de
30 Normendie qui estoit à Rains; si s'en resjoy grande-
ment et en loa Dieu pluiseurs fois. Si en fu sa cours
[1364] LIVRB PREMIER, g 523. 133
et toutes les cours des signeurs qui là estoient venu
à son couronnement^ plus liet et plus joiant.
Ce fu le jour de le Trinité Tan de grasce Nostre
Signeur mil trois cens soissante quatre que li rois
Charles, ainsnés fîlz dou roy Jehan de France, fu 5
couronnés et consacrés à roy en le grant église Nostre
Dame de Rains, et ensi madame la royne sa femme,
fille au duch Pière de Bourbon, de révèrent père en
Dieu monsigneur Jehan de Cran, arcevesque de
Rains. Là furent li rois Pières de Cippre, li dus lO
d'Ango, li dus de Bourgongne, messires Wincelaus
de Behagne, dus de Lussembourch et de Braibant,
oncles au dit roy, li contes d'Eu, li contes de Dam-
martin, li contes de Tankarville, li contes de Wedi-
mont, messires Robers d'Alençon, li arcevesques de 15
Sens, li arcevesques de Roem et tant de prelas et de
signeurs que je ne les aroie jamais tous nommés : si
m'en passerai brielînent. Si y furent adonc les festes
et les solennités grandes. Et demorèrent li rois de
France et la royne en le cité de Rains cinq jours. Si 20
y eut grans dons et grans presens donnés et pré-
sentés as signeurs estragniers, dont la plus grant
partie prisent là congiet au dit roy et retournèrent
en leurs lieus.
Si retourna li rois de France devers Paris à pe- 25
tites journées et à grans esbatemens, et grant fuison
de prelas et de signeurs avoecques lui, et toutdis li
fist li rois de Cippre compagnie. On ne vous poroit
mies dire ne recorder, en un jour d'esté , les solen-
nités ne les grans reviaus que on li fist en le cité de 30
Paris, quant il y entra. Si estoient ja revenu à Paris
la grigneur partie des signeurs et chevaliers qui
134 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
avoient esté à le besongne de Koeeriel. Si leur fist
li rois grant fiesle et les vei moult volentiers, et par
espeeial monsigneur Bertran de Claiekiu et les cheva-
• liers de Gascongne, monsigneur Aymenion de Pu-
6 miers et les autres, car li sires de Labreth avoit esté
à son couronnement.
§ 524. A le revenue dou roy de France à Paris, fu
pourveus et ravestîs dou duçainné de Bourgongne
messires Phelippes ses mainsnés frères. Et se parti de
10 Paris à grant gent et en ala prendre le saisine et pos-
session et Pommage des barons , chevaliers, cités,
chastiaus et bonnes villes de la ditte ducé. Quant li
dus de Bourgongne eut viseté tout son pays, il re-
tourna en France en grant solas, et ramena avoecques
15 lui son compère monsigneur l'Arceprestre, et le ra-
paisa au roy parmi bonnes escusances que li Arcepres-
très moustra au dit roy de ce que adonc, à le journée
de Coceriel, il ne se pooit armer contre le captaL Et
meismement li captaus, qui estoit adonc amenés à
20 Paris dalés le roy et qui avoit 'juret à là tenir prison,
et à le priière le signeur de Labreth et des Gascons li
avoit li dis rois eslargi celle grasce, aida le dît Arce-
prestre à escuser devers le roy et les chevaliers de
France qui parloient villainnement sus se partie. Et
25 ossi il avoit fait de nouviel aucuns biaus services au
roy de France et au duch de Bourgongne, car il
avoit en la ditte ducé de Boui^ongne ruet jus, au
dehors de Digon, bien quatre cens pillars, des quelz
Guios dou Pin, Tallebart Tallebardon, Jehan de Cau-
30 four et Thiebaut de Caufour estoient meneur et cha-
pitainne : pour quoi li rois descend i plus legiere-
[1364] LIYJEŒ PREMIER, $ 524. 135
ment à lui faire grasce et de pardonner son mauta-
lent.
Si fist li dis rois en ce temps coper le chief à
monsigneur Pière de Sakenville, en le cité de Roem,
pour tant qu'il avoit esté navaroisj et messires Guil- 5
laumes de Gauville n'en euist eu mies mains ^ se
n'euist esté messires Guis ses fi\z, qui segnefîa au roy
de France que, se on faisoit son père nulle griefté,
il le feroit samblablement à monsigneur Braimont de
Laval, un grant signeur de Bretagne, qu'il tenoit son ic
prisonnier ens ou chastiel d'Evrues. De quoi li lina-
ges dou chevalier, qui sentoient leur cousin en ce
péril, en parlèrent au roy et fîsent tant que par es-
cange il reurent monsigneur Braimont, et messires
Guillaumes de Gauville fu délivrés : ensi se portèrent 15
les pareçons. Si fu envoiiés li captaus, de Paris à
Miaus en Brie, et là tenoit prison, entrues que lî dus
de Bourgongne fist une clievaucie en Biausse dont je
vous parlerai. Mais ançois racquitta messires Bertrans
de Claiekin le chastiel de Roleboise , dont Wautre 20
Obstrate estoit chapitains ; mais anbois qu'il le volsîst
rendre, il en eut une grande somme de florins, ne
sçai cinq ou six mil frans, et puis s'en retourna ar-
rière en Braibant dont il estoit.
Encores se tenoient pluiseurs forterèces en Kaus, 25
en Normendie, ou Pierce, en Biausse et ailleurs qui
trop fort herioîent le royaume de France, li aucun
en l'ombre dou roy de Navare, et li aultre d'eulz
meismes, pour pillier et pour rober sus le royaume
à nul tîtle de raison. Si en desplaisoit grandement 30
au roy de France, car les complaintes en venoîent
tous le^ jours à lui : si y veult pourvèir de remède.
436 ŒRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
Et y envoia son frère le duc de Bourgongae^ et grant
fuison de bons chevaliers et escuiers en se compa-
gnie. Et fist li dis dus son mandement et son amas
de gens d'armes en le cité de Chartres. Si se partirent
5 de là) quant tout furent assamblé, et se traisent par
devers Machevanville, un moult fort chastiel que li
Navarois tenoient. Et pour constraindre mieulz à
leur aise le dit chastiel, il en fîsent mener et achariier
avoech eulz pluiseurs engiens de la cité de Chartres.
10 Si estoient en le compagnie dou duch de Bourgongne
messires Bertrans de Claiekin, messires Boucicaus^
mareschaus de France^ li contes d'Auçoirre^ messires
Loeis de Chalon, li sires de Biaugeu, messires Ayme-
nions de Pumiers, li sires de Rainneval, li Beghes de
15 Vellainnes, messires Nicoles de Ligne ^ mestrè des
arbalestriers pour le temps , messires Oudars de
Renti^ messires Engherans du Edins et pluiseur aul-
tre bon chevalier et escuier.
Si s'arroutèrent ces gens d'armes par devers Mar-
20 cerain ville ^ et estoient bien cinq mil combatans.
Quant il se veirent si grant fuison sus les camps ^
si eurent conseil que il se departiroient en trois
pars , pour plus tost constraindre leurs ennemis :
desquèles pars messires Bertrans de Claiekin en pren-
25 deroit jusques à mil combatans et s'en iroit par de-
vi'ers Constentin et sus les marces de Chierebourch,
pour garder là les frontières que li Navarois ne
fesissent nul damage au pays de Normendie. Si se
départi li dis messires Bertrans de le route dou
90 duch et enmena avoecques lui monsigneur Loeis de
Sanssoirre, le conte de Joni, monsigneur Ernoul
d'Audrehen et grant fuison de chevaliers et d'es-
[1364] LIVRE PREMIER, § 525. i37
cùiers de Bretagne et de Normendie. L^autre charge
eut desous lui messires Jehans de le Rivière et se
départi ossi de le route dou dueh, et en se com-
pagnie grant fuison de chevaliers et d'escuiers de
France et de Pikardie. Et entrèrent cil en le conté 5
d'Evrues et s*en vinrent seoir devant un chastiel que
on dist d'Akegni. Et li dus de Bourgongne et la plus
grosse route s*en vinrent devant Macerenville ; si le
assegièrent et environnèrent de tous poins. Et fisent
tantost drecier et ass[eo]ir les engiens par devant, lo
qui jettoient nuit et jour à le forterèce et durement le
constraindoient.
§ 525. Entrues que ces gens d'armes estoient ensi
en Biausse et en Normendie et que il guerrioient as-
prement et fortement les Navarois et les ennemis 15
dou royaume^ estoit [sur les marches d'Auviergne, à
tout bien trois mille combatans*], messires Loeis de
Navare^ frères mainnés au roy de Navare et ossi à
monsigneur Phelippe qui fu, car ja estoit il trespas*
ses de ce siècle^ liquels messires Loeis avoit encar* 20
giet le fais de le guerre pour le roy son frère^ et avoit
deffiiet le roy de France, pour t^nt que ceste guerre
touchoit au calenge de lor hiretage , si com enfour-
més estoit, et avoit rassamblés depuis le bataille de
Koceriel, et rassambloit encores tous les jours, gens 25
d'armes, là où il les pooit avoir. Si avoit tant fait
par moiiens et par chapitains de Ck)mpagnes , dont
encores avoit grant fuison ens ou royaume de
France, que il avoit bien douze cens' combatans en
1. Ms. d'Amiens. — Mss. B et A (lacune).
138 CHRONIQUES DB J. FRCHSSAAT. [1364]
se route. Et e&toient dalés lui messîres Robers Ca-
nolles^ messîres Robers Ceni, messîres Robers Bri-
kés et Carsuelle. Et estoient ces gens d'armes j qui
tous les jours croîssoîent, logîet entre le rivière de
s Loire et le rivière d'Allier, et avoient courut upe
grant partie dou pays de Bourbonnois environ Mou-
lins en Auvergne et Saint Pierre le Moustier et Saint
Poursain.
De ces gens d'armes que messîres Loeis de Navare
10 menoit, se parti une route dé compagnons^ envi-
rons quatre cens, desquels Bemars de la Salle et
Hortingo estoient conduiseur, et passèrent le Loire
au dehoi^s de Marcelii les Nonnaîns, et puis chevau-
cièrentj tant par nuit, car les jours il se tenoient ens
15 es bois sans yaus amoustrer, que sus un ajourne*
ment il vinrent à la Charité sus Loire, une grosse
ville et bien- fremée : si Teschiellèrent .sans nul estri
et se boutèrent dedens. Or aida adonc Diex trop
bien chiaus de le ville; car, se cil compagnon se
20 fuissent hasté, il euissent pris et eu hommes et femmes
et moult grant pillage en la Charité; mes riens n'en
lisent : je vous dirai pourquoi. A ce lés par où il
entrèrent en le ville de le Charité, a une grande
phàce entre le porte et le ville, où nuls ne demeure*
35 Si cuidièrçnt adonc li compagnon que les gens euis-
sent fait embusce en le ville et qu'il les attendesis-
sent : si n'osèrent aler avant jusques a tant qu'il fu
grans jour&. En ce terme se sauvèrent cil de la ville;
car, si tretos comme il sentirent leurs ennemis ensi
30 venus, il enportèrent à effort leurs milleurs coses ens
es batiaiiB qui estoient sus le rivière de Loire, et mi-
sent femmes et enfans tout à loisir, et. pi^is nagièrent
[1364] LIVRE PREMIER, § 596. 139
à sauveté derers la cité de NeVe»^ qui siet à cinq
liewes de là. Quant il fu grans jours^ b Navarois et
Englès et Gascon qui avoient eschiellé le ville^ se
traisent avant et trouvèrent les maisons toutes vuides.
Si eurent conseil que celle ville il tenroient et le for*» 5
tefieroîenty car elle lor seroît trop bien seans pour
courir deçà et delà le Loire. Si envoiièrent tantost
noncier tout leur fait à monsigneur Loeis de Navare
qui se tenoit en le marce d'Auvergne, comment U
avoieiit esploitié et qu'il tenoient le Charité sus Loire, ta
De ces nouvelles fu li dis messires Loeis tous joians^
et y envoia incontinent monsigneur Robert Briket
et Carsuelle, à bien trois cens armeures de fier. Cil
passèrent parmi le pays sans contredit^ et entrèrent
par le pont sus Loire en la Charité. Quant il se trou- 15
vêrent ensamble^ si fbrent plus fort, et commenoiè»
rént à guerrîier fortement et destroitement le dît
royaume, et couroient à leur aise et volenté par deçà
et delà le Loire, ne nulz ne leur aloit au devant, et
toutdis leur croissoient gens. Or vous parlerons dou 20
duch de Bourgongne et dou siège de IMÔsicerënville.
S 526. Tant sist U dis dus devant Macerainville et
le constraîndî et apressa, par assau^et par les engiens
qui jettoîent nuit et jour, que cil qui dedens estoient
se rendirent, salve leurs cofps et leurs biens; si s'en 25
partirent, et tantost lî dus en envoîa prendre le sai-
sine et le possession par ses mareschaas, monsigneur
Bôucîcau et monsigneur Tehail de Viane, mareschal
de Bourgongne. Et délivra li dus le chastiel à un es-
cuîèr de Biausse qui s'appellôlt Phelippofe de Chartres. 30
Cilz le prîst en garde et quarante» compagnons avoech
140 CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [1364]
li. Puis s'en parti li dus et toute li hos^ et s'en vin-
retit devant un aultre chastiei que on dist Chamero-
les. Si le assegièrent ces gens d'armes tout environ^
car il siet en plain pays ; et y fist on asseoir et dre-
.5 cier les engiens qui estoient amené de Chartres. Cil
engien estoient grant durement, et en y avoit quatre
qui moult constraindirent et travillièrent chiaus de
le forterèce.
Or vous parlerons ossi un petit de monsigneur
10 Jehan de le Rivière qui tenoit siège devant Akegni,
assés priés de Passi, en le conté d'Evrues, et avoit en
se route bien deux mil combatans, car il estoit si
bien dou roy qu'il voloit : se li faisoit on ses finan-
ces et ses délivrances à sa volenté. Ens ou chastiei
15 d'Akegni avoit Englès, Normans, François et Navarois,
qui là estoient retrait puis la bataille de Coceriel. Et
se tinrent et deffendirent cil le chastiei moult bien,
et ne les pooit on mies bien avoir à sen aise, car il
estoient bien pourveu d'artillerie et de vivres : pour
20 quoi il se tinrent plus longement. Toutes fois finable-
ment il furent si mené et si apressé qu'il se rendirent,
salves leurs vies et leurs biens, et se partirent et se
retraisent dedens Cherebourch. Si prist messires Je-
hans de la Rivière la saisine dou dit chastiei d'Akegni
25 et le rafreschi de nouvelles gens, et puis se desloga et
parti et toutes ses hos, et se traisent par devant la
ville et la cité d'Evrues. Si estoient avoecques lui et
^ de se carge messires Hues de Chasteillon , li sires de
Kauni, messires Mahieus de Roie, li sires de Montsaut,
30 li sires de Helli, li sires de Cresekes,li sires de Saintpi,
messires Oudars de Renti, messires Engherans du
Edins et pluiseur bon chevalier et escuier de France.
[1364] LIVRE PREMIER, § 527. iki
Par dedens la cité d'Evrues estoient^ pour le garder,
messires Guillaumes de Gauville et messires Legiers
d'Orgesi qui trop bien en songnièrent. Si avoient il
souvent l'assaut^ mes il estoient si bien sus leur garde
quHl n'en faisoient compte. 5
§ 527. Entrues que messires Jehans dp le Rivière
et li dessus dit baron et chevalier de France seoient
devant la cité d'Evrues, li dus de Bourgongne apressa
si chiaus de Chamerolles qu'il ne peurent plus durer
et se rendirent simplement en le volenté dou duch. lo
Si furent pris à merci tout li saudoiier estragnier^
mes aucun pillars de le nation de France qui là s'es-
toient bouté furent tout mort. Là vinrent en Tost li
bourgois de Chartres et priièrent au duch de Bour-
gongne qu'il leur volsist donner, pour le salaire de 15
leurs engiens, le chastiel de Chamerolles qui moult
les avoit heriiés et çuvriiés dou temps passé. Li dus
leur acorda et donna en don à faire ent leur volenté.
Tantost cil de Chartres misent ouvriers en oevre, et
abatirent et rasèrent tout par terre le dit chastiel : on- 20
ques n'i laissièrent pierre sur aultre.
Âdonc se desloga li dis dus et passa oultre, et s'en
vint devant un autre chastiel que on dist Drue[s], qui
siet ou plain de le Biausse, et le tenoient pillart. Si
le conquisent li François par force , et furent tout 25
mort cil qui dedens estoient. Puis passèrent oultre et
s'en alèrent devant un aultre fort que on dist Preus :
si le assegièrent et environnèrent de tous costés, et y
livrèrent tamaint assaut ^ ançois que le peuissent
avoir. Finablement, cil de Preus se rendirent^ salve 30
leurs corps, mais aultre cose il n en portèrent : en-
1
j
i4S CHRONIQUES DE J. FROISSAKT. [i364]
cores eouvint il demorer eu le prison dou dit dueb^
en sa volenté^ tous chiaus qui François estoient. Si
fist li dus de Bourgongne par ses mareschaus prendre
le saisine dou ehastiel de Preus^ et puis le donna à
6 un chevalier de Biausse que on appelloit messire
Pierre dou Bois Ruffin. Cilz le fist remparer et prde-
ner bien et à point, et le garda toutdis depuis bien et
souflissamment.
Âpriès ces coses faites^ li dus de Bourgongne et
10 une partie de ses gens s'en vinrent raifrescir en le cité
de Chartres. Quant il eurent là esta cinq jours, , il
s'en partirent et se traisent par devant le ehastiel de
Couvai, et le assegièrent de tous poins. Ceste garni-
son de Couvai avoit fait moult de destourbiers ens
15 ou pays d'environ : pour tant se prendoit li dus de
Bourgongne plus priés comment il le peuist avoir, et
bien disoit qu'il ne s'en partiroit, si les aroit à sa vo-
lenté, et avoit fait drecier par (Rêvant jusques à six
grans engiens qui jettoient ouniement à le forterèce
20 et moult le traviUoient. Quant cil de Couvai, veirent
que il estoient si apressé, si commencièrent à trettier,
et se fuissent volentiers rendu, salve leurs corps et
leurs biens; mais li dus n'i voloit entendre, se il ne
se rendoient simplement : ce que il n euissent jamais
25 fait, car U savoient bien qu'il estoient tout mort d'a-
vantage.
Ëntrues que cil siège , ces prises , cil assaut et ces
chevaucies se faisoient en Biausse et en Normendie,
couroient d'autre part messires Loeis de Navare et
30 ses gens en le Basse Auvergne et en Berri, et y te-
noient les camps, et y honnissoient et apovrissoient
durement le pays^ ne nulz n'aloit au devant. Et ossi
[4364] LIVRB PREMIER, § 527. i43
chil de le Charité Êiisoient autour d'yaus che qu'il
voloient; dont les complaintes en venoient tous
les jours au roy de France. D'autre part, li contes
de Montbliar avoecques aucuns alliiés d'Alemagne
" estoient entré en la ducé de Bourgongne par devers 5
Besençon, et y honnissoient ossi tout le pays : pour
quoi li rois de France eut conseil qu'il briseroit tous
ces sièges de Biausse et de Normendie, et envoieroit *
le duch de Boui^ongne son frère en son pays; car
bien y besongnoit. Si le manda incontinent qu^il des- 10
fesist son siège et se retraisist devers Paris , car il le
couvenoit aler d'autre part, et se li segnefia dere-
ment Fafaire ensi qu'il aloit.
V' Quant li dus oy ces nouvelles, si fu tous pen-
sieuSy tant pour son pays que on 11 ardoit^ que 15
pour ce qu'il avoit parlé si avant dou siège de Cou-
vai, qu'il ne s'en partiroit si les aroit à sa volenté.
Si remoustra ce à son conseil, et trouva que, ou cas
que li rois le remandoit, qui là l'avôit envoiiet, il
s'en pooit bien partir sans fourfet, mais on n'en 20
fist nul samblanl à chiaus de Couvai. Si leur fu de-
mandé des mareschaus se il se voloient rendre sim-
plement. Ils respondirent que nennii, mes volentiers
se renderoient, salve leurs corps et leurs biens.
Finablement , li dus vei que partir le couvenoit : si 25
les laissa passer parmi ce trettié, et rendirent le chas-
tiel de Couvai au dit duch, et s'en partirent, si com
chi dessus est dit. Si en prîst li dus de Boui^ongne
- le saisine et le possession et puis le délivra à un es-
cuier de Biausse qui s'appelloit Phelippes d'Arcies. 80
Chil2 le rempara bien et biel et le repourvei et ra-
freschi de tous bons compagnons.
i44 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364]
Ce fait, li dus de Bourgongne et ses gens d'annes
s'en revinrent à Chartres. St recarga li dus le plus grant
partie de ses gens au eonte d'Auçoûre et au maresehal
Boucicau et à monsigneur Loeis de Sansoirre. Si se
5 parti et en mena avoecques lui monsigneur Loeis de
Chalon^ le signeur de Biaugeu^ monsigneur Jehan de
Viane et tous les Bourghignons. Et chevaucièrent
tant qu'il revinrent à Paris. Si passèrent oultre les
gens d'armes^ sans point d'arrest^ en alant devers
10 Bourgongne. Mes li dus s'en vint devers le roy son
frère, qui se tenoit à Vaus la Contesse en Brie, et là
fu il un jour tant seulement dalés lui et puis s'en
parti. Si esploita tant qu'il vint à Troies en Campa-
gne^ et puis passa oultre et prist le chemin de Len-
15 grès, et partout mandoit gens efibreiement.
Et ja s'estoient cueilliet et pourveu li Bourghegnon
grandement et mis en frontière contre les ennemis.
Et là estoit li Archeprestres, sires de Chastielvillain, li
sires de Vregi, li sires de Grantsi, li sires de Sombre-
20 non^ li sires de Rougemont, et uns moult riches et haulz
gentilz homs qui s'appelloit Jehans de Bourgongne,
li sires d'Epoises, messires Hughes de Viane, li sires
de Trichastiel et proprement li evesques de Lengres.
Si furent encores li baron et li chevalier de Bourgon-
25 gne moult resjoï, quant leurs sires fu venus. Si che-
vaucièrent contre leurs ennemis, de quoi on disoit
bien que il estoient* quinze cens lances, mais il n'osè-
rent attendre^ sitost que il sentirent la venue dou dit
duch et de ses gens. Si se retraisent arrière oultre le
30 Rin; mais li Bourghegnon ne se faindirent mies d'en-
trer en le conté de Montbliar et en ardirent une
grant partie.
i364] LIVRE PREMIER, § 528. i4K
§ 528. Entrues que ceste chevaucie se fist en
Bourgongne, eavoia li rois de France monsigneur
Moriel de Tiennes son eonnestable et ses deux ma-
reschaus^ monsigneur Boucicau et monsigneur Mou-
ton de BlainviUe, et grant fuison de chevaliers et es- 5
cuiers, par devant la Charité sus Loire, liquel y misent
le siège, si tost comme il y furent venu, et le asse-
gièrent d'un costé bien et fortement. Si aloient li
compagnon^ pour leurs corps avancier, pries que tous
les jours escarmucier à chiaus de dedens. Là y avoit 10
des apertises d'armes faites pluiseurs. Et y tinrent le
siège li dis connestables et li doi mareschal de France,
sans point partir jusques adonc que li dus de Bour-
gongne et la plus grant partie de ses gens, qui avoient
chevaucie avoecques lui en le conté de Montbliar, 15
furent tout revenu en France devers le roy et le trou-
vèrent à Paris.
Sitost que li dus de Bourgongne fu là revenus, li
dis rois l'envoia à plus de mil lances devant la
Charité. Ensi fu U sièges renforciés. Et se fist chiés 90
de toutes ces gens d'armes li dus de Bourgongne.
Et estoient bien li François à siège par devant la
Charité plus de trois mil lances, chevaliers et es-
cuiers. De quoi li pluiseur se aloient souvent en-
venturer et escarmucier à chiaus de le garnison. Si S5
en y avoit des navrés des uns et des aultres. Et là
furent fait chevalier et levèrent banière, à une sallie
que chil de le Charité lisent hors, messires Robers
d'Alençon, filz au conte d'Âlençon qui demora à
Creci, et messires Loeis d'Auçoirre, filz au conte 30
d'Auçoirre et frères au conte d'Auçoirre qui là estoit
presens. Si furent durement li compagnon de le
▼I — 10
146 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [f364]
Charité apressé^ et se fuissent volentiers parti par
composition se il peuissent; mes li dos de Boorgon-
gne n'i voloit entendre, se il ne se rendoient sim-
plement.
5 En ce temps ^ estoit sus le marce d'Auvergne ,
messires Loeis de Navare qui destmisoit et ardoit
ossi là à ce lés tout le pays^ et assambloit et prioit
gens de tous eostés pour venir secourir ses gens de
le Charité; car volentiers ewist levé le siège^ et avoit
10 bien deux mil combatans. Et avoit li dis messires
Loeis de Navare envoiiet en Bretagne devers mon<-
signeur Robert CanoUe et monsigneur Gautier Huet
et monsigneur Mahieu de Goumay et aucuns cheva-
liers et escuiers qui là estoient dalés le conte de
15 Montfort, en priant que il se volsissent prendre priés
de lui venir servir^ et que sans Êiute il iroit com-
batre les François qui gisoient assés esparsement de-
vant la Charité. Chil chevalier d'Engleterre i desi-
roient moult à aler; mès^ en ce temps ^ seoit 11 dis
20 contes de Montfort devant le fort chastiel d'Auroy
en Bretagne, que li rois Artus fist jadis fonder^ et
avoit juré qu'il ne s'en partiroit si Taroit pris et con-
quis à sa volenté. Avoech tout ce, il entendoit que
messires Charles de Blois estoit en France et pour-
25 cacfaoit devers le roi de France à avoir gens d'armes
pour venir lever le siège et yaus combatre. Si np
laissoit mies volentiers ces chevaliers et escuiers d'En-
gleterre partir de lui^ car il ne savoit quel besongne
il en aroit; mes en mandoit et en prioit tous les
30 jours là où il en pensoit à avoir et à recouvrer^ tant
en Engleterre comme en la ducé d'Aquitainne
[1364] LIVRE PREMIER, § Sl9. 147
< § 529. On voet bien dire et maintenir que cil qui
estoient en garnison en le Charité sus Loire^ euissent
eu fort temps; car li dus de Bourgongne^ qui tenoit
par devant toute la fleiu* de le chevalerie de France,
les avoit ja durement apressés et tolut le rivière^ que 5
nulles pourveances ne leur pooient venir. Si en es-
toient li compagnon durement esbahi; car messires
Loeis de Navare^ où leur espérance de reconfort
gisoity estoit retrès et s'en raloit en Normendie devers
Chierebourch, par l'ordenance et avis dou roy son lo
frère. Mes che que messires Charles de Blois estoit
pour le temps dalés le roy de Franche son cousin^ et
li remoustroit pluiseurs voies de raison où li rois se
sentoit grandement tenus de lui aidier contre le conte
de Montfort^ et Êiire le voloit^ si en chei trop bien à 15
chiaus de le Charité sus Loire ; car^ ensi que je vous
ay dit comment il estoient apressé, li rois de France^
pour deffîdre ce siège ^ afin que messires Charles de
Blois euist plus de gens d'armes, manda au duch de
Bourgongne son frère^ que il presist chiaus de le SO
Charité en trettié et les laiast passer^ parmi tant qu il
rendesissent le forterèoe et qu'il jurassent ossi solen-
nelment que^ dedens trois ans, pour le fait dou roy
de Navare ne s'armeroient.
Quant li dus vei le mandement dou roy son fi^re, S5
si fist remoustrer par ses maresehaus as chapitainnes
de le Charité , le trettié par où il pooient venir et
descendre à acord. Cil de le Charité^ qui se veoient
en bien periUeus parti, y entendirent volentiers, et
jurèrent solennelment à yaus non armer contre le 30
royaume de France , le terme de trois ans. pour le
fait dou roy de Navare. Parmi tant, on les laissa pai*
148 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
sieulement partir; mais il n'enportèrent riens dou
leur, et s'en alèrent la plus grant partie tout à piet,
et passèrent parmi le royaume de France, sus le
conduit dou duc de Bourgongne. Ensi reconquisent
5 li François le ville de la Charité sus Loire , et y re-
vinrent cil [et. celles'] de le nation qui vuidié en es-
toient et ailleurs aie demorer; et se deffist li sièges,
et retourna li dus de Bourgongne arrière en France,
et en remena tous ses Bourghegnons, dont il avoit
10 grant plenté.
Or vous parlerons de monsigneur Charlon de
Blois, comment il persévéra, et d'une grant assam-
blée dé gens d'armes qu'il mist sus et amena en Bre-
tagne, et de monsigneur Jehan de Montfort, comment
15 il se pourvei ossi à l'encontre.
§ 530. Li rois de France acorda à son cousin, mon-
signeur Charle de Blois, que il euist de son royaume
jusques à mil lances, et escrisi à monsigneur Bertran
de Claiekin, qui estoit en Normendie, que il s'en
20 alast.en Bretagne pour aidier et conforter monsigneur
Charle de Blois contre monsigneur Jehan de Mont-
fort. De ces nouvelles fu li dis messires Bertrans
moult resjoïs, car il avoit toutdis tenu le dit monsi-
gneur Charle pour son naturel signeur. Si se parti
25 de Normendie à tout che que il avoit de Bretons et
chevauça devers Tours en Tourainne pour aler en
Bretagne. Et messires Boucicaus, mareschaus de
France, s'en vint en Normendie en son lieu tenir le
frontière. Tant esploita li dis messires Bertrans et
1. Ms. B 4, îo 253 v«. — Ms. B 1, t. H, f» 193 t« (lacune).
[1364] LIVRE PREMIER, § 530. 449
se route que il vint à Nantes en Bretagne, et là
trouva le dit monsigneur Charle et madame sa famé
qui le rechurent liement et doucement, et lî sceu-
rent très grant gré de ce qu'il estoit ensi venus. Et
eurent là parlement ensamble, comment il se main- 5
tenroient; car ossî y estoient lî grigneur partie- des
barons de Bretagne, et avoient tout pourpos et affec-
tion de aidier monsigneur Charle, et le tenoient
tout à duc et à signeur. Et pour venir lever le siège
de devant Auroy et combatre monsigneur Jehan de 10
Montfort, ne demorèrent Ions jours que grant baron-
nie et chevalerie de France et de Normendie vinrent,
li contes d'Auçoirre, li contes de Joni, li sires de
Friauville, lî sires de Prie, li Bèghes de Vellainnes et
pluîseur bon chevalier et escuier, tout d'une sorte 15
et droite gens d*armes.
Ces nouvelles vinrent à monsigneur Jehan de Mont-
fort qui tenoit son siège devant Auroy, que messires
Charles de Blois faisoit grant amas de gens d'ai*mes, et
que grant fuison de signeurs de France li estoient venu 20
et venoient encores tous les jours, avoecques Tayde
et confort qu'il avoit encores des barons, chevaliers et
escuiers de la ducé de Bretagne. Sitost que messires
Jehans de Montfort entendi ces nouvelles, il le se-
gnefîa fîablement en la ducé d'Aquitainne as cheva- 25
liers et escuiers d'Engleterre qui là se tenoient, et
especialment à monsigneur Jehan Chandos, en lui
priant chierement que à che grant. besoing il le vol-
sist venir conforter et consillier, et que il apparoit
en Bretagne uns biaus fais d'armes, auquel tout si- 30
gneur, chevalier et escuier, pour leur honneur avan-
chier, dévoient volentiers entendre. Quant messires
150 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1304]
Jehans Chandos se vei priiés si affectueusement dou
conte de Montfort^ si en parla à son signeur le prince
de Galles^ à savoir que bon en estoit à faire. Li prin*
ces li respondi qu'il y pooit bien aler sans nul fourfet;
5 car ja faisoient li François partie contre le dit conte
en l'ocquison de monsigneur Gharle de Blois, et qu'il
l'en donnoit bon congiet.
De ces nouvelles fu li dis messires Jehans Chandos
moult liés^ et se pourvei bien et grandement et pria
10 pluiseurs chevaliers et escuiers de la ducé d'Acqui-
tainnes; mes trop petit en alèrent avoecques lui, se il
n'estoient Englès. Toutesfois il enmena bien deux
cens lances et otant d'arciers, et chevauça tant parmi
Poîto et Saintonge^ qu'il entra en Bretagne et vînt au
15 siège devant Auroy. Et là trouva il le conte de Mont-
fort qui le recheut liement et grandement, et fu moult
resjoïs de sa venue : ossi furent proprement messires
Oliviers de Cliçon^ messires Robers CanoUes et li aultre
compagnon; et leur sambloit proprement et generau-
so ment que nulz maulz ne leur pooit avenue puisqu'il
avoient monsigneur Jehan Chandos en leur compa-
gnie. Si passèrent le mer [hastivement *] d'Engleterre
en Bretagne pluiseur chevalier et escuier qui desî-
roient leurs corps à avancier et yaus combattre as
S5 François, et vinrent par devant Auroy, en l'ayde dou
conte de Montfort, qui tout les rechut à grant joie.
Si estoient bien Englès et Breton^ quant il furent
tout assamblé, seize cens combatans^ chevaliers et
escuiers et gens d'armes^ et environ huit cens ou
30 neuf cens arciers.
1. Ms. B ,{0 254. ^ M«. B 1, t. II, P> m r» (lacune).
[1364] LIVRE PREMIER, § 531. 151
§ 531 • Nous revenrons à monsigneur Charle de
Blois qui se tenoit en la bonne cité de Nantes et là
Êiisoit son amas et son mandement de chevaliers et
escuiers de toutes pars, là où il en pensoit à recou-
vrer par priière, car bien estoit enfourmës^. que li 5
contes de Montfort estoit durement fors et bien re-
confortés d^Englès. Si prioit les barons^ les che-
valiers et les escuiers de Bretagne^ dont il avoit
eus et recheus les hommages, que il li vosissent ai-
dier à garder et à deffendre son hyretage contre ses lO
ennemis» Si vinrent des barons de Bretagne, pour lui
servir et à son mandement^ li viscontes de Hohem^ li
sires de Lyon, messires Charles de Dignant^ li sires
de Rays, li sires de Rieus, li sires de Tournemine, li
sires d'Ansenis, li sires de Malatrait, li sires de Kin- 15
tin, li sires d'Avaugor, li sires de Rocefort, li sires de
Gargoulé, li sires de Lohiac, li sires dou Pont et
moult d'aultres que je ne puis mies tous nommer. Si
se logièrent cil signeur et leurs gens en le cité de
Nantes et ens es villages d'environ. Quant il furent 20
tout assamblé, on les esma à vingt cinq cens lances
parmi chiaus qui estoient venu de France. Si ne veu-
rent point ces gens d'armes là faire trop lontain sé-
jour, mais consillièrent à monsigneur Charle de Blois
de chevaucier par devers les ennemis. 25
Au département et au congiet prendre, madame la
femme à monsigneur Charle de Blois dist à son mari,
présent monsigneur Bertran de Claiekin et aucuns
barons de Bretagne : ccMonsigneur, vous en aies def-
fendre et garder mon hiretage et le vostre, car ce qui 30
est mien est vostre, lequel messires Jehans de Mont-
fort nous empeece et a empeechiet un grant temps à
j
152 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
tort et sans cause : ce set Dieus et li baron de Breta-
gne qui chi sont comment j'en sui droite hiretière.
Si vous pri chierement que, sus nulle ordenance ne
composition ne trettié d'acort ne voeilliés descendre
5 que li cdrps de la ducë ne nous demeure. » Et ses ma-
ris li eut en couvent. Adonc se parti, et se partirent
tout li baron et li signeur qui là estoient , et prisent
congiet à leur dame qu'il tenoient pour duçoise. Si
se aroutèrent et acheminèrent ces gens d'armes et
10 ces hos par devers Rennes et tant esploitièrent qu'il
y parvinrent. Si se logièrent dedens la cité de Rennes
et environ et s'i reposèrent et rafreschirent, pour
aprendre et mieulz entendre dou couvenant de leurs
ennemis.
15 § 532. Entre Rennes et Auroy, là où messires Je-
hans de Montfort seoit, a huit liewes de pays. Si
vinrent ces nouvelles au dit siège que messires Char-
les de Blois approçoit durement et avoit la plus belle
gent d'armes, les mieulz ordenés et armés que on
20 euist onques mes veus issir de France. De ces nou-
velles furent li plus des Englès qui là estoient, qui
desiroient à combatre, tout joiant. Si commencièrent
cil compagnon à mettre leurs armeures à point et à
refourbir leurs lances, leurs daghes, leurs haces, leurs
25 plates, haubregonsy hyaumes, bachinés, visières, es-
pées et toutes manières de harnas, car bien pen-
soient qu'il en aroient mestier et qu'il se combate-
roient. Adonc se traisent en conseil les chapitainnes
^ de l'hosty li contes de Montfort premièrement, mes-
30 sires Jehans Chandos, par lequel conseil en partie il
voloit user, messires Robers CanoUes, messages Us-
[1364] LIVRE PREMIER, § 532. 153
tasses d'Aubrecicourt^ messires Hues de Cavrelée^
messires Gautîers Hués^ messires Mahieus de Gour-
nay et li aultre. Si regardèrent et considérèrent cil
baron et cil chevalier, par le conseil de Tun et de
Pautre et par grant avis, qu'il se retraîroient au ma-^ 5
tin hors de leurs logeis, et prenderoient terre et place
sus les camps y et là aviseroient de tous assens, pour
mieus avoir ent le cognissance. Si fu ensi nonciet et
segnefiiet parmi leur host que cescuns fust à l'ende-
fnain appareilliés et mis en arroi et en ordenance de 10
bataille y ensi que pour tantost combatre. Geste nuit
passa : l'endemain vint, qui fu par un samedi, que li
Englès et Breton d'une sorte issirent hors de leurs
logeis et s'erf vinrent moult faiticement et ordenee-
ment ensus dou dit chastiei d'Âuroy, et prisent place 15
et terre et distrent et afiremèrent entre yaus que là
attenderoient il leurs ennemis.
Droitement ensi que entours heure de prime j
messires Charles de Blois et toute sen host vinrent,
qui s'éstoient parti le venredi apriès boire de la cité 20
de Rennes, et avoient celle nuit jeu à trois petites
liewes priés d'[Auroy]. Et estoient les gens à monst-
gneur Charlon de Blois le mieus ordené et le plus
faiticement et mis en milleur convenant que on
peuist veoir ne deviser. Et chevauçoient si serré que 25
on ne peuist jetter un estuef que il ne cheist sus
pointe de glave, tant les portoient il proprement roi-
des et contremont. De yaus veoir et regarder propre-
ment , li Englès gens d'onneur y prendoient grant
plaisance. Si se arrestèrent li François, sans yaUs des- 30
royer, devant leurs ennemis, et prisent terre entre
grans bruières; et fu commandé de par leur mares*
i$4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
chai que nulz n alast avant sans commandement ne
fesist course, jouste ne empainte. Si se arrestèrent
toutes gens d'armes^ et se misent en arroi et en bon
couvenant ensi que pour tantos combatre^ car il
5 n'esperoient aultre cose et en avoient grant désir.
§ 533. Messlres Charles de Blois^ par le conseil
de monsigneur Bertran de Ciaiekin, qui estoit là ans
grans chiés et moult creus et aloses des barons de
Bretagne^ ordonna ses batailles, et en fîst trois et
10 une arrière garde. Et me samble que messires Ber-
trans eut le première, avoecques grant fuison de bons
chevaliers et escuiers de Bretagne. La seconde eurent
li contes d'Auçoirre et li contes de Joni, avoecques
grant fuison de bons chevaliers et escuiers de France.
15 Et la tierce eut et la grigneur partie messires Charles
de Bloisy et en sa compagnie pluiseurs haus barons de
Bretagne. Et estoient dalés lui li viscontes de Rohem,
li sires de Lyon, li sires d?Avaugor, messires Charles
de Dignant, li sires d'Ansenis, li sires de Malatrait et
20 pluiseur aultre. En l'arrière garde estoient li sires de
Rais, li sires de Rieus, li sires de Tournemine, li sires
dou Pont et moult d'aultres bons chevaliers et es-
cuiei^, et avoit en çascune de ces batailles bien mil
combatans. lit aloit messires Charles de Blois de ba-
25 taille en bataille amonester et priier çascun moult
bellement et doucement, qu'il volstssent estre loyal
et preudomme et bon combatant; et retenoit sus
s'ame et sa part de paradys, que ce seroit sus son
bon et juste droit que on se combateroit. Là K
30 avoient tout en couvent li un par l'autre que si bieki
s'en acquitteroient qu'il leur en saroit gré. Or vous
[i364] LIVRE PREMIER, g ^34. i5S
parlerons dou couvenant des Englès et des Bretons
de Fautre costé, et comment il ordoimèrent leurs ba-
tailles.
§ 534* Messires Jehans Chandos^ qui estoit chapi-
tains et souverains regars dessus yaus tous^ quoique 5
li contes de Montfort en fust chiés^ car li rois d'En-
gleterre li avoit ensi escript et ossi mandé que sou-
verainnement et especialment il entendestst as be-
songnés de son fil^ que bien tenoit pour fil^ car i)
avoit eu sa fille par Cause de mariage^ estoit devant 10
aucuns barons et chevaliers de Bretagne qui se te^
noient dalés monsigneur Jehan de Montfort^ et avoit
bien imaginé et considéré le couvenant des François^
lequel en soi meismes il prisoit dur^nent et ne s'en
peut taire. Si dist : « Se Diex m'ayt^ il appert hui 15
que toute fleur d'onneur et de chevalerie est par
delà, avoecques grant sens et bonne ordenance« )» Et
puis dist tout en haut as chevaliers qui oïr le peu-
rent : « Signeur^ il est heure que nous ordenons
nos batailles^ car nostre ennemi nous en donnent so
exemple. » Cil qui Poirent, respondirent : < Sire,
vous dittes veritë, et vos estes ckî nos mestres
et nos consilliers : si en ordenés à rostre entente >
car dessus vous n'i ara point de regart, et si sa-
vés mieuls tous seuls comment tel cose se doit main- 35
tenir que nous ne faisons entre nous aultres. »
Là fîst lidis messires Jehans Qiandos trois batailles
et une aiTÎère garde, et mist en la première monsigneur
Robert Canolle, monsigneur Gautier Huet et monsi-
gneur Richart Burlé; en la seconde^ monsigneur 30
Olivier de Qiçon, monsigneur Eustasse de Aubreci-
ir)6 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364]
court et monsigneur Mahieu de Gournây. La tierce
il ordonna au conte de Montfort, et demora dalés
lui; et avoit en çascune bataille cinq cens hommes
d'armes et trois cens arcîers. Quant ce vint sus le
5 arrière garde, il appella monsigneur Hue de Cavrelée
et li dist ensi : « Messire Hue, vous ferës l'arrière
garde et ares cinq cens combatans desous vous en
vo route, et vous tenrés sus èle, et ne vous mouverés
de vostre pas, pour cose qui aviegne, se vous ne veés
10 le besongne que nos batailles branlent ou ouvrent par
aucune aventure; et là où vous les verés branler ou
ouvrir, vous vos trairésetles reconforterés et rafreschi-
rés : vous ne poés faire aujourd'ui milleur esploit. »
Quant messires Hues de Cavrelée entendi monsigneur
15 Jehan Chandos, si fu tous honteus et moult courou-
ciés. Si dist : « Sire, sire, bailliés vostre arrière garde
à un aultre qu'à moy, car je ne m'en quier ja enson-
niier, » Et puis dist encor^s ensi : « Chiers sires, en
quel manière ne^estat m'avés vous desveu que je ne
20 soie ossi bien tailliés de moy combatre tout devant
et des premiers c'uns aultresV » Dont respondi messi-
res Jehans Chandos moult aviseement et dist ensi :
« Messire Hue, messire Hue, je ne vous establis mies
en l'arrière garde pour cose que vous ne soiiés uns
25 des bons chevaliers de nostre compagnie. Et sçai
bien et de vérité que très volentiers vous combate-
riés des premiers; mais je vous y ordonne pour tant
que vous estes uns sages et avisés chevaliers, et se
convient que li uns y soit et le face. Si vous pri chic-
30 rement que vous le voelliés faire. El je vous ai en
couvent que, se vous le faites, nous en vaurrons
mieulz, et vous meismes y acquerrés haulte honneur.
[1364] LIVRE PREMIER, S ^35. 157
Et plus avant je vous prommeth que toute la pre-
mière requeste dont vous me prières je le feray et y
descenderai. »
Nientmains, pour toutes ces paroUes^ li dis messi-
res Hues ne s'i voloit acorder et tenoit et aSremoit 5
ce pour son grant blasme^ et prioit pour Dieu et à
jointes mains que on y mesîst un aultre^ car brief-
ment il se voloit combatre tous des premiers. De ces
paroUes et responses estoit messires Jehans Chandos
si courouciés que priés sur le point de larmiier; si 10
dist encores moult doucement : « Messire Hue, ou il
fault que vous le faciès ou je le face. Or regardés le-
quel il vault mieulz. » Adonc s'avisa li dis messires
Hues et fu à ceste darrainne parolle tous confus, si -
dist : a Certes, sire, je sçai bien que vous ne me 15
requeriés de nulle cose qui tournast à men deshon-
neur, et je le ferai volentiers puisqu'ensi est. » Adonc
prist messires Hues de Cavrelée ceste bataille qui
s'appelloit arrière garde, et se trest sus les camps ar-
rière des autres sus èle, et se mist en bonne orde- 20
nance.
§ 535. Ensi, ce samedi, au matin, qui fu le huitime
jour dou mois de octembre l'an mil trois cens sois-
sante quatre, furent ces batailles ordenées les unes
devant les aultres ens uns biaus plains, assés priés 25
d'Auroi en Bretagne. Si vous di que c'estoit moult
belle cose à veoir et à considérer, car on y veoit ba-
nières, pennons parés et armoiiés de tous costés
moult richement. Et par especial li François estoient
si souflissamment et si faiticement que c'estoit uns 3o
grans déduis dou regarder.
iM GHROIVIQUES DE J. FROISSART. [1364]
Or VOUS di que, entrues qu'il ordonnoient et avi-
soient leurs batailles et leurs besongnes, H sires de
Biaumanoir, uns grans barons et riches de Bretagne,
aloit de l'un à l'autre, traittiant et pourparlant de la
6 pais ; car volentiers l'i euist veu, pour les périls es-
kiewer, et s'en ensonnioît de bonne manière, et le
laissoient li Englès et li Breton de Montfort aler et
venir et parlementer à monsigneur Jehan Chandos
et au conte de Montfort, pour tant qu'il estoit, par
10 foy fiancie, prisonniers par devers yaus, et ne se
pooit armer. Si mist ce dit samedi maint pourpos et
tamainte pareçon [avant*], pour venir à pais; mais nulle
ne s'en list, et detria la besongne, toutdis alant de
l'un à l'autre, jusques à nonne; et par son sens il im-
15 petra des deux parties un certain respît pour le jour et
le nuit ensievant jusques à l'endemain à soleil levant*
Si se retraist çascuns en son logeis ce samedi, et se
aisièrent de ce qu'il eurent :il avoient assés de quoi.
Ce samedi au soir^ issi li chastelains d'Auroi de sa
20 garnison, pour tant que li respis couroit de toutes par-
ties, et s'en vint paisieulement en l'ost de monsigneur
Charle de Blois, son mestre, qui le rechut liement. [Si
appelloit on le dit escuier Henry de Sauternelle^ appert
homme d'armes durement, et enmena*] en se com-
25 pagnie quarante lanches de bons compagnons, tous
armés et bien montés, qui li avoient aidiet à garder
la forterèce. Quant messires Charles de Blois vei son
chastelain, se li demanda tout en riant de l'estat dou
chastiel. a En nom Dieu^ dist li dis chastelains, mon-
1. Ms. B 4, fo 256. — Ms. B 1, t. II, fo 197 ilacime)
2. M». B k, f» 256 — Ms. B 1, t. II, f« 197 (lacune).
[1364] LIVRE PREMIER, S ^^^' ^^^
signeur, Dieu merci^ si sommes encores bien pourveu
pour le tenir deux mois ou trois^ se il se besongne. »
— « Hem*iy Henri^ respondi messires Charles, demain
dou jour serés vous délivrés de tous poins, ou par
acort de pais ou par bataille. » *-* « Sire^ oe dist 11 es- 5
cuiers^ Diex y ait part !» — « Far ma Soy^ Henri, dist
messires Charles, qui reprist encores la parolle, par
la grasce de Dieu^ j'ai en ma compagnie jusques à
▼ingt cinq cens hommes d'armes, de ossi bonne es-
toffe et [ossi*] appareilliés d'yaus acquitter, qu'il en 10
y ait nulz ou royaume de France. » •— « Monsigneur^
respondi li escuiers, c'est uns grans avantages : si en
devés loer Dieu et regraoiier grandement^ et ossi
monsigneur Bertran de Claiekin et les barons de
France et de Bretagne, qui vous sont venu servir si 15
courtoisement. i>
Ensi se esbatoit de paroltes li dis messires Charles
de Blois à ce Henri, et dont à l'un et puis à l'autre,
et passèrent ses gens celle nuitie moult aisiement.
Ce soir fu priiés moult affectueusement messires ao
Jehans Chandos d aucuns Ënglès, chevaliers et es«*
cuters, qu'il ne se vosist mies assentir à la pais de
leur signeur et de monsigneur Charle de Blois^ car il
avoient tout aleuet et despendu: si estoient povre. Si
voloient par bataille ou tout parperdre ou recouvrer. »
Et messires Jéhans Chandos leur eut en couvent.
§ 536. Quant ce vint le dimenœ au matin, cescuns
en son host se apparilta, vesti et arma. Si dist on
pluiseurs messes en Tost monsigneur Charle de Blois,
1. Ms. B 3, f> 369 t^. — BIss. B 1 et B4 (bcunt^
i60 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
et se acumenia qui acumeniier se veult. Et ossi fisent
il en tel manière en Tost dou conte de Montfort. Un
petit apriès soleil levant, se retraist cescuns en se
bataille et en son arroi^ ensi qu'il avoient esté le jour
5 devant.
Assés tost apriès^ revint li sires de Biaumanoir,
qui portoit les trettiés et qui volentiers les euist
acordés^ se il peuist. Et s'en vint premiers^ à che-
vauçant, devers monsigneur Jehan Chandos, qui issi
10 de se bataille si tretost comme il le vei, et laissa le
-conte de Montfort dalés qui il estoit, et s'en vint sus
les camps parler à lui. Quant li sires de Biaumanoir
le \eiy si le salua moult haultement et li dist : a Mes-
sire Jehan, msssire Jehan ^ je vous pri, pour Dieu,
15 que nous mettons ces deux signeurs à acord; car ce
seroit trop grans pités, se tant de bonnes gens comme
il y a ci, se combatoient pour leurs oppinions aidier
à soustenir. »
Âdonc respondi messires Jehans Chandos tout au
so contraire des paroUes qu'il avoit mis avant le nuit
devant, et dist : « Sire de Biaumanoir, je vous prî,
ne chevauciés meshui plus avant; car nos gens dient
que, se il vous poeent enclore entre yaus, il vous
occiront. Avoech tout ce, dites à monsigneur Charle
26 de Blois, que, [comment qu'il en aviengne*], mes-
sires Jehans de Montfort se voet combatre et issir de
tous trettiés de pais et d'acort, et dist [ensi que au-
jourd'ui*] il demorra dus de Bretagne par bataille, ou
il morra en le painne; » Quant li sires de Biaumanoir
1. Ms. A 8, f° 257. — Mss. B (lacune).
2. Ms. B k, fo 256 v«. •— M». B 1, t. U, £« 197 (lacune).
[1364] LIVRE PREMIER, S ^^36. 461
entendi mpnsigneur Jehan Chandos ensi parler, si
s'enfelleni et fu moult courouciés^ et dist : <c Chandos^
Chandos^ ce n'est mies li intention de monsigneur
qu'il n'ait plus grant désir de combatre que messires
Jehans de Montfort^ et ossi ont toutes nos gens. » A 5
ces parolles il se parti , sans plus riens dii'è, et re-
tourna devers monsigneur Charle de Blois et les ba-
rons de Bretagne qui l'attendoient.
D'autre part, messires Jehans Chandos se retraist
devers le conte de Montfort qui li demanda : a Com- 10
ment va la besongne? que dist nostre adversaire? »
— « Qu'il dist? respondi messires Jehans Chandos.
Il vous mande par le signeur de Biaumanoir^ qui
tantost se part de ci, qu'il se voet combatre^ com-
ment qu'il soit^ et demorra dus de Bretagne^ 15
ou il mourra en le painne. » Et tèle response fist
adonc messires Jehans Chandos pour encoragier,
plus encores qu'il ne fust, son dit signeur le conte
de Montfort. Et fu la fins de la paroUe monsigneur
Jehad Chandos qu'il dist : « Or regardés que vous en 20
volés faire^ se vous vos volés combatre ou non. » —
« Par monsigneur saint Jorge, dist messires Jehans
de Montfort^ oïl; et Diex voeiUe aidier le droit:
faites avant passer nos banières et nos arciers. » Et
il si fisent. 25
Or vous dirai dou signeur de Biaumanoir qui
dist à monsigneur Charle de Blois : a Sire, sire, par
monsigneur saint Yve, je ay oy la plus grosse pa-
roUe de monsigneur Jehan Chandos, que je oïsse,
grant temps a; car il dist que li contes de Montfort 30
demorra dus de Bretagne et vous moustera aujour-
•d'ui que vous n'i avés nul droit. » De ceste paroUe
VI — i 1
162 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
mua couleur messires diarles de Blois^ et respondi :
c Dou droit soit hui en Dieu qui le scet, et ossi font
li baron de Bretagne. » Adonc fist il avant passer
banières et gens d'armes^ ou nom de Dieu et de
5 saint Tve*
§ 537. Un petit devant heure de prime, se appro-
cièrent les batailles^ de quoi ce fu très belle cose à
regarder, si com je l'oy dire chiaus qui y furent et qui
veu les avoient, car li François estoient ossi serré et
10 ossi joint que on ne peuist mies jetter une pomme
que elle ne cheist sus un bachinet ou sus une lance.
Et portoit cescuns homs d armes son glave droit de
vaut lui, retaillé à le mesure de cinq pies, et une bace
forte, dure et bien acérée, à courtes mances , à son
15 costé ou sus son col. Et s'en yenoient ensi tout bel-
lement le pas, cescuns sires en son arroi et entre ses
gens, et sa banière ou son pennon devant lui, avises
de ce qu'il devoit faire. Et d'autre part ossi, li En-
glès estoient très faiticement et très bien ordonné.
20 Si se assamblèrent premièrement la bataille monsi-
gneur Berlran de Claiekin et li Breton de son lés, à le
bataille monsigneur Robert CanoUe et monsigneur
Gautier Iluet, Et misent li signeur de Bretagne, cil
qui estoient d'un lés et de l'autre, les banières des
25 deux signeurs qui s'appelloient dus, l'un contre l'au-
tre, et les aultres batailles se assamblèrent ensi par
grant ordenance Tun contre l'autre. Tjà eut de pre-
miers encontres grans bouteis et esteceîs de lances et
fort estour et dur. Bien est vérités que li arcier traii-
30 rent de commencement; mes leurs très ne greva
noient as François, car il estoient trop bien armet et
£1364] UVRB PRBtilER, S ^^7. 163
fort, et ossi bien paveschiet contre le tret. Si jettèrent
cil arcier leurs ars jus, qui estoient fort compagnon,
able et legier, et se boutèrent entre les gens d'armes
de leur costé^ [et puis s'en vinrent à ces Franchois qui
portoient ces haces. Si se aherdirent à iaulx de grant 5
volenté*], et tollirent de commencement aspluiseurs
leurs haces^ de quoi il se combatîrent depuis bien et
faiticement. Là eut fait tamaintes . grans apertises
d'armes, mainte luitte, mainte prise et mainte res-
cousse; et sachiés qui estoit cheus à terre^ c'estoit 10
fort dou relever, se il n'estoit trop bien secourus.
La bataille monsigneur Charle de Blois s'adreça droi-
tement à le bataille monsigneur Jehan de Montfort^
qui estoit forte et espesse. £n se compagnie et en se
bataille estoient li viscontes de Rohem, li sires de 15
Lyon, messires Charles de Dignant, li sires de Kin-
tin, li sires d*Ânsenis et li sires de Rocefort, et ces-
cuns sires se banière devapt lui. Là eut, je vous di,
dure bataille, et grosse et bien combatue, et furent
cil de Montfort de commencement durement rebouté. 20
Mes messires Hues de Cavrelée, qui estoit sus èle et
qui avoit une belle bataille et de bonnes gens, venoit
à cel endroit où il veoit ses gens branler^ ouvrir ou
desclore, et les reboutoit et mettoit sus par force
d'armes. Et ceste ordenance leur valli trop grande* 25
ment; car sitos qu'il avoit les foulés remis sus^ et il
veoit une aultre bataille ouvrir ou branler, il se
traioit celle part et les reconfortoit par tèle manière
comme il est dit devant.
. 1. M», B ï, (' 257. — Ms. B 1, t. If, fo 193 v» (lacune}
164 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
§ 538. D*autre part, se combatoient messires Oli-
viers de Cliçon, messires Ëustasses ^'Aubrecicourt^
messires Richars Burlé^ messires Jehans Boursiers^
messires Mahieus de Gournay et pluiseur aultre bon
5 chevalier et escuier, à le bataille dou conte d'Au-
çoirre et dou conte de Joni, qui estoit moult grande
et moult grosse et moult bien estoffée de bonnes
gens d'armes. Là eut fait ossi mainte belle apertise
d'armes, mainte prise et mainte rescousse. Là se
10 combatoient François et Bretons, d'un lés, moult vail-
lamment et très kardiement des haces qu'il portoient
et qu'il tenoient.
Là fu messires Charles de Blois durement bons
chevaliers et qui vaillamment et hardiement se com-
15 bâti et assambla à ses ennemis de grant volenté.
Et ossi y fu bons chevaliers ses aversaires li contes
de Montfort : cescuns y entendoit ensi que pour li.
Là estoit li dessus dis messires Jehans Chandos, qui
y faisoit trop grant fuison d'armes; car il f u à son
20 temps fors chevaliers et hardis durement et resson-
gniés de ses ennemis, et en bataille sages et avisés et
plains de grant ordenance. Si consilloit le conte de
Montfort ce qu'il pooit et le adreçoit à entendre, à
reconforter ses gens et li disoit : « Faites ensi et ensi,
25 et traiiés vous de ceste part et d'autre. » Li jones
contes de Montfort le creoit et ouvroit volentiers
par son conseil.
D'autre part, messires Bertrans de Claiekin, li sires
de Tournemine, li sires d'Avaugor, li sires de Rais,
30 li sires de Rieus, li sires de Lohiac, li sires de Gar-
goulé, li sires de Malatrait, li sires dou Pont et li
sires de Prie et tamaint bon chevalier et escuier de
[4364] LIVRE PREMIER, § 538. 4 60
Bretagne et de Normendie, qui là estoient dou costé
monsigneur Charlon de Bloîs, se combatoient moult
vaillamment, et y fisent mainte belle apertise d'ar-
mes, et tant se combatirent que toutes ces batailles
se recueillièrent ensamble, excepté li arrière garde 5
des Englès, dont messires Hues de Cavrelée estoit
chiés et souverains. Geste bataille se tenoit toutdis
sus èle, et ne s'ensonnioit d'autre cose fors de ra-
drecîer et mettre en conroy les leurs qui branloient
ou qui se desconfisoient. 10
Entre les autres chevaliers englès et bretons, mes-
sires Oliviers de Cliçon y fu bien veus et avisés qu'il
y fist merveilles d'armes de son corps, et tenoit une
hace dont il ouvroit et rompoit ces presses, et ne
Tosoit nuls approcier. Et se embati, tèle fois fu, si 15
avant qu'il fu en grant péril, et y eut moult à faire de
son corps en le bataille dou conte d'Auçoirre et dou
conte de Joni. Et trouva durement fort encontre sur
lui, tant que d'un cop d'une hace il fu férus en tra-,
vers, qui li abati le visière de son bacinet, et li en- 20
tra li pointe de le hace en l'ueil, et l'en eut depuis
crevet ; mais pour ce ne demora mies que il ne fust
encores très bons chevaliers. Là se recouvroient ba-
tailles et banières, qui une heure estoient tout au
bas, et tantost par bien combatre se remettoient sus, 25
tant d'un lés comme de l'autre.
Entre les aultres chevaliers, fu messires Jehans Chan-
dos très bons chevaliers, et vaillamment s'i combati,
et tenoit une hace dont il donnoit les horions si grans
que nulz ne l'osoit approcier; car il estoit grans che- 30
valiers et fors et bien fourmes de tous membres. Si
s'en vint combatre à le bataille le conte d'Auçoirre et
i66 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364]
des François, et là eut fait mainte belle apertise d^ar-
mes. Et par force de bien combatre il rompirent et
reboutèrent ceste bataille bien avant ^ et le misent à
tel meschief que briefment elle fu desconfîte^ et toutes
5 les banières et li pennon de eeste bataille jettes par
terre, rompus et deschirés^ et li sîgneur mis et con-
tourné en grant meschief; car il n'estoient aîdië ne
conforté de nul costé^ mais estoient leurs gens tous
ensonniiés d'yaus deOendre et entendre au combatre.
10 Au voir dire, quant une desconliture vient, li des-
confi se descoùfîsent et esbahissent de trop peu , et
sus un cheu, il en chiet trois^ et sus trois, dix, et sus
dix, trente, et pour dix, se il s^enfuient, il s'enfuient
cent. Ensi fu de ceste bataille d'Auroy. Là crioient et
15 escrioient cil signeur et leurs gens qui estoient dalés
yaus, leurs ensengnes et leurs cris : de quoi li aucun
estoient oy et reconforté, et li aucun non, qui es-
toient en trop grant presse ou trop en sus de leurs
gens. Toutesfois li contes d'Auçoirre, par force d'ar-
20 mes, fa durement navrés et pris desous le pennon
de monsigneur Jehan Chandos et fîanciés prisons, et
li contes de Joni ossi, et occis li sires de [T]rie, uns
grans banerès de Normendie, et pluiseur bon cheva-
lier et escuier de Normendie.
25 § 539. Encores se combatoient les aultres batailles
moult vaillamment, et se tenoient li Breton en bon
convenant. Et toutesfois, à parler loyaument d'armes,
il ne tinrent mies si bien leur pas ne leur arroi, ensi
qu'il apparu, que lisent li Englès et li Breton don
30 costé le conte de Montfort, et trop grandement leur
valli ce jour celle bataille sus èle de monsigneur Hue
[1364] LIVRE PREMIER, § 539. 467
de Cavrelée. Quant li Englès et li Breton de Mont-
fort veîrent ouvrir et branlet* les François, si se con-
fortèrent entre yaus moult grandement, et eurent
tantost li pluiseur leur chevaus appareilliés; si mon-
tèrent et eommeneièrent à cacier fort et vistement. 5
Adonc se parti messires Jehans Chandos et une
grant route des siens, et s^en vinrent adrecier sus
le bataille monsigneur Bertran de Claiekin, où on
faisoit merveilles d'armes, mais elle estoit ja ouverte,
et pluiseur chevalier et escuier mis en grant mes- 10
chief. Et encores le furent il plus, quant une grosse
roule d'Englès et messires Jehans Chandos y sour-
vinrent. Là eut donqé tamaint pesant horion de ces
haces, et fendu et effondré tamaint bachinet, et maint
homme navré et mort. Et ne peurent, au voir dire, 15
messires Bertrans ne li sien porter ce fais. Si fu là
pris li dis messires Bertrans de Claiekin d'un escuier
englès desous le pennon à monsigneur Jehan Chan-
dos. En celle presse, prist et fiança pour prisonnier li
dis messires Jehans Chandos un baron de Bretagne ao
qui s'appelloit le signeur de Rays, hardi chevalier
durement*
Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue,
la ditte bataille fu ensi que desconflte. Et perdi-
rent li aultre tout leur arroy, et se misent en fuite, 25
cescuns au mieulz qu'il peut, pour lui sauver,
excepté aucun bon chevalier et escuier de Bretagne,
qui ne voloient mies laissier leur signeur monsigneur
Charlon de Blois, mes avoient plus chîer à morir que
reprocie lor fust fuite. Si se recueillièrent et ralliiè- 30
rent autour de lui et se combatirent desous se ba-
nière depuis moult vaillamment et très asprement, et
168 amONIQUES D£ J. FROISSART. [1364]
là eut fait tamainte grant apertise d'armes. Et se tin-
rent inessires Charles de Blois et ehil qui dalés lui
estoîent, une espasse de temps, en yaus deffendant
et combatant; mes fînablement il ne se peurent tant
5 tenir qu'il ne fuissent ouvert et desroutet par force
d'armes, car la plus grànt partie des Englès conver-
soient celle part.
Là fu la banière à monsigneur Gharle de Blois
conquise et jettée par terre, et cils ochis qui le
10 portoit. Là fu occis en bon convenant li dis messires
Charles de Blois, le viaire sus ses ennemis, et uns
siens filz bastars qui s'appelloit messires Jehans de
Blois, et pluiseur aultre chevalier et escuier de Bre-
tagne. Et me samble que il avoit ensi esté ordené
15 et pourparlé en Post des Eqglès, au matin, que,
se on venoit au dessus de le bataille et que messires
Charles de Blois fust trouvés en le place^ on ne le de-
voit prendre à nulle raençon, mes occire. Et ensi, en
cas samblable, li François et li Breton avoîent or^
20 donné de monsigneur Jehan de Montfort, car en ce
jour il voloîent avoir fin de guerre. Là eut, quant
ce vint à le cache et à le fuite, grant mortalité, grant
occision et gfant desconfiture, et tamaint bon che-
valier et escuier pris et mis en grant meschief.
25 Là fu toute la fleur de la bonne chevalerie de Bre-
tagne pour le temps et pour le journée morte ou prise,
car moult petit de gens d'onneur escapèrent, qui ne
fuissent mort ou pris. Et par especial des banerès de
Bretagne y demorèrent mort messires Charles de Di-
30 gnant, li sires de Lyon, li sires d'Ansenis, li sires
d'Avaugor, li sires de LohiaCi li sires de Garçoulé, li
sires de Malatrait, li sires dou Pont et pluiseur aultre
[1364] LIVRE PREMIER, § 540. 169
chevalier et escuier que je ne puis mies tous nom-
mer; et pris li viseônles de Rohem, messires Guis de
Lyon, li sires de Rocefort, li sires de Rays, li sires de
Rieus, li sires de Tournemine, messires Henris de
Malalrait, messires Oliviers de Mauni, li sires de Ri- 5
ville, li sires de Friauville, li sires d'Ainneval et plui-
seur aultre de Normendie, et pluiseur bon chevalier
et escuier de France avoecques le conte d'Auçoirre
et le conte de Joni.
Briefment à parler, ceste desconfîture fu moult 10
grande et moult grosse, et grant fuison de bonnes
gens y eut mors, tant sus les camps comme en le
cache, car elle dura huit liewes dou pays, d'Auroy
jusques moult priés de Rennes. Si avinrent là en
dedens tamaintes aventures, qui toutes ne vinrent 15
mies à congnissance. Et y eut aussi maint homme
mort et pris et recreu sus les camps, ensi que li au-
cun escheoient en bonnes mains, et qu'il trouvoient
leurs mestres courtois. Ceste bataille fu assés priés
d'Auroy en Bretagne, Tan de grasce Nostre Signeur 20
mil trois cens soissante quatre, le neuvime jour dou
mois de octembre.
§ 540. Apriès la grande desconfîture, si com vous
avés oy, et la place toute délivrée, li chief des si-
gneurs, Englés et Breton d'un lés, retournèrent et 25
n^entendirent plus au cachier, mes en laissiérent con-
venir leurs gens. Si se traisent d'un lés li contes de
Montfort, messires Jehans Chandos, messires Robers
CanoUes, sgiessires Eustasses d'Aubrecicourt, messires
Mahieus de Goumay, messires Jehans Boursiers, 30
messires Gautiers Hués, messires Hues de Cavrelée,
170 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
messires Richars Burlé, messires Richars Tanton et
pluiseur aultre. Et s'en vinrent ombriier dou lonch
d'une haie, et se commencièrent à désarmer^ car il
veirent bien que la journée estoit pour yaus. Si misent
5 li aucun leurs banières et leurs pennciis à celle haie,
et les armes de Bretagne tout hault sus un buisson ^
pour ralloiier leurs gens. Âdonc se traisent messires
Jehans Chandos, messires Robers CanoUes, messires
Hues de Cavrelée et aucun chevalier devers monsi*
10 gneur Jehan de Montfort, et li disent tout en riant :
« Sires ^ loés Dieu et si faites bonne chîère, car vous
avés hui conquis l'iretage de Bretagne. » Il les enclina
moult doucement, et puis parla que tout l'oïrent :
€< Messire Jehan Chandos, ceste bonne aventure m'est
16 hui avenue par le grant sens et proèce de vous, et
se le sçai je de vérité, ossi le scèvent tout chilqui
chi sont : si vous pri, buvés à mon hanap. » Âdonc
li tendi un flascon [plain *] de vin où il avoit beu, pour
lui rafreschir, etdist encores en lui donnant : « Avoec-
20 ques Dieu, je vous en doi savoir plus de gré que à
tout le monde. » En ces paroUes revint li sires de
Cliçon, tous escaufés et enflâmes, et avoit moult lon-
gement poursievis ses ennemis : à painnes s'en estoit
il peus partir, et ramenoient ses gens grant fuison de
25 prisonniers. Si se retraist tantost par devers le conte
de Montfort et les chevaliers qui là estoient, et dcs-
cendi de son coursier; si s'en vint esventer et rafres-
chir dalés yaus.
Enlrues que li contes de Montfort et li chevalier
30 estoient en cel estât, revinrent doi chevalier et doi
1. Ms. B 4, f» 258 To. — Ms. B 1, t. Il, P> 201 Ga^une).
[1364] LIVRE PREMIER, S 5^^. *7i
hiraut qui avoient chercié les mors, pour savoir que
messires Charles de Blois estoit devenus, car il n'es-
toient point certain se il estoit mors ou non. Si
disent ensi tout en hault : « Monsigneur, faites bonne
chière, car nous ayons veu vostre adversaire, messire 5
Charle de Blois, mort. «> A ces parolles se leva li
contes de Montfort, et dist qu'il le voloit aler veoîr
et que il avoit désir de le veoir otant bien mort que
vif. Si s'en alèrent avoecques lui li chevalier qui là es-
toient. Quant il furent venu jusques au liu où il gisoit, 10
tournés d^une part et acouvers d'une targe, il le fist
descouwir, et puis le regarda moult piteusement, et
pensa une espasse, et puis dist : a Ha ! monsigneur
Charle, monsigneur Charle, biaus cousins, com par
vostre oppinion maintenir sont advenu en Bretagne 15
maint grant meschief ! Se Diex m'ayt, il me desplaist
quant je vous trueve ensi, se estre peuist aultrement. »
Et lors commença à larmiier. Adonc le tira arrière
messires Jehans Chandos et li dist : « Sire, sire,
partons de ci et regracions Dieu de le belle aventure 20
que vous avés, car sans le mort de cesti -ne poiés
vous venir à Tiretage de Bretagne. » Adonc ordonna
li contes que messires Charles de Blois fust portés à
Ghingant, et il le fu incontinent, et là ensepelis
moult reveramment, liquels corps de li saîntefia par 25
le grasce de Dieu, et le appelle on saint Charle, et
le approuva et canonnisa papes Urbains V**, qui re-
gnoit pour le temps, car il faisoit et fait encor en
Bretagne tous les jours maint grant et biel miracle.
30
§ 541 . Apriès ceste ordenance^ et que li mort fu-
rent desvestî et que leurs gens furent retourné de le
172 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
cache, il se retraisent devers leurs logeis dont au
. matin il s'estoienl parti. Si se desarmèrent et puis se
aîsièrent de ce qu'il eurent, il avoient assés de quoi,
et entendirent à leurs prisonniers. Et fisent remuer
5 et apparillier les navrés et les blechîés, et leurs gens
meismes qui esloient navret et blechiet fisent il rap-
pareillier et remettre à point.
Quant ce vint le lundi au matin, li contes de
Montfort fist à savoir, sus le pays, à^chiaus de la cité
10 de Rennes et des villes environ, qu'il donnoit et
acordoit triewes trois jours pour recueillîer les mors
dessus les camps et ensepelir et mettre tous en sainte
terre : laquèle ordenance on tint à moult bonne. Si
se tint li contes de Montfort par devant le chastiel
15 d'Auroy à siège et dist que point ne s'en partiroit si
l'aroit à sa volenté.
Ces nouvelles s'espardirent en pluiseurs lieus et en
pluiseurs pays, comment messires Jehans de Mont-
fort, par le conseil et confort des Englès, avoit ob-
20 tenu le place contre monsigneur Charle de Bloîs, et
lui mort et desconfi, et mort et pris toute la fleur de
Bretagne qui faisoient partie contre lui. Si en avoit
messires Jehans Chandos grandement le grasce et le
renommée. Et disoient toutes manières de gens, che-
rs valiers et escuiers, qui à le besongne avoient esté,
que par lui et par son sens et sa grant proèce avoient
li Englès et li Breton obtenu [la place *].
De ces nouvelles furent tout li amit et li confor-
tant à monsigneur Charle de Blois couroucié, ce fu
30 bien raisons, et par especial li rois de France, car
1. Ms. A 8, P> 260. — Mm. B (lacune^
[1364] LIVRE PREMIER, S ^^* ^"^3
ceste descoâfiture li touchoit grandement, pour tant
que pluiseur bon chevalier de son royaume avoient
là esté mort et pris^ messires Bertrans de Claiekin
que moult amoit^ li contes d'Âuçoirre^ 11 contes de
Jonî et tout li baron de Bretagne^ sans nullui excep- 5
ter. Si envola li dis rois Charles de France son frère
monsigneur Loeis^ duc d'Angho, sus les marces de
Bretagne, pour reconforter le pays qui estoit moult
désolés pour l'amour de leur signeur monsigneur
Charle de Blois que perdu avoient, et pour reconfor- lo
ter ossi madame de Bretagne, femme au dit monsi-
gneur Charle de Blois, qui estoit si désolée et descon-
fortée de la mort de son mari que riens ni falloit.
A ce estoit li dis dus d'Ango bien tenus dou faire,
quoique volen tiers le fesist, car il avoit à espeuse la 15
fille dou dit monsigneur Charle et de la ditte dame.
Si prommetoit de grant volenté as bonnes villes,
chités et chastiaus de Bretagne et au demorant dou
pays, conseil, confort et ayde, en tous cas. En quoi
la dame, que il clamoit mère, et li pays eurent une 20
espasse de temps grant fiance jusques adonc que li
rois de France et ses consaulz, pour tous perilz oster
et eschiewer, y misent attemprance, si com vous orés
recorder assés temprement.
Si vinrent ossi ces nouvelles au dit roy d'Engle- 25
terre, car li contes de Montfort l'en escrisi , au cin-
quime jour que la bataille avoit esté devant Auroi,
en le ville de Douvres. Et en aporta lettres de créance
uns variés poursievans armes qui avoit esté à le ba-
taille, et lequel li rois d'Engleterre fist tantost hiraut, 30
par lequel hiraut et aucuns chevaliers d'un lés et de
Tautre qui furent à le bataille je fui enfourmés. Et
174 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136<^]
la cause pour quoi li rois d'Ëngleterre estoit adonç
à Douvres^ je le vous dirai.
§ 542. Il est bien voirs que uns mariages entre
monsigneur Âymon^ conte de Cantbruge, fil au dit
5 roy d'Ëngleterre^ et la fille dou conte Loeis de Flan-
dres^ avoit esté trettiiës et pourparlés trois ans en
devant. Auquel mariage li contes de Flandres estoit
nouvellement assentis et acordés^ mes que papes
Urbains Y*' les vosist dispenser^ car il estoient moult
10 prooain de linage. Et en avoient esté li dus de Lian-
castre et messires Aymenions ses firères et grant fui-
son de barons et de chevaliers, en Flandres, devers le
dit conte Loeis qui les avoit recbeus moult bonou-
rablement. £t par plus grant conjonction de pais
15 et d*amour, li dis contes de Flandres estoit venus
avoecques eulz à Calais et passa le mer et vint à
Pouvres , où li dis rois et une partie de son conseil
l'avoit rechéu. Et encores estoient il là, quant li des-
sus d^ variés et messages en ce cas aporta les nou-
20 velles de la besongne d'Auroy, ensi comme elle avoit
aie.
De laquèle avenue li rois d'Engleterre et tout li
baron qui là estoient furent moult resjoy, et ossi fu
li contes de Flandres, pour l'amour et honneur et
35 avancement de son cousin germain le conte de Mont-
fort. Et donna li dis rois au dit varlet, qu'il fist hiraut,
si com dessus est dit, le nom de Windesore et moult
grant pourfit. Si furent li rois d'Engleterre, li contes
de Flandres et li signeur dessus nommé environ
30 trois jours à Douvres, en festes et en esbatemens. Et
quant il eurent révélé et jeué et fait ce pour quoi il
[1364] UYKR PREMIER, S ^^' ^'^
estoient là assamblé^ 11 dis contes de Flandres prist
congiet au roy d'Ëngleterre et se parti. Si me samble
que li dus de I^ancastre et messires Âymons rapassè-
rent le mer à Calais avoecques le dit conte de Flan-
dres et U tinrent toutdis ccHnpagnie jusques à tant 0
qu'il fu revenus à Bruges. Nous nos soufferons à par-
ler de ceste matère et parlerons dou conte de Mont-
fort et dirons comment il persévéra en Bretagne.
§ 543. Li contes de Montfort, si com ci dessus est
dit, tint et mist le siège devant Auroy, et dist qu'il 10
ne s'en partiroit si Taroit à se volentë. Cil dou
chastiel n'estoient bien aise, car il avoient perdu
leur chapitainne Henri de le Sauternèle, qui estoit
demorés à le besongne^ et toute le fleur de leurs
compagnons. Et ne se trouvoient laiens que un bien 15
petit de gens, et se ne leur apparoit nulz secours de
nul costé : si eurent conseil de yaus rendre et le
forterèce, salve leurs corps et leurs bi^is. Si trettîiè-
rent devers le dit conte de Montfort et son conseil
sus Testât dessus dit. Lî dis contes, qui avoit en 20
pluiseurs lieus à entendre et point ne savoit encores
comment li pays se vorroit maintenir, les prist à
merci et laissa paisieulement partir chiaus qui partir
vorrent, et prist le saisine et possession de le forte-
rèce et y mist gens de par lui. 25
Et puis cbevauça oultre, et toute son host qui tous
les jours croissoit , car gens d'armes et arcier li ve-
noient d'Engleterre à effort; et ossi se tournoient
pluiseur chevalier et escuier de Bretagne devers lui ,
et par especial cil Breton bretonnant. Si s'en vinrent 30
devant le bonne ville de Jugon^ qui se doy contre lui
i76 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
et se tint trois jours, et le fist li dis eontes de Mont-
fort assallir par deux assaus^ et en y eut moult de
blechiés dedens et dehors. Cil de Jugon, qui se
veoient assalli et point de recouvrier ens ou pays ne
5 savoient^ n'eurent mies conseil d*yaus tenir trop lon-
gement ne de faire herriier^ et recogneurent le comte
de Montfort à signeur^ et li ouvrirent leurs portes^ et
li jurèrent foy et loyauté à tenir et à garder à tous-
jours mes. Si remua li dis contes tous ofliciiers en
10 le ville et mist nouviaus.
Et puis chemina devers le [bonne *] ville de Di-
gnant. La mist il grant siège^ et qui dura bien avant
en l'ivier; car la ville estoit bien garnie de grans
pourveances et de bonnes gens d'armes. Et ossi li
15 dus d'Ango leur mandoit que il se tenissent ensi
que bonnes gens dévoient faire ^ car il les confor-
teroit. Geste oppinion les fist tenir et endurer ta-
maint grant assaut. Quant il veirent que leurs pour-
veances amenrissoient et que nulz secours ne leur
20 apparoit, il treltièrent de le pais devers le conte de
Montfort, liquelz y entendi volentiers et ne desiroit
aultre cose, mes que il le volsissent recognoistre à
signeur, ensi qu'il fisent. Et enti^a en la ditte ville de
Dignant à grant solennité, et li fisent tout feaulté et
25 hommage.
Puis chevauça oultre et s'en vint à toutes ses
hoos devant le bonne cité de Camper Correntin : si
le assega de tous poins, et y fist amener et achariier
les grans engiens de Vennes et de Dignant, et dist et
30 prommist qu'il ne s'en partiroit si Taroit. Et vous di
1. Ma. B k, f« 260. — Ms. B I, t. Il, f« 203 (lacune).
[1364] LIVRE PREMIER, § 544. . 177
ensi que li Englès et li Breton de Montfort, messires
Jehans Chandos et li aultre, qui avoient en le bataille
d^Auroi pris grant fuison de bons prisonniers, che-
valiers et escuiers^ n'en rançonnoient nesun ne ne
mettoient à finance^ pour tant qu'il ne voloient mies 5
qu'il se recueillassent ensamble et en fuissent de re-
chief combatu; mais les envoioient en Poito et en
Saintonge, à Bourdiaus ou en le Rocelle, tenir prison^
et entrues conqueroient li dit Breton et Englès d'un
costé le pays de Bretagne. 10
§ 544. Entrues que li contes de Montfort seoit
devant le cité de Camper Correntin^ et moult le abs-
traint par assaus d'engiens qui nuit et jour y jet-
toient, comoient ses gens tout le pays d'environ, et
ne laissoient riens à prendre, se il n'estoit trop chaut 15
ou tropcpesant. De ces avenues estoit li rois de France
bien enfourmés. Si eut sur ce pluiseurs consaulz,
pourpos et imaginations par pluiseurs fois à savoir
comment il poroit user des besongnes de Bretagne,
car elles estoient en moult dur parti , et se n*i pooit 20
bonnement remediier, se il n'esmouvoit son royaume
et fesist de rechief guerre as Englès, pour le fait de
Bretagne, ce que on ne li consilloit mies à Êiire.
Et li fu dit en grant especialité et délibération de
conseil : « Très chiers sires, vous avés soustenu le 25
oppinion monsigneur Charle de Blois vostre cousin,
et ossi fist vostre signeur de père et li rois Phelippes
vostres taions qui li donna en mariage Firetière [et la
duché ^] de Bretagne, par lequel fait moult de grans
1. Ma. B 4, f^ 260. — fils. B 1, t. U, f^ 203V (lacune).
178 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136^]
mauls sont avenu en Bretagne et ens es pays voisins.
Or est tant aie que messires Charles de Blois^ vostres
cousins, en Firetage gardant et deffendant^ est mors;
et n'est nulz de son costet qui ceste guerre ne le
5 droit de son calenge reliève, ear ja sont en Ëngle-
terre prisonnier, à qui moult il en touche et ap^tient,
si doi ainné fil, Jehans et Guis. Et si veons et oons
recorder tous les jours que messires Jehans de Mont-
fort prent et conquiert cités, villes et ehastiaus, et
10 les attribue dou tout à lui, ensi comme son lige hire-
tage. Par ensi, poriés vous perdre vos drois et le
hommage de Bretagne qui est une moult grosse et
notable cose en vostre royaume et que vous devës
bien doubler à perdre; car» se li contes de Mont-
15 fort le relevoit de vostre frère le roy d'Engleterre,
ensi que fist jadis ses pères, vous ne le porriés ra-
voir sans grant guerre et hayne entre vous et le
roy d'Ëngleterre, où bonne pais est miaintenant, que
noas ne vous consillons pas à brisier. Si vous con-
20 sillons, et nous samble, tout considéré et imaginé,
chiers sires, que ce seroit bon que de envoiier cer-
tains moiiens et sages trettieurs devers monsigoeur
Jehan de Montfort, pour savoir comment il se voelt
maintenir, et de entamer matère de pais entre lui et
25 le pays et la ditte dame qui s*en est appellée duçoise;
et sur ce que cil trettieur trouveront en lui et en son
conseil, vous ares avis. Au fort, mieulz vaurroit que
il demorast dus de Bretagne, afin que il le vokist
reeognobtre de vous et vous en fesist toutes droi-
30 tures^ ensi que uns sires feaulz doit faire à' son si-
gneur, que la cose fust en plus grant péril ne va-
riement. )i
[1364] LIVRE PREMIER, $ 544. 179
A ces paroUes entendi U dis rois de France volen»
tiers^ et furent adonc avisé et ordonné en France
messires Jehans de Craan, archevesques de Rains^ et
li sires de Craan ses cousins, et messires Bouchicaus,
mareschaus de France, d'aler en ce voiage devant 5
Camper Correntin [parler et trettier au conte de Mont-
tort et à son conseil, sur Testât que vous avés oy. Si
se partirent ces trois seigneurs dessus nommés du
roy de France^ quant il furent avisé et informé de ce
que il dévoient faiire et dire, et exploitièrent tant par 10
leurs journées qu'il vinrent au siège des Bretons et des
Englès devant Camper Corentin ^], et se nommèrent
messagier au roy de France. Li contes de Montfort,
messires Jehans Chandos et cil de son conseil les
reçurent liement. Si remoustrèrent chil signeur bien 15
et sagement ce pour quoi il estdient là envoiiet. A
ce premier trettié respondi li contes de Montfort
que il s'en consilleroit, et y assigna journée. Ce terme
pendant) vinrent cil troi signeur de France séjourner
en le cité de Rennes. so
Si envoya li contes de Montfort en Engleterre le
signeur Latimier, pour remoustrer au roy ces trettiés
et quel cose à faire il Ven consilleroit. Li rois d'An-
gleterre, quant il en fîi enfburmés, respondi tantos
que il consilloit bien le conte de Montfort à faire 25
pais, mais que la ducé de Bretagne li demorast, et
e$si que il recompensast la ditte dame, qui duçoise
s*en estoit appellée, d'aucune cose , pour tenir son
testât bien et honnestement, et li assignast sa rente
et revenue en certain lieu où elle le peuist avoir sans 30
1. Ms. B 4, ^ 260 ▼«. — Ms. B 1, t. II^ f> 204 (lacane).
180 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
dangîer. Li sires Latimiers raporta arrière, par es-
cript^ tout le conseil et la response dou roy dTEn-
gleterre au conte de Montfort^ qui se tenoit devant
Camper Correntin.
5 Depuis ces lettres et ces responses veues et oyes,
messires Jehans de Montfort et ses consaulz envoiiè-
rent devers les messages dou roy de France, qui se
tenoient à Rennes. Cil vinrent en Post. Là leur fii la
response faite bien et courtoisement , et leur fu dit
10 que ja messires Jehans de Montfort ne se partiroit
dou calenge de Bretagne, pour cose qui avenist, se il
ne demoroit dus, ensi qu'il s'en tenoit et appelloit ;
mais là où lî rois de France li feroit ouvrir paisieu-
lement cités, villes et chastiaus, et rendre fiés et
15 hommages et toutes droitures, ensi que li duch de
Bretagne anciennement l'avoient tenu, il le recognis-
teroit volentiers à signeur naturel et l'en feroit hom-
mages et tous services, présent et oant les pers de
France, et encores, par cause de proïsmeté et de
20 ayde, il aideroit et conforteroit de aucune recom-
pensation sa cousine, la femme à monsigneur Charlon
de Blois, et aideroit à délivrer ossi moult volentiers
ses cousins qui estoient prisonnier en Engleterre,
Jehan et Gui.
35 Ces responses plaisirent bien à ces signeurs de
France qui là avoient estet envoiiet * ; si prisent
jour et terme de le accepter ou non : on lor acorda
legierement. Tantost il envoiièrent devers le duch
d'Ango, qui estoit retrais à Angîers, et auquel li rois
30 avoit remis toutes les ordenances dou faire ou dou
1. Ms. B 4, f» 261. — Ms. B 1, t. H, i^ 204 v« (lacune).
[1365] LIVRE PREMIER, § 545. 181
laiier. Quant li dus d'Ângo vei les trettiés, il se
consilla sus une grant espassé : lui bien consilliet ,
iinablement il les accepta, et revinrent arrière doi
chevalier qui envoiiet avoient esté devers lui, et ra-
portèrent la response dou dit duc d'Ango, par escript 5
et seelé. Si se départirent de le cité de Rennes li
dessus dit messagier au roy de France, et vinrent
devant Camper Correntin.
Là fu finablement la pais faite et acordée et
seelée de monsigneur Jehan de Montfort. Et de- lo
mora adonc dus de Bretagne, parmi tant que^ se il
n'avoit enfans de sa char par loyauté de mariage, la
terre apriès son dechiés deyoit retourner as enfans
monsigneur Charle de Blois. Et demorroit la dame,
femme qui fu à monsigneur Charle de Blois ^ con- 15
tesse de Pentèvre, laquèle terre' pooit valoir par an
environ vingt mil frans, et tant li devoit on faire
valoir. Et devoit li dis messires Jehans de Montfort
venir en France, quant mandés y seroit, et faire
hommage au roy de France et recognoistre la ducé 20
de lui. De tout ce prist on Chartres et instrumens
[publiques^] et lettres grossées et seelées de Tune
partie et de l'autre. Et par ensi entra li contes de
Montfort en l'iretage de Bretagne^ et en demora dus
un temps, jusques adonc que aultres renouvelemens S5
de guerres revinrent, si com vous orés recorder
avant en Tistore.
§ 545. Âvoech^toutes ces coses, parmi l'ordenance
de le pais, reut li sires de Cliçon toute sa terre en-
1. Bis. B 4, f> 261. — Bis. B 1, t. H, 6» 20k iro (lacune).
i82 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i365]
tiarement que li rob Phelippes jadis li avoit tolue et
ostée, et li rendi li rois Charles de France et eneores
de l'autre assés. Cilz sires de Cliçon depuis s'acointa
dou roi de France que c'estoit fait en France tout
5 ce qu'il voloit, et sans lui n'estoit riens fait. Si fu
tous li pays de Bretagne moult joieus^ quant il se
trouvèrent en pais. Et prist li dis dus les fois et les
hommages des cités, des villes^ des chastiaus et de
tous les prelas et les gentilz hommes. Assés tost apriès^
10 se maria cilz dis dus à la fille de madame la princesse
de Galles que elle avoit eu de monsigneur Thumas
de Hollandes. Et en fhrent les noces Eûtes en le
bonne cité de Nantes moult grandes et moult nobles.
Eneores avint, en cest yvier, que la royne Jehane^
15 ante dou dit roy de Navare^ et la royne Blance, sa suer
germaine^ pourcacièrent et esfJoitièrent tant que pais
fil faite et acordée entre le roy de France et le roy
de Navare^ parmi Payde et le grant sens de monsi*
gneur le captai de Beus^ qui y rendi grant cure et
20 grant diligense^ et parmi tant fii il quittes et délivrés
de sa prison. Et li moustra et fist de fait li rois de
France grant signe d'amour^ et li donna le biel chastiei
de Nemouses et toutes les appendances de la chaste-
lerie^ où bien apertiennent troi mil frans par an de
95 revenue. Et en devint homs li dis captaus au roy de
France : douquel hommage li dis rois fu moult res^
joïs^ car il amoit grandement le service d*un tel che-
valier comme li captaus estoit pour ce temps^ mes il
ne le fu mies trop longement.
30 C^ quant il revint en le prinçauté devers le prince
de Galles^ li princes^ qui savoit et estoit enfourmœ
de ceste ordenanoe^ l'en blasma durement et dist qu'il
[136KJ LIVRE PREMIER, S ^^^ ^^
ne se pooit acquitter loyaument à sarvir deua signeurs,
et qu'il estoit trop convoiteus, quant il avoit pris terre
en France où il n'estoit ne prisiés ne honnourés. Quant
li captaus se vei en ce parti et si dur recheus et ap-
pelles dou prince de Galles son naturel signeur^ il se 5
virgonda et dist^ en lui escusant^ qu'il n'estoit mies
trop avant loiiés au roy de France et que bien pooit
deffaire tout ce que fait estoit. Si renvoia par un
sien chevalier son hommage au roy de France, et re-
nonça à tout ce que donné li avoit. £t demora depuis lo
li dis captaus dalés le prince. Parmi le composition
et ordenance de le pais qui se fist entre le roy de
France et le roy de Navare, tlemorèrent au dit roy
de France Mantes et Meulent^ et li rois li rendi aul-
tres chastiaus en Normendie. 15
En ce temps^ se parti de France messires Loeis de
Navare et passa oultre en Lombardie pour espouser
la royne de Naples. Mais à son département il eni-
prunta au roy de France, sus aucuns chastiaus que il
tenoit en Normendie , soissante mil florins, liquelz, 20
messires Loeis, depuis qu'i[l] eut espousé la ditte
dame, ne vesqui point longement. Diex It pardoinst
tous ses pechiés, car il fu moult courtois chevaliers !
§ 546. En ce temps , estoient les Compagnes si
grandes en France que on n'en savoit que faire, car 25
les guerres du roy de Navare et de Bretagne estoient
Êdiies. Si avoient apris cil compagnon, qui poursie-
voient les armes, à pillier et à vivre davantage sus lé
plat pays. Si ne s'en pooient ne ossi ne voloient de*
'tenir ne astenir, et tous leurs recours estoit en 30
France. Et appelloient ces Compiles le royaume
484 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1365]
de France leur cambre. Toutes fois, il n'osoient con-
verser en Acquitainnes, la terre dou prince, ne on
ne les y ewist mies souffers. Et ossi, au voir dire,
la plus grant partie des chapitainnes estoient gascon
5 et englès et homme dou roy d'Engleterre ou dou
prinche. Aucuns Bretons y pooit bien avoir, mais
c'estoit petit. De quoi moult de gens ou royaume de
France murmuroient et parloient sus le partie dou
roy d'Engleterre et dou prince, et disoient couver-
10 tement qu'il ne se acquittoient mies bien envers le
roy de France, quant il n'aidoient à bouter hors ces
maies gens dou dit royaume* Nequedent, il les avoient
plus chier ensus de eulz que dalés yaus. Si considé-
rèrent li sage homme dou royaume de France que,
15 se on n'i mettoit remède et conseil, ou que on les
combatesist ou que on les envoiast hors par grant
mise d'argent, il destruiroient le noble royaume de
France et sainte crestienneté.
A ce donc avoit un roy en Hongherie qui les vol-
20 sist bien avoir eus dalés lui, et les euist trop bien en-
sonniiés contre les Turs à qui il guerioit et qui li por-
toient moult de damages. Si en escripsi devers le pape
Urbain cinquime, qui estoit pour le temps en Avignon,
qui volentiers en euist veu le délivrance dou royaume
25 de France, et ossi devers le roy de France et devers
le prince de Galles. Si traitta on devers les chapi-
tainnes, et leur oflfri on grant argent et vivres et pas-
sage ; mes onques ne s'i veurent assentir. Et respon-
dirent que ja il n'iroient si lonch guerriier, car il fu
30 là dit entre yaus d'aucuns compagnons qui cognis-
soient le pays de Hongrie que il y avoit telz destrôis
que, se il y estoient embatu, jamais n'en isteroient,
[1365] LIVRE PREMIER, § 547. i85
et les y ferait on morir de maie mort. Geste cose les
effrea si que il n'i eurent talent d'aler.
§ 547. Quant li papes [Urbains *] et li rois de France
veirent que il ne venroient point à leur entente de
ces maleoites gens qui ne se voloient vuidier ne 5
partir dou royaume de France^ mes y mouteplioient
tous les jours, si regardèrent et avisèrent une aultre
voie.
En ce temps, y avoit un roy en Castille qui s ap-
pelloit dan Pières, de mervilleuses opinions plains, lO
et estoit durement rebelles à tous commandemens
et ordenances de TEglise^ et voloit sousmettre tous
ses voisins crestiiens, especialment le roy d'Arragon
qui s'appelloit Pierre, liquelz estoit bons et [vrais *]
catholikes, et li avoit tolut une grant partie de sa 15
terre, et encores se mettoit il en painne dou tollir
le demorant. Avoech tout ce, cilz rois dans Piètres
avoit trois frères bastars, enfans dou bon roy Alphons
son père et d'une dame qui s'appella la Riche Donc.
Li ainnés avoit à nom Henris, li secons dan Tille, et 20
li tiers Sanses. Cilz rois dans Piètres les haoit dure-
ment et ne les pooit veoir dalés lui, et volentiers
par pluiseurs fois les euist mis à fin et decolés, se il
les euist tenus. Nekedent, il avoient esté moult amé
dou roy leur père. Et avoit très son vivant donné li 25
rois Alphons à Henri Fainnet le conté d'Ësturges;
mes li rois dans Pières li avoit retolut, et tous jours
guerrioient ensamble. Qlz bastars Henris estoit et
1. Ms. A s, f» 363. — Mss. B (lacune).
2. Ms. B 3, f» 275 ^. ^ Mss. B 1 et B 4t (lacune).
186 CHRONIQUES BE J. FROISSART. [4365]
fu moult hardis et preus chevaliers , et avoit grani
temps conversé en France et poursievi les gaerres et
servi le roy de France et le amoit durement. Gilz
rois dans Pières, si com famés couroit^ avoit fait
5 mofir la mère de ces enfens moult diversement : de
quoi il lor en desplaisolt, c'estoit bien raisons. Avoech
tout ce, ossi [avoit ^] &it morir et exilliet pluiseurs haus
barons dou royaume de Gastille, et estoit si crueulz
et si plains d'erreur et de austérité que tout si hom-
10 me le cremoient et ressongnoient et le haoient, se
moustrer li osaissent* Et avoit fait morir une très
bonne et sainte dame que il avoit eu à fenmie, ma-
dame Blance de Bourbon , fille au duch Pière de
Bourbon et su^ germainne à la royne de France et
15 à la contesse de Savoie* De laquèle mort il desplai**
soit grandement à son linage^ qui est uns des nobles
dou monde.
Encores eouroit famés des gens ce roy dan Piètre
meismement que il s'estoit amiablement composés
ao au roy de Grenade et au roy de Bellemarîne et au
roy de Tramesainnes^ qui estoient ennemi de Dieu et
incrédule. Et se doubtoient ses gens que il ne fesist
aucuns griés et molestés à son pays et ne violast les
^Uâes^ car ja leur lolloit il lor rentes et revenues et
25 tenoit les prelas de son royaume en prison et les
constraindoit par manière de tirannisie. Dont les
plaintes grandes et grosses venoient tous les jours à
nostre saint père le pape^ en suppliant que il y vol-
sist pourveir de remède : asquelz complaintes et
30 priières papes Urbains descendi et envoia tantost ses
1. Us. B 3, f> 275^. r- Mm. B 1 et B 4 (lacune). .
[i365] LIVRE PREMIER, § 547. I8Y
messages en Castille devers ee roy dan Piètre^ en lai
mandant et commandant qu^il venist tantost et sans
delay^ en propre personne^ en court de Romme,
pour lui laver et purgier des villains mesfais dont il
estoit amis.. Cilz rois dans Piètres^ comme orguilieus 5
et presumptueus^ ne daigna obéir, mes villena en«
cores grandement les messages dou Saint Père^ dont
il encbei grandement en l'indignation de TEglise et
dou chîef de TEglise nostre Saint Père le pape. Si
persévéra toutdis cils rois dans Piètres en son pechié. lo
Adonc fu regardé et avisé comment ne par quel
voie on le poroit batre ne corrigier^ et fu dit qu'il
n'estoit mies dignes de porter nom de roy et de tenir
royaume. Et fa en plain concitore^ en Avignon et en
le cambre dou pape^ escumeniiés publikement et re» I5
pûtes pour bougre et incrédule^ et fu adonc avisé et
regardé que on le constrainderoit par ces Compagnes
qui se tenoient ou royaume de France. Si furent
mandé en Avignon 11 rois d'Arragon^ qui durement
haoit ce roi dan Piètre^ et Henris li bastars d'Es*» t6
pagne. Là fu de nostre Saint Père le pape legttir
mes Henris à obtenir royaame^ et maudis et con-
dempnés de bouche de pape li rois dan Piètres. Là
dist li rois d'Arragon que il ouveroit son royaume
et liveroit passage^ et aministeroit vivres et pourras
veances pour toutes gens d'armes et leurs poursie-
vans, qui en Castille vorroient aler et entrer pour
confondre ce roy dan Pière et bouter hors de son
royaume.
De ceste ordenance fu moult resjoïs li rois de 30
France, et mist painne et conseil à ce que mes-
sires Bertrans de Claiekin, que messires J^ians Chan-
188 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
dos tenoit [prisonnier ^]^ fust mis à finance; il le fu
parmi cent mil frans qu'il paia : si, en paiièrent une
partie li papes, li rois de France et Henris li Bastars.
Tantos apriès sa délivrance, on traitta devers les cha-
5 pitainnes des Compagnes, et leur prommist on grant
pourfit à faire, mais que il volsissent aler en Castille.
Il s'i acordèrent legierement parmi grant argent qu^il
eurent pour départir entre yaus. Et fu adonc cilz
voiages segnefiiés, en le prinçauté^ as chevaliers et as
10 escuiers dou prince. Et par especial messires Jehans
Chandos en fu priiés que il volsist estre uns des chiés
avoech messire Be[r]tran de Claiekin ; mes il s'escusa
et dist que point n'iroit. Pour ce, ne se demora mies
• li voiages à faire; si y alèrent de le prinçauté et des
15 chevaliers dou prince, messires Eustasses d'Aubreci-
court, messires Hues de Cavrelée, messires Gautiers
Huet, messires Mahieus de Gournay, messires Per-
ducas de Labreth et pluiseur aultre. Si se fîst tous
souverains chiés de ceste emprise messires Jehans de
30 Bourbon, contes de le Marce, pour contrevengier la
mort de sa cousine germainne la royne d'Espagne, et
devoit user et ouvrer, ensi qu'il fist , par le conseil
de monsigneur Bertran de Claeikin ; car li dis contes
de le Marce estoit adonc uns moult jones chevaliers.
25 En ce voiage se mist ossi, en grant route, li sires de
Biaugeu qui s'appelloit Antones, et pluiseur aultre
bon chevalier, telz que messires Ernoulz d'Audrehen,
mareschaus de [France "J, messires li Bèghes de Vel-
lainnes, messires li Bèghes de ViUers, li sires d'An-
1. Mb. B 3, f> 276. — Mss. B 1 et B 4 (lacune).
2. Ms. B 4, f> 262 To. -- Ms. B 1, t. U, f> 207 (Ucnne).
[1366] LIVRE PREMIER, § 547. 189
toing en Haynau, messires Alars de Brifueil^ messîres
Jehans de NuefVille^ messires Gauwains de Bailluel^
messires [Jehans^] de Bergettes^ li Alemans de Saint
Venant et moult d'autres que je ne puis mies tous
nommer. Et se approcièrent toutes ces gens d'armes 5
et avancièrent leur voiage, et se misent au chemin ,
et fîsent leur assamblée en le Languedok et à Mont-
pellier et là environ, et passèrent tout à Nerbonne
pour aler devers Parpegnant et pour entrer ens ou
royaume d'Arragon. Si pooient ces gens d'armes 10
estre environ trente mil. La estoient tout li chief des
Compagnes, c'est à savoir messires Robers Briket,
Jehan Carsuelle^ Naudon de Bagherant, Lamit^ le
Petit Mescbin, le^ourch Camus, le bourch de Les-
pare, le bourch de Bretueil, Batillier, Espiote, Aymé- 15
nion d'Ortige, Perrot de Savoie et moult d'autres^
tout d un acort et d'une alliance^ et en grant volenté
de bouter hors ce roy dan Piètre dou royaume de
Castille et mettre [y*] le conte d'Esturge son frère le
bastart Henri. Et envoiièrent ces gens d'armes, quant 20
il deurent entrer en Arragon pour coulourer et em-
bellir leur fait, certains messages de par yaus devers
le roy dan Piètre, qui ja estoit enfourmés de ces gens
d*armes qui voloient venir sus lui ens ou royaume
de Castille. Mais il n'en faisoit nul compte; ançois 25
assambloit ses gens pour résister contre yaus et com-
batre bien et hardiement à l'entrée de son pays. Et
li mandèrent que il volsist ouvrir les pas et les des-
trois de son royaume et aministrer vivres et pour-
1. Mft. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
^. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune].
190 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
veances as pèlerins de Dieu qui avoîent emprîs, et
par dévotion, d*entrer et aler ens ou royaume de Gre-
nade , pour vengier la souffrance Nostre Sîgneur et
destruire les incrédules et exaucier no foy. Li rois
5 dan Piètres de ces nouvelles ne fist que rire, et res-
pondi qu'il n'en feroît riens ne que il n'obeiroit ja
à tel truandaille.
Quant ces gens d'armes et ces Compagnes seorent
sa response, si tinrent ce roy dan Piètre à moult or-
10 guilleus et presumptueus^ et se hastèrent et avan-
chièrent tantost de lui faire dou pis qu*il peurent.
Si passèrent tout parmi le royaume d'Arragon et lé
trouvèrent ouvert et appareilliet et partout vivres et
pourveances à bon marchîet bien et largement; car
15 li rois d'Arragon avoit grant joie de leur venue, pour
tant que ces gens d'armes li raquisent et reconquîsent
tantost sus le roy de Castille toute la terre entière-
ment que li rois dans Piètres avoit de jadis conquis
et le tenoit sur lui de force. Et passèrent ces gens
20 d'anies le grant rivière qui départ Castille et Arra-
gon, et entrèrent ou dit royaume d'Espagne. Quant
il eurent tout reconquis, villes, cités, destrois, chas-
tiaus, pors et passages que li rois dans Piètres avoit
attribués à lui dou royaume d'Arragon, le rendirent
25 messires Bertrans et ses routes au roy d'Arragon,
parmi tant que il jura que de ce jour en avant il
aideroit et coriforteroit en toutes manières Henri le
Bastart contre le roy dan Piètre.
Ces nouvelles vinrent au dit roy de Castille que
30 François, Breton, Normant, Englès, Pikart et Bour-
ghegnon estoient entré ens son royaume et avoient
passé le grosse rivière qui départ Castille et Arragon^
[1366] UVRfi PREMIER, § 547. 191
et avoient tout reconquis ce qui estoit par de delà
l'aiguë où tant de painne avoit eu au conquerre. Si
fu durement courouciés^ et dist que la cose ne de-
morroit pas ensi. Si fist un très especial mandement
et commandement par tout son royaume, en disant 5
et en segneiiant à tous ceulz asquelz ses lettres et si
message se adreçoient que il voloit tantost et sans
delay aler combatre ces gens d'armes qui estoient
entré en son pays et royaume de Castille. Trop peu
de gens obéirent à ses cômmandemens ; et quant il 10
cuida avoir une grant assamblée de ses hommes^ il
n'eut nullui^ mes le relenquirent et refusèrent tout li
baron et li chevalier d'Espagne , et se tournèrent
devers son frère le bastart Henri^ et le convint fuir :
autrement il euist esté pris à mains^ tant estoit il fort 15
hays de ses hommes ; ne nulz ne demora en ce temps
dalés lui^ fors uns loyaus chevaliers qui s'appelloit
Ferrans de Chastres. Cilz ne le volt onques relenquir,
pour cose qui avenist. Et s'en vint li rois dans Piètres
en Seville, la milleur cité d'Espagne, Quant il y fii 20
venus^ il ne se senti mies trop à segur, mes fist tour-
ser et mettre en nef et en grans calans son trésor^
sa femme et ses enÊms^ et se parti de Séville^ Fer-
rant de Castres avoecques lui. Si arriva li rois dan
Piètres^ à privée mesnie et comme uns homs desba- 25
retés et desconfis^ en Galisse^ à un port c'on dist le
Calongne^ où il y a un fort chastiel durement. Si
se boutèrent là dedens li rois dans Piètres^ sa
femme et deus filles qu'il avoit ^ jones damoiselles,
Constanses et YsabieL Et n'avoit de tous ses honn 30
mes ne de tout son conseil^ fors seulement le des-
sus dit chevalier dan Ferrant d^ Castres. Or vous
192 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
dirons de Henri le Bastart^ son frère, comment il
persévéra.
§ 548. Ensi que j'ai ja dit devant, cilz rois dan
Piètres estoit si hays de ses hommes par tout le
5 royaume de Castille, de ehief en cor, pour les grandes
et mervilleuses justices qu'il avoit faites et le occision
et destruction des nobles de son royaume qu'il avoit
mis à fin et occis de sa main que^ si tretos que conte^
baron , chevalier et noble dou dit royaume veirent
10 Henri, son frère le bastart, entrer en Castille à si grant
poissance^ il se traisent tout par devers lui, et le re-
churent à signeur. Et chevaucièrent partout avoec-
ques lui, et fisent ouvrir cités, bours, villes et chas-
tîauz, et toutes manières de gens faire hommage. Et
15 crioient d'une vois li Espagnol une heure : « Vive
Henris, et muire dans Piètres qui nous a esté si
crueulz et si hausters 1 » Ensi menèrent tout parmi
le royaume de Castille, c'est à savoir messires Gom-
més Garilz, li grans mestres de Calletrave et li mes-
20 très de Saint Jakeme, le dit Bastart, et fisent toutes
gens obéir à lui, et le couronnèrent à roy en le cité
d'Esturges. Et li fisent tout prélat, conte, baron et
chevalier, reverense comme à roy, et li jurèrent
qu'il le tenroient à tous jours mes, serviroient et
25 obeiroient pour leur signeur et leur roy, et en cel
estât, [se besoings estoit \] il morroient.
Si chevauça li dis Henris de cité en cité et de ville
en ville, et partout li fist on reverense et recueilloite
de roy. Si donna li dis rois Henris as chevaliers es-
1. Ifs. B %, i^ 263 ▼». — Mb. B 1, t. U, f» 208 v» (lacune).
[1366] UVRfi PREMIER, S ^^9- ^^3
tragniersy qui remis ens ou royaume de Castille Pa-
voient, grans [dons '] et riches jeuiaus, tant et si lar-
gement que tout le recommandoient pour large et
honnourable signeur. Et [disoient communément
Franchois, Normans et Bretons^ que en lui avoit noble 5
et vaillant signeur ■], et qu'il estoit dignes de vivre et
de tenir terre et regneroit encores poissamment et
en grant prospérité. Ensi se vei li Bastars d*£spagne
en le signourie dou royaume de Castille, et fist ses
deus frères, dan Tille et Sanse, eescun conte, et leur lo
donna grant revenue et grant pourfît. Si demora rois
de Castille, de Galisse et de Seville , de Toulette et
de Luzebonne jusques adonc que li poissance dou
prince de Galles et d'Aquitainnes l'en mist hors et
remist le roy dan Piètre, son frère, de rechief en le 15
possession et signourie des royaumes dessus dis , si
com vous orés recorder avant en l'istore,
§ 549. Quant li rois Henris se vei en oel estât et
ensi au dessus de toutes ses besongnes et que toutes
gens, frans et villains, en Castille obeissoient à lui et 20
le tenoient et appelloient leur signeur et leur roy, et
encor n'estoit apparant de nul contraire que on li
volsist debatre, si ymagina et jetta son avis, pour son
nom exaucier et pour emploiier ces gens de Compa-
gnes qui estoient issu hors de France, que il feroit un 25
voiage sus le roy de Grenade. Si en parla à pluiseurs
chevaliers qui là estoient et en furent bien d'acort,
Encores retenoit toutdis dalés lui li dis rois Henris
1. fils. B (i. — Ms. B 1 (lacune)>
2. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
VI — 13
194 GHBONIQUKS DE J. E&OISSART. [13«6]
lc;s, obevaliers 4ou prince, xaessir^s Sautasses d'Aubire-
cicoart^ messires Hues de Cavrel^ et le$ autres, et
|leur ^] faisoit et moustroit grant samblaot d'amour,
en istance de ce qu'il en voloit estre aidiés et servis
5 ens ou voiage de Grenade où il esperoit à aler. Assés
tost apriès son couronnement, se départirent de lui
et prisent congiet li plus grant partie des chevaliers
de France y et lor fist grant pourfit au partir* Et re*
jtournèrent li contes de le Marce, messires £rnoulz
10 d*Audrehen, li sires de Biaugeu et pluisew aullre.
Et enpores demorèrent en Castille, dalés le dit roy
Henri, messires. Bertrans de Claiekin, messires 0}î-
yie]:s de. Mauni et li Breton et ossi les Compagnes ,
jusques adonc que aultres nouvelles lor vinrent;, fit
15 fu messires Bertrans de Claiekin connestables da tout
le royaume de CastiUe, par Taoort dou roy Henri pre*
mierement .çt de V>ius ies barons dou pays* Or vous
parlerons dou roy dan Piètre comment il s'estoit
maintenus»
20 Vous avés bien oy recorder commuent il s'estoit
boutas, eus Qu ohastiel de le iCalongne sus mer, sa
fenp[Qe o lui et ses deus filles et dan Ferrant de Cas*
tre^ tajat seulement, siques, entrues que li Bastars ses
frères par le poissance des gens d'armes qu'il avoit
35 attrais bors.de France, conqueroit Gastille, et qae
tou9 li pays se rendoit à lui ^ si com dii dessus est
dit^ il avoit esté durement efiraés^ et ne s*esloit mies
dou tqut assegurés ou dit cbastiel de le Calongne,
car il dopbtoît trop malement son frère le Bastart, et
30 bien sentoit que là où on le saroit^ on le venroit
1. Mi. B 4> t^ 26k. — M»^. B 1« t. U, (^ âQS v» (lacivie). .
[laM] UVRE PREMIER, § B49. 19i(
queire de force et assegier. Si n avoit mies attendu
ce péril, mes estoit partis de nuit et mis ens une nef,
sa femme o lui et ses deux filles et dan Ferrant de
Castres et tout ce qu'il avoit d or et d'argent et de
jeuîaus. Mes il eurent le vent si contraire que onques 5
il ne peurent adonc eslongier le Calongne; et les y
convint retourner et rentrer de rechief en le forte-
rèce. Âdonc demanda conseil li rois dans Piètres à
dant Ferrant de Castres, son chevalier, comment il se
maintenroît, et en lui complaindant de fortune qui 10
K estoit si contraire. « Monsigneur, dist li chevaliers,
anoois que vous partes de chi, ce seroit bon que
vous envoiîssiés deviers vostre cousin le prince de
Galles a savoir se il vous vorroit recueillier, et que,
pour Dieu et par pité, il volsist entendre à vous; car 15
en aucunes manières il y est tenus pour grans allian-
ces que li rois ses pères et ii vostres eurent de jadis
ensamble. Li princes de Galles est bien si nobles et
si gentilz de sanch et de corage que, quant il sera
enfourmés de vos anois et tribulations, il y prendera 20
grant compation. Et se il vous voloit aidier et remettre
en vostre royaume , il n^est aujourd^ui sires qui le
peuist faire avant lui, tant est cremus et redoublés
par tout le monde et amés de toutes gens d'armes.
Et vous estes encores chi bien et en bonne forterèce 25
ponr vous tenir un temps, tant que nouvelles voos
seront ï^ctoumées d'Aquitainnes. »
A ce conseil s'acorda legierement li rois dans Piè-
tres, et forent lettres escriptes mouh piteuses et
moult amiables, et uns chevaliers et doi escuier priiet 30
de faire ce voiage. Cil Temprisent volentiers et se
boutèrent en un Iki en mer et arrivèrent à fiaioue,
196 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
une cité qui se tient dou roy d'Engleterre. Si deman-
dèrent dou prince. On leur dîst qu'il estoit à Bour-
diaus. Il montèrent as chevaus et fîsent tant par leur
esploit qu'il vinrent en le cité de Bourdiaus et des-
5 cendirent à hostel^ et puis assés tost il se traisent
par devers Tabbeye de Saint Andrieu où li princes se
tenoit. Si disent as chevaliers qu'il trouvèrent en le
place ^ qu'il estoient Espagnol et messagier au roy
dan Piètre de Castille.
10 Ces nouvelles vinrent tantost au prince; si les veult
veoir et savoir quel cose il demandoient. Cil s'en
vinrent par devant lui, et se jettèrent en genoulz et
le saluèrent à leur usage ^ et recommendèrent le roy
leur signeur son cousin à lui, et li baillièrent leurs
15 lettres. Li princes fîst lever les dis messages, et prist
les lettres et les ouvri, et puis les lisi par deus fois à
grant loisir, et regarda comment piteusement li rois
dans Piètres avoit escript à lui et li segnefioit ses
durtés et ses povretés, et comment ses frères li Bas-
20 tars, par le poissance des grans alliances qu'il avoit
faites au pape premièrement, au roy de France, au
roy d'Arragon et as Compagnes, l'avoit bouté hors
de son hiretage, le royaume de Castille. Se li prioit,
pour Dieu et par pité, que il i volsist entendre et
25 pourveir de conseil et de remède : si feroit bien et
aumosne, et en acquerroit grasce à Dieu et loenge à
tout le monde; car ce n'est mies drois d'un roy
crestiien deshireter et ahireter par poissance et tyran-
nidie un bastart. Li princes, qui estoit vaillans che-
30 valiers et sages durement, cloy les lettres en ses
mains, et puis dist as messages qui là estoient en
présent : a Vous nous estes li bien venus de par
[1366] UVRB PREMIER, § 549. 197
nosire cousin le roy de Castiile : vous demorrés ci
dalés nous^ et ne vous partirés point sans response. »
Adonc furent tantost apparilliet li chevalier dou
prince, qui trop bien savoient quel cose il dévoient
faire ^ et emmenèrent le chevalier espagnol et les 5
deus escuiers, et les tinrent tout aise.
Li princes , qui estoit demorés en sa cambre et
qui busioit grandement sus ces nouvelles et su5
les lettres que li rois dans Piètres li avoit en-
voiies^ manda tantost monsigneur Jehan Chandos lo
et monsigneur Thumas de Felleton, les deus plus es-
peciaulz de son conseil, car li uns estoit grans senes-
chaus d'Aquitainnes et li aultres connestables. Quant
il furent venu par devant lui, si leur dist tout en riant :
cf Signeur, veci grans nouvelles qui nous viennent 15
d'Espagne : li rois dans Pières nos cousins se com-
plaint grandement dou bastart Henri son frère, qui
li toit de fait son hiretage et l'en a bouté hors et es-
cacietj ensi que vous avés bien oy recorder par ceulz
qui en sont revenu. Si nous prie moult doucement 20
sur ce de confort et d'ayde, ensi comme il appert par
ses lettres. » Adonc de rechief leur lisi li dis princes
les dittes lettres par deus fois de mot à mot, et li che-
valier volentiers y entendirent. Quant il lor eut leu,
si dist ensi : « Vous, messire Jehan, et vous, messire 25
Thumas, vous estes li plus especial de mon conseil
et cil où le plus je m'affie et arreste : si vous pri que
vous m'en voeilliés consillier quel cose en est bonne
à faire. » Adonc regardèrent li doi chevalier l'un
l'autre, sans riens parler. Et li princes de rechief les 30
appella et dist : ce Dittes, dittes hardiement ce qu'il
vous en samble. a
198 GHRONlQtES DE S. FftOlSSÀRT. [1366]
Là fu li dîis princes de Galles consittiés de ces
deas chevaliers, si com je fui depuis cnfourmés,
que il volsîst envoiîer, devers ce roy dan Piètre de
Castille, gens d'armes jusques à le Catongne où îl
5 se tenoit, si com ses lettres et sî message disoient,
et fust amenés avant jusques à Bourdîaus, pour
savoir plus plaînnement quel cose il voloit dire,
et adonc sus ses paroiles il aroient avis et seit>it si
bien consUliés que par raison il lî deveroît souffire.
10 Geste response plaîsî bien au prince. Si en furent
prîiel et ordonné de par le prince, dealer en ce voîagô
et querre à le Calongne en Galisse le roy dan Piètre
et son remanant : premièrement messîres Thumas
de Felleton souverain et chief de [ceste emprise *] et
ih armée, messires Richars de Pontchardon, messires
Neelz Lorinch , messîres Symons Burlé et messires
Guk Jaumes Toursiaus ; et devait avoir en ceste armée
iouze nés cargies d^arciers et de gens d armes. Si
fisent cil chevalier dessus nommé leur pourveance
20 et leur ordenance, tout ensî que pour aler en Galisse,
et se partirent de Bourdiaus et dou prince, les mes-
sagiers dou roy dan Piètre en [leur*] compagnie, et
chevaucièrent devers Bayone, et tant fisent qu'il y
parvinrent. Si séjournèrent là quatre jours, en atten-
ds dant Tent, et cargant leurs vaissiaus et ordonnant
leurs besongnes.
Au cinquime jour, ensi comme îl dévoient partir,
li rois dans Piètres de Castille arriva à Bayône, et
éstoît partis de le Calongne en grant cremeur, et
1. Ma. A 8, f» 266 v«. ^ Ms. B 1, t. II, £*> 210 (lacune)
2. Ms. B 4, F> 265. ^ Ms. B 1, U IX - « vo. j
[1366] LIVBE PREMIER^ $ 550. iM
û'i avoit osé [plus*] demorer, son remanaiU avoec-
ques lui^ qui n'estoit mie grans^ et une partie de
son trésor, ce qu'il en avoit pout amener. Si furent
)es nouvelles de sa venue moult grandes entre les
Ënglès. Et se traisent tantost messires Thumas de 5
Felleton et li chevalier devers lui, et le recueillièrent
moult doucement, et li comptèrent et moustrèrent
comment il estoient appariUiet et esmeu, par le com-
mandement de leur signeur le prince, de lui aler
querre jusques à le Calongne ou ailleurs, se il be* lo
songnoit. De ces nouvelles fu li rois dans Piètres
moult joieus» et en remercbia grandement monsi-
gneur le prince et les chevaliers qui là estoient^
§ 550. La venue dou roy dan Piètre qui estoit
arrivés à Bayone segnefiièreat messires Thumas de 15
Felleton et li aultre au prince qui en fu tous resjoïsu
Depuis ne séjournèrent gaires de temps li dessus dit
chevalier dou prince en le cité de Bayone, et amenè-
rent le roy dan Piètre de Castille par devers le cite
de Bourdiaus^ et esploitièrent tant qu'il y vinrent. 20
Mais U princes, qui moult desiroit à veoir ce roy dan
Piètre son cousin, et pour lui plus honnourer et
mieulz festiier, vuida hors de Bourdiaus, bien acon^-
pagniés de chevaliers et d'escuiers, et vint contre le
dit roy, et li fist grant reverense. Quant il Vencon- 25
tra, [iP] Tonnera de fait et de parolles moult gran-
dement, car bien le savoit faire, nulz princes à son
temps mieulz de lui. £t quant il se furent recueilUet
1. Ms. B 4. — Ms. B 1, t. Il, fû 210 ▼<* (lacune).
2. Mb. a 8, f^ 267. — Msa. B : « et. >
200 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366]
et conjoy, ensi comme il apertenoit, il chevaucièrenl
vers Bourdiaus. Et mist li dis princes le roy dan
Piètre au dessus de lui, ne onques ne le volt faire
ne consentir aultrement.
5 Lâ^ en chevauçant, remoustroit li rois dans Piètres
au. prince, envers qui moult il se humilioit, ses po-
vretés, et comment ses frères li Bastars Tavoit boutet
et escachiet hors de son royaume de Castille, et se
complaindoit ossi grandement de le desloyauté de
10 ses hommes, car tout l'avoient relenqui, excepté
uns chevaliers qui là estoit, qu'il li ensignoit, qui
s'appelloit dan Ferrant de Castres. Li princes moult
sagement et courtoisement le reconfortoit, et li prioit
que il ne se volsist mies trop esbahir ne desconforter;
15 car, se il avoit perdu , il estoit bien en le poîssance
de Dieu de lui rendre toute sa perte et plus avant,
et avoir vengance de ses ennemis.
Ensi en parlant pluiseurs paroUes unes et aul-
tres, chevaucièrent il jusques à Bourdiaus, et descen-
20 dirent en Fabbeye de Saint Andrieu , Fostel dou
prince et de la princesse. Et fu li rois dans Piètres
menés en une cambre qui estoit ordonnée pour lui.
Et quant il fu appareilliés, ensi que à lui apertenoit, il
vint devers la princesse et les dames qui le rechurent
25 bellement et courtoisement, ensi que bien le savoient
faire. Je vous poroie ceste matère trop démener de
leurs festes et leurs conjoïssemens; si m'en passe-
rai briefment, et vous compterai comment cils rois
dans Piètres esploita devers le prince, son cousin,
30 lequel il trouva grandement courtois et amiable et
descendant à ses priières et volentés, quoi que aucun
de son conseil li euissent remoustré et dit, ensi que
[4366] LIVRE PREMIER, $ 550. 201
je VOUS dirais ançois que eilz rois daus Piètres fiist
venus à Bourdiaus.
Aucun sage signeur et imaginatif, tant de Gas-.
congue comme d'Engleterre, qui estoient dou con-
seil le dit prince^ et qui loyaument à leur avis le 5
dévoient et voloient consillier, li avoient dit fiable-
ment^ quant il en avoit rusé et parlé à yaus^ ançois
que onque^ Feuist veu : « Monsigneur, vous avés oy
dire et recorder par piuiseurs fois : Qui trop embrace,
mal estraint. Il est vérités que vous estes li uns des lo
princes dou monde li plus prisiés, li plus doubtés et
li plus honnourés^ et tenés par de deçà le mer grant
terre et belle signourie^ Dieu merci, bien et en
pais; ne il n'est nulz rois^ tant soit proçains, pois-
sans ne lontains^ qui au temps présent vous osast 15
couroucier^ tant estes vous'^renommés de bonne che-
valerie, de grasce et de fortune : si vous deveroit
par raison souffire ce que vous avés, et non acquerre
nul anemi. Nous le vous disons pour tant que cilz
rois dans Piètres de Castille, qui maintenant est 20
boutés hors de son royaume, est uns homs et a
estet tousjours moult austères et cruelz et plains de
mervilleuses semilles; et par li ont esté fait et eslevé
tamaint mal ens ou royaume de Castille, et tamains
[vaillans'] homs decolés et mis à iSn sans raison; et par 25
lesquelz villains fais, que il a fais et consentis à faire,
il s'en trueve ores decheus et boutés hors de «on
royaume. Avoech tout ce, il est ennemis à l'Eglise et
escumeniiés dou Saint Père, et est réputés et a esté
un grant temps comme uns tirans , et sans nul title 30
1. Ms. A 8, f» 267 yo. — AIss. B (lacune).
SOI GHBOIOQtJES DB S. FROIfiSART. [f M6]
de raidon â a tousjours grevd et gaerroiiet ses yoi«
sins^ le roy d'Arragon et le roy de Navare^ et yaus
par poksanoe yoIu ddriiireter, et fiat> si comme feme
et renommée keurt parmi son royaume de ses gêna
5 meismes, morir sa moultier^ une jone dame vostre
cousine^ fille au duoh de Bourl>on : pour quoi vous
y deveriës bien penser et regarder ; car tout ce qull
a a sottfirir maintenant, ce sont verghes de Dieu, ech
vdiies sur lui pour lui oastiiar et pour donner as
10 autres rois erestiiens et princes de terres exemple que
il ne fiicent mies enfà. »
De lek parolles et samblables atoit esté avides et
consiUiés U prinee^ en devant ce que li rois dans
Piètres ftist arivés à Bayone; mais à ces paroUes et
15 eonsaaljs il avoit respondu trop vaillamment et diat
enst : « Signeur^ je eroi et tîeng dertaînnement que
à vostre loyal pooir vous me consilliés. Je vous di
que je sui tous enfourmés de le vie et l'estat ce roy
dan Piètre ^ et sçai bien que sans nombre il a fait
30 des maulE assés^ dont maintenant il s'en trueve der«
rière; et ce qui en présent nous muet et enccv^e
de lui voloir aidier, la cause est tèle que je le vous
dirai. Ce n-est pas cose [afferant % deue ne raison*
nable^ d'un bàstart tenir royaume et hiretage^ et
% bouter hors de son royaume et hiretage un sien
frère, roy et hoir de la terre par loyal mariage; et
tout roy et en&nt de roy ne le doient nullement
voloir ne consentir, car c'est uns grans prejudLsces
contre Festat royal. Avoech tout ce, monsigneur mon
30 père et cilz rois dans Piètres de Castille ont eu de
1. Ms. A 8, f> 267 To. ^Mss. B (kieune).
[1366] lilVlUI PAEHIEll, $ BSO* 20S
grant temp», Cê sai je de vérité^ allknoet el ooafiMle^
rations endtunble^ par Ie6qaèlê6 nous sommes tenu
de lui aidier^' ou cas que nous eiLscnnmes de Ir
meismeâ priiet et requis, h
EnsI li dis priûces^ meus et enooragiës de voloir 5
àidiet* et conforter ee roy dati Piètre en son grant
besoing, avoit respôndu à ehiaus de son conseil ^
quant àparlés et avises en avc4t estet; ne onques
on ne li pot oster ne brisier son ^t pourpos que
touldis il ne-fust en un, et eno(»es plus fermes et lo
plus entiers^ quant li dis rois dans Piètres de CastiUe
fil Tenus dalés lui en le cîié de Bourdiaus; Car li
dis rois s'umelioit moult envers lui, et H offrok et
prommetoit Igrans dons et grads pourfis à Aûre^ et
disoit que il feroit Ëdowart, sonjone fil^ roy de Ga** 15
lisse ^ et départiroit à lui et à ses hommes tcès grani
avoir qu'il avoit laissiet derrière lî ens cni royaume
de Gastille^ lequel il n'avoit po«it amener avoeoquea
lui^ et estoit si bien repus et enfermes que nuk ne
le savoit^ fors il tant seulement» A ees pardles ea-> ao
tendoient li ofaevàlier dou prince Tolentâers, ear £n«
glès et Gascon de leUr nature sont grandement ôon»
voiteus. Si iu consilHet ati prince que il assambbst
tous les barons de la duoé d'Aquitainne et son e»t
pecial conseil) et euist à Bourdiaus un gênerai pttn> S5
lement) et là remoustrast li rois dans Pièti»s à tous
comment il se *v6loit maintenir et de qucH il les sate^
fieroit^ se il eStoit ensi que li princes l'empresist à ra-
mener en son pays et fesist sa poissance don re-
mettre. Dont furent lettres escriptes^ et messagier 30
emploiié^ et signeur mandé de toutes pars : premiè-
rement y li contes d'Ermignacb , li contes de Piere-
204 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
gorthy li contes de Comminges, li sires de Labreth^
li viscontes de Cannaing^ li captaus de Beus^ li sires
deTaride, li viscontes de Chastielbon, li sires de
Lescuty li sires de Rosem^ li sires de Lespare, li sires
5 de Caumont^ li sires de Mouchident^ li sires de Cour-
ton, li sires de Pincornet et tout li [autre*] baron de
Gascongne et de Berne. Et en fu priiés li contes de
Fois^ mais il n'i vint mies^ ançois s'escusa pour tant
que il avoit adonc mal en une jambe ^ si ne pooit
10 cevauchier; mes il y envoia son conseil.
§ 551 . A ce parlement qui (a assignés en le bonne
cité de Bourdiaus^ vinrent tout li conte, li visconte,
li baron et li sage homme d'Aquitainne , tant de
Poito, de Saintonge, de Rperge, de Quersin, de Li-
15 mosin, comme de Gascongne. Quant il furent tout
venu, il entrèrent en parlement, et parlementèrent
par trois jours sus Testât et ordenance de ce roy dan
Piètre d'Espagne qui estoit [et se tenoit ■] toutdis pre-
sèns en mi le parlement, dalés le dit prince, son cou-
20 sin, qui parloit et langagoit pour lui, en coulourant
ses besongnes. Finablement, il fu dit et conseilliet au
prince que il envoiast souffissans mess^^es devers le
roy son père en Engleterre, pour savoir quel cose il
en diroit et conseilleroijt à faire, ançois que de lui il
25 empresist ce voiage [à foire']. Et quant on aroit eu la
response dou dit roy d'Engleterre, li baron se remet-
teroient ensamble et consilleroient si bien le dit
1. Ms. A 8, f*> 268. — Ms». B (lacune).
2. Ms. A 8. — Mfts. B (lacune).
3. Ms. B 4, f^ 266. — Ms. B 1, t. II, ^ 212 (lacune^
[i366] LIVRE PREMIER, § mi. 205
prince, que par raison il li deveroit souffire. Adone
furent nommé et ordonné quatre chevalier dou
prince , qui dévoient aler en Engleterre : li sires de
le Ware , messires Neel Lorinch, messires Jehans et
messires Helyes de Pumiers. .Si se départi adonc cilz 0
parlemens ensi^ et s'en rala cescuns en son lieu, et
demora li rois dans Piètres à Bourdiaus dalés le
prince et le princesse qui moult l'onneroient.
Assés tost se départirent de Bourdiaus li dessus dit
[quatre *] chevalier qui estoient ordonné pour aler en 10
Engleterre, et entrèrent en deus nefs ordonnées et
appareillies pour yaus. Et esploitièrent tant par mer,
à l'ayde de Dieu et dou vent, qu'il arrivèrent à Han-
tonne, et reposèrent là un jour pour yaus rafreschir
et traire hors des vaissiaus leurs chevaus et leurs har- 15
nois. Et puis montèrent le secont jour et chevauciè-
rent tant par leurs journées qu'il vinrent en le cité
dé Londres ; si demandèrent dou roy où il estoit. On
lor dist qu'il se tenoit à Windesore. Si alèrent celle
part, et furent grandement bien venu et recueillie 20
dou roy et de le royne, tant pour l'amour dou prince
[leur fil'] qui là les envoioil, que pour ce que il es-
toient signeur et chevalier de grant recommendation.
Si moustrèrent cil dit signeur et chevalier leurs lettres
au roy qui les ouvri et fist lire, et en respondi quant 25
il y eut un petit pensé et visé, et dist : « Signeur,
vous vos trairés à Londres, et je manderai aucuns
barons et sages de mon conseil ; si vous en respon-
derons et expédierons temprement. » Geste response
1. M». B 4, f> 266 ▼•. — M». B 1, t. H, f> 212 ▼« (lacune).
2. Mft. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
306 CHRONIQUES DE >. FROISSâRT. t^3663
pleut adono assës bien à ces chevaliers, et se retrai-
tent à l'endemain à Londres. Ne demora [gaires de
temps *] depuis^ que li rois d'Engleterre vint à Wes^
mou^tier, et là furent à ce jour une partie des plus
5 grans de son conseil, son fil le duc de Lanoastre, le
conte d*Arondiel^ le conte de Saslebrin^ li sires de
Mauni^ messires Renaus de Gobehem^ li sires de Persi^
li sires de Nuefville et moult d'autres^ et ossi des prelas^,
K eVésques deWincestre/lî evesques de LincoHe tet li
vo evesques de Londres. Si consillièrent grandement et
longement sus les lettres dou prince et le priière que
il feisoit au roy son père. Finablement^ il sambla au
roy et à son conseil cose deue et raisonnable don
prince de Galles emprendre ce voiage de remettre et
16 mener le roy d'Espagne arrière en son [royaome^ et
hiretage; et le acordèrent tout notorement^ et sur ce
il rescriôrent lettres notables et autentikes, de par
le roy et le conseil d'Engleterre, au dit prince et à
tous les barons d'Aquitainnes. Et les raportèrent ar-
«0 rièrechil qui aporté les avoient, et devinrent en le
cité de Bourdiaus, où il trouvèrent le prince et le
roy dan Piètre, asquelz il baîUièrent aucunes lettres
ijne U roÎB d'Engleterre leur envoioit. Si fu de recief
tms pariemens nommés et assignés en le cité de
» Bôurdiaus, et y vinrent tout cil qui mandé y furent.
Si furent' là leutes generalment les lettres don roy
d'Engleterre, qui parloient et devisoient plainne-
ment comïnent il voloit que li princes ses fiulz, ou
nom de Dieu et de saint Jorge, empresist le roy dan
1. Ms. B 4. — Ms. B 1 (lacune).
2. M: A 8, P> 268 to. ^ Mss. B (lacune).
[Id60] liVRB PBEMIIER, S Mi. i07
Piètre son cousin a remettre en son bycetage^ dont
on l'avoit à tort et sans raison fraudeléusement, si oom
apparant estoit^ bouté hors. St faisoient enoores les
lettres dou roy d'Englet^re mention que moult il
estoit tenus. par certainnes alliances faites de jadis^ 5
obli§ies et acouvenencies entre lui et le roy de Cas*
tille son cousin^ de lui aidier ou cas que li besoins
touchoit et que priiés et requis en estoitv Et corn-
mandoit li rois d*£ngle terre à tous ses feaulzet priait
à. tous ses amis que ii princes de Galles ses filz fust 10
aidiés^ confortés et oonsiUiés en toutes sesbeson*-
gaes^ si comme il seroit d'yaus, se il y estoit pre-
sens.
' Quant tout U baron d'Aquitainne oïrent lire ces
lettres et veirent le mandement dou roy et le grande is
Tolenté dou prince lor signeur^ si en respondirent
liement et disent ; «Monsigneur^ nous obéirons au
commandement le roy nostre signeur et vostre père,
c'est bien xaisons, et serons tout appareiUiet toutes
fois qu'il vous plaira^ et vous servirons en ce voiage ss
et le roy dan Piètre ossi; mes nous volons savmr
qui. nous paiera et delivera de nos gages^ car on ne
met mies gens d'armes hors de leurs hosteulz^ enû
que pour aler guerriier en estragne pays^ sans estre
paiiet et delivret. £t^ se ce fîist pour les besongoes 9b
de nostre chter sigpeur vostre père ou pour les Yos^
très ou pour vostre honneur ou de nostre pays, nous
n'en partissions pas si avant que nous faisons. » Adoo^
regarda li princes sus le roy dan Piètre et dist : ce Sire
rois^ vous oés que nos gens dient , si en respondés : 3o
à vous en tient à respondre qui les devés et volés
ensonniier. » Adonc respondi li rois dans Piètres au
208 CHRONIQUES DE J. FROTSSART. [1366]
prince et dist :.« Mon [chier^] cousin^ si avant que
mon or, mon argent et tout mon trésor que j'ai
amené par de deçà^ qui n'est pas si grans de trente
fois comme cilz de par de delà est, se pora estendre^
5 je le voeil donner et départir à vos gens. )» Dont dist
li princes : a Vous dittes bien , et dou sourplus j'en
ferai ma debte devers yaus et délivrance^ et vous
presterai tout ce que il vous besongnera jusques à ce
temps que nous serons en Castille. » — « Par mon
10 chief, respondi li rois dans Piètres^ si me ferés grant
grasce et grant courtoisie. »
Encores en ce parlement regardèrent aucun sage,
li contes d'Ermignach^ li sires de Pumiers^ messires
Jehans Chandos^ li captaus de Beus et li aultre que
15 li princes de Galles ne pooit nullement faire ce voiage
sans Tacort et confort dou roy Charle de Navare ; ne
il ne pooient entrer ne aler en Espagne fors par son
pays et les destrois de Raincevaus^ douquel passage il
n^estoient mies bien asseguré de Tavoir^ car li dis
20 rois de Navare et li rois Henris avoient de nouviel
faites grans alliances ensamble. Et là fu longement
parlementé comment on s^en poroit chevir. Si fu dit
et considéré des sages que uns parlemens se feroit et
assigneroit en le cité de Baione de toutes ces parties^
25 et là en dedens envoieroit li princes souffissans hom*
mes et trettieurs par devers le roy de Navare, qui li
prieroiént ou nom dou prince que il volsist estre à
ce parlement en le cité de Baione. Cilz consaulz fu
tenus et arrestés^ et sur ce se parti li dis parlemens;
30 et eurent en couvent cescuns de estre à Baione au
1. Mb. A 8, fo 268 ▼<>. — Mm. B (lacune).
[1366] LIVRE PREMIER, g S»^. 209
jour que mis et ordonnés y fu. En ce terme, envoia
li princes monsigneur Jehan Chandos et monsigneu^ *
Thumas de Felleton devers le roy de Navare qui se
tenoit en le cité de Pampelune. Cil doy chevalier,
comme sage et bien enlangagiet, esploitièrent si bien 5
par devers le roy de Navare que il leur eut en cou-
vent et scella pour estre à ce parlement^ et sur ce il
retournèrent (levers le prince à qui il recordèrent
ces nouvelles.
§ 552. Au jour que cilz parlemens fu assignés en lO
le cité de Baione^ vinrent li princes, li rois d'Es-
pagne, li contes d'Ermignach, li sires de Labreth et
toutli baron de Gascongne, de Poito, de Quersin,
de Saintonge, de Roerge et de Limozin. Et là fu li
rois de Navare personelment, auquel li princes et li IB
rois dans Piètres fisent moult d'onneur et de reve-
rense, pour tant que il en pensoient mieulz à valoir.
Là eut, en le cité^de Baione, de rechief grans parle-
mens et Ions, et durèrent cinq jours. Et eurent li dis
princes et ses consaulz moult de painne et de traveil 20
ançois que il peuissent avoir le roy de Navare de leur
acort y car il n*estoit mies legiers à entamer là où il
veoitque on avoit besoingde lui. Toutes fois, li grans
sens dou prince l'amena à ce que il jura, prommist
et scella au roy dan Piètre pais , amour, alliances et 25
confédération, et li rois dans Piètres ossi à lui sur
certainnes compositions qui furent là ordonnées, des-
quèles li princes de Galles fu moiiens, trettiières et
devisères : c'est à savoir que li rois dans Piètres, >
comme rois de toute Castille, donna, scella et acorda 30
au roy /de Navare et à ses hoirs, pour tenir hireta-
YI — ik
210 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
blement^ toute la terre dou Groing^ ensi comme elle
s'estent par deçà et delà la rivière , et toute la terre
et la contrée [de Sauveterre *], le ville, le chastiel et
toutes les appendances, et le ville de Saint Jehan dou
5 piet des Pors et le marce de là environ : lesquèles
terres, villes et chastiaus et signouries il li avoit tolut
de jadis et tenu de force. Avoech tout ce , li dis rois
de Navare devoit avoir six vingt mil frans, pour ouvrir
son pays et lassier passer paisieulement toutes gens
10 d*armes et yaus faire aministrer vivres et pourvean-
ces, leurs deniers paians. De laquèle somme de florins
li princes fîst sa debte envers le roy de Navare. Quant
li baron [de la prinçauté *] d'Aquitainnes seurent
que parlemens et trettiés se portoient ensi que on
15 estoit d'acort au roy de Navare, il veurent savoir qui
les paieroit de leurs gages. Et là li princes, qui grant
affection avoit en ce voiage, en fîst sa debte envers
yaus, et li rois dans Piètres au prince. Quant toutes
ces coses [furent ordonnées et confremées, et que
20 cescuns sceut quel cose il devoit faire et avoir, et il
eurent séjourné en le cité de Baione plus de douze
jours et jeué et révélé ensamble moult amiablement,
li rois de Navare prist congiet et se retraist ens ou
royaume de Navare dont il s'estoit partis, et s'i tint
25 depuis un temps pour mieulz garder son pays. Et si
se départirent tout cil signeur li un de l'autre, et se
retraist cescuns en son lieu. Meismement li princes
s'en revint à Bourdiaus et li rois dans Piètres demora
à Baione.
1. M». B 4, fo 267 vo. — Ms. B I, t. II, f« 214 (lacune).
2. Ms. B4. — Ms. Bl (lacune).
[4366] LIVRE PREMIER, § 552. 211
Si envoia tantost li dis princes ses hiraus en Es-
pagne par devers ses chevaliers et aucunes chapi-
tainnes des Compagnes^ qui estoient Ënglès et Gascon
favourable et obéissant à lui , yaus dire et segnefîier
que il se retraisissent tout bellement et presissent 5
congiet dou dit bastart Henri ^ car il avoit mestier
d'yaus et les emploieroit ailleurs. Quant li hiraut, qui
ces lettres et ces nouvelles aportèrent en Castille
devers les chevaliers dou prince furent venu devers
yaus, il veirent et cogneurent tantost que il les re- 10
mandoit : si prisent congiet au dit roy Henry^ au
plus tost qu'il peurent et au plus courtoisement, sans
yaus descouvrir ne l'intention dou prince. Li rois
Henris, qui es toit larges, courtois et honnourables^
leur donna [congié*] moult doucement^ et les re- 15
mercia grandement de leur bon service et leur de-
parti au partir de ses biens tant que tout s'en con-
tentèrent. Si vuidièrent d'Espagne messires Eustasses
d*Aubrecicourt, messires Hues de Cavrelée, messires
Gantiers Hués^ messires Mahieus dis de Gournay, 20
messii*es Jehans d'Evrues et leurs routes et pluiseur
aultre chevalier et escuier que je ne puis mies tous
nommer, de Tostel dou prince^ et revinrent au plus
tost et plus hasteement qu'il peurent.
Encores estoient toutes les Compagnes et les cha- 25
pitainnes des Compagnes esparses parmi le pays ; si
ne sceurent mies sitost ces nouvelles que li dessus
nommet chevalier fisent. Toutes fois, quant il les
seurent, il se recueillièrent ensamble et se misent au
retour, loist à savoir : messires Robers Brikés, Jehans 30
1. Ms. B 3, r^ 281. — Mss. B 1 et 3 (lacune).
212 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
Cressuelle^ messires Robers Ceui^ messires Perducas
de Labrelh, messires Garsis dou Chastiel^ Naudon
de Bagerant^ le bourch de Lespare, le bourch Camus,
le bourch de Bretueil et li aultre. Et ne seul mies
5 sitost li rois Henris les nouvelles ne le volenté dou
prince , que il voloit ramener son frère le roy dan
Piètre en Espagne^ que fisent li dessus dit. Et bien
lor besongna^ car^ se il l'euist sceu, il ne fuissent
miès parti si legierement qu'il fisent^ car bien estoit
10 en se poissance d'yaus porter contraire et destour-
bier. Toutes fois, quant il en sceut le certainneté.
par samblant il n'en fîst mies trop grant compte, et
en parla à monsigneur Bertran de Claiekin qui estoit
cncores dalés lui et dist : u Dan Bertran^ regardés
15 dou prince [de Galles*]. On nous a dit qu'il nous vorra
guerriier et remettre ce Juis, qui s'appelle rois de
Castille^ par force, en nostre royaume. Et vous, qu'en
dittes ?» — ce Monsigneur , respondi messires Ber-
trand, il est bien si vaillans chevaliers, puisqu'il l'a
20 entrepris, il en fera son pooir. Si vous di que yous
faciès bien garder vos destrois et vos passages de
tous lés, par quoi nulz ne puist entrer ne issir de
vostre royaume, fors par vostre congiet, et tenés à
amour toutes vos gens. Je sçai de vérité que vous
25 ares en France grant aye de chevaliers et d'escuiers
qui volentiers vos serviront : je m'en retournerai,
par vostre congiet, par de delà, et vous y acquerrai
tous les amis que je porai. » — « Par ma foy, dist li
rois, dans Bertran, vous dilles bien, et dou sour-
80 ^ plus je me ordonnerai par vous et par vostre con-
1. M«. A 8, f« 269 vo. — Mss. B (lacune).
[1366] LIVRE PREMIER, § 553. 213
«eil. » Depuis ne demora gaires de temps que mes-
sires Bertrans de Claiekin se parti dou roy Henri, et
s'en vint en Arragon où li rois le reeueilla liement^
et fu bien quinze jours dalés lui. Et puis s'en parti
et fist tant par ses journées qu'il vint à Montpellier^ 5
et là trouva il le duc d'Ango qui le reçut ossî moult
liement^ car moult l'amoit. Quant il eut là esté un
terme dalés lui , il s'en parti et s'en revînt en France
devers le roy qui le rechut à grant joie.
§ 553. Quant les certainnes nouvelles s'espardi- lo
rent en Espagne et en Arragon et ossi ou royaume
de France, que li princes de Galles voloit remettre le
roy dan Piètre arrière eus ou royaume de Castille,
si en furent pluiseur gens esmervilliet et en parlèrent
en tamainte manière. Li aucun disoient que li princes 15
einprendoit ce voiage par orgueil et presumption, et
estoit courouciés de l'onneur que messires Bertrans
de Claiekin avoit eu de conquerre tout le royaume
de Castille ou nom dou roy Henri et de li faire roy.
Li autre disoient que pités et raisons le mouvoient à 20
ce que de voloir aidier le roy dan Piètre à remettre
en son hiretage; car ce n'estoit mies cose deue ne
raisonable d'un bastart tenir royaume et porter
nom de roy. Ensi estoient par le monde pluiseur
chevalier et escuier en diverses opinions. Toulesfois, 25
li rois Henris escripsi tantos devers le roy d'Arragon ,
et envoia grans messages, en priant que i\ ne se vosist
nullement acorder ne composer par devers le prince
[d*Acquitaine*l ne ses allyés; car il estoit et volpit eslre
1, Ma. B 4, f*> 268. — Ms. B 1, t. II, P» 215 (lacune).
214 CHRONIQUES DE J. FROÏSSART. [1366]
ses bons amis. Li rois d'Arragon^ qui moult l'amoit à
avoir à voisin, car il avoit trouvé dou temps passé le
roy dan Piètre moult cruel et auster, Ven assegura
et dist que nullement, pour à perdre grant partie
5 de son royaume, il ne se allieroit ne acorderoit au
dit prince, ne à ce roy dan Piètre, mais ouveroit
son pays pour laissier passer toutes manières de
gens dWmes qui en Espagne vorroient aler, tant de
France comme d'ailleurs, en son confort, et einpe-
10 ceroit tous chiaus qui grever et contrariier le vor-
roient.
Cilz rois d'Arragon tint bien tout ce qu'il pro-
mist à ce roy Henri; cai*, si tretost comme il sceut
* de vérité que li princes de Galles voloît aidier le roy
15 dan Piètre, et que les Compagnes tendoient à retraii^e
celle part et en le prinçaulé, il fist clore tous les pas
d*Arragon et garder bien destroitement , et mist
gens d'aimes et géniteurs sus les montagnes et es
destrois de Catellongne, sique nulz ne pooit passer
20 fors en grant péril. Mais les Compagnes trouvèrent un
aultre chemin , et eurent trop de maulz et de povre- -
tés, ançois que il peuissent issir hors des dangiers
d'Arragon. Toutesfois, il vinrent sus les marces de le
coûté de Fois, et trouvèrent le pays de Fois clos
25 contre yaus; car li dis contes ne voloit nullement
que telz gens entrassent en sa terre.
Ces nouvelles vinrent au prince de Galles, qui pour
le temps se tenoit à Boiirdiaus, et pensoit et imagi-
noit nuit et jour comment à sen honneur il poroil
30 parfurnir ce voiage, que ces Compagnes ne pooient
passer ne retourner en Aquitainne, et que li pas et
destroit d'Arragon et de Catellongne leur estoient
[1366] LIVRE PREMIER, § SÎ53. 215
deveé et clos, et estoient à l'entrée de le conté de
Fois, et non pas trop à leur aise. Si se doubta li dis
princes que li rois Henris et li rois d'Arragon par
constrainte ne menassent telement ces gens d'armes
qui estoient bien douze mil, desquels il esperoit à 5
avoir le confort, et ossi par grans dons et prom-
messes^ que il ne fuissent contre lui. Si se avisa li
dis princes que il envoieroit devers yaus monsigneur
Jehan Chandos pour trettier à yaus et retenir, et ossi
par devers le conte de Fois^ que par amours il ne leur 10
vosist faire nul contraire , et tout le damage que il
feroient sus lui ne en sa terre, il leur renderoit au
double.
Ce message à faire , pour l'amour de son signeur
le prince, emprist messires Jehans Chandos, et se 15
parti de Bourdiaus et chevauça devers le cité de
Dax en Gascongne, et esploita tant par ses journées
qu'il vint en le conté de Fois où il trouva le dit
conte. Si parla à lui si aviseement et si couvignable-
ment que il eut le conte de Fois d'acort, et le laissa 20
passer oultre parmi son pays paisieulement. Si trouva
les Compagnes en un pays que on dist Bascle. Là
tretta il à yaus , et esploita si bien que il eurent tout
en couvent de servir et de aidier le prince en ce
voiage , parmi grant argent qu'il dévoient avoir de 25
prest. Et tout ce leur jura messires Jehans Ghandos
[qu'il n'y trouveroient point de deflFaule. Si se parti
dUaulx li dis messires Jehans Chandos ]\ et vint de
recief devers le conte de Fois et li pria doucement
que ces gens, qui estoient au prince, il volsist souf- 30
1. Ms. B 4, f» 268 y^, — Ms. B 1, t. II, P» 216 (lacune).
21 G CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i366]
frir et laissier passer parmi un des corons de sa
terre.
Li contes de Fois, qui voloit estre agréables au prince
et qui estoit ses lioms en aucune manière , pour lui
5 complaire^ li acorda^ parmi tant que ces Compagnes
ne dévoient porter nul damage à lui ne à se terre.
Messires Jehans Cliandos li eut en couvent^ et envoia
arrière un sien chevalier et un hiraut devers les Com-
, pagnes, et tout le trettiet qui estoit entre lui et le
10 conte de Fois^ et puis s*en retourna arrière en le
prinçauté. Si trouva le dit prince à Bourdiaus, à qui
il recorda tout son voiage et comment il avoit es-
ploitié. Li princes, qui le creoit et amoit, se tint bien
à contens de son esploit et de ce voiage.
15 § 554. En ce temps, estoit li princes de Galles en
la droite ileur de la jonèce, et ne fu onques soelés
ne lassés^ depuis qu'il se commença premièrement à
armer, de guerriier et de tendre à tous haus et no>
blés fais d'armes. Et encores, à ceste emprise dou dit
20 voiage d'Espagne et de remettre ce roy escachiet par
force d'armes en son royaume, honneiu^s et pités l'en
esmeurent. Si en parloit souvent à monsigneur Jehan
Chandos et à monsigneur Thumas de Felleton, qui
estoient li plus especial de son conseil, en demandant
35 qu'il leur en sambloit.
Chil doi chevalier li disoient bien : « Monsi-
gneur, certes c'est une haute emprise et grahde,
sans comparison plus forte et plus hautainne que
ceste ne fu de bouter hors le roy dan Piètre de son
30 pays , car il estoit hays de tous ses hommes , et
tout le relenquirent, quant il en cuida estre aidiés.
[4366] LIVRE PREMIER, § BK^. 217
Or joist et possesse à présent cilz rois bastars de
tout le royaume entièrement de Castille et a l'amour
des nobles et des prelas et de tout le demorant,
et l'ont fait roy : si le vorront tenir en cel estât,
comment qu*il prende. Si avés bien mestier que 5
vous aiiés en vostre compagnie grant fuison de
bonnes gens d'armes et d'arciers, car vous trouvères
bien à qui combatre, quant vous vem'és en Espagne.
Si vous loons et consilions que vous rompes la gri-
gnour partie de vo vaisselle d'argent et de vostre 10
trésor, dont vous estes bien aisiés maintenant, et en
faites &ire monnoie pour donner et departii* large-*
ment as compagnons, desquelz vous serés servis en
ce voiage et qui pour l'amour de vous iront, car
pour le roy dan Piètre n'en feroient il riens. Et si 15
envoiiés devers le roy vostre père, en priant que vous
soiiés aidiés de cent mil frans^ que li rois de France
doit envoiier en Engleterre dedens brief terme»
Prendés finance tout partout là où vous le poés avoir,
car bien vous besongnera, sans taillier vos hommes 20
ne vostre pays : si en serés mieulz amés et servis de
tous. »
A ce conseil et à pluiseurs aultres bons, que li doi
dessus dit chevalier li donnèrent , se tint li princes
de Galles; et fist rompre et brisier les deus pars de 25
toute se vaisselle d'or et d'argent, et en fist faire et
forgier monnoie pour donner as compagnons. Avoech
tout ce, il envoia en Engleterre devers le roy son
père, pour impetrer ces cent mil frans dont je parloie
maintenant. Li rois d'Engleterre , qui sentoit assés 30
les besongnes dou prince son fil, li acorda legiere-
ment et en escrisi devers le roy de France et l'en
218 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
envoia lettres de quittancez. Si furent li oent mii
frans en celle saison délivré as gens dou prince et
départi à toutes manières de gens d'armes.
§ 555. Une fois, estoit en récréation li princes de
5 Galles en sa cambre, en le cité d'Angouloime, avoech
pluiseurs chevaliers de Gascongne, de Poito et d'En-
gleterre; et bourdoit à yaus et yaus à lui de ce voiage
d'Espagne, et fu dou temps que messires Jehans
Chandos estoit oultre apriès les Compagnes. Si tourna
10 son chief devers le signeur de Labreth et U dist :
(f Sires de Labreth, à quèle quantité de gens d'armes
me pores vous servir en ce voiage? » Li sires de
Labret fu tous apparilliés de respondre, et moult lie-
ment li dist ensi : « Monsigneur, se je voloie priier
15 tous mes amis, c'est à entendre mes feaulz, j'en
aroie bien mil lances, et toute ma terre gardée. » —
« Par mon chief, sire de Labreth, dist li princes,
c'est belle cose. » Lors regarda sus le signeur de Fel-
leton et sus aucuns chevaliers d'Engleterre, et leur
20 dist en englès : a Par ma foy, on doit bien amer la
terre où on a un tel baron qui poet servir son si-
gneur à mil lances. » Apriès, il s'en retourna devers
le signeur de Labreth et dist de grant volenté : « Sires
de Labreth, je les retieng tous. » — « Che soit, ou
25 nom de Dieu, monsigneur, » ce respondi li sires de
Labreth. De ceste retenue deubt depuis estre avenus
grans maulz, si com vous orés avant en l'ystore.
Or retournons nous as Compagnes qui s'estoient
acordé et ahers avoech le prince. Si vous di que il
30 eurent moult de maulz, ançois que il fuissent revenu
et rentré en le prinçauté, tant de géniteurs comme
[1366] LIVRE PREMIER, § 5SK. 21^
de chiaus de Kateliongne et d'Arragon^ et se dépar-
tirent en trois routes. Li une des compagnies et plus
grande s'en alèrent costiant Fois et Berne ; li aultre,
Castellongne et Hermignach; et la tierce s'avalèrent
entre Arragon et Fois, par l'acort dou conte d'Ermi- 5
gnach, dou signeur de Labreth et dou conte de Fois.
En celle route^ avoit le plus grant partie de Gascons.
Et s'en venoient cil compagnon , qui pooient estre
environ Iroi mil, par routes et par Ck)mpagnes^ en
l'une Iroi cens, en l'autre quatre cens, devers Tar- 10
cevesquiet de Thoulouse, et dévoient passer entre
Thoulouse et Montalben.
A ce donc, avoit un bon chevalier de Finance à sé-
néchal à Thoulouse, qui s'appelloit messires Guis
d'Azai. Quant il entendi que ces Compagnes appro- 15
çoient et qu'il chevauçoient en routes et ne pooient
estre en somme non plus de ti*ois mil combatans qui
encores estoient foulé, lassé et mal armé, mal monté
et pis cauchié, si dist qu'il ne voloit mies que tek
gens approçassent Tholouse ne le royaume de France, 20
pour yaus recouvrer, et qu'il leur iroit au devant et
les combateroit, s'il plaisoit à Dieu. Si segnefia tan-
tost se intention au conte de Nerbonne et au senes-
cal de Carcassonne et à celui de Biaukaire et à tous
les officiiez et chevaliers et escuiers de là environ , 25
en yaus mandant et requérant ayde pour aidier à gar-
der le frontière contre ces maies giens nommés Com-
pagnes. Tout cil, qui mandé et priiet furent, obéirent
et se hastèrent et vinrent, au plus tost qu'il peurent,
en le cité de Toulouse. Et se trouvèrent grans gens, 30
bien cinq cens lances, chevaliers et escuiers, et quatre
mille bidaus, et se misent tout sus les camps par de-
220 CHKONIQUES DE J. FROISSART. [i366]
vers Montalben, à sept liewes de Thoulouse où ces
gens se tenoient^ li premier qui venu estoient; et,
tout compté, il ne se trouvoient non plus de deux:
cens lances, mais il attendoient les routes de leurs
5 compagnons qui dévoient passer par là.
§ 556. Quant li contes de Nerbonne et messires
Guis d'Azai, qui se faisoient souverain et meneur de
toutes ces gens d'armes, furent parti de le cité de
Thoulouse, il s'en vinrent logier assés pries de Mon-
10 talben, qui adonc se tenoit dou prince, et en estoit
chapitains à ce jour uns chevaliers englès qui s'ap^
pelloit messires Jehans Trivés. Si envoiièrent cil si-
gneur de France leurs coureurs par devant Montalben,
pour attraire hors ces Compagnes qui s'i tenoient.
15 Quant le chapitainne de Montalben entendi que U
François estoient venu à main armée et à host devant
sa forterèce, si en fu durement esmervilliés, pour tant
que la terre estoit dou prince. Si vint as barrières
de la ditte ville, et fist tant que sus assegurances ii
20 parla as dis coureurs et leur demanda qui là les en-
voioit et pourquoi il s'avançoient de courir sus le
terre dou prince , qui estoit voisine et devoit estre
amie avoec le corps dou signeur au royaume et au
roy de France. Cil respondirent et disent : « Nous ne
25 sommes mies de nos signeurs, qui chi nous ont en-
voiiet, dou rendre raison si avant cargiet ; mes pour
vous apaisier, se vous volés venir ou envoiier par de-
vers nos sîgneurs, vous en ares bien response. » —
« Oil, dist la chapitainne de Montalben, je vous pri
30 que vous vos retraiiés par devers yaus, et leur dittes
qu'il m'envoient un saufconduit par quoi je puisse
[i366] LIVRE PREMIER, § 556. 221
aler parler à yaus et retourner arrière , ou il m'en-
voient dire plainnement poiurquoi ne à quel title il
me font guerre; car se je cuidoie que ce fust [tout*] à
certes, je le segnefieroie à monsigneur le prince qui
y pourveroit tantost de remède. » Chil respondirent 5
qu'il le feroient volentiers. U retournèrent et recor-
dèrent à leurs mestres toutes ces parolles.
Li saufconduis [fu*] impetrés ou nom dou dit mes-
sire Jehan Trivet et aportés à Montalben. Adonc se
parti il, lui cinquime tant seulement, çt vint ou logeis lo
des dessus dis François, et trouva les signeurs qui es-
toient tout appareilUet de lui recevoir et avisé de res-
pondre. Il les salua, il li rendirent sen salut, et puis leur
demanda à quel cause il avoient envoiiet courir à main
armée par devant sa forterèce qui se tenoit de mon- 15
signeur li prince. Cil respondirent : « Messire Jehan,
sachiés que, à vous ne à monsigneur le prince, nous
ne volons nulle ahatie ne point de guerre; mes nous
volons nos ennemis cachier, où que nous les savons. »
— « Et qui sont vostre ennemi ne où sont il? » ce 20
respondi li chevaliers. — a En nom Dieu , dist li
contes de Nerbonne , il sont dedens Montalben et
sont robeur et pilleur, qui ont robet et pilliet et pris
et couru mal deuement sus le royaume de France :
ce ne fait mies à souffrir. Et ossi, messire Jehan, se 25
vous estiés bien courtois ne amis à vos voisins, vous
ne les deveriés mies soustenir, qui pillent et robent
les bonnes gens sans nul tifle de guei:*re, car par telz
oevres s'esmuevent les haynes entre les signeurs. Si
1. Ma. B 4, f> 270. — Ms. B 1, t. II, f« 217 vo (lacune).
2. Ms. B4. — Ms. B 1 (lacane).
222 CHRONIQUES DE J. FROISSâAT. [1366]
les metés hors de vostre forterèce, ou aultrement
vous n'estes mies amit au roy ne au royaume de
France. » — ce Signeur, dist la capitainfte de Montal-
ben, il est bien voirs que il a gens d'armes dedens
5 ma garnison, que monsigneur le prince a mandés^ et
les tient à lui et pour ses gens. Si ne sui mies con-
silliés que d'yaus [faire partir si soubdainement *] ne
faire vuidier; et^ se cil vous ont fais aucun desplaisir^
je ne puis mies veoir qui droit vous en face, car ce
10 sont gens d'armes : si les convient vivre ensi qu'il
ont acoustumé et sus le royaume de France et sus la
prinçauté. d
Dont respondirent li contes de Nerbonne et mes^
sires Guis d'Azai et disent : « Ce sont gens d'armes,
15 voirement telz et quels ^ qui ne sèvent vivre fors de
pillage et de roberie^ et qui mal courtoisement ont
chevauciet sus nos mètes : si le comparront, se nous
les poons tenir as camps. Car il ont ars, pris et
pilliet et fait moult de mauls en le senescaudie de
20 Thoulouse, dont les plaintes en sont venues à nous;
et, se nous leur souffrions à faire, nous serions
traitte et parjm^e envers le roy nostre signeur qui
ci nous a establi pour garder sa terre. Si lor dittes
hardiement de par nous ensi, car puisque nous sa-
25 vous où il logent et herbergent, nous ne retourne-
rons, si l'arons amendé, ou il nous coustera encores
plus. »
Aultre response n'en peut adonc avoir li capi-
tainne de Montalben : si se parti mal contens d'yaus
30 et dist que, pour leurs manaces, il ne .briseroit ja
1. Ms. B 3, i^ 283 v<>. - Ms. fi 1, t. II, f» 218 (lacune).
[1366] LIVRE PREMIER, § 557. 2S3
sen entente, et retourna en Montalben et recorda
as compagnons toutes les parolles que vous avés
oyes. /
§ 557. Quant li compagnon entendirent ces nou^
velles, si ne furent mies bien asseguret^ car il n^es- 5
toient pas à jeu parti contre les François : si se tin-
rent sus leur garde dou mieulz qu'il peurent. Or
avint que, droit au cinquime jour que ces parolles
eurent esté^ messires Perducas de Labreth à tout une
grant route de compagnons deubt passer parmi lo
Montalben^ car li passages estoit par là pour entrer
en le prinçauté : si le fîst à savoir à chiaus de le ville.
Quant messires Robers Geni et li aultre compagnon^
qui là se tenoient pour enclos, entendirent ces nou-
velles^ si en furent moult resjoy, et segnefiièrent tout 15
secrètement le convenant des François au dit monsi-
gneur Perducas et comment il les avoient là assegiés
et les maneçoient durement^ [et ossi quels gens il es*
toient '] et quels chapitainnes il avoient.
Quant messires Perducas de Labreth entendi ce^ si 20
n'en fu de noient effraés, mes recueilla ses compa-
gnons de tous lés et s*en vint bouter par dedens
Montalben où il fu recheus à grant joie. Quant il fîi
là venus^ il eurent parlement ensamble comment il
se poroient maintenir, et eurent d'acort que à l'en- 25
demain il s'armeroient et monteroient tout à cheval,
et se metteroient hors de le ville et se adreceroient
verâ les François, et leur prieroient que paisieule-
ment il les laissassent passer, et^ se il ne voloient
1. Ms. B k, f« 270 V». — Ms. B 1, t. U, P» ai8 ^ (lacune).
224 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1366]
à ce descendre et que combattre les couvenist, il
s^enventurroient et se venderoient à leur loyal pooir.
Tout ensi comme il l'ordonnèrent^ il le fisent.
A. l'endemain^ il s'armèrent et sonnèrent leurs
5 trompètes, et montèrent tout à cheval et vuidièrent
hors de Montalben. Ja estoient armé li François
pour l'effroi qu'il avoient oy et veu, et tout rengiet
et mis devant le ville ^ et ne pooient passer les Com*
pagnes fors que parmi yaus. Adonc |se misent tout
10 devant messires Perducas de Labreth et messires Ro-
bers Ceni et veurent parlementer as François et priier
que on les laissast passer paisieulement ; mes li Fran-
cois leiu* envoiièrent dire que il n*avoient cure de
leur parlement et qu'il ne passeroient^ fors parmi les
15 pointes de leurs glaves et de leurs espées. Et escriiè-
rent tantost leurs cris et disent : «Avant! Avant! A
ces pilleurs, qui pillent et robent le monde et vivent
sans raison ! »
Quant les Compagnes veirent que c'estoit à certes
20 et que combattre les couvenoit ou morir à honte,
si descendirent tantost jus de leurs chevaus, et se
rengièrent et ordonnèrent tout à piet moult faitice-
ment^ et attendirent les François qui vinrent sus yaus
moult hardiement^ et se misent ossi par devant yaus^
25 tout à piet. Là commencièrent à traire^ à lanchier et à
estechier li un à l'autre grans cops et apers, et en y
eut pluiseurs abatus des uns et des aultres^ de premiè-
res venues. Là eut grant bataille forte et dure et bien
combatue, et tamainte apertise d'armes faite^ tamaint
30 chevalier et tamaint escuier reversé et jette par terre,
Toutesfois^ li François estoient trop plus sans com-
parison que les Compagnes, bien troi contre un :
[4366] LIVRE PREMIER, § 557. 225
si n'en avoient mies la pieur pareçon et reboutèrent
à ce commenchementles Compagnes, [par bien com-
batre *,] bien avant jusques dedens les barrières. Là ot
au rentrer maint homme mis à meschief, et euissent
eu^ ce qu'il y avoit de Compagnes, trop fort temps, 5
se n'euist esté la chapitainne de la ditte ville qui fîst
armer toutes gens et commanda estroitement que
cescuns à son loyal pooir aidast les Compagnes qui
estoient homme au prince.
Lors s'armèrent tout cil de le ville et se misent lo
en conroy avoec les Compagnes^ et se boutèrent
en l'escarmuce. Et meismement les femmes de le
ville montèrent en leurs loges et en leurs soliers^
pourveues de pierres et de cailliaus, et commen-
chièrent à jetter sus ces François si fort et si roit 15
qu'il estoient tout ensonniA d'iaus targier^ pour le
jet des pierres, et en blecièrent pluiseurs et recu-
lèrent par force.' Dont se resvigurèrent li compa-
gnon ) qui furent un grant temps en grant péril, et
envaïrent fièrement les François. Et vous di que il 20
y eut là fait otant de grans apertises d*armes^ de
prises et de rescousses , que on avoit veu en grant
temps faire ^ car les Compagnes n'estoient que un
petit ens ou regart des François. Si se prendoient
priés de bien faire le besongne^ et reboutèrent leurs 23
ennemis par force d'armes tous hors de le ville.
Et avint ensi, entrues que on se combatoit, que une
route de Compagnes, que li bours de Bretuel et Nau-
don de Bagherant menoient, en laquèle route estoient
bien quatre cens combatans, se boutèrent par derrière 30
1. Mt. A 8, (^ 273. — Mst. B (lacune).
VI — : r>
226 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
en le ville ^ et avoient chevauciet toute le nuit en
grant haste pour là estre, car on leur avoit donnet à
sentir que li François avoient assegiet leurs compa-
gnons dedens Montalben : si vinrent tout à point à
. 5 le bataille. Là eut de rechief grant hustin et dur. Et
furent li François par ces nouvelles gens fièrement
assalli et combatu^ et dura cilz puigneis et cilz estours
de l'eure de tierce jusques à basse nonne.
Finablementy li François furent desconfi et mis en
10 cace, et chil tout ewireus^ qui peurent partir, monter
à cheval et aler leur voie. Là furent pris li contes de
Nerbonne^ messires Guis d'Azai, li vicontes d'Uzès^ li
sires de Montmorillon^ li seneschaus de Carcassonne,
li seneschaus de Biaukaire et plus de cent chevaliers^
15 que de France, que de Prouvence , que des marées
de là environ, et tamains bons escuiers et mains
riches homs de Thoulouse et de Montpellier. Et en-
core en euissent il plus pris , se il euissent cachiet ,
mais il n'estoient c'un peu de gens, et mal monté :
20 si ne s'osèrent enventurer plus avant, et se tinrent à
ce qu'il eurent. Geste escarmuce ta à Montalben, le
vigile Nostre Dame, en le mi aoust, Fan de grasce
mil trois cens sissante et sis.
% 558. Apriès [la desconfiture ^] et le prise des dessus
25 dis, messires Perducas de Labreth, messires Robers
Ceni, messires Jehans Trivés, messires Robers d'Au-
beterre, li bours de Bretuel, Naudon de Bagherant
et leurs routes départirent leur butin et tout leur
gaaing, dont il eurent grant fuison. Et tout cil qui
1. Mfl. B 4, fo 271. — Ma. B 1, t. U, fo 219 to (lacune).
[1366] LIVRE PREMIER, § 588. 227
prisonnier avoient, il leur demoroient^ et en pooient
faire leur pourfit, rançonner ou quitter^ se il to-
loient^ dont il leur fisent très bonne compagnie. Et
les rançonnèrent courtoisement, cescun seloneh son
estât et son afaire, et encores plus doucement^ pour 5
tant que ceste avenue leur estoit fortuneusement ve-
nue et par biau fait d'armes; et les recrurent tous^
petit s'en fallirent^ et leur donnèrent terme de raporter
leurs raençons à Bourdiaus ou ailleurs où bon leur
sambla. Si se parti cescuns et revint en son lieu et en lo
son pays. Et les Compagnes s'en alèrent devers mon-
signeur le prince qui les rechut liement et les vei
très Yolentiers et les envoia logier en une marce que
on appelle Bascle^ entre les montagnes.
Or vous dirai qu'il avint de ceste besongne, et 15
comment li contes de Nerbonne , li seneschau» de
Thoulouse et li aultre prisonnier^ qui avoient esté
rançonné et recreu sus leurs fois , fînèrent et payè-
rent. En ce temps, regnoit papes Urbains V**, qui
tant haoit ces manières de gens nommés Compagnes 20
que plus ne pooit, et les avoit de grant temps escu-
meniiés et sentenciiés, pour les villains fais qu'il iai-
soient : siques^ quant il fu enfourmés de céste jour-
née et comment, en bien Élisant à sen entente^ li
contes de Nerbonne et li aultre avoient esté ruet jus, 25
si en fu durement courouchiés. Et se soufTri tant
qu'il se furent tous mis à finance et revenu en leurs
maisons. Si lor manda par mos exprès et defièndi
estroitement que de leurs raençons il ne paiassent
nulles^ et les dispensa et absolst de leurs fois. 30
Ensi furent quitte chil signeur chevalier et es-
cuier qui avoient estet pris à Montalben^ et n'osèrent
nS CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366]
brîsier le commandement dou pape. Si vint as au-
cuns bien à point et as Compagnes moult mal qui
s'estoient attendu à avoir argent, et le cuidoient avoir
pour faire leur besongnci yaus armer^ monter et ap-
5 pareillier^ ensi que compagnon de guerre s*abillent^
quant il ont largement de quoi^ et il n'eurent riens.
Si leur vint à grant contraire ceste ordenance dou
pape^ et se complaindirent par pluiseurs fois à mon-
signeur Jehan Chandos, qui estoit connestables d'A-
10 quitainnes et regars par droit d'armes sus telz be-
songnes, mais il s'en dissimuloit envers yaus au
mieulz qu'il pooit^ pour tant que il savoit voirement
que li papes les escumenioit, et que leur fais et estas
touchoit à pillerie^ siques il me samble qu'il n'en
15 eurent onques depuis aultre cose.
§ 559. Nous parlerons dou prince de Galles et ap«
procerons son voiage^ et vous compterons comment
il persévéra. Premièrement, si com ci dessus est dit,
il fîst tant qu'il eut toutes les Ck)mpagnes de son acort
30 où il avoit douze mil bons combatans ^ et moult li
coustèrent au retenir;. Et encores, quant il les eut^ il
les soustint à ses frès et à ses gages, ançois que il
partesissent de le prinçauté^ de l'issue d'aoust jusques
à l'entrée de février. Avoech tout ce, li princes,
25 d'autre part, retenoit toutes manières de gens d'armes
là où il les pooit avoir. Dou royaume de France n'en
avoit il nul, car tout se traioient devers le roy Henri,
pour l'amour et les alliances qui estoient entre le roy
leur signeur et le roy Henri. Et encores eut li dis
30 rois Henris aucunes des Compagnes qui estoient
Breton^ favourable à monsigneur Berlran de Claiekin^
[1366] UVR£ PREMIER, $ 5M. 2i9
desquelz Selevestre Bude, Alains de Saint Pol^ Guil*
laume dou Bruel et Alains de Lakonet estoient capi-
tainne.
Si euist bien eu li dis princes de Galles encores
plus de gens d*armes estragniers^ Alemans^ Fia- 5
mens et Braibençons^ se il volsist; mais il en ren-
voia assés^ et eut plus chier à prendre -ses feaulz de
le princeté que les estragniers. Ossi il li vint uns
grans confors d'Engleterre , car quant li rois d*En-
gleterre ses pères vei que cils volages se feroit, il 10
donna congiet à son fil monsigneur Jehan , duch de
Lancastre^ de venir veoir son frère le prince de Galles
à une quantité de gens d'armes^ quatre cens hommes
d*armes et quatre cens arciers. Dont, quant les nou-
velles en vinrent au dit prince que ses frères devoit 16
venir^ il en eut grant joie et se ordonna sur ce.
En ce temps^ vint devers le dit prince en le cité de
Bourdiaus messires James^ rois de Maiogres. Ensi se
faisoit il appeller, quoique il nU euist riens ; car li
rois d'Arragon le tenoit sus lui de force, et avoit le 90
père ce dît.roy de Maiogres feit morir en prison en
une cité, en Arragon, que on dist Barselone. Pour
quoi cilz dis rois James, pour contrevengier le mort
de son père et. recouvrer son hir étage, estoit trais
hors de son pays, car il avoit pour ce temps à moul- 35
lier la royne de Naples. Auquel roy de Maiogres li
princes fist grant feste et le conjoy doucement et le
reconforta grandement, quant il li eut oy recorder
toutes les raisons pour quoi il estoit là venus et à
quel cause li rois d'Arragon li faisoit tort et li tenoit ao
son hiretage et avoil son père mort. Se li dist li dis
princes : « Sire rois, je vous proumeth en loyauté
230 CHRONIQUES DE J. FftOISSÀRT. [4366]
que nous, revenu d'Espagne^ nous n'entenderons à
aultre cose nulle^ si vous arons recouvré vostre hire-
tage de Mayogres, ou par trettiés d'amour ou de force. »
Ces prommesses plaisirent grandement bien au dit
5 roy. Si se tint en le cité de Bourdiaus dalés le prince,
attendans le département ensi que li aultre. Et li
faisoit li dis princes, par honneur^ le plus grant partie
de ses délivrances , pour tant qu'il estoit lontains et
estragniers^ et n'avoit mies ses finances à sen aise.
10 Tous les jours venoient les plaintes au dit prince
de ces Compagnes qui faisoient tous les maulz dou
monde as hommes et as femmes, ens ou pays où il
conversoient. Et veissent volentiers cil des marces^
où ces gens se tenoient, que li princes avançast son
15 voiage. Il en estoit en grant volenté^ mes on li con-
silloit que il laissast passer le Noel^ par quoi il euis-
sent Tivier au dos, car encores n'en saroient il si peu
prendre que li passages de Raincevaus ne leur fust
destrois, frois et lontains. A ce conseil s'enclinoit
20 assés li princes , pour tant que madame la princesse
sa femme estoit durement enchainte et ossi moult
tenre et esplorée dou département son mari. Si euist
volentiers veu li dis princes que elle se fust acoucie
ançois son département. En ce detriement , se fai-
25 soient et ordonnoient grandes pdurveances et grosses
et trop fort besongnoient ^ car il dévoient errer en
un pays où il en trouveroient tout petit.
Entrues que cilz séjours se faisoit à Bourdiaus^ et
que tous li pays d'environ estoit plains de gens d'ar-
30 mes^ eurent li princes et ses consauls pluiseurs con-
sultations ensamble. Et m'est avis que li sires de
T^breth fa contremandés de ses mil lancée ^ et li
[1366] LIVRE PREMIER, S ^^9. 231
escripsi li dis princes par le conseil de ses hommes
ensi : « Sires de Labreth^ comme ensi fu que de
nostre Yolenté libéral^ en ce dit voiage où nous ten-
dons par le grasce de Dieu temprement à procéder,
considéré nos besongnes^ les frès et despens que nous 5
avons ^ tant par les estragniers qui se sont bouté en
nostre service comme par les gens des Compagnes
desquels li nombres est grans^ et ne les volons pas
laissier derrière pour les perilz qui s'en poroient en-
sievir, et convient que nostre terre soit gardée, car 10
tout ne s'en poeent pas venir ne tout demorer, pour
quoi il est ordonné par nostre especial conseil que
en cesti voiage vous nous servirés et estes escris à
deus cens lances : si les voelliés triier et mettre hors
des aultres^ et le remanant laissiés leur faire leur 15
pourfit. £t Diex soit garde de vous ! Escript à Bout-
dîaus le septime jour de décembre. »
Ces lettres^ seelées dou grant seel le prince de
Galles, furent envoiies au signeur de Labreth qui se
tenoit en son pays et entendoit fort à faire toutes ses 20
pourveances et à apparillier ses gens^ car on disoit de
jour en jour que li princes devoit partir. Quant il
vei ces lettres que li princes li envoioit, il les ouvrit
et les lisi deus fois pour mieus entendre, car il en fu
de ce qu'il trouva dedens durement esmervilliés et 25
ne s'en pooit ravoir, tant fort estoit il courouciés et
disoit ensi : «c Comment! messires li princes^ je croi,
se gabe et trufe de mi^ quant il voet que je donne
congiet maintenant huit cens lances^ chevaliers et
esduiers, lesquels à son commandement et ordenance 30
j'ai tous retenus. £t leur ay brisiet leurs poorfis à
faire en pluiseûrs manières. »
232 CHRONIQUES DE J. FROISSART. (4366]
Adonc^ en son aïr, li sires de Labreth demanda
tantost unl^clereh. Il vint. Quant il fu venus ^ il li
dist : « Escrips ^ » et li elers escrisl ensi que li sires
de Labreth le devisoit : <c Chiers sires ^ je sui trop
5 grandement esmervilliés de unes lettres que vous
m'avés envoiies. £t ne sai mies bonnement ne. ne
trueve en mon conseil comment sur ce je vous en
sace ne doie respondre^ car il me tourne à grant pre-
judisce et à blasme et à tous mes hommes^ lesquelz
10 à vostre ordenance et commandement je avoie re-
tenus, et sont tout appareilliet de vous servir. Et
leur ay destoumet leur pourfît à faire en pluiseurs
manières^ car li aucun estoient meu et ordonné
d'aler oultre mer en Prusce^ en Constantinoble ou
13 en Iherusalem, ensi que tout chevalier et escuier^ qui
se désirent à avancier, font. Si leur vient à grant
merveille et desplaisance de ce qu'il sont bouté der-
rière. Et sont tout esmervilliet^ et ossi sui je^ en quel
manière je le puis envers vous avoir desservi. ^Chiers
20 sires ^ plaise vous à savoir que je ne saroie les uns
sevrer des aultres. Je sui li pires et li meures de tous.
Et se li aucun y vont^ tout iront : ce sace Diex qui
vous ait en sa sainte garde. Escript, etc. »
Quant li princes de Galles eut oy ceste response,
^ si le tint à moult presumptueuse^ et ossi lisent aucun
de Son conseil d'Engleterre , chevalier qui là es-
toient. Si crolla li dis princes la teste et dist en en-
glès^ si com je fui adonc enfourmés^ car j*estoie
lors pour le temps à Bourdiaus : a Li sires de La-
30 breth est uns grans mestres en mon pays^ quant il
voelt brisier l'ordenance de mon conseil. Par Dieu^
il n'ira pas ensi qu'il pense. Or demeure^ se il voelt^
[1366] LIVRE PREMIER, § 550. 233
car sans lui ne ses mil lances ferons nous bien le
voiage. »
Adonc parlèrent aucun chevalier d'Engleterre qui
là estoient et disent : a Monsigneur^ vous cognissiés
encores petitement le ponée des Gascons et comment 5.
il s'outrecuident. Il nous amirent peu et ont amiré
dou temps passé. Ne vous souvient il pas com gran-
dement il se veurent jadis porter encontre vous en
ceste cité de Bourdiaus^ quant li rois Jehans de France
y fu premièrement amenés? Il disoient et mainte- lo
noient tout notorement que par yaus et leur, emprise
vous aviés fait le voiage et pris le roy de France, Et
bien fu apparant qu'il voloient ce porter oultre , car
vous fîistes en grant trettiés contre yaus plus de
quatre mois^ ançois que il volsissent consentir que li 15
dis rois de France alast en Engleterre^ et leur con-
vint plainnement satisfaire leur volenté^ pour yaus
tenir à amour. »
Sus ces paroUes se teut li princes, mes pour ce ne
pensa il mies mains « Yeci auques le première fonda- 20
tion de le hayne qui fu entre le prince de Galles et
le signeur de Labreth. Et en fu adonc li sires de
Labreth en grant péril, car li princes estoit durement
grans et haus de corage et crueulz en son ' mr, et
voloit^ fust à tort^ fust à droit, que tout signeur 25
asquelz il pooit commander tenissent de lui. Mes li
contes d'Ermignach^ qui oncles estoit au dit signeur
de Labreth, fu enfourmés de ces avenues et des gri-
gnes qui estoient entre le prince, son signeur, et son
neveu le signeur de labreth. Si vint à Bourdiaus de- 30
vers le prince et monsigneur Jehan Chandos et mon-
signeur Thumas de Felleton par quel conseil li prin-
134 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
ces faisoit et ouvroit tout. Et amoiena si bien ces
parties que li princes se teut et apaisa. Mes toutes fois
li sires de Labreth ne fu escrips que à deus cens lances
dont il n'estoit mies plus liés, ossi n*estoient s^ g^ns;
ne onques depuis ne chierirent tant le prince comme
il faisoient devant. Si leiir couvint porter et passer
leur anoi au mieulz qu'il peurent^ car il n'en eurent
adonc aultre cose.
FIN DU TEXTE DU TOME SIXIÈME.
VARIANTES.
VARIANTES*
§ 474. U intention. — Ms. ifJnuens : Chil doy prélat de
Sainte Eglise, qui estoient dou plus estroit consseil le docq de
Normendie et qui veoient, avoecq aucuns sages hommes du
royaumme de France, que li dis royaummes es^oit durement
blechiez et grèves de cief en^ijor, et se doubtoient que il ne pe<-
wist longement porter si grans (es, car on ne pooit aller en nulle
roarce dou royaumme de Franche qu'il n'y ewist Englès ou Na-
varois qui constraindoient si les bonnes villes que nulle marcan^
dise n'y pooit aller ne venir, et ossi le plat pays que les tières
demoroient en ries et les vignes à labourer, par quoy grant Cul-
mine et grant chiereté de temps y apparoient. Et si y avoient
porté et souffert ceste tribulation ung grant temps, et par espe-
cial depuis le prise le roy Jehan, leur signeur, qui gisoit prison-
niers en Engleterre, et qui vaillamment s'estoit combatus et avoit
estet pris en deffendant son pays. Se le desiroient moult touttes
gens à ravoir et veoir, et les vaillans hommes qui avoient estet
pris dallés lui, dont li royaummes estoit moult afoiblis; et tout ce
ne se pooit faire sans pès. Si estoit adonc li jonnes dus de Nor-
mendie (onssiJliet de chiaux qu'il amoit et creoit le mieux, qu'il
fesist pès au roi englès, à quel meschief que ce fuist,'car tous li
royaummes le desiro^t. De quoy li dus, meus en pité, pour soller
son coummun peuple et hoster de tribulation, dou royaumme dont
il estoit drois hoirs, avoit envoiiés deviers le roy d'Engleterre les
deus prelas dessus diz, qui à le premierre voie n'esploitièrent de
riens; car li roy s d'Engleterre estoit durement courouchiés pour
le mort de son cousin le comte de le Marche, connestable de son
host, qui estoit nouvellement mors sour leur chemin, et pour unes
nouvelles ossi qui lui estoient venues d'Engleterre, que li Fran-
chois avoient mis sus, en Normendie, une armée de gens d'armes
238 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4360]
par mer, liquel avoient arivet et pris terre en Engleterre à uo
port que on dist Winneceuesëe. Et avoient li Franchois le ditte
ville arse et aucunes maisons d'entours, pour lesquelz coses li
dessus dis roys, à le premierre requeste et priière que li prélat li
fissent, ne respondi riens, et se partirent de li et revinrent à Paris,
sans riens impetrer.
Quant li roys englès eut jeu une nuit à Mont Leheri et toute se
host, il se desloga et chevaucha par deviers Gaillardon. Che jour
que li rob et ses gens chevauchoient vers Gaillardon , chei dou
chiel en l'ost le roy uns effondres, uns tempestes, ungs orraiges,
uns esclistres, uns vens, ungs gresilz si grans, si mervilleuz et si
oribles qu'il sambloit que li chie[l]s dewist partir, et li tierre
ouvrir et tout engloutir. Et cheoieàt les pierres si grandes et si
grosses que elles tuoient ^hommes et cheval, et n'y avoit si hardi
qui ne fuist tous esbahis. Et meysmement li roys se voa et dounna
à Nostre Damme de Chartres. Adonc y eut en l'ost aucuns souf-
fissans hommes qui disoient que c'estoit une verghe de Dieu en-
voiiée pour exemple, et que Dieux moustroit par signe qu'il vol<-
loit que on fesist pès. Si se rafrenna son corraige et fu plus
humbles et débonnaire assés que devant, et se loga de haulte
heure sus le rivierre de Gaillardon. A Tendemain, revinrent li
prélat deviers lui, qui tant li prechièrent et remoustrèrent de
biaux exemples et de bonnes parolles, que on li entama le coer,
ensà que par force, à le pès, car trop à envis de premiers y en*
tendoit ; mais se volloit aller cel este rafreschir en Bretaingne et
en Normendie, et laissier couvenir les fortrèces qui pour lui se
tenoient ou royaumme de France, et tantost apriès le Saint Jehan
Baptiste que li bleds et les vignes meuriroient, revenir devant
Paris. Telle estoit li intention dou roy englès; mes elle li mua et
canga, car il fu inspires adonc de le grâce de Dieu à le priière et
parolle que li prélat et li preudomme li moustrèrent. Et ossi li
dus de Lancastre, ses cousms, en qui il avoit moult grant fiance,
et qui avoit estet avoecq lui en gheriant li plus grans chiens qu'il
ewist, y rendoit et rendi grant painne, si que en travillant et en
allant à petittes journées deviers le chité de Cartres, tousjours
en querant le plus cras pays pour mieux trouver à vivre, et puis
par deviers Bonnevaus et par deviers le marche de Vendosme.
Et adonc li dis rois englès se retray, à le priière de l'abbetide
Clugny, par deviers le marce de Cartres, et là séjourna et de-
moura par l'espaace de vingt et un jours, traitiant de pès, laquelle
[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 474. 239
fa faitte et acord^e à grant joie, pour le tamps d'adonc, en le
uiannière que chi apriès s'enssuit, seloncq le coppie dou proches
que pluisseurs signeurs eurent. F<^ 122 v^ et 123.
P. 1 , 1. 3 : belle, douce. —C^j mois manquent dans les mss. A 7
à il.
P. 1, 1. 4 et 5 : tout cel esté jusques apriès aoust. — Ms, Ail:
tout cel jTver jusques après Pasques. F* 274.
P. 1, 1. 7 : retourroit. — Mss, A 1 à iV: retourneroit.
P. 1, 1. 12 : faisoient. -* Ms. A il : menroient.
P. 1, !• 13 : Pikardie. — Le ms. A 11 ajoute : Poictou.
P. 1, L 16 : leur. — Le ms, A il ajoute : bonne.
P. 1, 1. 16 : U. — Mss. A : : elles. P 217 v».
P. 1, 1. 17 : estoient. — Ms. A 8 ; estoit.
P. 1, 1. 17 : si. — Mss. A : ses.
P. 2, 1. 9 :*Tieruane. — Ms. A^ : Therouenne. F» 217 v».
P. 2, 1. 16 : darrainnement. — Mss. A : derrenierement.
P. 2, l. 21 : d'Anlun. — Ms. A 8 : d'Octuin. — Ms. A il :
d'Antoin. F» 274 v«.
P. 2, 1. 24 : doî. — Mss. A il : diz.
P. 2, L 28 : pluiseur. — Le ms. A 8 ajoute : autres.
P. 3, 1. 5 : ne leur pourpos anientir. — Ms. ^ 8 : en son
propos anientir.
P. 3, 1. 9 : requeroit. — Ms. AS: queroit.
P. 3, 1. 11 : acordoient. — Ms. A il : accordassent. — Ms. A
15 .' accorderoient.
P. 3, 1. 18 et 19 : ou de jour. — Ms. A il : et tous les
jours. ,
P. 3, 1. 19 : et leurs. — Le ms. A S ajoute : parlemens et.
P. 3, 1. 23 et 24 : Cil procet et' ces paroUes. — - Mss. A i^ à
17 ; ces paroUez et ces procedz.
P. 3, 1. 26 : rescrit. — Ms. A il : escrit. F* 275.
P. 3, 1. 28 : par quoi. -- Ms. A il : pourquoy.
P. 3, 1. 30 : et justement cancelé. — Af jj . ^ 15 à 17 ; et jus-
tement et parfaictement.
P. 4, 1. 2 : cheoit. — -. Ms. A M : escheoit.
P. 4, 1. 7 : fu trop durs. — Ms. A% : estoit dur. F» 218.
P. 4, 1. 9 : comment. — Mss. A %^ 15 à 17 .* combien.
P. 4, 1. 10 : rois de France. — Mss. A 7, 8, 15 à 17 : en cel
esut. F^" 225.
P. 4, 1. 10 : ostoiier. — Mss. J 1, S: estoîer.
240 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
P. 4, 1. 14 : s'î. — Mss. Al,%: se.
P. 4, U 15 : remoustroit. — Ms. J H : moustroit.
P. 4, 1. 18 : fretable. — Ms. A il : (rayable.
P. 4, 1« 19 : alewës. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : allouez.
P. 4, 1. 20 : userés. — Ms, A il : useriez.
P. 4, 1. 21 : venës. — Ms. AS; viengniez, — Mss. A iti à
il : veniez.
p. 4, 1. 22 : entente. — Ms. AS: entencion.
P. 4, 1. 28 : entrues. — Ms. Al: entrementres. — Ms. AS:
entre. — Ms. A 15 ; tandis. — Ms. A il : endementres.
P. 4, 1. 25 : sus. — Ms. A 8 : en.
P. 4, 1. 26 : dedens. — Mss. A1,S, i^ à il : en. ^
P. 4, 1. 27 : soubtieves. — Ms. A 8 ; soutilles. — Mss. A ii
à il : subtilles.
P. 4, 1. 30 : parmi. — Mss. A : par.
P. 4, 1. 30 : ouvra. — Mss. A : ouvroit.
P. 5, 1. 1 : entrues. — Ms. Al: entrementres. — Mss. A 8,
15 •* pendant. — Ms. A il : endementroes.
P. 5, 1. 4 : uns orages, uns tempes et uns e£foudres. — Ms. A
8 : uns temps et uns efiToudres et uns orages. *- Ms. A il : une
orage et une tempeste et une fouldre. — Ms. ^ 15 : uns oraiges,
un temps et une fouldre. F* 238 v«.
P. 5, 1. 5 : descendi. — Ms. A M : descendirent.
P. 5, 1. 7 : finer. — Ms. A il : fenir.
P. 5, 1. 8 : cheoient. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; cheoît.
P. 5, 1. 10 : eshidé. — Mss. A : esbahis.
P. 5, 1. 14 : à ce donc. — Ms. AS: adoncques.
P. 5, 1. 15 : Chartres. — Ms. B Q: Anchois se desloga le roy
de Galardon et toutes ses gens, et s'en vint devant la bonne ville
de Chartres, en mstanche que pour l'asegier : de laquelle mes-
sire Emoul d'Àudrehem estoit capitaine, avecques grant foison de
chevaliers et d'escuiers du pais de Bieause. Sy se loga le roy
d'Engleterre en ung villaige delës Chartres, qui s'apelloit Brete-
gny, et toutes ses gens ens es villaiges d'entour, où il faisoient
logis de feullcs et de bos; car le saison le devoit, car che fa o
joly mois de may. F** 608 et 609.
P. 5, 1. 15 : Bretegni. — Ms. AS : Bretingny.
P. 5, 1. 17 : poins. — Mss. A 7, 17 ; couvens.
P. 5, 1. 18 : entérinement. — Mss. A : entièrement.
P. 5, 1. 19 : poursievir. — Mss. A 1 et S : poursuir.
[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S ^^5. 241
P. 5, 1. 20 : clcrch. — Ms. A il : gens.
P. 5, 1. 23 : s'ensieut ensi. — Ms. A S : est teUe.
§ 47S. Edowart. — Ms. d'Amiens : C'est assavoir que li rois
Edouwars d'Eogleterre et si hoir doient ravoir, tenir et possesser
perpétuellement, paisieulement et quittement, sans nul resort et
sans tenir en fief dou roj de France ne d'autrui, tous les pays et
terres qui chi s'enssieuwent, et les senescauchies, c'est assavoir de
Bergorre, d'Agenès, de Kaorsin, de Pieregorch, de Roergue, de
Poito, de le Rocelle, de Saintongue et de Limoadn, le comte
d'Agoulesme, le fief de Thouwart, le fief de Belleville, avoecq
toutte la ducë de Gyane si avant que elle s'estendoit anchienne-
ment. Et doit avoir et tenir es marches de Pikardie, sans ressort
et sans tenir en fief de nuUui, le ville et le castiel de Gallais à tout
ses appendanches, le terre de Melch et toutte le comté de Gines,
villes et castiaux, ensi comme s'estent. Et doit avoir encorres
toutte le comté de Ponthieu enthierement, enssi que elle fu jadis
dounnée à madamme Ysabiel de Franche, roynne d'Engleterre,
se mère, en mariaige; mes celle devera il tenir, en fief dou roy de
Franche, s'il le voelt ravoir, enssi comme li roy s 9es pères fai-
soit. Encoires devera avoir li dis roys Edouwars, pour ses frès,
[cent] mil escus à paiier six fois, cent mil dedens trois sepmaines
apriès le feste Saint Jehan, l'an soissante, et le remannant dedens
trois ans enssuivant, chascun an le derche part. Et demourront
au roy englès quittement touttes raenchons de pays, de villes,
de maisons et de prisons acordées, soient paiiées ou à paiier. Et
pour tous ces couvens et ces paiemens aemplir et pourssieuwir,
enssi qu'il sont juret et creantet d'une part et d'autre, li dus de
Normendie et li consseil de France doient envoiier bons hostages
et souffissans, des plus nobles et plus gentils del royaumme de
Franche, et d'aucunnes des bonnes chités et ossi des bonnes villes
deux bourgois, pour jesir en le ville de Gallais ou en Engleterre,
jusques à tant que tout chou que dit est, sera paiiet et acomplit
eutirement. Et parmy tant li roys englès a en couvent de ra-
mener le roy Jehan de Franche à Gallais, dedens le jour de
le Saint Jehan Baptiste, et là endroit tenir par Tespasse de troix
sepmainnes sous ses despens, dedens lesquelles troix sepmainnes
doient li Franchois avoir acomplit tous les couvens deseure de-
vises, et mis les gens le roy englès en possession paisieuUe de tous
les chastiaux et de tous les pays et terre deseure dis, desquftlx
VI — 16
242 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
ils on ses gens ne sont point en saisinne. Et, se tout chou n'estoit
plainnement fait et aemplit, enssi que dit est, dedens les trois sep-
mainnes apriès le Saint Jehan, li roys Jehan de Franche et tout
li dessus dit hostaige doîent demourer tous qois en prison à Cal-
lais, par l'espasse de trois mois apriès enssuiwant, parmy le
somme de trente mil florins que li Franchois doient rendre et
paiier au roy des Englès, pour les frais et les gages de lui, de ses
gardes et des sergans qui garderoient le roy Jehan et les autres
hostaiges, par Tespasse des diz trois mois. Et deveront demourer
tousjours li Englès saisis des castiaux et fortrèches qu'il ont gaegniet
ou royaumme jde Franche, jusques à tant que tout chou que dit est,
sera fait et acomplit ou bien asseguret, sauf tant qu'il ne doient point
pillier, ne faire guerre ne tort à nullui. Et avoecq tout chou, li jonnes
comtes de Montfort doit ravoir le comté de Montfort, entièrement
quitte et liège, et le sienne part de la duchë de Bretaingne, si avant
que li doy roy deseure dit diront par droit qu'il en deveroit avoir,
oyes et examinées diligamment les raisons monseigneur Carlon de
Blois, d'une part, et les siennes, d'autre. Et devera tout chou tenir
en fief dou roy de«Franche. Et apriès, quant tout chou sera fait
et acomplit, li roys Jehans de Franche doit estre délivrés et ra-
mennés à Paris, et seize prisonniers seullement qui furent pris
avoecq lui à le bataille de Poitiers, telx dont entre iaux deux li
doy roy se poront acorder. Et affin que on puist paisieullement et
parfettement aemplir tout chou que deviset est, une trieuwe gène-
raubc fu acordée à durer par tant jusques à le feste Saint Micquiel,
et de le feste Saint Mickiel en ung an apriès enssuivant. Et doient
li Franchois menner et conduire le roy Edouwart à tout son host,
parmy Franche jusques à Callais, paisieulement, et faire livrer à
vivre pour leurs deniers payans, et ouvrir villes, castiaux, fortrè-
ches et passages pour passer, dormir et reposer parmy, sans avoir
grief ne molesté. Et parmy toutles ces couvenenchez, li roys
Edouwars d'Engleterre et si hoir doient quiter et renonchier à le
calenge, as armes et au nom del royaumme de Franche.
Enssi et sus ceste fourme fii la pès devisée, acordée et con-
fremmée, mes les cartres ne furent mies si tost escriptez ne gros-
séez ; et quant elles furent escriptez, li conssaux de Franche y
missent ung point, par mannière de langage, que li Englès au lire
n'entendirent mies bien ne examinèrent, mais le laissièrent legie-
rement passer ; c'est chou qui leur a depuis empechiet leur que-
relle, car li rois Jehans, li dus de Normendie, ses aisnés Gh^ et li
[i360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 476. 243
autre frère, quant il jurèrent le pès à tenir et à poursiewir sus
Testât dou ressort, affin que, pour le temps à venir, il y eifissent
droit de callenge et qu'il ne s'en desnuassent mies dou tout, dissent
enàsi : « Seloncq le grosse de le cartre, nous dounnons et reser*
vous toutes les coses dessus dittes, etc. » Je ne vous en. parleray
plus tant c'a orres ; mes quant il en appertenra à parler, j'en
parlerai, s'il plaist à Dieu, et à point. F* 123.
§ 476. Quant ceste lettre. -* Ms, et Amiens: Or revenrons à
nostre pourpos. li dus de Normendie jura à poursuiwir et à main-
te[ni]r touttes ces coses dessus dites et devises, comme aisnés hoirs
del royaumme, en le présence dou pnnche de Galles, dou duch
de Lancastre, dou comte de Warvich, dou comte de Sallebrin, de
monsigneur Renart de Gobehen, de monsigneur Richart de Slan-
fort, du seigneur de Perssi, de monsigneur Gautier de Mauni et
de monsigneur Rogier de Biaucamp, qui là estoient comme pro-
cureur au roy englès, et ossi fissent pluisseur seigneur dou royaunu
me de France. Et d'autre part ossi le jurèrent li dessus [dit] sei-
gneur d'Engleterre , comme procureur dou roy englès, en le
présence dou ducq de Normendie et des autres seigneurs de Franche.
Quant toultes ces coses furent jurées et acordëes, li dus de
Normendie et ses conssaux retourna à Paris. Et li prinches de
Galles et li aultre retournèrent deviers le roy et son host, à qui
il recordèrent coumment il avoient besongniet. Si pleut moult bien
au roy tous li affaires. Et envoya li dis rois englès ces quatre che-
valiers, monsigneur Renart de Gobehen, monsigneur Richard de
Stanfort, monsigneur Gautier de Mauni, monsigneur Rogier de
Biaucamp, à Paris, pour jurer le pès au palais devant tout le peu-
ple. De quoy, quand on seut leur venue, on alla contre yaux hors
de le chité de Paris bien loing, moult reveramment à grant pour-
cession, et sonnèrent touttes les cloches de Paris à leur venue en
nom de solempnitë et de feste. Et furent ensi amenet jusques au
palais, là où il fissent le sierement, voiant et oiant tous chiaux qui
olr et veoir les peurent, de par le roy englès et tous ses enfans.
Et puis furent très grandement festiiet et honnouret dou duc de
Normendie et de tous les seigneurs et les nobles de Franche qui
là estoient, et furent menet en le belle cappelle dou palais de
Paris. Si leur furent moustrëes les plus belles reliques et les plus
digneus joyaux du monde qui là estoient, et meysmement le sainte
couronne dont Dieux fu courounnés à son saintimme travel. Et
244 CHRONIQUES DE J. FROISSART. . [1360]
en dounna li dus de Normendie à chacun des chevaliers une des
plus grandes espinnes de le dîtte courounne, laquelle cose cha*
cuns chevaliers prisa moult et le tint au plus noble joyel que on
li pewist dounner. Àpriès, li dis dus de Normendie fist dounner à
chacun le plus biel courssier que on pewist veoir ne trouver, et
grant plentë d'autres joyaux d'or et d'argent et de très presieuses
pierres. Et puis furent conduit et remennet noblement et puissam-
ment jusque à lors gens qui les atendoient par deviers Paloseal. Si
chevaucièrent avoecq yaux, à grant compaignie de gens d'armes,
li doy marescal de Franche jusques à l'ost du roy Edouwart, et
de là en avant pour yaux conduire panny le royaumme [de Fran-
che] sauvement, et pour yaux faire livrer à vivre et lors nécessitez
pour leurs deniers payant, enssi que couvens estoit. P 123 v^.
P. 17, 1. 16 : ceste. — Mss. A : celle.
P. 17, 1. 16 : s'appeUe. — Mss. A : s'appelloit.
P. 17, 1. 17 : Chartres. — Ms. A 17 ; lettres.
P. 17, 1. 18 : en celle anée. — Ms. A % : en pluseurs ma-
nières. P» 221 .
P. 17, 1. 21 : quant il. — Les mss. A ajoutent : la virent et
ik.
P. 17, 1. 23 : ensonniiet. — Ms. AS: embesoingniez.
P. 17, 1. 23 : istance. — Ms, AS: entencion.
P. 18, 1. 8 : partie. ^^ Le ms. A il ajoute : de son conseil et.
F» 279 V.
t. P. 18, I. 10 : couvignablement. — Mss. A : convenablement.
P. 18, 1. 12 : estoit. — Ms, A 17; fut.
P. 18, 1. 12 : moult. — Mss. A : durement.
P. 18, 1. 19 : venu. — Ms, AS: revenuz.
P. 18, 1. 20 : à toutes ces coses. — Mss. A :k toutes les choses
dessus dites.
P. 18, 1. 24 : plaisirent. — Mss. A: pleurent.
P. 18, I. 25 : et à son conseil. — Ces mots manquent dans les
mss. A.
P. 18, 1. 28 : Michiel. — Le$ mss. B k et A ajoutent : et de le
Saint Michiel en. F<» 224.
P. 19, 1. 4 : publikement. — Ce mot manque dans le ms. A il.
F» 280.
P. 19, 1. 6 : triewe. — Ms. A S : traittié. F» 221 v«.
P. 19, I. 11 : à lui. — Ms. A S: de lui.
P. 19, 1. 12 : venir."— Ces mots manquent dans les mss. A.
[1360] VARIANTES DU PREJ^IER LIVRE, S ^77. 24»
P. 19, 1. 46 : Briane. — Ms. À 17 ; Brienne. F* 280. — Ms.
u/ 15 : le sire de Neufville. Y\ 242.
P. 19, 1. 18 : de. — M&s. A: du roy.
P. 19, 1. 24 : en grant. — Le ms, A 17 ajoute: ordonnance et,
— Ce ms, omet : el à pourcessions.
P. 19, 1. 25 : widièrent. — Ms. A 8 ; vindrent. F« 221 v». —
Ms, ^ 15 : issirent. — Ms, A il : se partirent de la ville de Paris.
P. 19, 1. 27 : ensi. — Ms. A il : dedens Paris.
P. 19, 1. 31 : venue, — Ms, AS: voulenté.
P. 19, 1. 31 : à ce donc. — Ms, AS : adonques.
P. 19, 1. 32, et p. 20, 1. 1 : jonchies. — Mss, ^ il à 14 .-
pavëes d'.
P. 20, 1. 2 : pooit. — Ms, A S : pot.
P. 20, 1. 7 : bellement. — Mss. A 8, 15 : bien.
P. 20, 1. 7 et 8 : reveramment. — Ms» A 1"; aigement.
P. 20, L 17 : mène. — Ms. AS: amenez.
P. 20, 1. 19 : digne. — Ms. A S : riches.
P. 20, 1. 29 : donner. — Ms. A il : baillier.
P. 20, 1. 3^ : remercièrent. — Ms» A S : mercièrent.
P. 21 , 1. 2 : estoient. — Ces mots manquent dans Us mss. A,
P. 21, I. 4 : assës. — Ms. A il : bien.
P. 21, 1. 9 : vivres. -* Le ms.A 15 ajoute : en paiant leurs
deniers.
§ 477. Quant il furent. — Ms, é^ Amiens : Quant il furent
parvenu jusques en Vost dou roy Edouwart , li chevalier d'En-
gleterre qui avoient esté à Paris, li racontèrent tantost le très
grande honneur et feste que on leur avoit fait à Paris, et li mous-
trèrent les nobles jewîaux que on leur avoit donnés : de quoy li
roy s eut grant joie. Si festia grandement ces seigneurs franchois
qui là estoient venu pour ses gens conduire, ensi que dit est.
Si vint à l'endemain li roys englès en le cité de Gartres, et alla
en grant dévotion à Teglise de Nostre Damme, et aucun des sei-
gneurs d'Engleterre. Et y donna li roys grans dons et biaux
jeuiaux, et ossi fissent li seigneur; puis s'en partirent et chevau-
chièrent leur chemin bellement et ordonneement deviers Normen-
die et par deviers le Pont de l'Arche, pour passer là endroit la
rivierre de Sainne, si qu'il fissent. Et partout là où il venoient, il
trouvoient les bonnes villes ouvertes pour passer tout oultre, et
tout chou qu'il leur besongnoit à vendre pour marchiet raison-
146 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1360]
nable. Si passoient bellement et courtoisement oultre , et se lo-
goient en villes campestres; car vous devës savoir que, sitost
que H pès fu parfaite et acordëe, on le fist nunchier etcriier
par tout le royaumme de Franche, les cités et les bonnes vil-
les : par quoy chacun pooit savoir qu'il devoit faire. Etli roys
englès faisoit toudis ses marescaux chevauchier derierre, pour
garder que ses gens ne fesissent forche, villonnie ne outraige à
nullui, ne par nuit, ne par jour. Quant li Englès furent parve-
nus jusques au Pont de l'Arce» ilz se logièrent environ. L'ende-
main au matin, li roys se parti de ses gens et s'en alla en petite
compaignie par deviers un port dé mer que on claimme Harflues.
Là trouva il de ses vaissiaux qui estoient nouvellement venu
d'Engleterre.
Li roys d'Engleterre monta en mer à Harflues, pour revenir
arrierre en Engleterre. Et ses gens passèrent le rivierre de Sainne
au Pont à TArche, et cheminèrent bellement et courtoisement
parmy le pays, enssi que dit est, tant qu'il vinrent à Pekegny.
Si passèrent là endroit le rivière de Somme et fissent tant, en
cheminant, qu'il parvinrent à le forte ville de Callaix. Adonc
prissent li Franchois congiet d'iaux , qui les avoient courtoise-
ment conduis; et li Englez s'appareillièrent pour passer oultre en
Engleterre, chacuns enssi que mieux peult. Et ossi chacuns des
gens d'armes estranges s'en ralla en son pays, mes petit en y avoit»
Et si trestost que li roys Edouwars fu venus à Londres à tel
compaignie qu'il avoit, et qu'il eut estes festiiés et conjols de ma-
damme la roynne d'Engleterre, sa femme, il s'en alla au plus tost
qu'il peult, là où li roys Jelians de Franche gisoit, et l'amena à
son pallais à Wesmoustier, à Londres, où il fii festiiës et hon-
nourés grandement dou roy d'Engleterre et de roadamme le
roinne,. dou prinche de Gallez, qui point ne le haioit, dou duc de
Lancastre et de tous les seigneurs enssuiwant d'Engleterre. Et
estoit adonc li roys Jehans de Franche logiés en l'ostel de Savoie,
messires Phelippes , ses filz , avoecq lui , messires Jaquemes de
Bourbon , messires Jehans d'Artois, li comtez de Dammardn, li
comtes de Tamkarville, li comtes d'Auçoire et li autre seigneur
de Franche qui furent pris à le besoingne de Poitiers. Là eult
grans festez et grans reviaux entre le roy de France et le roy
d'Engleterre, et festioient de disners et de souppers si grandement
l'un l'autre c'a merveilles. Et durèrent ces festes quinze jours.
Et donnoient li doy roy les plus nobles mengiers à court ouverte
[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S ^77. 247
que on se pooit esmervillîer où on prendoit chou que on y despen-
doit, car chacuns s'eCTorchoit de fourpasser son compaignon.
Quant chou fu passet et on eult appareilliet le roy de Franche de
si nobles atours que à tel prince appartenoit , li roys englès et si
enfans, li dus de Lancastre et tout li autre grant seigneur le ame-
nèrent jusques à Douvres sus le mer, à très grant noblèce. Et
envoya li roys englès leprinche de Galles son fil, le duc de Lan-
castre, le comte de Warvich, monseigneur Regnart de Gobehen,
monseigneur Gautier de Mauny, le seigneur de Perssi et grant
fuisson de seigneurs avoecq le dit roy Jehan jusques à GaDais,
enssi que couvenenchiet estoit, etli fissent toutte Tonneur, Famour
et le compaignie que faire li peurent et si comme à lui appartenoit.
Et attendirent à Calais les seigneurs de Franche assés longement,
qui dévoient aporter six fois cent mil florins et entrer en hostaige,
ensi que li pais faite et acordée entr'iaux portoit. F^ 124.
P. 21, L 13 : dignes. — ilfj. A 17 ; noblesTF» 281.
P. 21, 1. 13 : les dignes jeuiaus. — Ms, jà S : les dignitez et
les joyaubL. F® 222. — Ms, ^ 15 ; les grans dignitez et joiaulz.
F» 242 V*.
P. 21, 1. 19 : traisissent. -^Ms. AS: retraissent. — Mss. A
15 à 17 : se retraissent arrière.
P. 21, L 21 : le Somme. — Ms» ^ 8 ; la rivière de Somme.
P« 21, 1. 21 : aller. — Ce mot manque dans les mss» A,
P. 22 , 1. 2 et 3 : grande offirande. — Ms, A % : grandes
offrandes.
P. 22, 1. 4 et 5 : Si entendi.... Harflues. — Ms. A ^ : el che-
vauchèrent tant que le roy et ses enfans vindrent à Harfleu.
P. 22, 1. 10 : aconvoiiës. — Mss, -^ 8, 15 à 17 .- convoiez.
P. 22, 1. 12 : sans damage et sans péril. — Ces mots manquent
dans les mss. A,
P. 22, 1. 15 : auques des premiers. — Ms, A 17 .* avecques
ses barons.
P. 22, 1. 22 : disoit. — Ms. A% : diroit.
P. 22, 1. 24 : à quel — Mss. ^ 15 à 17 ; à quelque.
P. 22y 1. 25 : ne Teuist jamais contredit. — Ces mots manquent
dans les mss. A,
P. 22, 1. 27: Jakemes. —Ms. A 8; Jaques, F* 222 V.
P. 22, 1. 28 : durement. — Ms, AS : grandement.
P. 23, 1. 3 et 4 : approcemens. — Les mss. B 3^ ^ et A ajau^
tent : semblant. F« 239.
248 CHRONIQUES DE J. FROISSilRT. [1360]
P. 23, 1. 9 : cstoit. — Mss. A%,M : estoient. — ilfjr. ^15 :
fut resjouie de leur venue et de la paix du roy son seigneur.
F«243.
f P. 23, 1. 12 : le. —Ms. J S : se — Mss. A iti à il : les.
P. 23, 1. 20 : messagiers. — Ms. A 8 ; messages.
P. 23, I. 22 : Li paiemens. — Mss. B 2^ k ei A : Mais li
paiemens.
P. 23, 1. 26 : dou roy leur père. — Ms. A % : de leur sei-
gneur.
P. 23, I. 27 : attendre. — Mss. A S, i^ à 17 : entendre.
P. 23, 1. 28 : entrues. — Ms. A % : pendant ce.
P. 23, 1. 28 : le dit royaume. — Ms. A S : le royaume de
France.
P. 23, 1. 30 : Melans. — Ms. A 1 : Melan. F» 229 v«. —
Mss. AS.iHà 17 : Milan.
P. 23, 1. 30 et p. 24, 1. 1 ; et de plusieurs cités en Lombar-
die, fist. — Ms. A iT : et plusieurs citez de Lombardie firent.
F» 281 v«.
t, P. 24, 1, 3 : ronva. — Mss. ^8, 15 : fist requérir. — Ms,
A n : ùst savoir. Le scribe du ms. A 7, ri ayant pu, lire ou ne
comprenant pas le mot hodva, fa laissé en blanc.
P. 24, 1. 4 : parmi tant. — Ms. A % : parmy ce'que.
P. 24, 1. 6 : s'i : — Ms. A 17 : lui.
P. 24, 1. 8 : pourquoi. — Ms. AS: pour ce que.
P. 24, 1. 9 : ne fu.... avant, — Mss. A. 7, 8, 15 à 17 ; ne
vint mie si tost avant.
P. 24, 1. 10 : soufirir. — Le ms. A 8 ajoute : et endurer.
S 478. Quant li princes. — Ms. dAMiens : Quant chil sei-
gneur d'Engleterre eurent assés atendu et il virent que chil ht>s-
taige n'estoient point appareilliet, ne li argens deseure dis pour-
veus, il prissent congiet au roy de France et s'en railèrent en
Engleterre, et laissièrent le roy Jehan et monsigneur Phelippe,
son fil, en le garde de quatre moult vaillans chevaliers pour
yaux garder, c'est assavoir le comte de Warvich, monsigneur
Regnartde Gobehen, monsigneur Gautier de Mauny et monsigneur
Rogier de Biaucamp et de pluisseurs autres gens d'armes souffis-
sans, qui leur faisoient tous les solias que faire pooient bonne-
ment, et laissoient parler au dit roy, et mengier, soupper et
com|)aignier en tous solas avoccq lui les seigneurs et les cheva-
[1360] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 479. 249
liers de France, enssi qu'il leur plaisoit et enssi qu'il le venoient
veoir de jour en jour, les ungs apriès les autres. Et menoient chil
seigneur d'Engleterre esbanoiier le dit roy, monseigneur Phelippe,
son fil, et les autres seigneurs de Franche demy lieuwe loing,
fuist à piet ou à cheval, si comme il leur plaisoit, en attendant
que li somme de florins dessus ditte fust paiiée et que li seigneur
.qui dévoient entrer en hostaige pour le roy, leur seigneur» fuis-
sent venn.
Si estoit tous li db paiemens des six cens mil florins pourveus
et mis en l'abbeie de Saint Bertin, à Saint Ommer, mes on ne le
volloit mies délivrer jusques à tant que li hostaiges fuissent en-
trés, ensi que couvenenchiet estoit, à bonne cause; car, se li
somme de florins fust délivrée et apriès li hostaiges n'y volsissent
tout entrer ou on ne se pevist acorder, li ditte somme fust per-
due, li pès fubt brbie, et li roys Jehans de France fiist remennés
en Engleterre comme devant. F^ 124.
P. 2t$, 1. 3 : dou pays environ. — Ms. A il : d'environ
icelles.
P. 25, 1. 6 : en l'ombre. — Ms^ A% : soubz ombre.
P. 25, 1. 10 : Athegni. — 3ff . ^8 : Athigny. F» 223.
P. 25, 1. 11 : il. — Ms. A 8 : si.
P. 25» 1. 15 et 16 : si retoumoient. — Ms. Ail : et s'en re-
tournèrent. F*" 282.
P. 25, 1. 20 : florins. — Mss. A : frans. *
P. 25, 1. 21 : fil. — Ze ms. A 8 ajoute : là.
P. 26, L 1 et 2 : comment... user. — Ces mots manquent dans
les mss. A.
§ 478. Ensi demora.— ilfr. d Amiens : Ensi demeura li roys
de Franche à Gallais tout cel estet ensuiwant. Et vinrent si troy
fil à le chité d'Amiens : là eut maint parlement de l'un à l'autre.
Finablement, il s'acordèrent à entrer en hostagerie pour le roy
leur père, voires messires Loeys et messires Jehans. Et leur eut en
couvent messires Caries, leurs ainnés frerres, qui celle pais avoit
tretie, que il ne cesseroit jamais deviers le roy leur père si les en
aroit délivrés. Et pour acroistre leiir nom et leur seignourie, on
fist monsigneur Loeys, ducq d'Ango et du Mainne, et monsigneur
Jehan, duc de Berri et d'Auvergne. Si s'asamblèrent tout chil sei-
gneur, qui ostagier dévoient estre, en le bonne ville de Saint Omer.
Et quant il furent tout venu, il se traissent moult couvignablemcnt
250 ŒRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
à Callais, et se remoustrèrent, chacuns par lui, au consseil dou roy
d'Ëngleterre. Si jurèrent tout prison et hostagerie pour le roy leur
sîgneur. Et li roys Jehans leur dist que il y entraissent ou nom de
Dieu liement et voUentiers, car il les en deliveroit sans damage
et sans fret. Vous devës savoir que chacuns sirez estoit si enclins
à le pais pour tout le coummun prouffit de crestienneté^ et si avoient
si grant fianche ou roy Jehan leur signeur, qui leur disoit et
proummetoit qu'il les en deliveroit, que tout y entrèrent liement.
Ghe fu le huit de tous les Sains qu'il passèrent le mer à Calions et
arivèrent à Douvres Tan de grasce mil trois cens soissante.
F» 124 V».
P. 26, 1. 4 : octembre. — M$s. A %, i\i à 17 .* octobre.
F* 223.
P. 26, 1. 7 : dévoient. — Le nu, A il ajoute : venir et.
P. 26, 1. 11 et 12 : de l'une... dou conseil. — Ms, A 17 .*
d'un costé et d'autre du costë. F"» 282 V>.
P. 26, 1. 15 : qui s'appellent cbartre. -* Ces mois manquent
dans les mss, A.
P. 26, 1. 28 : pour tant — Mss. ^ 8, 15 à 17 : pour ce
que.
P. 26, 1. 30 : dient. -^ Ms. A S : disoient. F« 223 v^.
§ 481. P. 33, 1. 7 : Quant. — Les $% 481 et 482 numqueni
dans le ms. A 17, f» 283 v«.
lisi. —Ms. AS : lut. F» 225.
çascun. — Ms, AS: tous.
; ordonné. — Ms, AS : accorde.
; Bretegni. — Ms. AS: Bretigny.
estoit. — Les mss, A ajoutent s tout appareiUié
et. Ms.Al.î'^âi v«.
P. 33, 1.31 : li consauls. — Ms,Al: lesconsaulz. — Ms,AS:
le conseil.
P. 34, 1. 1 : requisent. — Ms, AS: requist.
P. 34, 1. 3 : grossëe. — Les mss, J? 3, k et les mss. A ajou^
tent : et seellëe. F"" 241.
P. 34, 1. 9 : notablement. — Ms, AS: noblement.
§ 485. P. 47, 1. 9 : estroit. -* Ce mot manque dans les
mss. A.
P. 47, 1. 26 : grossée. — Ms. A M : grossoyëe. F» 287.
p.
33,
!•
10
p.
33,
1.
12
p.
33,
18
p.
33,
1.
18
p.
33,
1.
28
[1360] V4RIANTES DU PREMIER LIVRE,. § 48(5. 231
P. 47, 1. 28 : s'ensieut. — Mss. A 8, 15 .* est telle. F» 228 v^".
— Les mss. A l^il ajoutent : ainsi. F* 234 v®.
§ 488. P. 50, 1. 27 : de l'un. — Le ms. A % ajoute : roy.
#•229.
P. 50, 1. 28 : content. — Ms. A% : contens. — Ms. A il :
comptentes. P 288.
P. 50, 1. 28 ': voirs. — Ms. A % : vente.
P. 50, 1. 31 : avoir grant droit. — Mss, Al^S : droit à avoir
très grant. F<» 235. — JUs. A iT : k avoir très grant droit.
P. 51, 1. 2 : concilier. — Mss. A S^ iH à il : touchier.
P. 51, 1. 3 : diffiniement. — Âts. AS : diffinitivement.
P. 51 , 1. 5 : mies. — Ms, AS: point. — Ms, Al: pas.
P. 51, 1. 10 : quel part. — i Ms. AS: quelque part.
P. 54 , 1. 14 : que donc qu'il. — Ms. AS: jusques à ce qu'ilz.
P. 51, 1. 16 : brieûnent passer. — Ms, A M : brief partir.
P. 51, 1. 19 : volsissent. — Ms. AS: eussent voulu.
P. 51, 1. 20 : là. — Mss. ^ 15 à 17 ; ja.
P. 51, 1. 23 : reus. — Ms. A il : receuz.
P. 51, 1. 24 : plus longement. — Ms. AS: plainement.
P. 51, 1. 27 : en devant. — Ms. AS: par avant
P. 51 , 1. 27 et 28 : dont nous parlons. — Ms» AS: comme
nous parlerons.
P. 51, 1. 31 : et. — Ms. A S : ou.
P. 52, 1. 7 : en dedens. — - ilfj. ^ 8 : ce pendant.
P. 52, L 13 : de [père]. —Ms.£i : de frère. F* 245.
P. 52, 1. 19 : cose. — Mss. A : matière. — Ms. Al,^ 235 v«.
§ 486. li rois Jehans. — Ms. it Amiens : Encorres avoecq
tout chou, par le confirmation de le pais, li doy roy s'appelloient
frère. Et dounna li roys de Franche à quatre barons d'Engleterre
où il eult le plus se grasce, à chacun deus mil frans de revenue
par an et bien assignés en France. Et ossi li roys d'Engleterre
dounna à quatre barons de Franche otelle revenue en Engleterre,
et bien assignes et bien paiiës par an. Et eult messires Jehans
Gambdos toutte la terre de Saint Sauveur le Visconte, en Gonsten-
tin, qui jadis avoit estet à monsigneur Godefiroi de Harcourt, etli
confrenmia et accorda 4i roys Jehans de Franche à le priierre de
son frère, le roy d'Engleterre. Les coses furent adonc si bien cpn-
chies et si bien ordounnées, au samblant et à Favis de l'une part
352 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
et de l'antre, que on ne quidoit mie que le guerre dewist jammès
renouTeller.
Si tost que chil seigneur de Franche dessus nommé furent entré
en mer pour |iasser en Engleterre, li roys Jehans, messires Phe-
lippes, ses filx, messires Jaquemes de Bourbon, li comtes d'Eu, )i
comtes de Dammartin et tout li autre comte et baron de France,
qui prisonnier avoient estet en Engleterre avoecq le roy, leor sei-
gneur, s'en partirent quitte et délivre, sans paiier nulle raenchon,
non se rançonnet ne s'estoient en devant le pais. P 124 v*.
P. S2, 1. 25 : plus grant. -— Le ms. B 3 ajotUe : affirmation et.
F* 245. — Le ms, B k ei les mss, A ajoutent : confirmation et.
F» 231 V*.
P. 52, 1. 26 : quoique. — Mss, A : qui.
P. 52, 1. 26 : s'appellassent. — Mu. A S, il : s'appellèrent.
F* 229 V. — Mss. v^ 7, 15 : s'appcUoient. F» 235 V.
P. 52, 1. 29 : cescun. — Mss. ^ 7, 15 à 17 : à chascun.
P. 53, 1. 6 : terre. «— Les mss. A ajoutent : dessus ditte.
P. 53, 1. 13 : possesser. — Ms. AS: possider. F<» 229 y.
P. 53, 1. 20 : consaulz. — Ms. AS: conseilliers*
P. 53, 1. 22 : allotant. — Ms. AS: alîant.
P. 53, 1. 25 : mieulz. -^ Ms. A il : plus. F* 289.
P. 53, 1. 25 et 26 : je euchl — Mss. Al^il : j'en ay eu. —
Ms. AS î j'ay eu. F« 230. — Ms. A 15 ; j'ay depuis eu. P 251.
P. 53, 1. 26 : de le cancelerie. — Ces mots manquent dans le
ms. A 8.
S 487. P. 53, 1. 28 : si bien. -^ Le ms. A il ajoute :
faictes.
P. 54, 1. 2 : se deuist brisier. — Ms. A 1 : ne se deust briser.
F* 235 \\ — Ms. A 8 : seroit tenue sanz briser. F» 230.
P. 54, 1. 6 : paisieulement. — Mss. A : paisiblement.
P. 54, 1. 9 : en son. — Ms. Al : ens ou. — Mss. ^^ 8, 1 5 ;
ou. — Ms. A il : dedens le.
P. 54, 1. 10 et 11 : si enfant. ^ Ms. A 15 : ses trois fils.
*» Ms. A il : les enffans du dit roy.
P. 54, 1. 15 : vigile. ^ Ms. A S : veille. F» 230.
P. 54, 1. 18 : en istance que pour, — Ms. AS: en enten*
cîon de.
P. 54, 1. 26 : deuement. — Ms. AS: dévotement.
P. 54, 1. 27 : tournèrent. — Ms. AS: retournèrent.
[1360] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, $ 488. 253
S 488. Or est raisons. — Ms. ^Amiens : Or vous voeille
noummer tous lez nobles seigneurs de Franche qui furent bos-
tage pour le roy Jehan de Franche et qui vmrent demourer pour
lui à Londres : premièrement li dus d'Ango, li dus de Berri, li
dus d'Orliens, li dus de Bourbon, li comtez d'Allenchon, messires
Guis de Blois pour le comte Loejs de Blois son frère, li comtes
de Saint Pol, le comte daufin d'Auvergne, le comte de Halcourt,
1q comte de Porsiien, le comte de Brainne» monsigneur Jehan
d'Estampes, monsigneur Engheran signeur de Couchi, le seigneur
de Montmorensi, le signeur de Prayaux, le signeur de Clères, le
seigneur de Fontenielie, monsigneur Jehan de Lini, castelain de
Lille, le signeur de Saint Venant, le signeur d'Englure, le si-
gneur de Trainiel, le signeur de Malevrier, le signeur de Latour,
le signeur de Roye, le seigneur de Bourbercq, le signeur d'An-
dresel et les autres barons dont je n'ay mies bonnement le me-
more. Ossi de le bonne cite de Paris, de Thoulouse, de Roem,
de Rains, de Lions sus le Rosne, de Bourges en Berri, d'Orliiens,
d'Amiens, de Toumay, de Chaalons en Campaingne, de Troies,
d'Arras, de Saint Orner, de Lille et de Douais de chacune de ces
cités et de ces villes, deux bourgois. Si passèrent tout le mer
ensi que je vous di, et s'en vinrent amaser et amanagier ^n le
chitë de Londres, chacuns sires par lui avoecquez ses gens et
sen ordounnanche et tinrent bon estât et grant et noble. Et ossi
li roys les tenoit liement ; et quant il venoient deviers lui, il les
festioit et veoit vollentiers et leur demandoit des nouveUes et les
laissoit, siis le recreance de leurs fois, aller et venir, chevauchier
et esbatre, voiler et cachier parmy le royaunune d'Engleterre.
F' 124 V.
P. 55, l 14 : Lini. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : Ugay.
P. 55, 1. 14 : Brainne. — JUss. ^ 8, 15 ; Brianne.
P. 55, 1. 18 à 21 : d'Auvergne... d'Andresel. — Ces trois li-
gnes manquent dans lems. A M, ^ 290.
P. 55, 1. 22 : Ossi. — Ms. B % : et de dix neuf chitës et
bonnes villes, de chascune deus bourgois, et de Paris quatre. Sy
jurèrent tout chil signeur et bourgois solempnellement de aller
tenir prison à Londres, en Engleterre, et là où au roy plairoit,
JHsques adonc que on les aroit racheté de vingt quatre cens mille
francs. P 616.
P. 55, 1. 27 : Kem. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : Cacn. F<»230 V.
P. 55, L 28 : çascone. — Les mu. ^ 7, 15 à 17 t^ouunt : Aé.
iK4 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4360]
P. SSf^t I. 30 : amanagîer. — Mss, ^ 15 à 17 .* amenasgier.
P. 55, I. 3i : recarga. — Mss. ^^ 7, 8, 15 : recharga. —
Ms. A il : charcha.
P» 56, 1. 1 : enjoindi. — Mst. A : enjoingni.
P. 56, 1. 7 : ribote. — Mss. A : note.
P. 56| 1. 8 et 9 : cachier. — Mss. A : chacier.
P. 56, 1. 11 : ne furent. — Mss. A : n'y furent.
P. 56, 1. 14 : Bçulongne. — Les mu. A i^ il ajotaent : et
estoit party de la ditte ville de Galays.
S 489. Li rois. — • Ms. JAmiem : Si vint li rois Jehans à
grant oompaignie en le bonne ville de Saint Orner, où il fu gran-
dement festiiës et conjols, et li dounna on et présenta des biaux
presens, puis s'en parti et vint à Teruane et puis à Arras. Là
vint li dus de Normendie, ses filx, contre lui, qui le conjol et re-
queilli liement, si conuqe il estoit tenus dou faire. De touttes les
gistes, les visitations que li roys fist par son royaumme, me voeil
je briefment passer ; mes il alla tant de chitë en cité, de bonne
ville en bonne ville, qu'il fu li Noêlx ainscois qu'il revenist à Pa-
ris ; et quant il y rentra, on ne vous poroit mies deviser com no-
blêmit et puissanment il y fu rechups, car moult y estoit désires.
Et li donna on des biaux dons et des grans presens, et le vinrent
veoir et viseter li prélat et li seigneiu* de son royaumme. Si les re-
cevoit li rois bellement et sagement, ensi que bien le savoit faire.
F- 124 V et 125.
P. 56, 1. 21 : vint. — Ms. A il : revint. F* 290 v«.
P. 56, 1. 26 : le roy. — Ms, A il : lui.
P. 56, 1. 27 : devise'. — Ms. A 8 ; raconté. F» 230 v«.
P. 56, 1. 27 : com. — Mi. A B : comment
P. 56, 1. 28 : recueillies. — Mss, A : recueillis, recueilli.
P. 56, 1. 28 : ce. — Ms. A 8 : son.
P. 56, 1. 30 et 31 : biaus... presens. — Ms. A M : beaubc
jouaulx et de grans dons, et fist on de rechief presens.
P. 57, 1. 3 : recevoit. — Ms. A il : receut moult.
P. 57, 1. 3 et 4 : et bellement.. • faire. — Ces mots manquent
dans les mss. A.
S 490. Assës tost. — Ms. J Amiens : Si envoya li dis roys mon-
signeur Jakemon de Bourbon, son cousin, en le Langhe d'Ock,
pour viseter le pays et mettre en saisinne et en possession des
[1360] VARIAMES DU PREMIER LIVRE, § 490. 255
villes et des casdaux et des pays les gens le roy d'Engleterre,
qui y dévoient venir, enssi que couvens se portoit....
En ce tamps fu' advisë et regardé de par le consseil d'Engle-
terre, que chils bons chevaliers messires Jehans Gambdos venroit
en Acquittaine prendre le possession des cités, des villes et des
pays que li roys englès y devoit tenir, car il avoit mis grant
painne au concquerir, tant à le bataille de Poitiers comme ail-
leurs; et si estoit ûrans et gentih de corraige et bien acorda-
bles à tonttez gens d'onneur, sages et advisés durement : pour
chou y fu il envoiiés. Si passa le mer messires Jehans Gambdos
et vînt en Acquittainne en grant arroy, et prist le possession de
toutes les terrez devisées et dittez en le cartre de le pès. Et
quitta li dis rois de France à tous seigneurs, barons, chevaliers
et escuiers, fois, hommaiges et services, et remist tout en le
main dou roy d'Engleterre qui y entra, voirs messires Jehans
Gambdos procureres pour lui, ossi purement, ossi quittement que
li roys Jehans les tenoit : dont moult despleut à chiaux de le
Rocelle, de Saint Jehan, de Poito, de Saintonge, que il les cou-
venoit y estre englès. Ossi fîst il- à chiaux de Pontieu, ouquel
pays li roys englès envoya monsigneur Gerar de Baudresen,
qui fu senescaux de Pontieu et le gouvrenna ung grant tamps.
F» 125.
P. 57, 1. 7 : prendre. — Les mss, A \^ à il ajoutera : la
possession et.
P. 57, 1. 13 : obéir ne yaus rendre. — Ms. A 17 ; obeyr à
eulx ne rendre.
P. 57, 1. 14 : quoique. — Ms. AS: combien que. F^,231.
P. 57, 1. 15 : venoit. — Mss. A 7,il : sembloit. F* 236 v«.
P. 57, 1. 15 : grant. — Le ms, A 8 ajoute : dommage et.
P. 57, 1. 17 : le conte. — Ms. ^^ 8 ; de la conté.
P. 57, 1. 19 et 20 : le signeur de Taride. — Ces mots man-
quent dans les mss. A,
P. 58, 1. 1 : Jakemon. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; Jaques.
P. 58, 1. 21 et 22 : que donc que il fuissent. ^^Mss. ^ 8, 15
à 17 .* que ce qu'ilz feussent.
P. 58, 1. 24 : escusances. — Ms. A % : excusacions.
P. 58, l. 27 et 28 : enfrainte et brisie. — Ms. A M : en
France brisée.
P. 58, 1. 28 : par lequel coupe. — Ms. A il : laquelle chose.
P. 58, 1. 30 et 31 : moustrances. — Ms, JBd : remoustrances.
256 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1360]
F« 246 V*. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; paroles. — Le ms. A 1
ajoute : ne paroles.
P. 58, 1. 32 : à trop grant dur. — Ms, B Z : bien enviz.
P. 58, 1. 32 : dur. — Mss. A : dui;eté.
P. 58, 1. 32 : disent. — Ms. A S : disoient.
P. 59, I. 1 : aourrons. — Mss. A 7, 8, 15 : aourerons. —
Ms. A il : adourerons.
P. 59, 1. 2 : lèvres. — Ms. A il : maxas.
P. 59, 1. 2 et 3 : li coers ne s'en mouvera. — Mss, A : les
cuers ne s'en mouveront,
P. 59, 1. 23 et 24 : onques... de li. — Ms. 27 3 ; et mîeulx
que chevalier qu'on sceust trouver de son temps.
P. 59, 1. 24 : mieus de li. — Ms. A S : ne y sceut mieulx
estre de lui. P 231 V*. — Mss. ^ 15 à 17 ; ne fist mieulx de
lui. F» 253.
§ 491. Entrues. — Ms. tt Amiens : Assés tost apriès le re-
venue dou roy Jehan, envoyea li roys englès souffissans hommes
de par lui ou royaumme de Franche pour faire wuidier et partir
des garnisons touttes /nannierres d'Englès qui les tenoient. Et
leur commandèrent li dit coummis, de par le roy englès, que, sus
à perdre le royaumme d'Engleterre et lez vies, s'on les y tenoit,
il se partesissent des fors et des castianx et remesissent en le
main dou roy de Franche et de ses gens. Geste ordonna nche fn
moult griefs pour les pluisseurs qui avoient apris à pillier et à
rober, et qui estoient tout amonté et fet de le guerre, et qui, en
devant cou, estoient povfe garchon et varlet. Si leur ressambla
que, s*il retoumoient, il ne saroient vivre seloncq l'usaige dont
il estoient parti, dont li pluisseur ne veurent mies si tost obéir,,
et fissent moult de maux ens ou royaumme de Franche, si comme
vous orés chy apriès. £^ chil qui obeissoient, vendoient les fors
qu'il tenoient, as gens dou pays d'environ. Bien est voirs que li
chevalier et bon escuier, gentil homme d'Engleterre, obéirent et
partirent des villes et des fors qu'il tenoient; mais il avoit Aie-
mans, Flammens, Braibenchons , Haynuiers, Bretons, Bourghi-
gnons, mauvais Franchois, Normans, Pickars et Englès de basse
venue, qui s'estoient amonté de le gherre et qui n'avoient riens
à perdre, fors chou qu'il tenoient. Chil parseverèrent en leur
mauvaistié et dissent qu'il les couvenoit vivre. Si se queiilièrent
et assamblèrent de diviers lieux, et gneriièrent le royaumme ossi
[1361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 491. 257
fort que devant : dont meismement moult desplaisi au roy d'En-
gleterre....
En ce tamps estoît li grande Gompaigne en Bourgoingne et en
Campagne, que on clanmioit les Tart Venus, et avoient gaegniet
de force le fort castel de Genville et si grant trésor que on avoit
dedens assamblës et mis en garde sus le fianche dou fort castiel,
que on ne le pooit numbrer, et fu environ le Noél, Tan mil trois
cens soissante. De quoy li compaignon qui avoient tout celui pays
gastet et exilliet, ars et desrobet, départirent entre eux leur
gaaing et leur pillage en grant reviel, et dissent entr'iaux qu'il
ne cesseroient jammès de guerriier, car, sans ce, il ne saroient
vivre. Si entrèrent en Bourgoingne et y fissent moult de maux,
car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et escuiers dou pays
qui les menoient et conduisoient. Si se tinrent ung grant temps
environ Dîgon et Bianne, et robèrent tout celui pays, car nuls
n'alloit au devant; et prirent le bonne ville de Givri en Biamiois
et le robèrent et essillièrent toutte, et se tinrent là ung grant
temps et entours Vregy, pour le cause dou cras pays. Et tondis
acroissoit leurs nombres; car cil qui se partoient des fortrèches et
qui leur mestre donnoient congiet, se traioient tout de ceste part.
Si furent bien dedens le quaresme quinze mil combatans. Si fis-
sent et eslisirent entr'iaux pluisseurs cappitainnes à qui il obeis-
soient et se tenoient dou tout.
Si vous en voeil noummer les aucuns : li plus grans mestres
entre yaiix estoit uns chevaliers de Gascoingne, qui s'appelloit
messire Segins de Batefol. Ghils avoit de se routte bien deus mil
combatans. Si estoient touttes cappitainnes et meneurs des autres,
Talebart et Talebardon, Guios dou Pin, Espiote, le Petit Mes-
chin, Batillier, Hannekin Franchois, le bourcq Camus, le bourcq
de Bretoeil, le bourcq de l'Espare, Lamit, Naudon de Bagerant,
Hagre TEscot, Albrest, Bourduelle, Carsuelle, Briquet, Am-
menion de TOrtîghe , Garsiot dou Castiel et pluisseur autre. Si
s'avisèrent ces compaignons, environ le my quaremme, qu'il se
trairoient viers Avignon et venroient veoîr le pappe^et les cardi-
naux. Si le senefièrent enssi li uns à l'autre par routez et par
compagnies, et se dévoient tous trouver en Bourgoingne, entre
lions sus le Rosne et Mascons, sus le rivière dou Sone et en ce
bon cras pays. F^ 125.
P. 59, l. 27 et 28 : de tretdé et de pais. —Ms.AS : et trait-
tië de paix. F* 231 V.
VI — 17
258 CHRONIQUES DE J. FR0IS8ART. [1361]
P. 59, L 28 : oominis. — Lt ms, A 15 ajovie : et ordonnez.
F^ 253. —Lems.AM ajoute : et depputez. P> 291 v».
P. 60, 1. 3 : sus i perdre. — Ms, £ 3 : k peine de perdre.
P 246 y^.-^Ms. ^ 7 .• sus paine à perdre. F»237. — M$s.A%^
15 ^ 17 ; sur peine de perdre.
P. 60, 1. 12 €t 13 : d'estragnes nations. ~ Ms. Ail : d'es-
trangiers.
P. 60, 1. 17 : des. — Mss. A : par les.
P, 60, 1. 17 : an. — JUs. A 15 : à. — Ms. A IT : et.
P. 60, 1. 20 : oultre. -^ Ms. A il : contre.
P. 60, 1. 25 : à piffier. — Ms. A il ■: et à piHagler.
P. 60, 1.26et27 : pourfitable. — Arx*^ff 6 : car tefe almt à «x
ou à vingt chevaulz que, se il fnst à son oslel, il n'aroit point
puissanche de luy monter. P> 647.
P. 60, 1. 28 : cueiUoient. — Mss. A S, i^ à 47 .\recueil-
loient. < '
P. 61, 1. 4 : prisent. — Ze mx . ^ 6 ajotae : en chel yvier.
F» 618.
P. 61, 1. 5 : GenvîUe. -^ Ms. A B : JoiûviUe.
P. 61, 1. 12 : Vredon. — MssjA: Verdun."
P. 61, 1. 14 : vendirent. — Ms". 'A 8 .•'rehdît'ent.
P. 61, 1,. 17 : Bourjgongne. -* ilf*. i? 6 : sy en avôît ossj
grant roule et grant flote en Bourgongné, que on n'ommoît les
Tart Venus. F» 618.
P. 61, 1. 24:Givri.— J||fx.^8;6yvré.F*232. — Âfr.>17;
Givrey.
P. 61, 1. 26 : Vregî. — Mis. A : Vergi, Vergy. ' " ' '
P. 61, 1. 80 : quinze mil. —Mss. ^2 A 6, 18, 19 : seize mil.
— Ms. B 6 ; trente mille. F» 618.
P. 62, 1. 4 : Segîns. ^ Mss. A : Seghîns, Seguins, Segiiîn.
P. 62, 1. 6 : Espiote. — ilfx: A 15 ; Lespîote. **
P. 62, 1. 7 : Batillier. — Ms.Aifi : Bataillé, fc'reton. > SS53 v<>.
P. 62, h 7 : Hanekin. —Mss. A : Hennequin;
P. 62, 1. 9 : Lamit. — Lâms. Ai^i a/oo/e ; îtfaleteire, Hamée,
Lescot, bretons. . . :
P. 62, 1. 10 : Bcmrduelle. — Ms. Al : Borduelle/— Msi
A 8 .• Berduelle. — Ms. A 15 ; Bourdîlle. — Ms. A 17; Bour-^
douelle.
P. 62, 1. 12 * dou Chastiel. -^ Le ms, A i5 ajoute : breton.
[i361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 493. «59
§ 499. là rois. — Ms, étJmiens : Il roys de Franche entendi
ces Donvenes qae cez Goittpaingnes monteplioient enssi, qui gas-
toient et essilloient son royanmme. Si en fu durement couroucbiës,
car il li fiit dit et remoostrë par grant especialité que ils feroient
pins de manx et de villains fès ou royaumme de Franche, ensn
que ja faisoient, que li guerre des Englès n'ewist fait. Si eult avis
et conseil K rois de France que d*envoiier contre yaux et com-
battre. Si en escripsî li roys de France especialment et souverain»
nement deviers son consseîl monseijgneur Jaquemon de Bourboni
qui se tenoit adonc à Mon^ellier, et avoit mis nouvellement mon-
seigneur Jehan Camdos eh le possession de toutte la ducë d'Ac-
quittainne, si comme ch! dessus 6st contenu. Et li mandoit li db
rois qu'il se fe«ist chiéz 'Contre ces Ck)iïipàignes et presîst tant de
gens d'armes de tous costës qu'il fuist fort assës pour yaux com-
battre. Quant messires Jaquemés de Bourbon entendi ces nou-
velles, il s'avalla deviers Avignon et puis deviers lion sus le
Rosne, pour venir au devant contre ces malles gens qui faisoient
tous les maus dou monde là où il converssoient. Et pria et manda
li dis messires Jaquemes tous les seigneurs, barons, chevaliers et
escuiers de là entours. Ghacuns y obéi vollentiers pour aidier à
desti*uire ces Compaingûes. F^» 425.
P. 62, 1. 21 : Compagnes.. — Ms. A 17 .* compaignons.
P. 63, 1. 9 : vers Avignon. — Mst. ^ 1 e/ 2, 4 <^ 6 : dever
la cit^ d'Angiers. — Ms. Ai: devers la cité d'Agen.
P. 63, 1. 14 ; maies gens. — Ms» ^A 17 : gens mauvaiz. F*
292 vo.
P. 63, 1. 27 : Forés. — ilfi. A 8 .• Foix. F» 2?2 vo.
P. 63, 1. 30 : Renaulz. -— Ms. A 8 ; Raotd.
P. è3, 1. 31 : la cpnté. — Ms. A%:\à. contesse.
P. 64, 1. 3 : bellement. — Mss. A 8, 15 ; liement. — Ms. A
17 : doulcement.
p1 64, 1. 5 et 6 : car,...^part. — Ms, A 17 ; contre les Com-
paignes.
^ 495. Quant ces routes. -— Ms, J Amiens : Quant ces Gonh*
paighes entendii*ent ce, qui se tenolent vers Mascon et vers Chaa-
Ions et vers Tournus et en le terre le seigneur de Biaugeu, qup li
Franchois s'asambloient pour yaux combattre, si se traiss^t les
cappitainnes tous enssamble et eurent avis et conssçil .comment il
se maintenroient. Si nombrèrent entr'iaux leurs gens et leurs
Î60 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [4361]
ronttes, et regardèrent qu^il estoient environ seize mil combatans,
uns c'aatres. Si dissent enssi entre yaux : « Nous nous meterons
as camps et atenderons l'aventure, et combaterons ces Franchois
qui s'^samblent contre nous. Se fortune donne que nous les poons
desconfire, nous serons tout riche homme et recouvrerons, tant
par bons prisonniers que nous prenderons, que par ce que nous
serons si doublé et cremus en ce pajs et là où nous vorrons aller,
que nus ne s'osera mettre contre nous ; et, se nous sommes des-
conflB, nous serons paiiës de nos gages. »
Chilx pourpos fu entre yaux tenus : ils se deslogièrent et mon-
tèrent amont devîers les montaignes pour entrer en le comte
de Fores, en ce bon cras pajs, et s'en vinrent deviers Chierleu,
qui est de le comte de Mascons, et assaillirent un jour toutte
jour la ditte ville, mais il ne le peurent gaegnier. Puis passèrent
oultre et chevauchièrent vers Montbrigon en Forés, gastant le
pays, ranchonnant gens et villes à grant fuison et conquérant
vivrez à grant plentë ; car 11 pays y est bons et cras et durement
plentiveux. Ad ce donc estoit messires Jaquemes de Bourbon en
le comté de Forés, car il le tenoit en bail et en gouvernement
pour la cause de ses nepveux, enfiPans dou comte de Forrès qui
estoit nouvellement trespassës, qui avoit eu sa serour à femme ,
laquelle damme vivoit encorres.
Si estoit li dis messires Jakemes durement courouchiés sus ces
Gompaignes, parce qu'il gastoient et essilloient enssi le pays de sa
soer et de ses nepveux, et fist ung très grant mandement auquel
vinrent li Arceprestres à bien deux cens lanches, li sires de Grantsi,
messires Jehans de Chaalons, messires Robers de Biaugeu, li sires
de Villars et de Roussellon, li sires de Toumon, li viscontes d'Uzès,
messires Ansseaux de Sallins, messires Jehans de Vianne, messire
Hughes de Vianne, messires Jaquemes de Vianne, messires Guil-
laummes de Toraisse, messires Jehans de Rie, messires Jehans de
Montmardn, li sires de Montmorillon, li sires de Gonssaut, li
sires de Calençon, messires Henri de Montagut et grant fuison
de bons chevaliers et escuiers de Bourgongne, de Savoie, de le
daufinet de Vianne, d'Auviergne et des marches là environ, tant
à le priière et mandement messire Jaqueme de Bourbon que
pour ruer ces Compaingnes jus, qui enssi roboient et essilloient le
pays sans title de nulle gherre, fors que par pillage et roberie.
P» iî5 V.
P. 64, 1. 9 : en. — Ms, Ail: entour.
[1362] VRAUNTES DU PREMIER LIVRE, § 494. 261
P. 64y 1. 15 : uns c'autres. — Ms. j4 % : que uns, que autres.
F» 232 v'.
P. 65, 1. 6 : maulz. — Ms. A il : dommaiges.
P. 65, 1. 8 : cheminoient. — Mss. A : chevauchoient.
P. 65, 1. 12 : trois. — Le ms. £ Z ajoute: petites. ¥• 247 ▼•.
P. 65, 1. 12 : liewes. — Les mss. AT, 15 « 17 ajoutent: près.
S 494. Ces gens. — Ms. d^ Amiens : Ces gens d'armes assam-
blës avoecq monseigneur Jaqueme de Bourbon, qui se tenoient à
Lion sus le Ronne et là entours, entendirent que les Compaingnes
aprochoient [d'iaux] durement et avoient pris le ville et le castiel
de Brinay, à trois lieuwes de Lyons, et encorres des autres fors,
et gastoient et essilloient tout le pays. Si despleurent moult ces
nouvelles à monsigneur Jaquemon de Bourbon et à tous les autres.
Si partirent hors de Lions touttes gens d'armes et se missent as
camps et prissent le chemin par deviers les ennemis, et envoiièrent
leurs coureurs devant pour savoir où il se tenoient. Ghil chevau-
chièrent si avant qu'il trouvèrent les Gompaignes rengies et or*
dounné[es] sus une montaingne. Or vous di que mal[i]cieuzement
ces Compaingnes avoient ordonne leur affaire, car il avoient enssi
d'iaus repus ou fons d'une montaingne une grosse bataille, et de
toutte le mendre et les pis armés il avoient fait monstre et visaige.
Dont U coureur des Franchois raportèrent enssi à leurs maistres
et seigneurs qu'il avoient veu les Gompaignes rengiez et ordounnées
sus un terne, et bien aviset; mes, tout conssideret, ils n'estoient
non plus [o]u de six mil et cinq cens ou sept mil honunes, et en«
corres en estoit li droite moitiés moult mal armes.
Quant messires Jacquemes de Bourbon oy ché raport, si dist à
l'Archeprestre : « Archeprestre, vous m'àviéi dit qu'il estoient bien
quinze mil combattans, et vous oës tout le contraire. » — « Sire,
reapondi li Àrceprestres, encorres n'en i quide jou mies mains, et
s'il n'y sont, c'est tout poiu* nous. Si regardes que vous voilés
faire. » — «En nom Dieu, dit messires Jaquemes de Bourbon, nous
les yrons combattre ou nom de Dieu et de saint Gorge. » Là fist
arester sus les camps li dis messires Jaquemes de Bourbon touttez
ses gens et ses bannierres, en chacune avoit six mil hommes. Et
là fist son ainnet fil chevalier, monsigneur Pierre de Bourbon, et
son nepveult le jonne comte de Forrez et pluisseùrs autres jonnes
chevaliers. Et estaubli monsigneur l'Arceprestre en le première
bataille, et puis fist chevauchier bannierrez et pignons areement et
268 CHRONIQUES DE 1. FROISSART. [1362]
ordottieeipeDt ayant par devicrs les ennemis. Si n'eurent gairez
alet quant il les virent et trouvèrent, et s'enbatirent en un rplain
où, par desus en le montaingne, li bataille des Gompaingnes estoit,
dont je parloie maintenant. -.,...
Si trestost que chil seigneur de Franche virent le bataille de ces
malles gens qui estoit rengie et ordounnëe sus le tieme d'oicoste
yaulx, si n'en fissent que gaber et dissent : « On devoit bien faire
si grande assamblëe de gens d'armes pour tek ^gens ; toatte li
mendre de nos bataillez lez deveroit desconffire. » Lors regardé*
rent comment il poroient venir jusques à yanx, car grant désir
avoient dou combattre. II leur couvenoit costoiier celle mon-
taingne et passer par dessous assés- pries, des Gompaingnes^ s'il
voUoient venir sus ung estault et ung grant pendant qui ouvroit le
chemin de le montaingne. Si prissent li Franchois che chemin^ et
par espedal 11 bataille l!Arceprestre et monsigneur Jehan de Ghaa*
Ion et monsigneur Robert de Biaugeu.
Enàsi qii'il chevauchoient pour venir à leur avantage, les Gom-
paingnes qui estoiept ou terne dessus yaux, [estoient avisées de
leur fait]. Il n'en y. avoit nuhc, qaàx. qu'il ifust, grans ne pelis,
armes où desairmëSy qui ne luist pourveus de caillues aq, kokas,
car la ,terre où il ;estQient en estoit. toutte plainne. Dont, si trestost
qu'il virent venir leurs ennemis, ils. s'eslargirent et coummen*
chièrent à jetter de, ces pierrez si dur et si roit sus ces gens d'ar-
mes, que nulz n'osoit aller avant s'il i ne voUoit estre tous con^
froissiés, et moult de bons .chevaliers etescuiers, par leur jet^
n^ssent à grant meschief, car chil cailUel agut ou comut effitn*
droient bachinès pu çappiaux de fier, con fort qu'il fuissent.
Avoec.tout chou, en jettant il juppoient, et huioiènt si hault et
si cler. qu'il sambloit propr^nent que. tout li- diauble d'infier y
fuissent . - . . ,
Adpnc viAtJçur grosse .bataille qui bien estait rengie et ordoun-
née, et où tputte li fleur ,de leurs gens d'armes estoient :>messires
Segins de Batefol, Petit Mescin,. Naudon de Bagerant, le bourcq
Camus, Espiote, Batillîer,! le bourcq de l'fispare, Lamit, Guiot
dou Pin)..le bourch de Bretuel et pluisseur aultre, tout appert
çompaignon as armes et fors et durs guerieurs. Evous vinrent sus
costé à le semestre main sus ces Franchois, en escriant leur cri
et leurs ensengnes, et crioient : a Aye Dieux, aye as Gompain-
gnes 1 » Là coummenchièrent il à entrer entre lez Franchois et à
ruer jus de cours de chevaux et de cops de glaivez et mettre à
[1362] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 494. 263
grant meschief ; car, avoeeq tout chou, chil qui estoieut en le
moDtaingne, jettoient si ouniement et si yertueusement pierres et
caillans, que Jr. Franchois ne pooient aller avant ne recuUer,
mes estoient si entrepris de tous lés- qu'il ne se pooient aidier.
Là fu très bons chevaliers li Aixeprestrez , et moult vassau-
ment se combati, et chil de se route ; mes finablement se ba-
taille fu toutte rompue, se bannierre' jettée par terre, et chils
qui le portoit, mors, et plus d'iaux vingt cinq dallés lui. Et fîi
li Archeprestres abattis et fianchiez prisons, avoec ce, dure-
ment navres. Là furent pris messires Jehans de Chaalons, mes-
sires Robiers de Biaugeu, li sirez de Roussellon, messires Gerars
de Salière, li viscomtes d'Usés; et ochis, li sires de Toumon et
li sirez de Montmorillon et pluisseur chevalier et escuier de Bour-
goingne, d'Auvergne et des marches de là environ. Là fu navres
à mort chilz gentilz chevaliers, dont ce fu pitës et grans dam-
maigez, messires Jaquemez de Bourbon et furaportez à lions, et
messire Pierre de Bourbon, ses aisnés fils, ossi navrez k mort, et
li jonnes comtes de Forès^ ses kiepveulx, ossi ochis, et tamaint
bon chevalier et eâcuiei^ de' leur route.'
Briefmenty li Franchois furent tout desconfis, et obtinrent les
Gompaingnes le joumëe, et prissent ou ochirent à leur vollentë
les plus grans de Tost, dont il eurent puis'tamainte bonne raen-
chon, et moult en adammagièrent le royaumme de France à cel
les, si comme vous orës chi apriès. Geste' bataille fu assés pries
de Brinay, à trois lieuwez de Lion sus le Rosne, l'an mil trois
cens soissante et un, le douzième jour'd*avril. F^126.
P. 68, 1. 17 : se tenoit; -^ Ms. B k et mss, J: se tenoient.
F» 234 V*.
P. 6t^; 1. 19 : pris, — Les, mss. A ajoutent: et conquis de force,
P. 6S, 1. 1 9 : le ville. — Les nUs. B 3, 4 et les mss. A ajoutera :
et le chastel.
P. 65, 1. 23 : goûvrénance. — M^îs. A : gouvernement.
' P. 65, 1.' 26 et 27 : et chevaucièrent.... ennemis. — Ces mots
manquent dans les mss. A,
P. 65, !• 28 et 29 : pour.... trouveroient. — Mss, ^ 15 ^ 17.*
pour savoir et advisier combien vrayement ik estoient ne que ilz
trouveroyent. Ms. A il,(^ 293 V».
P. 65, 1. 28 : savoir. — Les mss. A 1 et S ajoutent : et aviser
vraiement. P 238.
P. 65, 1. 31 : envoiiet. ^- Ce mot manque dans les mss. A.
164 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1362]
P. 66| 1. 2 et 3 : les mieus à harnas. -* Ms* ^ 8 : les mieiiU
armez et enharnechiez. F* 233.
P. 66, 1. 4 : aviset.— Ms. A 8 ; appensë. F» 233.
P. 66, I. 4 et 5 : euissent bien. •» Mss. A : eussent bien eus.
P. 66, 1. 5 : volsissent. — Ms. AS: s'ilz eussent touIu.
F* 233.
P. 66, 1, 10 : veu. — Ms. A 8 ; veues.
P. 66, 1. 11 : avise. -^ Ms. A S : avisées.
P. 67, 1. 7 : Viane. —Mss. A S^ i^ à 17 : Vienne.
P. 67, 1. 7 : vicontes. — Cène bonne leçon ne se trouve que
dans le ms. A 8.
P. 67, 1. 9 : pour. «~ Les mss. A 7, 8, 15 à 17 ajoutent :
leur.
P. 67, 1. 14 et 15 : plus de quinie cens. — Ms. A 17 .* quinze
cens.
: convenant. — Ms. AS: oouvine.
: mil. — Ms. A 17 ; dix mil.
: manière. — Mss. A : avantage,
com. — Ms. A 8 ; tant. P 233 V.
com. — Ms. AS: tant.
; ses. -— Mss, A : son.
: que il n'ouvrèrent. — iiff. ^ 17 : qui mouru-
rent. F« 294 v».
P. 68, l. 15 : se tenoient. — Mss. ^ là 6, 8, 17 ; estoient.
P. 68, 1. 16 : eslongiës. — Ms. AS: esloingniez.
P. 68, 1. 24 : ressongnast. — Ms. B 3 : craignist. P 248 v«.
P. 69, 1. 2 : escriant. — Les mss. A ajoutent : tout.
P. 69, 1. 3 : reversèrent. — - Ms. AS : renversèrent.
P. 69, 1. 4 : ïîSàC. — Mss.B 3, ^ 1 à 6 .* rifflis. — Af*. -<^ 7 .•
rifOich. F» 239. — Ms. A 8 ; riffleis. — Ms. A V\ : riffles.
F» 295.
P. 69, 1. 9 et 10 : entrepris. — Ms. B Z: presse.
P. 69, 1. 1 1 : prisonnier. — - Mss. B k et A : prison.
P. 69, 1. 13 et 14 : besongne. — Le ms. A 6 ajoute : dont
vous ojez compter. F® 238 v«, — Les mss. ^ 7, 8, 15 ajoutent :
dont vous oez parler. — Le ms. A il ajoute : jque vous oyez
compter.
P. 69, 1. 14 : eurent. -— Le ms. A 7 ajoute : là. — Le ms. A S'
ajoute : pour lors.
P. 69, 1. 14 : pieur. -— Ms. A il : pis.
p.
07,1.
17
p.
67,1.
20
p.
67,1.
22
p.
68,1.
1 :
p.
68,1.
4:
p.
68,1.
8:
p.
68,1.
10
[i362] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 495. 265
P. 69, 1. 48 : vicontes. — Ctf//« bonne leçon est fournie par les
mss. J Sj 15 ; tous les autres manuscrits donnent : conte •
P. 69, 1, 20 ; àxa.-^Mss. A 6, 7, 45 à 17 ; pain^e. ^Ms.A^ :
durté.
P. 68, 1. 29 à p. 69, 1. 25 : Et avoient.... Pasques. — Ms.
B 6 : Entre ches compaignons avoit bien mille lanches de ossy bon-
nes gens et ossy bien montes et annës que on peuist estre, qui en-
cores estoient tous fret et tout nouvieaulx. Quant la prumière ba-
taille de l'Archepestre fu rompue, et s'en vinrent autour de celle
montaigne as cours de cbevaulx ferir sur coslë sur ches gens d'ar-
mes, et en ruèrent jus des prumiers venans plus de cinq cens. Là
eult grant bataille et forte. Et trop vaillanment s'i portèrent ches
Compaignes, et demora la plache pour euls, et y prirent plus de
mille bons prisonniers. Et furent pris ly Archeprestre, le sire de
Toumon messire Robert, messire Lois de Bieaugeu, le sire de Ga-
lençon, messire Renault de Forés, messire Gerart de Salière, le
sire de Benay, le sire de Roussillon, le sire de Groult, messire
Jehan de Chalon et pluiseurs aultres, et mors messire Pierres de
Bourbon et le jone conte de Forés, et navres à mort, dont che
fîi pitié et damaige, messire Jaques de Bourbon, et fu raportés à
grant meschief à lions. Ensy obtinrent ches Compaignes la plache
et leur demora le journée, qui fu l'an mil trois cens soissante et
un, le dix huitième jour en avril. P 622.
§ 495. Trop furent. — Ms, ^Amiens : Apriès ceste bataille de
Brinay, où chil qui y lurent pour combattre ces Gompaingnes,
rechurent si grant dammaige que tout y furent mort ou pris ou
en partie, les Compaignes menèrent bien le tamps à leur voUenté
en celi pays, car nus n'alloit à rencontre, mes chevauchoient par-
tout où qu'il voulloient, et gastoient et ranchonnoient tout le pays.
Si s'en vint messires Seghins de Batefol demourer et séjourner
à Anse, une ville sus le Sone, à une lieuwe de Lions, et le fist
fortement remparer et fortefiîer. Et tenoit ou dit fort ou là envi-
ron, en petis fors qull avoient pris, bien trob mille combatans qui
ranchonnoient tout le pays, le terre le seigneur de Biaugeu, le
comté de Mascons, le comté de Forés, le basse Bourgoingne, l'ar-
ceveskiet de Lions et une partie de l'Auvergne.
Or avint, apriès chou, que ces Compaignes eurent rués jus ces
gens d'armes , si comme vous advés oy, et qu'il eurent départi
leur butin et leur conquest et ranchonnet leurs prisonniers, il s*es-
266 CHRONIQUES DB J. FROISSART. [1360]
par«firenk et s'ayallèrent deviers le chitë d'Au?igiion, ardant et
essillant le pays partout là où il passoient^ pour yaux faire plus
caremir, et preadôîent viâes et fors et les assaiUoient et les ran-
chonnoient as vivres et as pourveanches, quant il leur besonguoit,
ou à grant sonuae de florîiis, quant ilavoient pourveanches assés.
Si entendirent que , au Pont Saint fi^ierity-à sept lieuwez d'Àuvi-
gnon, il 7 avoit grant avoir et grant[ trésor dou pays d'environ
qni là esloit nissambUs et mis sus le fiandiede le fortrèche. Si
regardèrent entre yaux, se il pooient prendre le Pont Saint Esperit,
il leor vauroit trop, car il seroient mestre et signeur don Eosne
et de datiz d'Auvignon.
Si estodiiàrent tant et jetteront leur advis que, à chou que
j'ay depuis oy recorder, BatîUiery Guiot doir Pin, Lamit, Petit
Meschin, le bonrch Canunus, Espiote et le bourc de l'Espare,
cfaevaucfaièrent et leur routes une nuit toutte nuit bien quinze
lieuwes, et vinrent sus le point du jour à le ville dou Pont Saint
Esperit, et Tesciellèrent et le prissent et tous ceux et tonttes
celles qui dedens estoient : dont che fîi grans pités, car il y ochi-
rent tamaint preadomme et violèrent tamainte damme et dam-
mcHseUe* Et y conequisent si grant avoir que sans nombre et
grandes pourveanches- pour vivre ung an ou deux, et pooient
coorir,. s'il leur plaisoit et ensi qu'il fisdsoient, ung jour en TEm-
pire, l'autre en Franche, car li viUe don Pont Saint Esperit siert
à deus royaummes. Si se ravalèrent et rassamblèrent là tout li
compaignon, et couroient tous les jours jusquez as portez d'Au-
vignon, de quoy li pappes et tout 11 cardinal estoient en grant
angouisse et en grant paoûr. Et avoient ces Gompaingnes dou
Pont Saint Esperit fait un cappitainne souverain entre lez autres,
c'estoit messires Seghins de Batefol, et s'escripsoit en ses lettres
et se fai8(Mt*adonc coummunement appeler : amis à Dieu^ et enne-
nûs à tout le inonde. F"» 126 r<> et v«.
P. 69, 1. 29 : fremesist. — Mss. A. 8, 15 : fremist.
F» 234.
P. 76, lé 2 ; moult. ^^ Le msl A % àfouté: esbahis et.
P. 70, 1. 2 : efiraë. — Mss. A i à 6, il : esbahis.
P. 70, 1. 6 : et destourbé de le navrure. — Ms. A S: de ht
destourbe.
P. 70, 1. 8 : bellement. — Ms. A 8 : doucement.
P. 70, 1. 9 : estoit. — Ms. A % : estoient.
P. 70, 1. 10 : siècle. — Le ms. A ^ afotae: en l'autre.
[4361] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, § 496. 267
P. 70, 1, 12 : nient. — Ms. A% : mye. — Mss. ^8, ib à
17 •'guerres*
P. 70,: h 12 et 13 ; puisse^i. -^ Mss. A 6, 17 .• après. •—
jlto. ^ 8, 15 / depuis.
P. 70, .1. 21 : cornue en.-^Ze5 hmj. A ajoutent : raençons de.
P* 70, 1.30 : part. ^ Mss. A 6, 7,15 : route. — Mss. A 8,
17 .* compagnie.
P. 71 , 1. 1 : remparer. — Mss. A S^ il : reparer.
Pi 71, 1. 2 : environ celle marce. -^^ Ms^. B 3y k et mss. A:
là environ sus celle marche.
P. 71, 1. 4 : le Soniie. — Ms. i? 1 : le Loire.
P. 7«, 1. 6 et 7 : Marcelli. — Ms. A 15 : Marsilly. F» 256 v«.
P. 71, 1. * et 10 : Bemardet. — Mss. A : Bemart. .
P. 71, 1. 10 : Lamit. — Ms. ^ 15 ; La Mite, Maleterre, bre-
ton. F» 256 vo.
P. 71, 1. 11 : Lespare.— Ze ms. A IJS ajoute: Bataillië.
P. 71, 1. 15 : en ce contour. — Ms. AS : entour.
P. 71, 1. 28 et 29= : li Compagnon. — Ms. AS: les Compai-
gnes.
P. 71, I. 30 : vaurroit. — Ms.AS: vaudroit.
P. 72, 1. 1 et 2 : Batillier.... Meschin. — Jlf j. ^ 15 ; Bataillié,
le breton, Giiiot du Pin, La Mitte, Maleterre, aussi breton, et le
Petit Meschin.
P. 72, 1. 14 : eus es. — Ms. AS : aux..
P. 72, 1. 18 : souverain. — Lems. À i^ ajoute : auquel tres-
touz obeissoient.
P. 72, 1. 20 : monde. — Les mss. A 20 à 22 ajoutent : telz
noms et autres semblableis qu'ilz trouvoient sur leurs mauvaistiës
dotlnoieliit Shs' à leurs capitaines.
§ 496. Encorres avoit. — Ms. d Amiens : Encorres avoit
adond grant fuisson, en Franèe et en pluisseurs marces, de ces
pilleurs englès et autres qui volloient, ce disoient , vivre , et te-
nbieût encorres grant fuisson de castiaux et de forterèches qu'il
avoient gaegniet, et desroboient fortement le pays où il convers-
soient meysmement en Gampaigne et en Brie, et entre Paris et
Orliiens, et entre Paris et Cartres, et en le comte de Blois, en
Ango, en Mainne et en Tourainne, coumment que bonne pais
fnst faite, et coumment que li roys de Franche et li roys d'Engle-
terre s'appellaissent frerre, et que li comte et li baron et les bon-
268 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [136i]
nés gens de l'un pays et de Tantre fuissent tont amit enssamble.
Mais, quant chil pilleor et chil robeur, qui se tenoient en diviers
lieux ou royaumme de Franche , enlendirent que leur compaignon
avoient ruet jus monseigneur Jaquemon de Bourbon et bien deus
mil chevaliers et escuiers, et pris tamaint bon et riche prisonnier,
de redef pris et concquis le ville don Pont Saint Esperit et si
grant avoir dedens que sans nombre, et qu'il penssoient qu'il con-
querroient assés tost Auvignon et toutte Prouvenche , chacuns eut
en proupos d*aller celle part, en convoitise de plus gaegnier. Si
laissièrent li plus les fors qu'il tenoient et les vendoient à bon
marchletj ou il les rendoient parmy tant qu'il pooient segurement,
yaux et le leur, cevaudiier parmy le royaumme de Franche.
Enssi s'aroutèrent et s'asamblèrent et s'acompaignoient , et tout
s'avallèrent viers Auvignon, sus l'esperanche de plus pillier.
F» 126 V».
P. 72, 1. 24 : quoique. — Mss. A 8, 15 ; combien que.
P. 72, K 24 : commis. — Lems. AVS tfyoii/e:depputez.F"257.
P. 72, 1. 28 : pillars.— iifj#. B 3, 4, et nus. A : pilleurs.
P. 73, 1. 4 : Avignon. — Ms. ^ 15 ; la bonne cité d'Avignon,
P. 73, 1. 7 : en convoitise. '-^Ms. u^ 15 ; en convoitant tous*
jours de plus mal faire. F<^ 257.
P. 73, 1. 7 : plniseurs maulz. — Mss, A : plus mal.
§ 497. Quant li papes. — Ms, ^Amiens ;. Quant li pappes
Ynocens YI"* et 11 collèges de Romme se virent enssi vexe et
gueriiet par ces maleoittez gens, si en furent durement esbahi et
ordounnèrent une croiserie sour ces mauvais crestiiens qui des-
truisoient crestienneté enssi que les Wandres fissent jadis, et
gastoient tous les pays sans cause et roboient sans déport quant
qu'il pooient trouver, et violloient femmes vielles et jonnes sans
pitë, et tuoient hommes, femmes et enfans sans merchy, qui
riens ne leur avoient méfiait; et qui plus de villains fès y faisoit,
c'estoit li plus preus et li mieux parés. Si fissent li pappes et li
cardinaux sermounner de le croix partout publicquement, et ab-
solloient de painne et de couppe tous chiaux qui prendoient le
croix et qui s'abandonnoient de corps et de vollenté pour des*
truire celle mauvaise gent et leur compaignie.
Et fissent monseigneur Pierre, cardinal d'Arras et d'Ostie,
cappittainne de celle croiserie , qui assés tost se trai hors d' Au-
vignon et s'en vint demourer et séjourner à Carpentras , k quatre
[1361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 498. 269
lieuwes d'Auvignon, et retenoit touttes mannierrez de gens et
de saudoiiers qui venoient deviers loi et qui yolloîent sauver leurs
anmes et acquerre les pardons de celle croiserie. Pluisseurs gens
allèrent celle part, chevaliers et escuiers et autres , qui quidoient
avoir grans biensfais dou pappe avoecq les pardons deseure dis ,
mes on ne leur voUoit riens dounner. Si s'en partoient et s'en
alloient li aucun en Lombardiey li autre retoumoient en leur pays,
et li autre se mettoient en le mauvaise compaignie qui tondis
acroissoit de jour en jour; et se départirent en pluisseurs Gom-
paignies et fissent otant de cappitainnes conune de Gompaignies.
F» 126 V.
P. 73, 1. 13 : maleoites. — ^ Mss. J i àl, iT : maudites.
P. 73, 1. 14 : croberie. — Mss. A 6, 17 ; croisiée, croisée.
P. 73, 1. 15 : crestiennetë. — Mss, A : crestienté.
P. 73, 1. 16 : Wandeles. — Mss. A 1^ 17 ; Wandes. —
Mss. ^ 8, 15 : Wandres.
P. 73, 1. 28 : eslisirent. — Ms, Al : eslirent. — Mss. A 8,
15 ^ 17 ; esleurent.
P. 73, 1. 29 : dou Moustier. — Mss. A 7, 8, 15 : du Mones-
tier.
P. 74, 1. 1 : quatre. — Ms* A 6 : six. — Mss. u^ 2, 17 à 19,
23 à 29 .* sept.
P. 74, 1. 4 : acquerre. — Ms, A B : acquérir.
P. 74, 1. 9 : pays. ^ Ms. A S : hostelz. F» 235.
P. 74, I. 13 : comme. — Le ms. ^15 ajoute : ils estoient.
F» 257 V.
§ 498. Ensi herriièrent. — Ms. if Amiens : Enssi heriièrent
il et gheriièrient le pappe et les cardinaus et les marchez d'en-
tour Auvignon, et y fissent mont de maux jusques bien avant en
l'estet l'an mil trois cens soissante et un, et que li pappez et li
cardinal s'avisèrent d'un moult gentil chevalier et bon guerieur,
le marquis de Montferrat, qui avoit grant temps tenu genre con-
tre les seigneurs de Melans et encorrez faisoit. Si le mandèrent ,
et il vint en Auvignon. Si y fîi moult festiiés et honnourës dou
pappe et de tous les cardinaux. Là fu traitiet deviers lui que,
parmy une grande somme de florins qu'il de voit lavoir, il mette-
roit hors de le terre dou pappe et de là environ les Gompaignes,
et les enmenroit en Lombardie. Si traita li dis marquis de Mont>
ferrât devers les cappitainnez des Compagnes, et les amena ad ce
270 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
que, parmy soissante nul florins qu'il eurent pour départir en-
tr'iaux et ossi grans gaiges que U dis marquis leur dounnoit ou
devoit dounner, il s'acordèrent à chou qu'il yroient en Lombardie,
et, ayoecq tout choii, 'il seroieatibsols de painne et de oouppe.
Tout ce fiâitf acompli et acordé et les florins pris, il fendirent le
Tille dou Pont Saint Esperit et laissièrent le marche d'Auvignon
et passèrent oultre avoecq le dit marquis, dont li roys de Fran-
che et tous li royaummes forent durement resjoys, quant il se vi-
rent quitte de tek genSé
Enân fii li royaummes plus à pais, ce ta bien raisons, quant
ces Gompaignes en furent parties par le pourkach dou Saint Père
et des cardinaus et dou marquis de Montferratî qui en fist trop
bien se besoingne sus les seigneurs ^de Melans, et concquist villes
et castiaux et pays sus yaux, et eut plmsseurs rencontres et escar-
muchez contre yaux pour lui. Et le missent ces Gompaignes de-
dens un an ou environ tout au dessus de sa guerre', et li fissent
avoir sen entente des seigneurs de Melans, qui pour le temps re-
gnoient , messire Galeas et messire Bemabo. Et quant il li eurent
sa guerre achievëe, il revinrent par routtes et parpetittes com-
paignies par dechà les mons. De quoy li pluisseur, qui avoieUt
assës gaegniet et qui estoient tout soellë de gueriïer, se retraioient
en leur pays et en leur marches, et li aucun serassambloient
comme devant et faisoient guerre.
Dont il avint que messires (Segins^) de Batefol prist, embla et
esciella une bonne chitë en Auvergne c'on dist Bnide, 'et^siet sour
le rivierre d'Allier. Si se tint là dedens plus d'un an, et le fortefia
tellement qu'il ne cremoit nul homme; et couroit tout le pays
d'environ jusques au Puy, jusques à le Gasse Dieu, jusquez à
Gieremontf à Môntferrant, à Rion, i le Nonnette, à Blière, à
Oudable, à Cillach et toutte le terre le comte Daufin, qui estoit
pour le temps hostagiiers en Engleterre, et y fist trop durement
de grans dammaigez. Et quant il «ut honny et apovri le pays de
là environ , il s'en parti par accord et en mena tout son pillage
et son grant trésor^ et se retraist en Gascoingne , dont il estoit.
De lui ne sai je plus avant, fors tant que jou oy depuis compter
qu'il morut assés înervilleusement. Dieux fi pardoinst tous ses
meffaix! P» 127.
1. U mamuerlt porté : c GoMns. » Mauçûise k^n.
[1361] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 499. 271
P. 74, 1. 14 t hemèrent. — Mss. ^ 8, i5 ; guerrioient. —
Ms, A il X herioient.
P. 74, 1. 20 : Melans; •— M$s. A%,i}&à 17 : Milan, Millan.
P. 74, 1. 26 : menroit. — Mss. ^ 7, 8 : enmenroit. F» 240.
P. 74, 1. 30 : ordotmsr. ^Mss. A : donna.
P. 75, 1. 10 : cosc. — Ms. AS : paix. F* 23» v*.
P. 78, U 14 : Pieumont. — Mss. A 8, 17 t Piémont.
P. 75, 1. 18 : à sen. . .ponrfit.;— Mss. B k ht mss. A : à l'bn-
neur et prouffit de lui. F> 237. — Ms. A il : à Toniiétir et
prooffit d*euk et de Im. F* 297.
P. 75, 1. 30 : esciella. '^ Ms. A B r erilla;
P. 76, 1. 5 : l'Arsis. — Ms. A il : l'Assis. — Ms. A 8 ••Lai-
sis. — Ms. A 6 .* Lasis. -^ Mss. B 3, 4 : DarsTs.
P. 76, L 10 : grant trésor. — Ms. B 6 : et avoit bien de
finanche chil messire Seghins trois cens mille frans. P* 624.
P. 76, 1. 11 : dont il... issus. -^ Mss. A c^Aàax il s'estdt par^
tis et issus.
P.. 76, 1. 14 : meCTais. — Le ms.Aifi ajoute ': se il lui plaist.
F» 258.
§ 499. En ce temps. •» Ms. d* Amiens :EtL ce tamps trespassa
Il dus de Lancastre.
En ce tamps trespassa li jones dus de Bourgoingne, qui s'apel-
loit messires Phelîppes, par laquelle mort vaqièrent pluisseur pays,
car il estoit grans sirez durement : premièrement, ducs de Bour-
goingne, comtes de Bourgongne, comtes d'Artois et de Boulongne,
palatins de Brie et sirez des îfoires de Gampaingne^ et aWt à
femme une jone dammcûselle, fille au comte Loeys de Flandrez,
de l'une des filles le duc Jehan de Braibant. Dont il avint que,
piir prolsmeté, madamme Margerite, mère an comte de Flandres
dessus dit, se traist à le comte d'Artois et à le comte de Bour-
goingne, et en fist foy et hoummaige au roy de France. Ossi mes-
sires Jehans de Bouloingue se traist jiar droite hoirie à le comté
de Bouloingne et en devint homs au roy de Franche.
Avoecq tout ce, li roys Jehans de Franche, par proimetet, retint
et prist le duché de Bourgoingne et tous les drois de Gampaingne.
Dont il avint que h roys Charles de Navarre se traist avant par man-
nierre de callenge, et dist et proposa que la ducé de Bourgoingne
par prolsmeté li estoit esceuweet dévolue, mes ses moustranches ne
peurent y estre de nulle valleur : dont il et si firerre deffiièrent le
272 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1362]
roy de Franche et le royaumme, et le ooummenchièrent à gaeriier
fortement et durement, et missent à Mantes et à Meulent grans
garnisons qui guerioient et traviUoient maternent le Normendie.
Et n'osoit nuls aller entre Paris et Roem, ne entre Roem et Kern,
ne entre Kem et Ewrues, ne entre Ewrues et Ghierebourcq^ ne
partout sus le marinne. Et d'autre part li rois de France tenoit
contre lui, sus le marce de Normendie et d'Ewrues, grant fuison
de gens d'armes qui deffendoient le pays contre les Navùrois.
F» 127.
P. 76, 1. i9 : Mehaut. — Mss, A: Mahaut, Mahault.
P. 76, 1. 22 : Haynau. — Ze ms. A 17 ajonte: sa femme. —
Ms Al \ sà, famé.
P. 76, L 22 : la mainsnée. — Ms. A % : l'autre. F* 235 v«
P. 76, 1. 26 et 27 : et monsigneur.... poursievir. ^^Ms A 17 :
d'ore en avant entendrons à poursuivir le traittië.
P. 77, 1. 5 : vaghièrent. — Ms. AS; escheirent. F* 236.
P. 77, 1. 9 : et. — Ms. A 8 ; lequel.
P. 77, 1. iO : damoiselle. — Mt. AS: dame.
P. 77, 1. 19 : proismetë. — Mss: A 8, 15 ; prouchaineté. —
Ms, A il : proximité.
P. 77, 1. 20 : Campagne. — Ms. A 8 : Champagne.
P. 77, 1. 20 et 21 : desplaisi. — Mss. A : despleut.
P. 77, 1. 24 ; nulle cose. -^ Mss. A : riens.
5 ttOO. En ce temps. — Ms. é^ Amiens ; En ce tamps vint en
pourpos et en dévotion au roy Jehan de Franche qu'il yroit en
Auvignon veoir le pappe et les cardinaux, tout jeuant et esbatant
et visetant le ducé de Bourgoingne, qui nouvellement li estoît
esceue. Et fist li dis roys faire ses pourveanches, et se parti de
Paris environ le Saint Jehan Pan mil trois cens soissante deus, et
laissa monseigneur Charlle, son aisnet fil, le ducq de Normendie,
régent et gouvrenneur dou royaumme de Franche. Si en mena li
dis rob avoecq lui monseigneur Jehan d'Artois, comte [d'Eu*],
son cousin, et que moult amoit, le comte de Tamkarville, le comte
de Dammartin^ monsigneur Bouciqau, monsigneur Emoul d'An-
drehen, monseigneur Tristran de Maignelers, U grant prieur de
Franche et plubseurs autres. Et chemina li roys à petittes jour-
1 . Le manutcrit porte : « de Deu. » Mauvaise lefé/i.
[1362] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, § 500. Î73
nées et à grans séjours, de bonne ville en bonne ville, et vint en-
viron le Nostre Damme en Auvignon, où il fu grandement conjols et
festîiës dou pappe et de tout le collège. Si se tenoit li roys et tous
ses hostelx à Villenove dallés Auvignon. Là fu li roys de Franche
tout le temps de Tivier enssuiwant et le quaremme.
Car le Noël, li pappes Ynocens trespassa. Si furent li cardinal
en grant discort de faire un pappe entre yaux et ne l'i peurent
trouver ne acorder ; car il en y avoit pluisseur de quoy chacuns
tiroit à estre papes. Par cel discort fu esleus li abbes de Saint
Victor de Marsellè, qui estoit moult sains homs et de belle vie,
grans clers, et qui moult avoit travilliet pour l'Eglise en Lom>
bardie et ailleurs. Si eut à nom cilz papes Urbains li cinqimes, et
régna noblement et puissamment tant qu'il vesqui, et tînt TEglize
en bonne prospérité.
Assés tost apriès se création , entendi li roys de France que
messires Pierres de Luzegnem, rois de Cippre et de Iherusalem,
devoit venir en Auvignon. Si dist li roys de France qu'il atenderoit
sa venue, car moult grant désir avoit de lui veoir, pour les biens
qu'il en avoit oy recorder et le guerre qu'il avoit faite as Sarra-
zins ; car voirement avoit li roys de Cippre pris nouvellement le
forte chité de Satalie sus les ennemis de Dieu, et ochis tous ceux
et celles qui dedens furent trouvet. F* 127.
P. 78, 1. 8 : régent... de France. — Mss. ^ 8, 15 : et le fist
son lieutenant par tout le royaume de France. P 236.
P. 78, 1. 10 : germain. — Ms. AS: bien prouchain.
P. 78, 1. 14 : Maignelers. — Ms. A 8 .' Maglers.
P. 78, 1. 18 : [la feste de Noël]. Cette bonne leçon est fournie
par le ms. A 8, f« 236, et par le ms. A 15, f> 258 \^. On lit dans
les mss. B et les mss. A i àl^ii à 14, 17 à 19, 23 : la Saint
Micbiel.
P. 78, 1. 22 : pape. — Le ms. A % ajoute : Urbain.
P. 78, 1. 26 : le. — Ms. A B : ce.
P. 78, 1. 32 : se mbent et arrestèrent. — Aff . A%: ^ mist et
arresta.
P. 79, 1. 5 : eslisirent. — Mss. >^ 8, 15 ^ 17 : esleur^t.
P. 79, 1. 7 : travilliet. — Mss. ^ 7, 15 à 17 .• traveillié. F*
241 .—Ms.AS: travaillié. '
P. 79, 1. 9 : viût. — Les mss. A l^S tyoutent : en Avignon.
P. 79, 1. 1 5 : Lusegnon. — Ms. AS: Lusignen. — Ms. A M:
Lunon.
VI — 18
274 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1362]
P. 79, 1. 16 : apassj. — Mss. A : passé.
P. 79, U 23 : y. — Mss. A : dedens.
§ SOI. En ce mesme. — Ms, iT Amiens : Eo ce meysme tamps
et en cel yvier, eult grant parlement en Engleterre sur les ordon-
nances dou pays ht especialment sur les enfants du dit roy englès,
car on regarda que li princhez de Ghalles tenoit grant estât et noble;
et bien le pooit faire, car il estoit vaillans homs durement, mes il
laissoit ce bel et grant hiretaige d'Aquitaine où tous biens et toutte
plenté estoit. Se lui fu remoustret et dit que il volsist traire celle
part, car il y ayoit bien terre en la duchë pour tenir si grant es-
tât qu'il vorroit. Ossi li baron et li seigneur dou pays le voUoient
avoir dalles yaux, et bien appertenoit qu'il y fiiist et qu'il en
ewist les prouffis, car il avoit rendut graint painne à gaegnier.
li prinches s'i acorda assës legierement, et fist faire ses pour-
veanches et ordounna son arroy pour venir en Gascoingne. Ëi-
corres fu ordounné en Engleterre que messires Lions, frères
secons dou prince, qui s'appelloit et escripsoit comtes de Lunester,
de par madamme sa femme, laquelle avoit grant droit au royaumme
d'Irlande, fust dus de Glarenche noummës en avant. Adonc (a ossi
ordonnés et créés messires Jehans, U tiers des enfans apriès, à
estre dus de Lancastre, qui devant s'appelloit comtes de Riche-
mont; car la ditte duché lui estoit esceuwe l'année' devant par le
mort dou duc Henry de Lancastre, qui fu pères à madamme
Blanche, femme au ducq Jehan dessus dit, et ossi à madamme
Mehaut, qui fu comtesse de Haynnau et eult à mari le comte
GuiUaumme, filz à le comtesse Margerite et frères à monsigneur le
duc Aubert et à monsigneur le duc Oste.
Et encorres fu adonc proposet entre les sages d'Engleterre et
regardé que, se messires Ammons, quars filz dou roy d'Engle-
terre, pooit venir ad ce grant marriaige de le fille dou comte de
Flandres, qui estoit alendant de très grant hiretaige, ce seroit
ungs grans sires et dont li Englès poroient avoir ung grans con-
fors par dechà le mer, s'il leur besongnoit. Mais, quoy qu'il le
proposaissent, il n'en traitièrent mies si trestost. Ains regardèrent
li roys et ses conssaux couvertement coumment ne par qui H en
poroient faire traîtier et atraire le conte de Flandres à amour. Si
laissièrent ceste cose reposer encorres un petit.
Si entendirent à faire Tobsecque de madamme la royne Ysabiel,
mère dou roy englès, qui estoit nouvellement trespassée. Et fu
[4362] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, g «Oî. 275
ensevelie as Cordeliers, à Londres, et ses obsèques fais moult
honnorablement. Et là furent tout 11 baron de Franche qui osta-*
gier estoîent pour le roy de Franche, avoecques les seigneurs et
les prelas d'Engleterre. F» i27 v«.
P. 79, 1. 30 : laioît. — Ms. A 6 .' laissoit. F» 240 v*, — Ms.
A 7 : leuoit. F» 241 v«, — Mss. A%,i^ : avoît. P 236 v«. —
M$.A\1 : aroit. P 298 v*.
P. 80, 1. 15 : le Rocelle. — Mss. A : la Rochelle.
P. 80, 1. 16 : Nous. — Les mss. A 8, 15 à 17 ajoutent :
nous.
P. 80, 1. 20 : Lyonniaus. — Ms. AT: Leonniel. '^Mss. A 8,
15 ^ 17 : Leonnel.
P. 80, 1. 22 : de Duhiestre. — Mss. utf 8, 15 : de Duluestre.
^Ms. A il : de Luestre. F» 299.
P. 80, 1. 32 : veve. — Ms. Al : veuve. — Mss. utf 8, 15 a
17.'vesve.
P. 81, 1. 12 : ains. — Ms. A % : avant. F» 237.
§ BOS. Sitost que. — Ms. it Amiens : Assés tost apriès, se
départi d'Engleterre li prinches de Galles et de son hostel de
Rerkamestede, à vingt Ûeuwes de Londres, où il s'estoit tenus
tout le temps en grant reviel avoecquez madamme la princhesse sa
fenmie, qu'il avoit par amours prise à espeuse et à compaigne, de
se voUentë, sans le sceu dou roy son père, laquelle damme avoît
estet fille dou comte Ainmon de Kent, oncle dou roy englès. Et
avoit la ditte damme estet mariée en devant à che bon chevalier
monsigneur Thummas de Hollande, de qui elle avoit des biaus en-
fans. Si vint madamme la roynne d'Engleterre, environ le Noël, à
Berkamestede prendre congiet à son fil le prinche et à sa fille le
princesse, et fù layens avoecq yaux environ cinq jours, pub s'en
retourna à Windesore et tmt là son Noël. Et tantost après les fes-
tes, 11 princes et 11 princesse et tous leurs arois vinrent à Hantonne
et entrèrent là ens es vaissiaux appareillés pour yauz. Si nagîè-
rent tant et singlèrent avoecq le confibrt dou vent qu'il arivèrent
à le bonne ville de le Rocelle, où il furent recheu à grant joie,
moult festilet et bien honneré; et leur dounna on et présenta grans
dons et biauz jewiaux.
Si tost que messires Jehans Cambdos, qui grant tamps avoit
gouvrenné le duché d'Acquittainne et touttes les terres apperte-
nans et respondans à celle, sceut la venue dou prinche et de la
276 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1362]
princesse, qu'il estoient avenut et arivet à le Rocelle, il en fa
durement joLeans et se parti de Niorth, où il se tenolt, et s*en vint
à belle compaignie de chevaliers et d'escuiers deviers monsei-
gneur le prinche. Si se conjoirent et festiièrent grandement, quant
1 se trouvèrent et encontrèrent* Assë5 tost apriès, vinrent veoir
et conjoir le prinche 11 signeur de Poito et de Saintonge qui es-
toient ou pays, et par especial chibL bons chevaliers messires Gui-
chars d'Angle, qui avoit juret et voet, ou kas que li roys de Fran-
che l'avoit rendu au roy d'Engleterre et quitte de foy et d'oummaige,
qu'il seroit ossi loyaux au roy d'Engleterre qu'il avoit estet au roy
de Erance ; et bien le moustra depuis voirement , si comme vous
orés avant en l'istoire.
Je ne vous puis mies tout dire, ne recorder les festez, les
honneurs, les gistes, les séjours, les alers ne les venirs dou prin-
che, qu'il fist et c'on li fist ossi, à ce donc, quant venu fu en Âc-
quittainne, comme sires et souverains, pour mettre et pour oster
senescaux, bailliux et tous offîsciiers à se vollenté, car trop y fau«
roit de parolles ; mes ad ce commencement, il y fu durement am-
més d'uns et d'autres, et aprist à connoistre les gentilz hommes
et le pays. Si s'esbatoit et jewoit avoecq yaux, et petit acroissoit
et montoit son estât, et le tint dedens l'année si grant, si noble et
si puissant que on se pooit esmervillier où on prendroit ce que
on fretioit en son hostel, tant de par lui que de par madamme
la princesse. Et fist monseigneur Jehan Gambdos connestable et
regart souverain apriès lui de toutte la duchë d'Acquittainne, li-
quelx tenoit ossi grant estât et bien estoffet. Et avoit li princes,
pour son hostel et à se délivrance, toudis dou mains vingt huit
chevaliers et bien troix tans d'escuiers. D'autre part, la princesse
estoit bien acompaignie de daqimes et de dammoiselles.
Si venoient veoir le prinche en Angouloime, où il se tenoit le plus,
li baron et 11 chevalier de Gascoingne, li comtes d'Ermignach, li
sires de Labreth, U sires de Pummiers, li sires de la Barde, li si-
res de Courton, li comtes de Pieregorth, li comtes de Gommignez,
li viscomtes de Quarmaing, li captaux de Beus, li sirez de Mu-
chident et li autre, dont grant fuison en y avoit qui tout estoient
si homme de foi et d'ommaige parmy le tretiet de le pais. Et il
les conjoissoit et requeilloit liement et doucement, et faisoit tant
à che coummenchement que tout Tamoientet honnouroientcoomie
leur seigneur, et li disoîent que sans royaunune c'estoit li plus
grans du monde, et qui plus pooit mettre de bonnes gens d'ar»
[1362] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 503. «77
mes enssamble. Or lairons dou prince et revenrons au roy de
Franche. P» 127 v* et 128.
P. 81, 1. 49 : eU—Mss.A 7, 15 à 17 : de.-^Ms.A 8 ; a.
P. 81, 1. 23 : ilz. — Mss. A 8, IfJ .- culx.
P. 81, 1. 24 : se. — ilfr. u^ n ; le.
P. 81, I. 24 : se cognissoient. — Ms. A 15 .' s'entrecognois-
soient*
P. 81 y 1. 20 : chevalier. — Les mss. u^ 8, 15 ajoutent : et
escuiers,
P. 81, 1. 30 : dou. -^ Ms. A S : de.
P. 82, 1. 1 : tout dis. — Mss. ^ 8, 15 <v 17 ; tuusjours.
P. 82, 1. 3 et 4 : s'acointa. — Mss. ^ 3, 4 et mss. A : s'ac-
quitta.
P. 82, 1. 8 : fais. — Le ms. A B ajoute : capitaine. F» 237.
P. 82, 1. 10 : Guiçars. — Ms, ^ 15 ; Guichart. F» 259 v».
P. 82, 1. 13 et 14 : ces seneschaudies. — Mss, A S, 15 à 17.*
ses senescbaucées, ses seneschaucies.
P. 82, 1. 17 : aloit. — Mss. A : ala.
§ tf05. Environ le Candeler. — Ms. tt Amiens : Environ le
Gandeler, l'an de grasce mil trois cens et soissante deus , vînt li
roy s de Cippre en Auvignon, de laquelle venue li cours fu dure--
ment resjole, et allèrent pluisseurs cardinaux contre lui et l'ame-
nèrent au palais deviers le pappe Urbain, qui liement et douce-
ment le rechupt. Ossi fist li roys Jehans de Franche, qui là esloit
presens. Et quant il eurent là estet une espasse et pris vin et es-
pisses, li doy roy se partirent dou pappe, et se retraist chacuns
à son hostel. Che tienne pendant, se fist uns gages de bataille de-
vant le roy de Franche à Villenove, dehors Auvignon, de monsi-
gneur Ainmenion de Pumiers et de monsigneur Fouque d'Archiac.
Quant il se furent combatu bien et chevalereusement asaés ens-
samble, li roys de Franche fist tretier de le pès et les acorda. Or
se tinrent chil doy roy dessus noummet tout ce quaresme en Au-
vignon, et visetoient souvent le pappe.
Si avint pluisseurs fois en ces visitations que li roys de Chippre
remoustra au pappe, présent le roy de Franche et les cardinaux,
coumraent , pour sainte chrestiennetë, che seroit noble cose et
digne , qui ouveroit le saint voiaige d'outre mer et qui iroit sour
les' ennemis de Dieu. Dont sachiés que li roys de Franche y en-
tendoit vollentiers, et en conssienche s'en sentoit chargiés et tenus
S78 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363]
pour le cause que li roys Phelippes, ses i)ères, emprist et en-
charga jadis le crois, et voa à faire le voage, et point ne le fist ;
car les gherres d'Engleterre li vinrent si sur le main qu'il lui
convint cesser sa dévotion. Or à maintenant che proposoit li roys
Jehans de Franche pais au roys englez, et li seroit chilx voiaiges
bien seans pour acquitter l'ame dou roy son père et pour aidier
à sauver le sienne, et ossi pour délivrer la sainte chrestienneté
de ces mannierres de gens d'armes qui s'appelloient Gompaingnes,
qtii destruisent, gastent et des robent tout sans droit et sans rai-
son; et, se chilx voiages estoit ouvers, touttes mannierrez de
gens le ûevroient et yroient.
Che bon pourpos garda et réserva li roys de Franche jusquez au
jour du Saint Yenredi, que pappes Urbains prêcha en sa cappelle en
Auvignon, présent les deus roys de Franche et de Cippre et le saint
collège. Apriès le predièation faite, qui fu moult humle et moult
dévote de le souffrance Nostre Signeur, li roys Jehans de Fran-
che emprist le croix et le voa, et requist au pappe que il li volsist
confremer et acorder, et li pappes li comfremma. Ossi là présen-
tement le prissent messires Talerans li cardinaulx de Pieregorth,
messires Jehans d'Artois , comtes d'Eu, li comtes de Tankarville,
li comtes de Dammartin, li grans prieux de Franche, messires
Emoulx d'Audrehen, messires Bouchicau et pluisseur bon cheva-
lier qui là estoient. Dont li roys de Qppre fu moult liez, et en re-
gracia grandement Nostre Signeur de ce qu'il avoit si grant
conffort que dou roy de France et de ses barons pour aller en
Surrie. F> 128.
P. 82, 1. 81 : leCandeler.— iiffj. A : la Chandeleur. —Ms, B
k : le Chandelier. F« 238 v<>.
P. 82, 1. 23 : moult. — Mss. Al,% : durement.
P. 83, 1. 2 : Fouque. — On lit dans le ms. B i : Huge.
P. 83, 1. 5 : rihote. — Mss. A : riote.
P. 83, 1. 8 : recueilloit. — Mss. A : recevoit. — Le nu. A il
ajoute : et Uement.
P. 83, 1. 29 : moult. — Les mss. A B, iH ajoutent : douce
et. F« 237 v«.
P, 84, 1. 8 : regratia. — Ms. A 8 ; remercia.
P. 84, 1. 9 : mistère. — Le ms. A 18 ajoute : divin, F» 260.
§ tt04. Tout ensi. — Ms. d'Amiens .; Tout enssi que vous me
poés olr reoorder, «mprissent et enchaînèrent, dessus le deseu-
[1363] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 504. 279
rain vestement, le vremeiUe croix li roys Jehans de France et li
dessus noummet. Avoecq tout chou, nos Sains Pères li pappez
le comfremma et l'envoiea prechierpar uni verse monde là où Dieux
est servis et creus. Si Temprissent et encbargièrent pluisseur sei-
gneur, baron, chevalier et escuier, de grant vollenté.
Tantost apriès Pasques, li roys de Gippre parti d'Auvignon
et dist qu'il volloit aller veoir l'empereur et lez seigneurs de
l'Empire, et puis r^venroit par Braibant, par Flandrez et par
Haynnau en France. Et ordonneroient et regarderoient adonc
li roy enssamble, à son retour, quant il se pardroient, et
de leurs pôurveanches coumment il en useroient, et auquel
les en mer il monteroient. Si se partirent chil doy roy auques
en un tierme : li roys de France prist le chemin de Mont-
pellier pour venir en le Langhe d'Ock, et li roys de Gppre
le chemin de l'Empire, liquelx chemina tant par ses joumëes qu'il
vint en Alemaigne, où il trouva monseigneur Oiarle de Behain-
gne, empereur de Romme , à Gonvalence, qui le rechupt liement
et grandement. Et paya li dis emperères tous les firès et despens
dou roy de Qppre, enssi que ses empirez estendoit, et li donna
encorres grans dons et grans jewiaux pour lui plus honnourer et
festiier. Et quant il se parti de lui, il le fist conduire et acompai-
gnier par les plus grans de se court.
Si vint li roys de Gppre en Jullers , où li dus le rechupt et
festia liement, et de là en Braibant, où il trouva à Brouxellez
monseigneur Winchelin de Behaingne , duch de Luxembourc et
de Braibant et frère à l'empereour dessus noummet, et madamme
la duçoise , sa femme , qui le rechuprent et festiièrent grande-
ment et honnerablement en disners, en souppers, en joustez, en
festez et en reviaux , car bien le savoient faire ; et li donnèrent
au département grans dons et biaux jewiaux. Puis s'en parti li
rois de Cippre et s'en alla en Flandres veoir le comte Loeys, qui
ossi le festia moût grandement. Et trouva à ce donc le rôy de
Dannemarche, qui estoit nouvellement venus à Bruges et apassés
le mer pour lui veoir. Si y eut à Bruges grans festes et grans
joustez à le venue dou roy de Cippre. Che fu environ le Made-
lainne l'an mil trois cens soissante trois.
Enssi en celle saison, ala veant et visetant li roys de Cippre
les seigneurs de l'empire dessus noummës. F^» 128.
P. 84, 1. li : leur deseurain vestement. — Ms. A % : lenc
derrain vestement. F®' 237 v*». -t- Ms, A Vi : leurs souverains
280 CHRONIQUBS DE J. FROISSART. [1363]
yestemens. F* 300. — Ms^ Â^ : leur souverain vestement. —
<— Ms. J m : leur derrenier vestement. F* 260.
P. 84, 1. 13 : nos. — Mss. A : nostre.
P. 84, l. 15 : universc. — Mss. -<rf 8, 15 « 17 ; universel.
P. 84, 1. 16 : istance. — Mss. A 8, 17 : instance — Mss. A
7, 15 .* entencion.
P. 84, 1. 19 : sigueurs. — Mss. u^ 8, 15 a, 17 ; barons.
P. 84, 1. 20 : les. — Xe I9U. ^ 8 ajoute : haulx. P 238.
P. 84, 1. 20 : des. — Lesmss.A ajoutent : grans,
. P. 84, 1. 28 : travel. — Ms. A 8 : travail.
P. 84, 1. 29 et 30 : avanceroit.... ooers. — Aïs. ^ 17 : il
aufoit plus tost les cuers.
P. 84, 1. 31 : hors don. — Ms. AS: ou.
P. 85, 1. 7 : cas. — On Ht dans les ms, B i : estas.
P. 85, 1. 12 et 13 : il..., esté. — Ms A % : il de grant temps
n'avoit point esté.
P. 85, 1. 13 : grant. — Ms. A 17 ; trop grant.
P. 85, 1. 15 : Il chemina. — Ms. A 8 .* et chemina. H erra.
P. 85, 1. 23 : defiretiier. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : deffrajer.
P. 85, 1. 24 : li dus. — Les mss. A ajoutent : leconjoyet.
P. 85, 1. 32 : à ce donc. — Ms. AS: lors.
P. 86, 1. 13 : fesist. — Les mss. A 8, 15 ajoutent : et aoom-
5 ttOtt. En ce temps* — Mss. d Amiens: En ce tamps avoit K
roys d'Engieterre fait grasce à quatre dus qui estoient hostagier
en Engleterre pour leroy de France, c'est assavoir : le duc d'Ango,
le duc de Berri, le duc d'Orliiens et le ducq de Bourbon. Et se
tenoient chil quatre seigneur à Callais, et pooîent chevanchier
quel part qu'il voUoient, trois jours hors de Callais, et au qua-
trimme, dedens soleil esconssant, retourner. Et l'avoit fait li roys
englès en espesse de chou qu*il fuissent plus prochain dou cons-
seil de Franche, et qu'il mesîssent cure et dîiligensce à leur deli-
vranche, enssi qu'il faisoient, car il envoiiérent pluisseurs fois
souffissans messaigez deviers le roy de Franche et le ducq de Nor-
mendie qu'il vosissent entendre à yaux et on leur tenist les cou-
vens telx c'on leur avoit proummis, ou il ne se tenroient mies
pour prisonniers ne hostagiiers, mes se deliveroient au plus tost
qu'il poroient.
Or estoît adonc li royaummes et li conssaux dou roy et dou
[4363] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 506. 281
ducq de Normendie durement cargiés et ensonniiës, tant pour
le croix que 11 rois de Franche avoit encargie, que* pour le gerre
dou roy de Navarre , qui guerioit et herioit fortement le royaum-
me de Franche, et avoit remandé les Gompaingnez en Lombardie
pour mieux faire se guerre. Se n'estoient mies respondu ne
delivret H messagier des quatre dus deseure dis, qui se tenoient
à Callais à leur vollenté, dont moult leur en desplaisoit et plus à
leurs seignem*s, quant il ooient conter le deluement dou consseil
le roy et des ordonnanches de Franche, mes amender ne le pooient.
Si leur couvenoit atendre et souffrir que aucune bonne aventure
et grasce don roy englès leur venist. P i28 v«.
P. 86, 1. i9 : quel part qu'il. — ÂKrj. ytf 8, 15 : quelque part
qu'ilz. F» 238 v«.
P. 86, 1. 22 : en istance de bien. -— Mss. ytf 8, i5; en bonne
entencion.
P. 86, 1. 24 : songnassent. — Le ms. J % ajoute : et enten-
deissent.
P. 87, 1. 2 : quoique. — Mss, ^ 8^ i5 ; combien que.
P. 87, 1. 4 : promoteur. — Mss. A 8, 17 ; prometteurs.
P. 87, 1. 4 : n'estoient. — Mss. A 8, 15 ; ne povoient estre,
P. 87, 1. 7 et 8 : s'en presist. -— Ms, AS: en penst avenir.
— Ms. ^ 15 : en deust advenir. F^» 261.
P. 87, 1. 10 : ensonniiés. — Mss. ^ 8, 15: embesoingniez.
P. 87, 1. Il : encargiet. — Mss. A 8, 15 ; prise et enchargiëe.
P. 87, 1. i 3 : avoit. — Les mss, A ajoutent : adonc.
P. 87, 1. 16 : entendre. — Ms. A AT : mettre remède, c'est
assavoir. F" 301 .
$ BOB. Quant li rois. — r Ms. d'Amiens : Quant li roys de
Cippre eut visetës et veus les seigneurs et le pays dessus noummës,
il retourna en Franche et trouva à Paris le roy Jehan et le duc
de Normendie et grans fuison des seigneurs, barons et chevaliers
de France, que li roys y avoit mandés pour lui mieux festiier et
honnourêr. Si y eut grans festes , grans réviaux et grans esba*
temens, et ossi grans parlemens et grans conssaux comment ceste
croiserie se poroit parfumir à l'honneur dou roy de Franche et
de son royaumme. Et li sage homme de Franche veoient encorres
le royaumme durement grevé et pressé de guerres et de compai-
gnez de pilleurs et de robeurs qui y descendoient et venoient de
tous pays. Si ne sambloit mies bon as pluis^eur^ que chilx voiaiges
282 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i363]
se fesist jusquez à tant que li royaummes fuist en milleor estât
ou à tout le mains on evist pais au roy de Navarre. Non obstant
ce et touttez guerres, nulx ne pooit abrissîer ne oster le dévotion
don roy Jehan qu'il ne fesist le pellerinage, et l'acorda et jura au
roy de CSppre à estre à Marselle don march quivenoit en ung an,
que on oompteroit Tan mil trois cens soissante quatre, et que,
sans faulte, il passeroit et liveroit passage et ponnreanches i tons
ciaus qui passer vorroient.
Sus cel estât se parti li roys de Gippre don roy de France ,
et dist qu'il avoit bon terme de retraire encorres en son pais et
de faire ses pourveanebes. Si volloit aller veoir le roy de Na'-
▼arre , son cousin , et mettre pès , s'il pooit , entre lui et le roy
de Franche. Si se parti de Paris et aqueilla son chemin vers
Normendie, et fist tant par ses joumëes qu'il vînt à Chiere-
bourch, où li roys de Navarre se tenoit et messires Loeys, ses
frerres; car messires PheUppes, leurs frerrez, estoit nouvelle-
ment trespassës. Chil seigneur de Navarre rechurent le roy de
Cippre liement et grandement et le festiièrent moult honnerable-
ment, car bien le pooient et savoient faire. Et quant li roys de
Cippre eut estet , ne say deux jours ou trois , avoecq yaux , il
coumencha à traitiier moult gratieusement et à parler de le pais
entre les roys dessus dis ; car, au veoir dire, il estoit sages sirez
et bien enlangagiés. Si l'oy li roys de Navarre parler moult vo-
leiitiers, mes oncques à nulle pès ne se vot descendre ne encheir,
pour cose que li roys de Cippre seuist faire ne priier^ non s'il
n'avoit tout plainnement se demande, et il n'en estoit mies dou
roy de France cargiés si avant. Si demoura la cause sus cel estât
enssi que devant. Et se parti li rois de Cippre dou roy de Na-
varre, et dist qu'il s'en iroit en Engleterre veoir le roy englès et
madamme la roynne et leurs enffans, et ossi lez seigneurs de
Franche qui là estoient ostâgiier.
Li roys de Cippre prist congiet dou roy de Navarre et de mon-
seigneur Loeis, son frère, liquel li donnèrent bellement et courtoi-
sement, et le convoiièrent plus de trois lieuwes, puis s'en retour-
nèrent il en Chierebourch , Et li rois de Gippre esploita tant par
sed journées qu'il vint au Pont de l'Arche, et là passa le Sainne
et puis chevaucha deviers Pontieu, et vint passer le Somme à*
AbbeviUe où li senescaux de Ponthieu, messires Gerars de Bau-
dresen, estoit de par le roy englès : si le festia et honnoura dou
mieux qu'il peut. Puis s'en parti li roys, et chevaucha che jour à
[mS] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 507. 283
Saint Esperit de Rue et puis à Moustroeil et puis à Bouloingne.
Là fa il un jour, et l'endemain il vint à Gallais. Si y trouva en-
correz le duc d'Orliiens, le ducq de Berri et le duc de Bourbon,
qui le rechurent liement, enssi que seigneur qui sont en prison et
en hostage. P» 128 v«.
P. 87, 1. 23 : li rois. — Les mss, A ajoutent: Jehans. — Le
ms. jiiti ajoute: qui nagaires estoit venu d'Avignon et de Lan-
guedoc son pais visiter, si comme j'ay devant dit. F^ 261 .
P. 87, 1. 27 : croiserie. — Ms. A 17 ; croisée. P» 301 V».
P. 87, 1. 27 : poroit. — Le ms. A S ajoute : persévérer et.
P. 87, 1. 31 : reubeurs. -» Mss. A: robeurs.
P. 88, 1. 5 : nulz. —JUs. A% : on.
P. 88, 1. 6 : abrisier. — Mss. u^ 8, 15 à 17 ; brisier.
P. 88, 1. 8 : dou march. — Ms. A % : an moys de mars.
P. 88, 1. 20 : Roem. — Mss, A : Rouen.
P. 88, 1. 32 : termine. •— Mss. A : terme.
P. 89, 1. 5 : enlangagiës. — Le ms. A S ajoute : et moult amez.
F^ 239. — Les mss. A 6^ 7, 15 à 17 ajoutent : et moult amez de
tous, F» 242 V».
P. 80, 1. 13 : trettiés. — ^j. ^ 17 : traitteurs. F« 302.
P. 89, 1. 28 : estât. '^ Le ms. A ib ajoute : ou quèle condi-
cion. F» 262.
§ 807. Cil troi duch. — Ms. d'Amiens : Et séjourna li dis
roys à Calais bien quinze jours, atendans bon vent, car li mers
estoit adonc moult tempestëe par heurez. Au seizime jour, ses
nefs furent cargies. Si entra en son vaissiel et touttez ses gens ens
es autrez, che fu environ heure de mienuit et demy, [et demoura]
à l'ancre devant Collais toutte le nuit. A l'endemain, à heure de
nonne, il ariva à Douvrez. Si se reposa et rafreschi là par deus
jours, entroes que on descarga tout bellement ses vaissiauz, et
mist hors les chevaux. Puis chevaucha li roys de Cippre à petittes
journées et à sen aise deviers Londres. Quant il y vint, il y fu
durement bien festiiés et conjols des seigneurs de Franche et
d'Engleterre qui chevauchièrent contre lui, et fu à grant solemp-
nitë de trompes et de tous autres instrummens amenés et acon-
voiiés à son hostel.
Je ne vous poroie mie compter en un jour les nobles disners,
les souppers, les festiiemens et les conjoïssemens, les dons, les
presens , les jouiaus c'en fist , dounna et présenta , especialment
284 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1363]
H roys d'Engleterre et medamme le roinne Phelippe, an jentil roy
de Ôppre. Et bien le dévoient faire^ car il les estoit venus veoir
de loing et à grant fret, et tout pour enhorter et enditer le roy
que il volsist prendre le vremeil crois et aidier à ouvrir ce pas-
saige sus les mescreans. Mes 11 roys s*escuza bellement et sage-
ment et dist qu'il estoit mes trop vies et trop foibles pour aller
gueriier si lonch, et qu'il avoit assës affaire à garder son pays et
tenir en pès ; mes il n'escu[s]oit mie jones chevaliers et escuiers
de sa terre, s'il y voUoient aller. Si demoura la cose enssi. Pluis-
seurs parlemens, le tierme d'un mois que li roys de Cippre fu en
Engleterre, eut entre le roy englès et le roy de Cippre et leurs
conssaux sus Testât de le croisserie et dou voiaige qui se devoit
faire ; mes toudis , trou voit il les Englès auques sus uns pourpos
si sagement dis et monstres, qu'il en estoit tous comptens.
Quant il vit qu'il n'en aroit autre cose, il prist congiet au roy, a
madamme la roynne et à leurs enfians, qui bellement et doucement
li dounnèrent. Et fist li roys englès, par ses oflisciiers, paiier et
deffretiier le roy de Cippre de tout ce que il et ses gens en menus
frès avoient despendut à Londrez ; et li dounna une très grosse
nef c'on appelloit Catelinne, qui estoit ou havene de Zandvich,
et avoit ooustë au roy englès plus de dix mil florins au faire :
dont li roys de Cippre l'en remercia grandement. On ne sai de
ceste nef qu'il en avint, car, depuis, deux ans apriès le départe-
ment dou roy de Cippre, je le vi ù Zandvich. Si croy mieux que
li roys de Cippre le laissa pour Tensonniement qu'il ewist eut dou
mener c'autre cose. J'en demanday, quand je fui là, pourquoy
c'estoity mes nulx ne m'en savoit le voir à dire. P 1 29.
P. 89, 1. 31 : s'acointa. — Mss. £ 3, k ei mss, A : s'ac-
quitta.
P. 90, 1. il : d'Engleterre. — Mss. A: Edouart.
P. 90, 1. 25 : enditter. — Ms. A 8 : enduire. P 232 v«. —
Ms. A VS: induire.
P. 90, 1. 30 : en avant. — Mss. -<^ 8, 15: d'ores en avant.
P. 91, 1. 6 : traveillent. — Mss. A%, 15 ; travaillent.
P. 91, 1. 18 ; se prist. — Mss. A 8, 15 : se pena.
P. 91, 1. 29 : edefiier. — Mss. ^ 2, 18, 19 .' crestienner.
P. 91, 1. 31 : douze mil. — Ms. B ^ : dix mille. F» 629.
P. 91, 1. 31 : havene. — Mss. ^ 6, 8, 15 « 17 : havre.
P. 92» 1. 4 : deffreda. — Mss. AS, 15 à 17 ; deffraia, def-
frea.
[1363] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 508. 285
P. 92, 1, 8 : Zanduic. — Mm. B 6 ajoute : et le rendy à ma-
dame la royne d'Engleterre. F*" 629.
P. 92, 1. 9 : à Taocre. — Mss. A 6, 17 .* et ancré.
S SOS. Or se parti. — Ms. <t Amiens : Or se parti li roys Piè-
res de Cippre, d'Engleterre, et rappassa le mer à Bouloingne. Si
entendi que li roys de Franche, li dus de Normendie, li dus
d'Ango, messires Phelippes leurs frères et tous li grans conssaux
de Franche dévoient y estre à Amiens. Si tira li roys de Cippre
celle part et y trouva le roy de Franche nouvellement venu et
une partie des seigneurs dessus dis. Si en fu grandement conjols
et festiiés et leur compta une partie de son voiaige, et ossi il leur
dist qu'il s'en yroit en Poito deviers le prince de Gallez son cousin,
pour mieux acomplir son voiaige. Si fu là^ ne say quans jours
avoecq le roy et ses enffans, et puis s'en parti et prist son chemin
deviers Paris, et s'adrecha pour aller en la duchë d'Acquittainne
et deviers le prinche qui se tenoit à Nîorth. Et devoit avoir de-
dens bref terme, en le chité d'Angouloime, une très grosse et
noble feste de jouste de quarante chevaliers de dedens et de qua-
rante escuiers, que li prinches y devoit tenir à le relevée de ma-
damme la princesse sa femme qui estoit acouchie d'un biau fil
que on appellôit, enssi que son père, Edouwart, à laquelle feste li
roys de (^ppre volloit y estre, s'il plaisoit à Dieu»
Or revenrons au roy de Franche et à ce grant parlement qui
fu à Amiens. Je fui adonc enfourmés, et voirs estoit, que li rois
Jehans avoit proupos et affection de aler en Engleterre veoir le
roy englès, son frère, et madamme la roynne, sa soer, enssi s'ap-
pelloient il par le tretiet de le pès, et ordounnoit touttes ses pour-
veances et ses besoingnes à BouUoingne. Se li consseilloient bien
li aucun de Franche qu'il n'y volsist mie aller, et que c'estoit
ungs grans périls sus le veu et proummesse qu'il a fait, et que on
le poroit là détenir, pour le sonmie de se redemtion qui estoit en-
corres à parpaiîer. Mes li roys Jehans respondoit qu'il avoit
trouvet ou roy d'Engleterre, en madamme le roynne, en tous leurs
enffans et ens es barons d'Engleterre tant d'onneur, d'amour, de
courtoisie et de loyaulté, qu'il ne s'en doubtoit en riens et qu'il
ne cesseroit jammais, si y aroit esté et yaux veus, et ossi ses amis
qui là estoient ostagiier pour lui. Quant on vit que chilx pourpos
li demouroit, se li fu demandé qui garderoit Franche jusqu'à son
retour, et il ordounna Garlon, son ainsnet fil, régent et souverain
286 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1363]
deseure tous. En apriès, monseigneur Loeys, dus d'Ango et du
Mainne, son autre fil, il Testanbli à aller en Normendie contre le
roy de Navarre, car bien savoit qu'il ne Tainmoit point. Et mon-
seigneur Phelippe, comte adonc de Tourainne, il Tordounna à
aller en Bonrgoingne, pour bouter hors les Gompaingnes qui y es-
toient et qui gastoient et essilloient le pays.
Quant il eut tout fet et ordounnë, il prbt congiet à ses enffans
et à son consseil, et se parti d'Amiens et s'avalla vers Hedin, le
comte d'Eu avoecq lui, le comte de Tankarville, le comte de Dam-
martin, le grant prieur de Franche, monseigneur Bouchighau,
monseigneur Tristran de Magnelers, monseigneur Jehan d'Anville,
messire Pierre de Villers : che sont chiaux qu'il en mena avoecq
lui pour aler en Engleterre. Si vint li roys de Franche à Hedin
trois jours devant le feste dou Noël. Si y séjourna et demoura là,
et dist qu'il y tenroit sa feste. Se vint là à lui li comtes Loeis de
Flandres, ses cousins, qui durement l'ainmoit, et que li roys vit
voUentiers, et le rechupt liement, et tinrent là leur Noël enssam-
ble. Le jour des Innocens, s'en parti li roys et prist son chemin
vers Bouloingne, et li comtez de Flandre vers Saint Ommer, pour
revenir arrierre en son pays, F^ 429.
P. 92, 1. 13 : ses mainsnës frères. — Mss, ^^ 8, 15 ; ses en-
fims. P 240»— Ms. A M : le mainsnë filz du dit roy de France.
F» 303.
P. 92, 1. 28 : couvent. — ilfj*. >rf 8, 18 « 17 : convenant.
P. 92, 1. 29 à p. 93, 1. 14 : Si se parti.... voiage. — ilfr . B 6.-
Sy se departy le dit roy de Calais et vint à Boulongne, et puis à
Monstreul et puis à Rue, et passa le Somme à Abeville et entra
en Timmeu et vint passer la Saine au Pont de l'Arche et s'en alla
tout droit en Gonstentin et à Ghierbourc veoir le roy de Navarre
qui le rechut liement. Et euist adonc le dit roy de Ghippre vol-
lentiers accorde le roy de Navarre au roy de Franche, se il peuist ;
-mais il n'en peult à chief venir. Sy passa oultre et fist tant par
ses joumëes qu'il vint en Poito et droit en Angolesme où il trouva
le prinche et madame la princhesse qui nouvellement estoit relevée
d*un bîel filz qui s'appelloit Edouart : à laquelle relevée de ma-
dame la princhesse eult, en la chitë d'Angolesme, moult grant feste
et grans joustes de plus de deux cens chevaliers, et fut la dite
feste moult renforchie pour l'amour du roy de Ghippre. F^ 629
et 630.
P. 93, 1. 4 : que... devoit. — Ms. ^ 17 .* qui debvoient.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 509. 287
P. 93, 1. 13*: nulle part. — Ms, Jil : nullement.
P. 93, 1. 13 : sus. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : en.
P. 93, 1. 16 et 17 : en quel istance. — Mss. A 8, 15 .* pour
quelle cause. — Ms. jiil : k quelle instance.
P. 93, 1. 23 : ce. — Mss. A 8, 15 : son.
P. 93, 1. 26 : ou. — Ms. ^ 8 : en.
P. 93, 1. 32 : loyal. — Les mss, A ib à il ajoutent : doulx.
P. 93, 1. 32 : ami. — Mss. A S^ 15 ; aimables.
P. 94, 1. 10 : ahireteroit. — Mss. 4^ 8, 15 : heriteroit.
P. 94, 1. 20 : en son pays. — Ms. A il : en Flandres.
P304.
5 S09. Tant esploita. — Ms, d'Amiens : Quant li roys de
Franche fu venus à Bouloingne, il y séjourna tant qu'il eult vent à
vollentë, et entra en son vaissiel le jour devant le nuit de l'Ap-
parition des Trois Roys. Si y fu ce jour toulte jour jusques au
soir, car il y faisoit moût quoit et moût cler j et avoit vingt vais-
sianx parmy ses pourveanches. Si ariva à Douvrez , et y fu deus
jours, tant c'on eut descargiet tous ses vaissiaux et que li cheval
furent rafresd, puis s'en parti et vint à Cantorbie. La fu il ossi
deus jours, et dounna à monseigneur saint Thumas un moût riche
jeuiel et de grant pris. Et là vint ses filz li dus de Berri contre lui,
et li dus d'Orliiens ses frères. Et ossi y envoiea li roys englès, pour
lui festiier et requeillier à l'entrëe de son pays, quatre de ses
chevaliers : monseigneur Bietremieu de Bruech, monseigneur
Gautier de Ma^my, monseigneur Richart de Pennebruge, monsei-
gneur Alain de Boukesel.
Giil vinrent deviers le roy de Franche à Cantorbie de par le
roy d'Engleterre, et le conjoirent et bienvegnièrent grandement,
et li dissent que li roys, leurs sires, estoit moult lies de sa venue.
De tout chou le crut li roys de Franche moult bien. Si les fist
disner dalles lui, et apriès disner il montèrent et s'en retournèrent
deviers le roy englès qui se tenoit à Eltem, et madamme le roynne»
à sept lieuwes de Londres, pdur là atendre le roy de Franche,
liquelx se partit de Cantorbie et vint à petittes joumëes ceUe
part. Et quant il fii venus à Eltem, en l'ostel dou roy englès, il
y fu rechups à grant joie, che puet on moût bien croire, et tout
chil qui avoecq lui estoient, pour Tamour de lui. Là eult grans
festes, grans soUas, grans esbatemens, belles dansses et belles
caroUes de signeurs, de dammes et de dammoiselles, et s'effor-
28B CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364]
choit chacuns de festiier et de jeuer pour le caase dou roy de
Franche.
Quant il eut là estet, je croy deux jours, il s'en parti et vint
à Londrez, où il fu requeilliës moût honnourablement et mènes
et aconvoiiës de ses cousins les enfans dou roy englès, jusques à
l'ostel de Savoie qui estoit ordonnes pour lui, qui siet sus le
Tamise au dehors Londres : là le laissièrent il. Et là se tint li roys
Jehans et tout son hostel. Si avoit dalles lui chiaux de son sanch,
le ducq de Berri, son fil, le ducq d'Orliiens, son frère, le comte
d'Allenchon, Robert d'Alençon et Ghui de Blois, ses cousins, qui
adonc estoient jone damoisel, ossi le ducq de Bourbon et le
comte de Saint Pol et les seigneurs qu'il avoit là amenés de
Franche. Si tenoit là li dis roys, et tint là Tivier grant estât et
grant hostel, et estoit souvent visetës dou roy englès et de ses
enSàns.
Si donnoient chi[ roy grans disner et grans convys li un à l'au-
tre, et jewoient et esbatoient enssamble et parloient et conssil-
loient de leurs besoingnez. Et regretoît souvent li roys englès
monsigneur Jaquemon de Bourbon, son cousin, car moult l'avoit
amet. Et disoit au roy de Franche que c'estoit grans dammaiges
de lui; car bien affreoit à estre entre telx seigneurs qu'il estoient,
et mieux s'i avoit sceu avoir que nulx autres. li roys de Franche
li acordoit et disoit que c'estoit vérités, et que moult li avoit des-
pleut la mort et l'aventure de lui. Enssi passoient li roy le temps,
et veoient souvent l'un l'autre, et donnoient et envoioient li uns
à l'autre grans dons, biaux jewiaux et riches presens, pour nourir
entr'iaux plus grant amour. F® 129 v^.
P. 94, 1. 22 : l'abbeye. •» Les mss, A 8, 15 ajoutent: en la
ditte ville. F« 240 V».
P. 94, 1. 27 : Tristrans. — Mss. ^ 8, 15 : Tristan.
P. 94, 1. 28 : Pierres. — Les mss. A M à ik ajoutent : et
messire Jehan.
P. 94, 1. 29 : de AinviUe. — Mss. A : DainviUe.
P. 94, 1. 31 : maronnier. — Mss, A : mariniers.
P. 95, 1. 2 : ens es. — Mss. ^ 8, 15 : dedens les.
P. 95, 1. 17 et 18 : bienvegnièrent, — Mss. A 8, 15 ; lion-
nourèrent.
P. 96, 1. 2 : caroles. — Mss. A S^ 15 .* esbatemens.
P. 96, 1. 6 : affreoit... faisoit. — Ms. A 8 ; afieroit à faire tout
ce qu'il faisoit.
[1364] VARIANm KU PREMIER LIVRE, S ^^10. 289
P. 96, 1. 8 : com. — Mss. J 8, 15 ; comment.
P. 96, 1. 10 : vuidièrent. — Mss. J 6^ 8, 17 : vindrent, vin-
rent.
P. 96, 1. 13 : en. -^ Mss. ^ 15 à 17 ; à.
P. 96, 1. 16 : ostagier. — Jkfs, A il : hostages,
P. 96, 1. 18 : si. — Mss. A 7, 15 ; son. F» 245.— Mss. A 8,
17 z sef. P 241.
P. 96, 1. 32 : afireoit. — Ms.Ai^ : lui advenoit. F* 264.
§ 810. Nous lairons. — Ms, dt Amiens : Entroelz que li roys
Jehans reposoit en Engleterre, si comme vous poés oyr, fist li
roys de Cippre son voiaige et vint en Poito et droit en Angou-
loime deviers le prinche de Galles, son cousin, qui le rechupt
liement. Ossi fissent tout 11 baronet li chevalier de Poito et deSaio-
tonge qui dallés le prinche estoient, li viscontes de Touwars, li jones
sires de Pons, li sires de Partenay,messiresLoeys de Halcourt, mes-
sires Ghuichars d* Angle ; et ossi des Englès : messires Jelians Gam-
dos, messires Thummas de Felleton, messires Noël Lorinch, messires
Richars de Pontchardon, messires Simons de Burlë, messires Bau-
duîns de Frai ville, messires d'Agorisses et li autre. Si fu li roys
de Gippre moult festës et bien honnourés dou prinche, de le prin-
chesse, des barons et des chevaliers dessus dis, et se tînt illuec-
ques plus d'un mois. Et puis le mena messires Jehans Gamdos
jewer et esbattre parray Poito, parmy Saintonge et en le Rocelle
et tout sus le marinne.
Et quant il eut là estet ung gi*ant temps et qu'il eut remoustré
au prinche et as chevaliers de son hostel et as autres jpourquoy
il estoit venus et sour quel estât il avoit empris le croix, et que
li signeur li eurent respondut moult courtoisement que c'estoit
ungs voiaiges où tout gentil homme par raison dévoient voUen-
tiers entendre, et que, s'il plaisoit à Dieu, il ne le feroit mies
seux, mes en aroit de chiaux qui se désirent à avanchier,
il prist congiet dou prinche, de madamme la princesse et de
tous les seigneurs. Si s'en revint à petittez journées et à grans
despeOB arrierre par deviers Franche, atendans qu'il oyst nou-
velles dou roy Jehan qu'il fust râpasses le mer, et qu'il pewist
encorres parler à lui et puis si se retraire viers Lombardie et à
Venisse pour raller en Cippre. Bien entendi sus son chemin que
li roys de Franche estoit acpuchiés malades en l'ostel de Savoie
en £ngleteft*e, et empiroit tous les jours, et estoient repasset le
ti— 19
290 CHHONIQUKS DE J. ftUMKSART. [1164]
mer et revenu en Franche li comtes de TankarviBe et messires
BonchicattSy marescaoz de Franche. F* 429 v*.
P. 97, 1. 6 : Touwars. — Mss. A : Touars, Thouars.
P. 97, 1. 12 : Fraiville. — Mss. ^ 8, 15 ; Frainville.
P. 97, 1. 18 : fist. — Le$ mss. ^ 8, 15 ûjouteni : grant
chière et»
P. 97, 1. 25 : pourquoi especialment il portoit. — Ms. B 4
et mss. A : sus quel estât il avoit em[Hris à porter'., qu'il
portoit, .
P. 98, 1. 12 : istance. -^Mss. ^ 8, 15 : entencbn.
P. 98, 1. 13 : ce que« — A//. A 6 ; cuidkr. P 244 v«.
P. 98, 1. 13 : pour. — Ms. JB k : de. F* 242.
P. 99, 1. 1 9 : moustrë. — Le ms. £ 6 ajoute : sj fu le corps
An roj Jehan de Franche enbausmé et mis en ung sarcus et oon-
roiës des signeurs de Franche jnsques à Douvres et là fu mis en
nng batiel. F» 631.
Pt 99, ). 23 : se tendt à Paris. — Mss. ^ 8, 15 .* estoît an
Goulet les Vemon. F* 241 Y».
P. 99, 1. 26 : se. — Xef mss. A 8, 15 ajoutent : se tenoit et.
P. 99, 1. 26 : successères. — Mss, A S^ 15 : héritier.
P. 100, 1. 1 et 2 : françois. — Ms. A 17 .• pour la couronne
de France.
P. 100, 1. 2 : uns. — 2> ms. Ai^ ajoute: vaillant. F» 264 v*.
P. 100, 1. 3:\u -^ Le ms. A 15 ajoute : grant.
P. 100, 1. 6 : Tantoient. — Ms. A 7 : l'avoient. F« 245 V. —
Mss. ^ 8, 15 : le hantoient. -« Ms. A M : qui se tendent en-
tour lui
P. 100, 1. 9 et 10 ! cwireus, — Mss. A 6, 15 : eureux,
F» 245. — ilf*. >^ 8 : envieux. P 242. — Mu A M : entr'euk.
P. 100, 1. 11 : le grasce. — Ms. A 15 ; l'amour et grâce.
P. 100, 1. 12 : ooit. — Le ms. A \^ ajoute : souvent. P 265.
P. 100, 1. 19 î prends. — Mss. ^ 8, 15 ; tenez.
P. 100, 1. 29 : manière àe.—Ms. A 17 .• certaines. F» 306.
S ttll. Roleboise. — Ms. d! Amiens .* En ce tamps seoient
devant le castiel de RoIIeboisse li dus d* Ango , messires Bertrans
de Claieckin et li comtes d'Auçoire et grant fuison de bonne genl
d'armes, et consttaindoient moult chiaus qui dedans se tenoîent.
Or a vint, che siège pendant, que monsigneur Bertrans de Claie-
kin, li comtez d'Auchoire, messires Boucighaus, qui nouvelle*
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 511. «91
ment estoit revenus d'Engleterre, li sires de Biaugeu, qui s'appel-
loit messires Anthonnes, et pluisseur aultre chevalier et escuier
de Franche fissent sas on joar dens chevanchies et moult pour-
fitables pour le royaumme de Franche ; car il prissent le ville de
Mantes et le ville de Meulent, qui se tenoient pour le roy de Na-
varre, et dedens grant fuison des ennemis au royaumme de Fran-
che : dont li dus de Normendie, qui se tenoit à Paris, fu moult
resjoys, car ces deux villes sont clefs de Normendie. F® 129 v»
et 130.
P. 100, I. 31 : bîaus. — M%s. Â : bon.
P. 101, 1. 7 : retenoit. — Ms. A %: recevoit. F<» 242.
P. 101, 1. 14 et 15 : otant bien.... ruoient il jus. — Ms$. A 8,
15 .• autant chier.,,. à ruer jus.
P. 101, 1. 17 : constraindoient. — Mss. A 8, 15 / contraÏK
gnoient.
P, 101, 1. 24 : le cité. — Mss. A 8, 15 : la ville.
P. 101, 1. 32 : certain lieu. — Mss. A : chemin.
P. 102, 1. 12 : porte. — Mss. A 8, 15 .• ville.
P. 102, 1. 24 : desroutèrent. — Ms. A 8 ; deJfrontèrent.
po 242 V».
P. 103, 1. 1 : mourdreours. — Mss. .</ 8, 15 .' murtriers.
P. 103, 1. 1 : pillars. —Ms.A\l: larrons.
P. 103, 1. 2 : encaucent. — Ms. AS: enchacent. — Mss. A
15 a 17 : chacent.
P. 103, 1. 7 : li larron. — Ms. AS: les barons.
P. 103, 1. 9 et 10 : remanant. — Mss. A S, il^: demourant.
P. 103, I. 10 : le. — Mss. A: vostre.
P. 103, 1. 20 : entente. — Mss. A 8, 15 .- entencion.
P. 103, 1. 21 : comment. — Mss. A S^ 15 : combien.
P. 103, 1. 24 : ens. — Mss. ^ 8, 15 : dedens.
P. 103, I. 31 : apaisier. — Ms. A % : asseurer. — iff j. ^ 15 :
décevoir, F» 266.
P. 104, I. 6 à 9 : Dont.... assés. — Mss. A ii à U : Dont
entrèrent Bretons par ces hostelz, et se saisirent de la ville sans
riens piller, mais ilz pristrent des prisonniers desquelz qu'ilz
vouldrent qui depuis furent délivrez sans riens paier, car messire
Boucicaut et messire Bertran ne le vouldrent point souffrir, cv
depuis le dit messire Boucicaut fut capitaine et garde de Mante.
P. 104, l. 22 et 23 : portes, — Les mss. A 6 à S ajoutent :
tost et upertement.
âdi CHRONIQUES D£ J. FROISSART. [5364]
P. 104, 1. 24 : saint Yve. ^Ms.Ail: Nostre Dame. F* 307.
P. 104, 1. 23 : occire. — Mss, ^ 8, 15 ; tuer.
P. 104, 1. 31 : joians. — Mss, A : joyeux.
P. 105» 1. 2 : partout. — Mis, A : par toutes.
P. 105, 1. 3 à 5 : Mantes... • France. — Ms. A [15 .* la perte
qu'il avoit faicte de Mante et de Meulant. F* 266.
§ SIS. En celle. — Ms. ^Amiens : Quant li roys de Navarre
entendi ces nouvelles qu'il avoit perdu Mantes et Meulent et grant
fuison de ses gens par dedens, si en fu durement courouchîës, et
regarda et avisa coumment il se poroit contrevengier et grever
le royaumme de Franche. Si escripsi et pria moult chierement
et amiablement devers che hardi chevalier monsigneur le captai
de Beos, que il vobist venir parler à lui en Normendie et qu'il
amenast chou qu'il poroit avoir de gens d'armes, et que moult
bien les paieroit. li captaus se pourvei de compaignons et vint
deviers le roy de Navarre, et se mist et otria dou tout en son
service, dont lî roys de Navarre fu moult lie's. Se le fist souve-
rain et gouvreneur deseure tous ses chevaliers et escuiers, et lui
délivra touttes ses gens d'armes.
li dus de Normendie fu emfourmës de ceste armëe que li roys
de Navarre mettoit sus, et si entendi d'autre part que li roys, ses
pères, agrevoit durement de se maladie, et que li saige fusisiien
n'y retenoient point de retour. Si ne volloît point ii dus, en se
nouveletë, qu'il receuvist biamme ne dammaîge contre les Naya-
rois. Si se pourveoit gi*andement de gens d'armes à l'autre les, ^t
avoit mandes et retenus grant fuison de bons chevaliers et escuiers
de Gascoingne, et si logement les paioit, qu'il le servoient vollen-
tiers; car c'est bien chou qu'il aimment, large et secq paiement.
Si avoit li dis dus atrait deviers lui et mis en se chevauchie sus
les camps, une partie des gens le seigneur de Labreth, dont li
sires de Mouchident estoit chiës et conduisièrez, et encorres mon-
signeur Ainmon de Pumiers et monsigneur le soudich de Lestrade;
chil estoient bien six vingt lanches de Gascons.
Encoifes avoit li dus de Normendie remandé son frerre mon—
signeur Phelîppe en Bourgoingne, et monsigneur Regnaut c'on
dist rArceprestre , qui se tenolt en Bourgoingne, car il cstoit
sires de Castielvillain de par le damme se femme, qui avoit estet
femme du signeur de Castielvillain, mort à le bataille de Poitiers.
Et l'avoit messires Phelippes, qui bien esperoit à estre dus^ de
[1364] VARIANTES DU PREMIER LïVTiE, § Hit. ?93
Bourgoingne, car li rojs ses pères H avoit proummis , retenu de
son conseil , et estoit ses compères, et li avoit tenut à fous ung
biau fil qui eut nom Phelippes contre lui. F® 130.
P. 105, 1. 11 : on. — Mss. ^ 8, 15 « 17 ; U. F» 243.
P. 105, 1. 16 à 19 : li rois.... painne. — Ms. A 15 ; le duc
de Normandie ira briefment à Reims pour lui fere couronner du ^
royaume de, France; si lui yrons à rencontre et lui porterons et
ferons ennui et dommaige. F« 266.
P. 105, 1. 17 à 19 : est mors.... painne. — Mss, A T^ B : ira
temprement à Rains ; se Tirons à rencontre et li porterons et fe-
rons anoy. F* 246 v«. — Ms. A & : se ira couronner à Reims ;
si' lui yrons à Tencontre et luy porterons et ferons dommaige et
ennuy. F» 246.
P. 105, 1. 21 : temprement. — Mss. ^T 8, 15 : briefmint. —
Ar5. ^ 17 : tantost.
P. J05, 1. 23 : pooit. — Les mss. ^^ 8, 15 ajoutent : trouver et.
P. 105, 1. 28 : deux cens outrois cens. — Ms. A 17 ; quatre
cens.
P. 105, I. 30 : remeriroit. ' — Mss. A %\ 15 ; reguerredon-
neroit.
P, 106, 1. 1 et 2 : apertement. — Mss. A 6, 7, 15 ; hastive-
ment.
P. 106, 1. 15 et 16 : Bertrans. — 2> ms. A 17 ajoute : et
monseigneur Olivier de Mauuy son nepveu. F* 307 v».
P. 106, 1. 16 : Bretons. — Les mss A M à 14 ajoutent : qui
estoient hardiz et courageux.
P. 107, 1. 11 : A ce donc. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; A ce temps
en cellui temps.
P. 107, 1. 19 : Evous venu, — 'Ms. A \H : Atant va venir.
F» 267.
P. 107, 1. 28 et 29 : se consievirent. — Ms. A S : se aconsui-
virent. — Mss. A itiàil : s'aconsuirent. F» 308.
P. 107, 1. 29 : ravine. — Mss. ^ 15 à 17 : manière.
P. 108, 1. 2 : tamaint. — Mss. A : maint, mains.
. P. 108, 1. 14 : d'Evrues. — Le ms. A 15 ajoute :Ety au voir
dire, les Bretons se portèrent vaillamment , car ilz n'estoient que
une poignie de gens au regart des Navarrob qui tousjours crois-
soient. F^ 267.
S 51 5, Auques en ce temps. — Ms. ^Amiens : En ce tamps
294 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
qae cas semonscei et ces assamblëes se faisoient, tant de l'un lés
comme de l'autre, les nouvelles vinrent au duc de Normendie
que H roySy ses pères, estoit trespassés de ce siècle, et l'en es<
cripsoit le veritë messires Jehans, ses frères, dus de Berri.
Quant li dus de Normendie entendi chou, que li roys ses pères
estoit mors, si eu fu moult courouchiés : che fu bien raisons. Si
le senefia tantost au ducb d'Angho et as pcrs et as barons de
France. Si se traissent à Paris deviers le duc de Normendie,
•nssi que drois estoit, et s'ordonnèrent pour aller contre le corps
dou roy, leur seigneur, que U comtes d'Eu et li comtes de Dam*
martin et li grans prieux de Franche ramenoient et racondui-
soient. Si fu li corps dou roy Jehan embaummés et, mis en ung
sarku, raportés à Paris. Assés tost apriès, li dus de Normendie
li fist faire son obsèque en Tabbeie de Saint Denis, et fu portés
meut solcmpnelment parmy le chité de Paris à grant pources-
sîon et à plus de mil torsses, à viaire descouvert, si troi fil de-
rierre lui, vesti de noir, et li roy de Cippre ossi. Et fu enssi
aportés moult bellement à le grant abbeie de Samt Denis en
Franche, Si en chattta la messe et fist l'ofBsce li arcevesques de
Sens, ungs moult doulx prelas , et fu ensepvelis li dis roys Je-
hans en le ditte abbeie de Saint Denis, où grant fuison de ses an*
cisseurs gissoient.
Apriès le obsèque fait et le disner qui fu moult grans et moult
nobles, li signeur et li prélat retournèrent tout à Paris. Si eurent
parlement et consseil enssamble que on se trairoit vers Rains
pour courounner le ducq de Normendie, car c' estoit ses drois «
et que on s'en deliveroit. Si y fist on appareillier moult grans
l)0urveanchez et moult grosses, et fu li certains jours arestés,
que ce devoit estre droit au jour de le Trinité. Si le segnefia li
dus et en escripsi as pluisseurs grans seigneurs, les uns prioic
et les autres mandoit, et par especial il en pria son bel oncle
le ducq de Braibant , liquelx s'ordounna et appareilla pour estre
y en grant arroy et bien accompaigniés de chevaliers de Brai-
bant et de Luxembourch dont il estoit sirez. F^ 130.
P. i08, 1. 48 j A ce donc. ~ Mss. A 8, IK : Pour lors.
P. 244.
P. 108, I. 25 : arriérés. — Ms. JS: arrestez. — ^j. À i^:
rompu et arresté.
P. 408, 1. 27 . embausumés et mis en un sarcu. — Ms, JitS:
eobasmé et mis en un sarcueil.
[1364] VARIANISS BU PREMIER LIVRE, $ 514. i95
P. 108, L â9 : Dammartin.-T^Lemt. £ 6 ajoute : le conte de
Tancarville. F* 631.
P. 109, 1. 1 : vuidièrent. — Ms. -^ 8 : vîndrent.
P. 109, l. 2 ! Gipre. <-» 2> nu. ^ 6 ajoute : vestos de noir
aroecq les enfans du roj et les procb^^ du linage. F* 631. *'
P. 109, 1. 8 : retounièrent. — Ms» A%: vindrent.
P. 109, I. 24 : Entrues. -- Mu. ^ 8, 15 .* Pendant.
P. 109, 1. 31 : qu'il eurent. — Mss. utf ; qui fu.
P. 110, 1. a : TegUse oathedral de Rains. — Ms. A 15 :U'
gnuit église oathedral de Nostre Dame de Reins. P 267 v«.
§ 814. Quant messires. — Ms. dAmienê. Entroez que ces
besoingnes s ordounnoient et aprochoient, envoyoit toudis li du$
de Normendie gens d'armes deviers le comte d'Auçoire et mon-
' tigneur Bertran de Claiekin, et bien besongnoit , si comme vous *
orés chy apriès. Si y furent envoiiet li Arceprestrez et messires
Loeys de Ghalon et leur routtes.
Messire Jehans de Ghailli, qui s'appelloit caplaus de Beus, qui
pour le temps estoit conduisièrez et souverains de touttes les gens
Je roy de Navarre, dont il y^voit bien huit cens lanches, trois
cens archiers et cinq cens autrez hommes aidablez, et tous les
jours li croîssoient gens, chevauchoit en Normendie et desiroit
moult à trouver lez Franchois, car on lui avoit dit qu'il estoient
sour les camps. Si estoient de le routfe le dit captai uns bons che-
valiers englès et f(»rs guerrières , qui s'appelloit messires Jehans
Jeuil, messires li bascles de Maruel, messires Pierres de Saken-
ville et plnisseur autre, pour leurs saudëes gaegnier et leurs corps
avanchier, et s'en venoient droitement vers le Pont de l'AJCche,
car bien penssoient que li Franchois passeroient là le Sainne, ensi
qu'il fissent. '
Et advint que, droitement le merquedl de le Pentecouste, si
comme li captaux et se routte chevauchoient au dehors d'un bois,
il encontrèrent le Roy Faucon , un hiraut qui s'estoit an matin
partis de Tost des Franchois. Si trestost que li captaus de Beus
le vit, bien le recongnut et li fist grant chière, car il estoit hiraus'
au roy d'Engleterre , et li demanda tantost dont il venoit et s'il
savoit nulles . nouvellez des Franchois : oc En nom Dieu, mon-
signeur, dîst il, oil. Je me parti hui matin d'iaux et de leurjoutte,
et vous quèrent ossi et ont grant désir de vous trouver. » —
ce Et quel part sont il? ce dist li capUux; sont il dechà le Pont
296 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [i364]
de l'Arche ? » •— « En nom Dieu, sire, dist Faucons, oil. Il ont
passet le Pont de TArche et Vf enon, et sont maintenant, je croy,
«ssës pries de Passci. »
(c Et quelx gens sont il, dist li captaux, et quelx cappittainnes ?
Ja di le moy, je t'en pri. » — « En nom Dieu, sire, il sont bien
mil et cinq cens combatans et toutte bonne gens d'armes. Si y
sont : messires Bertrans de Claiequin , li comtez d'Auchoire , li
viscomtes de Biaumont, messires Loeys de Chalon, li sirez de
Biaugeu, li mestres des arbalestriers messires Bauduins d'Anne-
kins, messires Loeys de Haweskierkes, messires Oudars de Rentî;
messires li Arceprestrez , messires Engherans d'Uedins. Et si y
sont de Gascoingne : les gens le seigneur de Labreth , li sires
de Mouchident, messires Ammenions de Pumiers, li soudîa de
Lestrade. »
Quant H captaux oy noummer les Gascons, si fu trop durement
|esmerviUîës:, et dist si comme en lui ariant : » Par le cap saint
Anthonne, Gascons à Gascons s'espourveront. » Or le disoit il
pour lui , car il estoit gascons. Adonc appella il de rechief Fau-
con et li demanda s'il ne savoit plus nuUez nouvellez, et Faucons
li respondi : <c Oil, sire, li dus d« Normendie se devoit partir
ier ou huy pour aller vers Rains ; car, à dimence qui vient, doit
il y estre couronnes. » Adonc dist li captaux : « Faucon, se Dieux
et saint Jorge nous voUoient aidier, je poroie bien estre au devant
de son courAmement. »
Adonc parla Faucons pour Prie, un hiraut que li Archeprestres
envoyea là avoecq lui, et li dist : « Sire, assés près de chy m'atent
ungs hiraux francbois que li Arceprestrez envoie deviers vous ,
liquelx Arceprestrez, che dist Prie li hiraux, parleroit vollentiers
à vous. » Dont respondi li captaux et dist: « Faucon, dittes au
hiraut qu'il n'a que faire plus avant et qu'il die à l'Arceprestre
que je ne voeil nul parlement à lui. » Adonc li demanda messires
Jehans Jeuiel et dist : a Sire, pourquoy ? Espoir es chou pour vo
prouffit. » — ce Jehan, Jehan, non est, mes est li Arceprestres si
grans bartères, que, s'il venoit jusquez à nous , en nous comp-
tant gengles et bourdes , il aviseroit et ymagineroit no force et
nos gens; si nous porroit tourner à grant contraire. Si n'ay
cure de ses parlemens. y>
Adonc retourna Faucons li hiraux deviers Prie, son cbm-
paignon , qui Tatendoit au coron|^d*une haie , et escuza le captai
bien et sagement, tant que li hiraux en fu tous comptens, et
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S Si». 297
raporta arrierre à l'Arceprestre chou que Faucons li eut dît de
par le captai ; mes, dou couvenant des Navarois, ne quel somme
de gens d*armes il estoient, ne seut il nient recorder à ses mes-
tres, car il n'avoit mies esté jusqu'yaux. F* 430 v°.
P. 110, 1. 7 : cite, — Mss, ^ 6, 7 : ville et cite. — Mss. A 8,
15 a 17: viUe.
P. 110, 1. 8 : Legiers. — Mss, A : Michiel.
P. HO, 1. 13 : combatre. — Mss, A : trouver.
P. HO, i. 18 : li sires de Sans. — Ms, A il : monseigneur
J^an de Saulx. F« 308.
P. 110, 1. 25 : d'encontren — Mss. ^ 8, 15 ^ 17 ; de ren-
contrer.
P. llly 1. 23 : Renti. — Le ms. B 6 ajoute : le Bèghes de
Velaines. F» 633.
P. 111, 1. 26 : Aymenions. — Ms. AS: Aymons.
P. 411, 1. 29 : rougia tous de felonnie. — Ms. A 15 .* rougît
tout de grant felonnie. F"" 268.
P. 112, 1. 9 : cap. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : chief,
P. 112, 1. 11 : Prie. — Mss. A 8, 15 .• Pierre. P 245. —
Ms. A il : Henrri. F» 309.
P. 112, 1. 23 : baretèrcs. — Mss. A 1, i^ àil : barateur.
P. 112, l. 24 : bourdes. — Le ms. A m ajoute : dont il est
bon ouvrier. F« 268 v«.
P. 112, l. 26 : contraire. — Mss. jrf8,15«17; dommage.
— Le ms. A i^ ajoute : et à moult grant contraire,
P. 112, 1. 27 : ses. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent : grans.
P. 112, 1. 28 : Prie. — Mss. ^ 8, 15 à 17 .• Pierre.
P. 112, 1. 28 : coron. — Ms. A il : bout. — Ms. A 15 .•
coing. f ,
S ttlS.Ensi eurent. — Ms. ff Amiens: Enssi eurent li Fran-
ahois et li N^varrois connissance li ung de l'autre par le raporl
des deus hiraus. Si eurent avis et consseil li Franchois que ce
merqedi, pour ce qu'il estoit tart, il se logeroient illuecq. Et se
logièrent seloncq une rivierre, ensus un village que on appiellc
Koceriel, ens uns biaux plains, et ossi li Navarois se tinrent assës
priés de là«
Quant ce vint le joedi au matin , que solaus fu lèves et que ii
jours estoit appairans d'estre biaux et clers et sieris, li Nava-
rois et li Englès , tous d'une alianche , chevauchièrent enssi que
298 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364]
Franehois; li hirans les menoit tout serré et tout rengiet. Si
vinreot environ primme sus les plains de Kooeriel, et virent les
Franehois devant yaux qui ordonncnent leurs batailles, et estoient
par samblant bien tant et demy plus qu'il ne fuissent. Si s'ares-
tèrent tout quoy au dehors d'un bosquetiel qui là estoit, et
puis se traissent avant les cappittaipnes et se missent en ordounr-
nance. Premièrement, il fissent trois batailles bien et feticement
tout à piet, et envoiièrent les chevaux, leurs maies et les ghai^ '
chons ens ung bois qui estoit dalles yaux, et establirent monsei-
gneur Jehau Jeuiel en la premierre, et li ordounnèrent tous les
Englès, hommes d'armes et archiers. La seconde eut li captaux,
et pooient estre en se bataille environ quatre cens combatans, uns
c'autres. Ial tierche eurent troy autre chevalier : li bascles de
Maix)el, messires Pières de Saquenville et messires Bertrans dou
Franch, uns bons chevaliers prouvenchiaux , et estoient ossi
environ quatre cens armures de fier.
Quant il eurent ordonné leur bataille, il ne s'eslongièrent point
trop loing de l'un l'aotre, et prissent l'avantaige d'une montagne
qui estoit à le droite main entre le bos et yaux, et se rengièrent
tout de froncq sus celle montagne par devant leurs ennemis , et
missent le pignon dou captai en ung fort buisson espinerech,
et ordonnèrent soissante armures de fier autour pour le garder
et deffendre, car tout se dévoient là raloiier et affiier bien entré
yaus les cappittainnes, que de là ne se partiraient nullement, pour
cose qui avenist , se seroient leurs ennemis tous descoAfis et mis
en cache. Et tout ce veoient li Franehois coumment il s'ordon-
noient, et ossi coumment il avoient pris le montaingne : se ne
les en prisoient mies mains. Tout enssi ordounné et rengiés se
tenoient Navarois et Englès sus le montaingne que je vous di.
F» 130 V*.
P« il 3, 1. 3 et 4 : se radrecièrent. — Mss. A : s'adrecièrent.
P, 113, 1. 7 : quinze cens. «^ Le ms. A 15 ajoute : comba*
tans,
P. H3, 1. 23 : une. -^ Le ms. A 17 ajoute : petite.
P. 113, 1. S6 : uns biaus prés. •« Mss. A 8, 17 ; deux beaux
près. P» 94K.
P. H 4, 1. 4 et 5 : heure de prime. — Ms. A il : midi.
P. 114, 1. 8 : Cocerid. — ilir. A 8 ; Coucherel. — Jlf^i. >l i5
rt 17 : Cocherel.
P. 114, I. 18 : li captaus. <^ Les mss, A ojoutetit : deJBeuch.
[1364] VARIAimiS DU PREMIER UWf, $ 516. 299
P, 114, 1. 22 : baoière. -^ Ze ms. ^ 15 ^v'outê / devant lui.
F* 269.
P. 14 S, 1. i : espinerés. — Mss» ji S, iH à 17 ; espineux*
P. 1 1 5, 1« 2 : armeures de fier. — Ms, J iîi: hommes d'armes,
P. 11 K, 1. 8 : querre. — ilfw» ^8, 15 « 17 ; quérir.
§ tSi6. Tout ensi^ — Aff, d Amiens : Undemeotroes, li Fran-
chois ordonnèrent ossi leurs batailles, et en fissent trois et une
arrierre garde. La premierre eut messires Bertrans de Ckdequin
à tous les Bretons, et fu ordonnes pour assambler à le bataille dou
captai. La seconde eult li comtez d'Auçoire et li viscomtes de
Biaumont et messires Bauduins d'Enekins, et eurent avoecq jaux
les Franchois, les Normans et les Pickars, monsigneur Oudart de
Renti, monsigneur Engherant du Edin, monsigneur Loeis d'Aves*
kierke et les autres. La tierce eut li Arceprestros et les Bourghi-
gnons avoecq lui, monseigneur Loeys de Cbalon, le seigneur de
Biaugeuy monsigneur Jehan de Vianne, monsigneur Gui de Fre**
lay, monsigneur Huge de Vianne et pluisseurs autres. Et devoit
s'asambler ceste bataille au bascle de Marueil et à se routte. El
Tautre bataille, qui estoit pour arrierre garde, fîi des Gascons |
monsigneur Aimmenion de Pumiers, le soudich de L^trade, le
stgneur de Mucident et pluisseur aultre. Et pour ce qu'il veoieift
le pignon le captaul mis et assis en uog buisson et en faisoient li
Navarois leur estandart, il ordonnèrent leur bataille des Gascons
à adrechîer ceste part. F" 130 v«.
P. 115, 1. 11 : Entrues. — Jlfr. u^ 6 ; Entrementres. F» 248 v«.
f— Mss, A 8, 45 à 17 : Pendant ce.
P. 115, 1. 14 I Bretons. — Le nu. A 15 ajoute : dont je vous
en nommeray aucuns chevaliers et escuiers : premièrement mon*
seigneur Olivier de Mauny et roonseigneor Hervé de Mauny, mon-
seigneur Eon de Mauny, frères, et nepveux du dit monseigneur
Bertran, monseigneur Gefifroy Perron, monseigneur Allain de Saint
Paul, monseigneur Robin de Guité, monseigneur fiastace et mon-
seigneur Allain de la Hpussoye, monseigneur Robert de Saint
fiern, monseigneur Jehan le Voler, monseigneur Guillaume Bodin,
Olivier de Quoyquen, Lucas de Maillechat^ Giefiroy de Quedillae,
6ieffroy Paiisn, Guillaume du Hallay, Jehan de Parrigny, Sevestre
Budes, Berthelot d'Angoullevent, Olivier Perron, Jehan Ferron
son frère et pluseurt autres bons chevaliers et escui^s que je ne
puis mie tous nonnaer» F* 269. ' ^'
300 CHRONIQUES DE J. FROISSART, [1364]
P. i<5, 1. 17 et 18 : d'Anekins. — Ms$. ^ i8, 19 ; de Meleun.
P. ii5, I« 48 à 21 : mestres.... Haveskierkes. — Ces lignes
manquent dnns les mss, ^ 15 a 47.
P. 115, I. 20 : d'Ucdin. — Mss. A 7, 18, 19 : de Hedin, Y^
249.
P. U5, 1. 26 : Hughe. — Mss. A \^ h 17 : Jehan.
P. 116, I. 1 : parainne. — Ms. A^: entière. F» 248 v«. —
Mss. ^ 8, 15 : pure. F» 245 v^».
P. 116, 1. 7 : les. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; costé.
P. 116, 1. 8 : un. ^ Xtf ms. A 15 ajotite : hault. F* 269 v».
§ tti7. Assës to8t. — Ms. ^Amiens: Et (ordonnèrent les Gas*
cons) trente hommes des leurs, fors et appers, montez chacuns
sus bons fors courssiers et délivres, et aler conequerre ce pignon
et combattre au captaul, et rompre se bataille quant elle seroit
entamée, et à riens entendre fors tant seuUement au captaul, et lui
prendre par forche et toursser sur leurs chevaux et porter ent à
sauveté ; car qui Taroit pris, fust li joumëe pour yaux ou non
fust, il aroit bien esploitiet, et tenroient leurs ennemis pour tous
JésconfGs. FM 31.
P. 117, 1. 3 : entrues. — Ms. Al : entrementres. — Mss. A
6, 15 à 17; pendant.
P. 117, 1. 7 : tourseront. — - Mss. A : trousseront.
P. 117, 1. 8 et 9 : où que soit. — Mss. A 6, iH à il : quel-
que part.
P. 117, 1. 20 : rades. — Mss. A: roides.
P. 117, 1. 24 : estre. — Le ms. A i^ ajoute : pour faire et
acomplir Tentreprinse que tous ces seigneurs de JPrance et de
Gascongne avoient parle et ordonne entr'eulx. ¥^ 269 v^.
§ 8iS. Quant cil. — Ms. ^Amiens : Quant li Franchoîs se
furent enssi ordonne, ainchois que li signeur se trayssent en leurs
bataillez où il estoient estaubli, il regardèrent entre yaux et pour-
parlèrent à lequelle bannierre ou pignon il se retrairoient et quel
crit il criroient. Si fu de premiers acordé entre yaux qu'il cri-
roient. « Nostre Damme ! Auchoire ! » Mes li comtez , qoi là
estoit presens, y refuza et s'escuza et dist que il estoit li ungs des
jonnes chevaliers qui là fust, et la premierre besoingne arestée
où il avoit estet, si ne volloit mies que on lui fesist celle honneur,
mes fost baillie à un autre où elle fuist mieux emploiiée c'a lui.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 518. 30i
Dont fa regardé d'un coumun acord c'on crieroit : « Saint Yvel
Gaiequinf » et pour yaux mieux recongnoistre : <c Nostre Damme !
Glaiequin! »
ËDsi tout rengiet et ordonne et avise quel cose il dévoient faire
et yaux maintenir, se tenoient tout quoy sus les camps et r^ar-
doient leurs ennemis, qui nul samblant ne faisoient dou descen-
dre. Si se traissent ens samble li chief des routtes environ yaux
vingt cinq, et parlementèrent ung grant temps. Et volloient
li aucun, especialment messires Bertrans de Glaiequin, que on
les allast combattre. Et li aucun, mieux avisés, le debatoient et
disoient que, se il faisoient enssi, il feroient ung grant outraige,
mes souffresissent encorres et regardaissent le convenant de lem*s
ennemis : « Sachiés, disoient messires Oudars de Renti et mes-
sires Bauduins d'Ennekins , que, se nous avons grant désir d'iaux
combattre, ossi ont il nous : si nous tenons en nos batailles belle-
ment et quoiement. S'il descendent, bien nous les combaterons;
et s il ne descendent dedens le soir , nous arons autre advis. »
GhibL conssaux fa tenus, et se dnrent li Franchois tout quoy,
chacuns sirez desoubs se ban nierre ou desoubs se pignon, enssi
qu'il estoit ordounnés. Et tant atendirent qu'il fu baux midi et qne
li jours estoit si escauffiSs que li pluisseur en estoient tout afoibli,
car U n'avoient avoecq yaux nulles pourveanches pour boire ne
pour mengier, se petit non. Et tondis se tenoient li Navarrois et
li Englès en leur fort, sans yaux bougier ne faire samblant de
descendre. Quant ce vint sus Teure de nonne et que li soUaux
tourna dou tout au contraire des Franchois, et que de trop >
junner li pluisseur estoient mont fouUé, si se coummenchièrent
enssi que tout à descoragier, et dissent li aucun que li heure pas-
soit pour combatti*e. Si se fuissent par samblant volentiers retret,
et fu priesque tout conssilliet dou retraii'e et dou niens com-
^ battre.
Or vous di qu'il y avoit là aucuns gentilz hommes de Nor-
mendie qui cevauchoient de l'un à l'autre, sans get et sans regard,
• qui ne se pooient armer, car il estoient prisonnier as Navarois
et recreus sus leurs fois. Si disoient bien as chevaliers franchois :
« Sjgneur , advisës vous, car, se li journée se départ sans ba-
taille, vostre ennemy seront demain deus tans qu'il ne sont hui,
et toudis mouteplieront eu puissanche ; car messires Loeis de Na-
varre doit venir à plus de mil combatans, » Si que ces paroUes
. atraioient durement les Franchois à combattre. F* 1 3i .
30Î CHRONIQUES DE J. FROISSÂRT. [1364
P. H7, l. 23 : curent — Léi mss. ^ 6, 17 ajoutent : tout.
P. 118, 1. 6 : dou. — Le ms. J 17 ajoute : noble.
P. 118, l. 8 : bellement. — Mss. AB.ib à 17 : doucement.
P. H8, h 12 : journée, r-- Ms. J 1» / besongne. F» 270.
P. 118, 1. 13 : de. — Ms. ^ 8, 15 A 17 .• que.
P. 118, 1. 16 : le Mestre. — Ms. A 15 : Baudequin d'Anne-
qains, maistre des arbalestriers.
P. 118, 1. 27 : vos compains. — Mss^ A 6, 7, 15 à 17 ; vos-
tre compaignon.
P. 119, 1: 13 : lîerne. — Mss. A: tertre.
P. 119, 1. SI : vin. — Le ms. A il ajoute : ne baril.
P. 119, I. 23 : flaconcîaus.— Jlff. Al: flaconniaus. F» 249 v«.
— Mss. ^ 8, 15 A 17 ; flacons, petîz flacons.
P. 119, 1. 28 s soutiUetë. -^ Ms. A il : subtilité'. F» 3U V.
P. 119, 1.. 29 : remontière. — Mss. A : remonta.
P. 120, L 1 et 2 : convenant. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : cou-
vine.
P. 120, I. 6 : requerre. — Mss. ^ 8, 18 ; requérir.
P. 120, 1. 16 2 frefel. — Ms. B 3 : desîr. — Ms. B 4 : fres-
tel. — Ms. AS: fresel,
P. 120, I. 20 : paisieulement. -— Mss. A : paisiblement.
P. 120, 1. 24 : nostre. -r- Mss. A : vos.
P. 120, 1. 27 : trois cens. — Mss. A\aS,iia 14, 18, 19 :
quatre cens.
P. 120, I. 30 : ahatî. — Ms. A 17 : hastiz. — Ms. A 15 .•
atiz.
P. 121, I, 15 : diverses. — Le ms. A 17 ajoute : et con-
traires.
§ )$19. Quant K. — Ms. d Amiens : Quant li chevalier de
Franche virent que li Navarois et li Englès ne partiroient point de
leur fort et qu'il estoit ja haulte nonne, et si ooient les parolles
que li prisonnier francfaois leur disoient, si se retraissent à cons-
seil enssamble, et conssillièrent qu'il feroient passer le pont tous
leurs chevaux et leurs harnas et leurs variés et les plus foullés
par samblant de leur routte, et puis petit à petit il passeroient e(
se logeroient bellement, chascuns sires par lui et entre ses gens,
ce soir sus le rivierre, et Tendemain il aroient nonviel cbnsseîl et
avis, car voirement estoient il durement mesabiet dou chaiàtet
de trop junner. Et se, en yaux retrayant, il avenoit ensi que
11364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 3*9- 303
leur ennemy, qui sont chaut et bastien, descendoient de leur
montaingne, il retourroient tout à uog fès sus yaux, et criroient
leur criy et chacuns sires et hommes d'armes se traîroit à se ba-
taille : il savoient bien quel consseil il dévoient faire. Che cons-
seil donnèrent li Gascon messires Ainmenion [de Pummiers], mes*
sires K soudis [de Lestrade] et li sires de Moucident. Dont son-
nèrent il leur trompettes, et fissent moût grant signe d'iaux
retraire, et fissent passer oultre le pont et le rivierre leurs har-
nob et leurs pourveanches, les variés et tous leurs chevaux^ ex-
cepte les trente qui se dévoient adrechier au captai. Et quant il
furent enssi que tout passet, gens d'armes coummencbièrent ossi
à passer.
Quant messires Jehans Jeuiaux , qui estoit appers chevaliers et
vighereux durement et qui avoit grant désir des Franchois com-
battre, perchupt le mannierre et coumment il se retraioient, se
dist au captai : ce Sire, sire, descendons appertement; ne veés vous
pas coumment li Franchois s'enfuient? » Dont respondi li captax
et dist : « Messires Jehan, messîre Jehan, ne créés ja que si vail-
lant honmie qu'il sont , s'enfuient ensi : ils ne le font , fors par
malisse et pour nous atraire. 3> Adonc s'avancha messires Jehans
Jeuiaux, qui moult engerans estoit de combattre, et dist à chiaux
de se routte : « Passés avant! Qui m'aimme, se me sieuwècel y>
Dont s'avança en sallant devant touttes les battailles en descen-
dant dou mont, son glaive en son poing, en escriant : « Lez les
Franchois! » et « Saint Gorge! Giane ! » Quant li captaux en vit
le mannierre, si le tint en soy meysmes à grant desdaing, et dist
à sa bataille : <c Avant! Avant! messires Jehans Jeuiaux ne se
combatera pomt sans my. » Dont descendirent il tout comnmu-
nement dou fort où il s'estoient tenu, et se missent au plain.
Quant li FranchoiS| qui estoienten aguet de ceste ordounnanche,
les virent descendre, si s'arestèrent tout à yng fes et dissent en-
tr'iaux : « Vesci chou que nous demandions. » Si huièrent et jupè-
rent apriès leurs gens qui le pont passoient, et furent tantost remis
en bon arroy, leurs bannièrez et pignons devant yaux. en criant :
«Nostre Dame! Claiekin! » Evous monsigneur Jehan Jeuiel, qui de
grant voUenté s'en venoit tout devant, et se vient ferir, son glaive
en son poing, en le bataille des Bretons et combattre moût vas-
saument, et ossi il fu moult bien recheu de monsigneur Bertran de
<ïiaiequin et de chiaux de se routte. D'autre part, li ccHntes d'Au-
choire, li viscomtez de Biaumont, messires Bauduins d'Ennekins,
I
9
304 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
messire» Oudars de Renti et C aatre chevalier et leur bataille s*en
Tiennent adrechier à le bataille des Bourgignons, li sires de Biau-
geu, messires Loeis de Chalons et les gens de TArceprestre s'en
vont adrechier à le bataille monsigneur Pière de Sakenville et
monsigneur Joffit>y de Roussellon. Et pour chou que en armes on
ne doit mies ipentir^ mes dire le vente à son loyal pooir, bien
est voirs que li Arceprestres, si trestost qu'il vit c*on se combate-
roit et que les batailles s'asambloient, il se parti et ungs siens
escuiers seullement, et issi de se bataille, mes il dist à ses gens :
« Demorës et si vous acquittés à voslre loyal pooir : je me pars,
car je ne me puis combattre. » Dont monta à cheval et rapassa
le Pont de TArche, et cil qui se combattoient, le quidoient dallés
yaux, pour ce qu'il veoient se bannierre, et si n'avoit pris congiet
à nullui, fors à ses gens. F<^ 131.
P. 121, 1. 17 : sus. — Mss. >^ S, 15 à 17 ; pour.
P. 121, 1. 29 : l'espoir. — Mss, ^^ 8, 13 « 17 : pense.
P. 122, L 25 : Jeuiel. — Ms. B 6 : de Pipes. F» 631.
P. 123, 1. 9 et 10 : li captaus. — Ms. ^ 8 : le capitaine.
P 250 v^ — Mss. ^ 8, 17 ; les capitaines. F» 247 y\
P. 123, 1. 15 : mi. — Mss. A : moi.
P. 123, 1. 24 : assambler. — Ms. AS: assaillir.
P. 123, 1. 25 : Evous. — Mss. ^ 8, 15 ât 17 : Et va venir.
P. 123, 1. 28 : Bertrans. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent: du
Guesclin.
P. 123, L 29 : malement. — Le ms. Ail ajoute: Et d'aventure il
encontra monseigneur Olivier de Mauny, nepveu de monseigneur
Bertran, fort chevalier et asseuré durement. Là se combatirent ces
deux vaillans chevaliers ensemble moult longuement, main à main,
et tant que le dit monseigneur Olivier cheit de la presse. Et adonc
monseigneur Jehan Jouel fut sur lui la dague ou poing, pour lui
occire , en lui disant : ce Rendez vous tantost , ou vous estes
mort. y> Adonc respondit le dit monseigneur Olivier : c< A Dieu le
veu, monseigneur Jehan, non suis encore ; mais je vueii que vous
essaiez vostre fois comment ceste terre est dure. » Et lors il le
prant par le camail et à force de braz il mist monseigneur Jehan
Jouel dessoubz lui, et fut monseigneur Olivier dessus. Et lors il
bleça et navra à mort le dit monseigneur Jehan Jouel, et le laissa
à un sien escuier qui estoit delez lui, qui avoit nom Guion de
Saint Pers, lequel le fiança prinsonnier; mais il mourut cellui
jour des plaies qu'il avoit receues la journée. F« 313 v«.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 520. 305
P. 124, 1. 6 : GlaiekÎD. ^^ Le ms. A 15 ajoute : monseigneur
Olivier de Mauny son nepveu. F* 27i v®^
P. i24, 1. 8 et 9 : li.... Anthones. — Ms. A 17 ; monseigneur
de Beaugieu et monseigneur Anthoine de Beaugieu.
P. 124, 1. 13 : Aymenions. — Mss, A 8, 17 ; Aymons,
P. 124, 1. 30 fourfraire. — Mss. ^ 8, 15 « 17 ; mefifaire.
P. 125, 1. 5 : rivière. — Le ms. A il i ajoute : en plourant
moult tendrement de ce qu'il ne povoit demourer à la bataille.
F» 314.
§ tt20. Au commencement. — Ms, d Amiens : Quant li Nava-
rois et chil de leur costë virent le convenant des Franchois, si se
reculèrent tout en combatant un petit, et fissent leurs archiers
voie pour traire. Si se missent en bon aroy chil qui dévoient traire,
mes li Franchois estoient si fort armet et si bien pavesciet, que
oncques li trais ne les greva noyent, ne pour chou n'en laissiè-
rent il point à combattre. Sitost que li trais fu passes, les batailles
entrèrent l'une dedens l'autre, en boutant et en estechant des
glaives. Là veoit on les plus apers et les plus bachelereus coum-
ment il s'avanchoient et rompoient par bien combattre les routtes,
et prendoient et fianchoient prisonniers, ou il se faissoient pren-
dre par appertisses d'armes, ou navrer, ou ochire. Là avoit grant
cliquetis d'espées, de daghes et de bastons d'armes, et s'apro-
choient et se tenoient main à main , et se combatoient si vail-
lamment que nulle gens mieux, et point ne s'espargnoient , et
nul mot ne parloient que lem* cris à cief de fois il crioient pour
yaux raloiier.
Or vous diray des trente qui esleu estoient pour yaulx adrechier
au captaf et trop bien monte par especial. Il s'en vinrent tout serré
là où li captaux se combatoit moult vassaument, piet avant autre,
tenant une hache en sen poing, dont il donnoit si grans horions
que nulx ne l'osoit aprochier ; car il estoit grans chevaliers, fors
et durs malement et resongniës de ses ennemis. Chil trente, qui
estoient moult bien monte sus courssiers fors et puissans, et ossi
appert, fort et dur hommes d'armes et bachelereus durement, ne
veurent mies resongnier le paine ne le péril; mes brochièrent
chevaux des espérons et rompirent par forche toutte le bataille
et les gens le captai, et fissent voie au comte d'Auchoire, au vis-
comte de Beaumont, à monsigneur Bauduin d'Anekin, à monsi-
gneur Engherant du Edin , à monsigneur Oudart de Renti , à
VI — 20
306 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
monsigneur Loeys de Haveskerke et as bons chevaliers de lear
routtez et escoiers ossi. Là eult très fort bouteîs et grans abateîs,
et moult de bons hommes d*armes mis à grant mesaise. Avoecq
tout chou, chil trente, qui n'entendoient à autre cose fors toudis
à aller avant et faire leur emprise, s'arestèrent droitement sus le
captai et coummenchièrent à lanchier et à ferir à lui grans horions
de leurs roides espées et des bastons de guerre qu'il portoient, et
à derompre gens et à abattre entour li et mettre à grant meschief ;
car chil courssier, qui estoient fort et puissant et tous couvert de
fers et bien brochiet sans espargnier des espérons^ confondoient
tout devant et entour yaux.
Et quant li captaux, qui estoit hardis et saiges chevaliers du^
rement , en vit le manierre et que on entendoit trop parfaitement
à lui prendre , si s'esvertua et fist trop plus d'armes sans compa-
rison que nuls autres, et se tint ung grant temps que nulx ne
Tosoit aprochier, tant lançoit il les cops grans et périlleux. Mes
il n'est force d'omme ne de lion que, au haster et au continuer,
on ne foulast et afoiblesist. Là fu il si bien combatus des ungs et
des autres à tous les , qu'il ne savoit auquel entendre. Si fu pris
et ahers par forche et tirés de ces hommes d'armez à cheval hors
de le presse, et si menés par force d'armes qu'il iiancha prison à
yaux, et le cargièrent et portèrent et ravirent hors des bataillez
maugret touttes ses gens, et passèrent oultre le pont et le rivière
et le missent à sauveté. Enssi fu pris li captaux de Beus, si comme
je l'oy recorder le Roy Faucon , qui fu toudis enmy le bataille et
qui en vit tout le convenant et pluisseurs bêliez appertisses d'ar-
mes des autres bons chevaliers et escuiers, tant d'un lés comme
de l'autre. P 431 v^
P. 125, 1. 19 : fourfet. — Le ms. A il ajoute : grandement.
P. 126, 1. 1 et 2 : Initier. — Mss. -^ 15 « 17 : luite.
P. 126, 1. 12 : emprise. — Mss. A 8, 17 ; entreprise. F» 248.
P. 126, 1. 14 : pas. ^ Ms. A ^ : pays. F* 251.
P. 126, 1. 16 : U Breton. — Mss. A S, i5 à il : les Picars.
P. 127, 1. 6 : grant. — Le ms. A 8 ajoute : grant débat et.
P. 127, 1. 6 : puigneis. — Mss. A S, i^ à il : hustin.
P. 127, 1. 9 : foursené. — Ms. A 8 : forcennez. F° 248 v^
P. 127, 1. 9 : crioient. --^ Le ms. A, il ajoute : tous à haulte
Voix. F»315.
S iS2i. En ce toueil. — Ms^ d Amiens : Pour ataindre le juste
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 52i. 307
matère et parler de tout vivement, voir est que, entroes que chi
trente homme à cheval et li bataille dou comte d'Auchoire et dou
viscomte de Biaumont, avoecq les Franchois et les Pickars, enten-
doient au prendre le captai et à combattre ses gens, messîres Ain-
menions de Pumiers, li soudis de Lestrade, li sirez de Mucident
et leur bataille s'adrecièrent droitement au penon du captai qui
estoit enclos en un buisson espinerech, enssî que dessus est dit,
et à ciaux qui le gardoient, qui estoient ossi toutte gens d'eslite.
Là eut dur hustin et bien combatu, car cil gardoient leur pennon,
tfai estaubli y estoient sus leur honneur, car il estoit resors et ra-
loieanche d'iaux tous : si avoient plus chier à morir qu'il leur fust
hostës. Si dura moult longement li bouteis et li estekeis entr iaux
de lanches, de haches, d'espëes, d'espois et de daghes. Endemen-
troes, se combatoient les autres batailles chascune à sa chascune,
et estoient assés loyaument parti.
Si vous di que, quant les gens dou captai en virent par force
porter et mener leur mestre, enssi que tout fourssené, il le pour-
siewirent vistement et corageusement et s'abandonnèrent de grant
voUenté, et requissent leurs ennemis si dur et si fièrement qu'il
les reculèrent. Là convint il maint homme morir, cheir et tre-
buchier l'un parmy l'autre ; et sachiës, qui estoit cheus, s'il n'a-
voit bon secours et hastieu, jammais depuis ne se relevoit, car H
presse et li enchaus y estoit si grans que chascuns estoit tous en-
. sonniiés dou deffendre et de lui garder. Et par especial les gens
dou captai se combatirent trop vaillamment, et ne demora mies
en yaux ne en leur emprise qu'il ne desconfîrent le bataille dou
comte d'Auchoire, car il fu rués par terre et navrés moût dure-
ment et se bannierre abatue, quant messires Bertrans de Oaie-
quin et une grosse routte de Bretons vinrent celle part, et le
rescoussirent par forche d'armes et relevèrent se bannierre et
reculèrent leurs ennemis. Et adonc en celle presse et en ce! estekîs
fu ochis li viscontes de Biaumont, dont che fu dammaiges, car
il estoit jonnes chevaliers, hardis et appers durement et de grant
voUenté.
Or vous diray des Gascons et de chiaux qui estoient adrechiet
vers le pennon le captai. Il fissent tant par forche d'armes qu'il
rompirent le presse et délivrèrent le place de tous chiaux qui le
gardoient, et furent, comme vaillant gent, tout mort ou tout pris;
ne oncques ne daignièrent fuir, mes se vendirent si vaillamment
que nule gens mieux* Touteffoix, li pennons fu conquestés et ostés
308 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
de là où il estoit, abatas et deschirës, et li hanste coppëe. Mes en
celle presse, li sires de Muchident fu moult navrés, et y eut mors
trois de ses escuiers, et li soudis de Lestrade i eut le brach rom-
put. Non obstant ce, messires Ainmenions requeilla touttes ses
gens apriès le desconfiture de chiaux qui le pennon avoient garde,
et s'en vinrent en criant : « Nostre Damme 1 Claiequinl > sus les
gens dou captai, qui trop bien se tenoient et se combatoient. Là
eut de rechief grant hustin et dur et bien combatu.
Li sires de Biaugeu, messu*es Loeys de Ghalon et les gens
l'Arceprestre, avoecq grant fuisson de bons chevaliers et escuiers
de Bourgoingne, se combatoient d'autre part moult vaillamment à
monsigneur le bascle de Maruel et à se route, à monsigneur
Pière de Sakenville, à monsigneur Jofiûroy de Roussellon, à mon-
signeur Bertran don Franch et à leur routte. Et vous di que là
eult fait mainte belle appertisse d'armes, mainte prise et mainte
rescousse; car chascuns, endroit de lui, se prencbroit moût priés
de bien faire le besoingne pour sen onneur.
D'autre part, li Pickart et leur routtes se combatoient à mon-
signeur Jeuiel et à se bataille, où il y eut fait ossi mainte belle
appertisse d'armes, car chils messires Jehans Jeuiel estoit bons
chevaliers, durs, fors, hardis et appers et bien combatans. Si ne
Tavoit on point d'avantaige contre lui. Là furent très bon cheva-
lier messires Bauduins d'Enekins, messires Oudars de Rentî,
messires Engherans du Edins, messires Renars de Bassentin,
messires Jehans de Bergette et pluisseurs autres chevaliers de
Picardie , que je ne say mies tous noummer, et ossi maint bon
escuier. Là fu li bataille de monsigneur Jehan Jeuiel trop vassau-
ment rencontrée et combatue , et fu par forche d'armes reboutée
et rompue , et li dis chevaliers messires Jehans Jeuiel mallement
navrés, pris et fianchés prissons et tirés hors de le presse, et
tout li sien mort ou pris et mis en cache. Mes trop cousta as
Franchois, car il perdirent des leurs, mors sus le plache^ mon-
signeur Bauduin d'Ennekins, mestres pour le temps des arba-
lestriers de Franche, et monseigneur Loeys de Haveskerkes et
des autres chevaliers et escuiers. Si en y eult des navrés, des
blechiés et des bien batus grant fuisson.
Encorres se combatoient moult vaillamment li sires de Biaugeu,
messires Loeys de Ghalon et li Bourgignon au bascle de Maruel
et as autres Navarrois, et eut en celle bataille fait moult de belles
appertisses d'armes.
[i364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $lii\. 309
Touttes fois , quant li Pickart eurent romput et rois en cache
chiaux de le bataille monsigneur Jehan Jeuiel, il se radrechièrent
celle part en escriant : « Nostre Damme ! Claiequin 1 » et se bou-
tèrent avoecq leurs gens sus les dessus dis Navarois et les recu-
lèrent par forche d'armes.
Or se quidièrent retraire chil chevalier de Navarre et de Nor-
mendie deviers le penon dou captai , et riens ne savoient de se
prise. Si commencièrent petit à petit à recuUer, en escriant :
ce Nostre Damme f Navarre ! », et moult bien se combatoient. Mes
quant il virent qu'il en avoient perdu le veue et le ressort et que
leurs gens se desroutoient et fuioient et n'ooient mes crier leur
cri, mes : « Nostre Damme ! Claiequin ! », et veoient les bannierres
des Franchois venteler sour les camps et tout premièrement celle
de monsigneur Bertran Glaieldn, si se coummenchièrent à esbahir
et à desconfire et à retraire vers le bois pour venir à leurs che-
vaux. Mes li plus des garchons qui les gardoient, quant il virent
le desconfiture sus leurs mestres , il se partirent et sauvèrent et
en menèrent plentet de leurs maies et de leurs hamas, et se're-
traissent deviers une fortrèce que on nomme d' Akegni , qui estoit
navaroise.
Quant li bascles de Maruel vit le desconfiture sus ses gens , il
ne daigna fuir, mes s'aresta et requeilla ce de gens qu'il peult
avoir, chevaliers et escuiers , qui ne le veurent mies laissier. Là
se combatirent moult longeroent et moult vaillamment, et y fissent,
au voir dire, merveilles d'armes; mes finablement il furent des-
confit, et li bascles de Maruel, chils hardis chevaliers, mors sus
le place , et pris messires Pières de Saquenville , messires Joffrois
de Roussellon, messires Bertrans dou Franc, et tout li autre;
petit s'en sauvèrent qu'il ne fuissent tout mort ou pris. Geste
bataille fu assés priés de Goceriel en Normendie, le quatorzime
jour de may l'an mil trois cens soissante quatre. F~ 134 v^
et 432.
P. 127, 1. 15 : toueil. — Mss. ^ 8, 15 <^ 17 ; touillis, toul-
leis.
P. 127, l. 16 : sievir. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; suir.
P. 128, 1. 14 : besongnoit. — Mss, ^ 8, 15 à 17 .* estoit be-
soing.
P. 128, 1. 20 : ensus. — Mss. A 8, 15 : arrière. F» 249.
P. 129, 1. 2 et 3 : commença. — Le ms. A M ajoute : mourut
ce jour des coups que monseigneur Olivier de Mauny lui donna.
3i0 CHRONIQUES DE J. FROISSART, [1364]
lui estant prisonnier d'un sien escuier breton dessoubz monseigneur
Bcrtran du Guesclin. F« 3i5 v».
P. 129, 1. 6 : se embati $i avant. — Ms, ^ 8 ; se combaty si
vaiUanment. F° 249. — Ms. A il : ala tousjours avant comme
vaillant chevalier que il estoit.
P. 129, 1. 11 : Loeis. — Ms. A \^ : Jehan. F» 273.
P. 129, 1. 17 et 18 : dures gens mervilleusement. — Mss. A
15 à 17 •* bonnes gens d'armes durement.
P. 129, 1. 22 : très le. — Ms. A 8 : dès le. ^Mss. ^ 15 à
17: du.
P. 129, U 24 : Les François. — Le ms. A il ajoute : et les
Bretons.
P. 129, 1. 32 : bascles. — Mss. A iH à il : bascon.
P. 130, 1. 2 : Jeuiel. — Le ms, ^15 ajoute : De laqnèle mort
l'escuier de Bretaingne qui l'avoit prins fut durement courrocië,
car il en eust eu voluntiers cent mille frans. Et vous di que ce
vaillant chevalier, monseigneur Jehan Jouel, avoit fait mettre
et entaillier lettres entour son bacinet qui disoient ainsi : « Qui Je-
han Jouel prandra cent mille frans aura, et autant lui en demourra
pour s'armer que s' amie lui donrra. » F" 273.
P. 130, l. 5 : aultre. — Le ms. B 6 ajoute : Oncques nuls n'en
escapa. Tout furent mors ou pris, et rapassèrent che soir les Fran-
chois Taige, et vinrent logier à Pasci et à Vemon^ et Tendemain
à Roem. F» 634.
P.^ 130, 1. 8 : seizime. — Mss. A : vingt quatrième.
S B22. Apriès. — Ms. d'Amiens : Apriès celle desconfiture
et que tout il mort estoient desvesti et que chacuns entendoit à
ses prisonniers, s'il les avoit, et que là li moitiés des leurs et plus
avoient rapasset l'aighe et rapassoient pour yaux retraire à leurs
logeis, car il estoient^ durement lasset et foullet de combattre et
ossi pour le calleur qu'il avoit fait ce jour, avint que, sus le ves-
pre, environ quarante lanches des Navarois vinrent tout à bro-
chant, et riens ne savoient de le desconfiture, mes quidoient que
li leur ewissent le journée pour yaux. Si venoient esperonnant
moult radement, en escriant : « Nostre Dammel Navarre! »
Quant messires Ainmenion de Pummiers , qui estoit à l'arrière
garde, les perchupt venir, il s'aresta tous quoys, et fist arester ses
gens et mettre son pennon en un buisson et yaux tenir en bon
convenant y les espées et les haces devant yaux. Evous venus ces
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § »Î3. 311
Navarois au cours des espérons, et entrèrent au camp où li ba«
taille avoit estet. Siperchurenttantostque li leur estoient descon*
fit, et conneurent le pennon monsigneur Ainmenion de Pumiers.
Si n'eurent mie consseil dou demourer, mes se traissent au plus
tost qu'il peurent, sans lanchier ne feriiine riens faire d'armes.
Depuis ni eut point d'aparant que nulx se traisist avant pour com-
battre, ne [pour] rescoure le captai ne les autres qui estoient pris.
Si rapassèrent li François le rivierre, et se logièrent celle nuit
seloncq le rivierre et se aisièrent de chou qu'il eurent. Ce propre
soir, mourut messires Jehans Jeuiel des plaies qu'il avoit.
Quant ce vint au matin, li signeur de Franche donnèrent par les
bons hommes dou pays des mors à ensevelir. Et puis cevaucièrent
par deviers Vrenon pour venir deviers Roem. S'en menoient leur
gaaing et leur prisonniers, tous jojans, c'estoit bien raisons, car
il avoient euv une moult belle joumëe pour yaux et moult pourfi-
table pour le royaumme ; car, se li contraires evist esté, li captaux de
Beus ewist fait un grant escart en Franche et avoit empris de ve-
nir à Rains au devant dou duc de Normendie, qui y estoit venus
pour lui faire courounner et consacrer, et la duçoise sa femme
ossi, fille qui fu à monsigneur Pière, le duc de Bourgoingne.
F«132 V*.
P. 130, 1. 12 : qui les avoit. — Ms. B k et mss. !// ; se il les
avoit.
P. 130, U 20 : Ronces. — Mss. A : Conches.
P. 130, 1. 28 : les grans eslais. — Ms. A 6 : des espérons.
F* 251 v«. — Mss, A 8, 15 : les grans galoz. F» 149 v«. — Ms.
B 3 ; les lances baissées. F* 262 v«.
P. 131, 1. 3 : la friente. — Ms. ^ 3 : la force. — Ms. AS:
l'eflroy des chevaux. — Mss. ^ 15 à 17 : la frainte des chevaulx.
F> 273 vo.
P. 131 , 1. 13 : ralloiier. — Mss, ^ 8, 15 à 17 ; rassembler.
P. 132, 1. 13 : joiant. — Mss. A : joieux.
P. 132, 1. 17 : escars. — Ms. B 3 : eschec. P»S63. — Ms.
B 4 : estât. F^" 250. — Mss. A : essart.
§ 525. Ces nouvelles. — Ms» d Amiens : Ces nouvelles s'es-
pardirent en pluisseurs lieux que li captaux de Beus estoit pris et
toutte se routte ruée jus. Si en acquist messire Bertran de Ûaie-
quin grant grasce et grant renommée de touttes mannierrez de
gens dou royaumme de Franche, et ossi tout H chevalier qui
3i2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
aYoecq lui avoient esté. Si vinrent les nouvelles jusques au ducq
de Normendie qui estoit à Rains : si en fu durement joians et en
regracia Dieu humblement, quant en se nouvelletë une si belle
aventure d'armez estoit avenue à ses gens. Si en fu de tant la
feste plus noble et plus lie*
Che fu le jour de le I^enité l'an mil trois cens soissante quatre
que li roys Caries, ainnës filx dou roy Jehan de Franche, fu cou-
rounnës et consacrez à roy en le grant église de Nostre Damme
de Rains, et ossi madamme la roynne, sa femme, de Tarcevesque
révérend père en Dieu monsigneur 'Jehan de Graam, arcevesque
de Rains. Là furent li roys de Cippre, li dus d'Ango, li dus de
Rourgoingne, frère germain au dessus dit roy de Franche, et mes-
sires Wincelans de Roesme , dus de Luxembourcq et de Rraibant,
leur oncles, et grant fuisson de comtes, de barons et de tous autres
chevaliers et de prelas et d'arcevesques et d'evesques. Si furent
les festez et les solempnitez grandes. Et dounna li roys de Fran-
che grans dons et biaux jewiaux as seigneurs estragniers et là où
il le tenoit à bien emploiiet.
Si furent de tout en tout ces festez et ces solemnitës bien pour-
siewies et bien achievëes. Et demoura li jone roys de Franche et
madamme la roynne, sa femme, cinq jours en le chité de Rains.
^ Si se partirent li dus de Rraibant et aucun signeur qui prissent
congiet à lui , et s'en revinrent viers leurs maisons. Et li jones
roys Caries de Franche et madamme la roynne se retraissent à
petittes journées et à grans reviaux et esbatemens deviers Paris.
Et vinrent à Laon, et de Laon à Soissons, et puis à Compiègne,
et puis à Senlis et puis à Saint Denis. Et partout estoient il recheu
liement et honnerablement, et par especial, quant il entrèrent en
le chitë de Paris, che fu à très grant solempnité.
Je ne vous puis mies recorder les dons, les presens , les esba-
temens et les reviaux qui furent fais, dounnet et presentet à le
nouvelletë dou roy, mes m'en vorray briefment passer. Voirs est
que, à le revenue dou roy, messires Rertrans de Claiequin vint à
Paris, et li sires de Riaugeu, li comtes d'Auchoire, messires Loeis
de Calon, messires Thieubaux de Chantemelle, messires Oudars
de Renti et li chevalier qui avoient este à le besoingne de Koce-
riel. Se le vit U roys Caries moult volentiers, et les rechupt
liement , et festia chascun par li et par especial monsigneur
Rertran de Claiequin et les chevaliers de Gascoingne, monsi-
gneur Ainmenion de Pumiers et les autres, car li vois alloit que
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 324. 313
par yauk avoit este li bataille desconfite et li captaux pris.
P 132 y^.
P. 133, 1. 2 : plus liet et plus joiant. — Mss. A 8, 15 ; plus
liées et plus joyeuses. P 250,
P. 133, 1. 14 et 15 : Wedimont. — Mss. ^ 8, 15 ; Vaude-
mont.
P. 1 33, 1. 1 5 : d'Alençon. — Le ms, A \^ ajoute : arcevesque
de Rouen. F* 274. Mauvaise leçon.
P. 134, 1. 5 et 6 : car.... couronnement. — Mss. A 15 : car
monseigneur de Labreth n'avoit point esté à la besongne, mais
ses gens y furent , mais il avoit este à Reins au couronnement
du roy Charles.
5 524. A le revenue. — Ms, cC Amiens : Assës tost apriès le
revenue dou roy Carie de Franche à Paris, fu ordonnés et dé-
nommez, presens les pers et les barons dou royaumme qui à chou
furent appiellet, messires Phelippez, mainnés frèrez dou roy, dus
de Bourgoingne. Et se parti de Paris à grans gens, et en vint
prendre le possession de la ditte duché, et prist le foy et houm-
mage des barons, des chevaliers, des chités, des castiaux et des
bonnes villes de Bourgoingne. Si estoient avoecq lui li sires de
Biaugeu, qui s'apelloit messires Anthonnez, messires Phelippez de
Bourgoingne, messires Lœis de Chalon, li Arceprestres, que li
dessus dis dus avoit rappaisiet au roy de Franche, son frerre,
parmy escuzance assés raisonnable qu'il H avoit moustret ; car li
Arceprestres avoit dit enssi qu'il ne se pooit armer ne combattre,
tant c' aucun chevalier, qui estoient avoecq le dit captil, fuissent
encorres, pour se prise et pour se raenchon de le bataille de Bri-
nai, dont il ne s'estoit mies encorres tous acquités. Se li avoit li
roys de Franche pardounné son mautalent, parmy tant que li Ar-
ceprestrez avoit proummîs et juret qu'il seroit en avant bons et
loyaus au roiaumme de Franche et n'y feroit ne pensseroit jammès
nulle lasqueté.
A che donc estoient encorres les Compaignes en Bourgoin-
gne, Guis dou Pin, le Petit Meschin , Tieubaus de Chaufour
Jehans de Chaufour, Tallebart Tallebardon, qui gastoient et
essîlloient tout le pays. Mes li dus Phelippez y mist consseil et y
pourvei de remède , car il furent une fois ruet jus au dehors de
Digon, et furent tout mort et tout pris, excepté le Petit Meschin,
qui s'enfui et se sauva. Si en fist li dus de Bourgoingne pendre,
314 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [^364]
noiier et mettre à fin plus de quatre cens. Assés tost apriès, le re
manda li rojs de Franche pour chevauchier en Normendie, en le
comté d'Ewrues, contre grant fuîsson de Navarois qui là estoient,
qui couroient, ardoient et essiiloient toutte le Normendie environ
Roem et en Kaus, au title le roy de Navare.
Vous avés bien oy chy dessus coumment li captaux de Beus fu
pris et amenés par Tordounnance dou roy à Miaux en Brie, et fu
là tenus en prison environ six sepmainnes. Là en dedens il eut bons
moiiens qui parlèrent au roy pour lui. Et le manda li roys à Paris
et li fist moût courtoise prison, car il le recrut sur sa foy, et le
laissoit aller et venir, jeuer et esbattre partout à se plaisanche. Et
meysmement li roys le mandoit bien souvent au disner et au soup-
per, et le laissoit esbattre dallés lui.
Entroes estoient les guerres en Kaus et en Normendie. Et vint
li dus de Bourgoingne à bien six mil combatans devant le fort
castiel de Macberenville, et y mist le siège et y fist livrer tamaint
grant assault. Et avoit fait amener huit grans enghiens <le le
chité de Cartres, qui nuit et jour jettoient à le fortrèche et moult
Tempiroient et cuvrioient ; mes par dedens avoit très bonne gent
d'armes qui trop bien le gardoient et defiendoient. Avoecques le
ducq de Bourgoingne estoient li comtes d'Auchoire, messires Loeys
d'Auchoire, ses frèrez, messires Bertrans de Claiekin, li sirez
de Biaugeu, messires Loeys de Chalon, li sires de Raimieval, mes-
sires Raoulx de Gouchy, li sires de Chantemerle, li sires de Mont-
saut, li Bèghes de Velainnes, Robers d'Allenchon, li Bèghes de
Villers, li sires de Chamremi et pluisseur baron et chevalier de
Franche, de Bourgoingne et de Normendie. F*" 132 v* et 133.
P. 134, 1. 8 : dou duçainné. — Ms. -^ 8 : de la duchié. P 250.
P. 134, 1. 16 : escusances. — Mss, AS, 15 à 17 : excusacions.
P. 134, 1. 23 et 24 : et les.... partie. — Ms. A 15': et aussi
les chevaliers de France qui vaillamment parloient sur sa partie.
F» 274 V*.
P. 134, 1. 28 : Digon. — Ms. ^ 15 ; Dijon.
, P. 134, 1. 28 à 31 : desquelz.... chapitainne. — Ms. A i^ :
desquelz Guiot du Pin et Tallebart Tallebardon estoient meneurs
et conduiseurs ; et aussi y estoit et les conduisoît un escuier du
pais qui s'appelloit Jehan de Chaufour. F® 274 v^.
P. 135, 1. 8 : son père nulle griefté. — Ms, AS: mourir son
père ne .lutres griefz.
P. 135, 1. 17 : entmes. — Mss, A S, iH: pendant.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 325. 315
P. 135, 1. 17 : prison. — Le ms, B 6 ajoute : Et là fu une es-
passe de tamps. Et puis \y fist le roy CSiarles grâce, et fu recrut
sur sa foy et amènes à Paris, et là alloit et yenoit à se volentë*
Et fu en chelle saison, de par le roy de Franche, envoiiet en En-
gleterre pour traitier le delivranche du duc de Berry, que il peuist
passer parmy luy. Mais le roy d'Engleterre n'en volt riens faire
en chel^ saison, combien que il amast moult le captai, et respondy
au captai que il n'avoit pas esté pris pour luy. Sy retourna le
captaus en Franche, sans riens faire. F<* 635 et 636.
P. 135, 1. 23 : six. — Ms, A 15 : sept.
P. 136, 1. 6 : Macheranville. — Mss. ^ 8, 15 ; Marceranville,
Marcerainville.
P. 136, I. 15 : Ligne. — Ms. A 15 ; Ligny. F» 275.
P. 136, L 17 : du Edins. — Mss, A3,l : de Hedin.
P. 136, 1. 25 : mil. — Mss. A 8, 9, 15 : trois mil. F» 251.
P. 136, 1. 31 : Joni. — Ms. A 6 : Joygny. F* 252 W — Ms.
-^15: Joingny.
P. 137, 1. 12 : constraindoient. •— il/5. A 15 : contraingnoient
et malmenoient.
§ i(25. Entrues. — Ms. d'Amiens : En ce tamps estoit mes-
sires Loeys de Navarre sus les marches d'Auviergne à tout bien
trois mil combatans, et tous les jours li croissoient gens. Si ar<-
doient et essilloient et gastoient tout le pais de Bourbonnois envi-
ron Saint Poursain et Saint Pierre le Moustier et Moulins en
Auvergne. Si passèrent une routte de ses gens le rivière d'Aillier
au desoubs des montaingnes d'Auvergne , et puis vinrent passer
le Loire au desoubz de Marcelli les Nonnains. Et chevauchièrent
tant, de nuit et par embusces, qu'il vinrent à un ajournement à le
Carité sus Loire, et Teschiellèrent et le prissent par un dimence
au matin. Et pour ce que la ville estoit grande et moult wuide
entre le fremmetë et les maisons, il ne s'osèrent aventurer de
traire avant jusquez à heure de tierce. Si a voient il estet percheu
d'aucuns de chiaux de le ville qui avoient retret leurs biens, leurs
femmes et leurs enfians ens es nefs et ens es batiaux qui estoient
en le rivière de Loire : par chou se sauvèrent chil de le Carité
et s'en vinrent à le chité de Nevers, à sept lieuwes d'iluecq. Et
ne concquissent les Gompaingnes et li Navarois, qui estoient par
eschiellement entré en le Charité, nulle cose fors que pourvean-
ches ; mes de chou eurent il à grant fuisson, et fissent de le ditte
316 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1364]
ville une bonne garnison et le tinrent contre tous venans Testet
enssuivant, et grevèrent moult chiaux dou pays environ. F" 133«
P. 137, 1. 24 : depuis le. •— Ms. ^ 15 : le demourant de la.
F» 275 V».
P. 138, 1. 2 : Ceni, — Ms.A% : Ceri. F» 251.
P. 138, 1. 3 : et Carsuelle. ^- Mt, A 15 : et monseigneur
Jehan Gressueile.
P. 138, 1. 10 : menoit. -— Ms. J % : oonduisoit.
P. 138, 1. 11 : quatre cens. — Mss. A : trois cens.
P. 138, 1. 13 : au dehors. — M*. ^ 3 ; au dessoubz. F» 264
V*. — jiff • B k et mss. A : au dessus. F° 251 .
P. 138, 1. 13 : Marcelly. — Ms. B 3 : Marcilly.
P. 138, 1. 13 : Nonnains. — Ms. A 1 : Nonniaux. F» 253 v«.
P. 138, 1. 15 : amoustrer. — Mss. B Z, k^ A 6, % : mous*
trer.
P. 138, 1, 17 : estri. — Ms. A 17 ; delay. F» 316 V.
P. 138, 1. 20 : femmes. — Le ms, A i^ ajoute : et enfans.
P. 138, 1. 25 : gens. — Le ms. A ib ajoute : de la ville.
P. 138, 1. 26 et 27 : attendesissent. — Xe nu. ^ 15 ajoute :
illec.
P. 139, 1. 13 : et Carsuelle. — Ms. ^ 15 : et monseigneur
Jehan Cressuelle.
S 696. Tant sist. — • Ms. d^ Amiens : Tant fist li dus de Bonr-
goingne devant Macherainville, et si les constraindi par assaull et
par les enghiens qui y jettoient nuit et jour, que chil qui dedens
estoient se rendirent, sauve leurs corps et leurs biens. Si s*en par-
tirent, et .li dus envoiia prendre le possession par ses marescaux
monsigneur Bouchicau et monsigneur Jehan de Vianne , marescal
de Bourgoingne. Apriès y mist et ordounna li dus à castellain ung
bon escuier qui s'appelloit Phelippos de Chartres. Puis s'en
parti li dus et tontte sen host et s'en vint devant Chamerol-
les, et l'assega tout environ, et y fist amenner et achariier les
grans enghiens qui avoient estet devant MarcheranvîUe, qui y
jettoient nuit et jour et travilloient moût chiaux de le fortrèche.
Entroes que li sièges estoit devant ChameroUes, tenoit le siège
messires Jehans de le Rivierre devant le castiel d'Akegny, assës
priés de Passi, en le comté d'Ewrues, et avoit des compaignons
dont il estoit souverains, plus de deux mil combatans. Si avoit
par dedens Navarois et Englès , qui là s'estoient retrais depuis le
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 527. 3i7
bataille de Koceriel. Tant iist messîres Jehans de le Rivierre de-
vant Akegni, que chil de dens se rendirent sauve leurs corps et
leurs biens. Enssi les prist li dis messire Jehans, et puis dounna
le castiel à un sien escuier et mist dedens arcbiers et compaignons
pour le garder. Si s'en parti et s'en vint o toutte sa gent mettre
le siège devant le cité d'Ewrues. Et encorres estoit li dus de
Bourgoingne devant le castiel de GhameroUes , qui fortement le
faisoit asaillir. Et entroes se tenoient en Gonstentin, par le doubte
des Navarois qu'il ne venissent lever cez sièges, messires Bertrans
de Claiequin, à plus de mil combatans bretons, pickars et fran-
chois, messires Loeys de Sanssoire, li comtez de Joni et messirex
Emouls d*Audrehen avoecq li. F<» 133.
P. 139, 1. 30 : Phelippos. — Mss. ^ 3, 4 : Phelippes. — Ms. A
6 ; Guillaume. F> 253. — Ms. A 1 : Grenoullart. F> 254. —
Ms. Aiii : Hector. P 276.
P. 139, 1. 31 : quarante. — Mss. AS, 11 à 15, 18, 19 ;
soixante. F» 251 v«.
P. 140, 1. 8 : le forterèce. — Ms.AS : la ville.
P. 140, 1. 10 : Akegni. — Ms. A 15 : Aquigny.
P. 140, 1. 14 ; Ens ou. — Ms.AS : Dedens le. F* 252.
P. 140, 1. 21 : apressë. — ilf#. A 15 : oppressez. F« 276.
P. 140, 1. 28 : Hues. — Ms. A 8 ; Hugues.
P. 140, 1. 30 : Saintpi. — Mss. ^ 6, 15 ; Sempy. F*" 253.
P. 140, 1. 31 et 32 : du Edins. — Mss. A 3, 6, 7, 20 à 23 ;
Hedin, Hesdin.
P. 141, 1. 3 : songnièrent. — Mss. A 8, 15 ; pensèrent.
§ 827. Entrues. — Ms. tt Amiens : Entroes que messires Je-
hans de le Rivierre, messires Hughes de Ghastellon, messires Ou-
darsde Renti, messires Engherans du Edins et li chevalier de
Franche se tenoient devant le cite d'Euwrues et moult le constrain-
droient, apressa li dus de Bourgoingne si fort chiaux don fort
chastiel de GhameroUe, qu'il ne peurent plus durer et se rendirent
simplement en le vollentë dou dit duc : autrement il ne peurent
finner ne marchander. Si furent li Englès et li Navarois et li sau-
doiier estrainge pris prisounniers , et tout li Franchois qui layens
furent trouvet, mis à mort sans merchy. Et encorres dounna et
abandounna li dis dus le castiel de GhameroUez à chiaux de Ghar-
tres et dou pays de Biausse, liquel l'abatirent et arasèrent toutte
à l'ounie terre, pour tant qu'il leur avoit fais trop de contraires.
3i8 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
Puis se départi li dus et toutte li hos de là, et s'en vint devant
Drue, un castiel séant en Biausse. Si le prist par forche et par'
assault et mist a fin le plus grant partie de chiaux de dens, et
puis s'en vinrent devant Preus. Si l'asegièrent et l'environnèrent,
et y livrèrent pluisseurs assaux ainschois que il le pewissent avoir*
Finablement, chil de dens se rendirent, sauve leurs corps, et riens
dou leur n'en portèrent. Et quant li dus eut le saisinne dou dit
castiel de Preus, U le dounna à un chevalier c'on noummoit dou
Bos Ruflin, qui le fist remparer et ordounner bien et à point, et
en fist une bonne garnison pour le tenir et garder bien et à point
contre les ennemis.
Depuis le concquès dou castiel de Preux , s'en vint li dus de
Bourgoingne à Chartres pour lui rafreschir et ses gens , et re-
garder quel part il se trairoient. Quant il eurent là estet environ
cinq jours, si se traissent devant le castiel de Couvay, qui estoit
tous plains de Navarois et de pillars. Et jura li dis dus de Bour-
goingne qu'il ne s'en partiroit, si l'aroit concquis, et fist lever et
drechier par devant huit grans enghiens qui nuit et jour jettoient
à le fortrèche, et travilloit ciaux de dedens.
En ce tamps que li dus de Bourgoingne faisoit ces sièges et ces
chevauchies en Biausse contre et sus les Navarois et, d'autre part,
que messires Bertrans de Claiequin, à toutte une grande route
de Bretons et de Pickars , se tenoit viers Chierebourch et vers
Constentîn, en le cite de Coustansse, par quoy nulle assamblée
de Navarrois ne se pewist là faire, qui empeçassent le dit duc de
Bourgoingne à faire ses sièges et .ses cevauchies, que il n'alaissent
au devant, estoit messires Loeis de Navarre en le basse Auvergne
et sus les marches de Berri, qui essilloit et travilloit le pais male-
ment. D'autre part, chil qui estoient en le Charité sus Loire, cou-
roient, enssi qu'il leur plaisoit, une heure par delà le Loire, l'autre
jour par de dechà, et faisoient moult de destourbîers au pays.
Ensi estoit li royaummes gueriiës de pluisseurs les, ne nuls n'o-
soit aller adonc pour les pilleurs qui se nommoient Navarois, entre
le Charité et Bourghes, ne entre Bourges et Orliiens, ne entre Or-
liiens et Blois, ne entre Blois et Thours, ne tout sus celle marche.
Et vous di que, dedens le comté de Blois, avoit si grant fuison
de pilleurs et de robeurs, qu'il couroient tous les jours jusques as
portes de Blois, quant ungs bons escuiers de Haynnau, qui s'ap-
pelloit Allars de Donscievène, y vint de par le comte Loeys de
Blois. Chils emprist le gouviemement dou pays et le trouva dure-
[i364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 527. 319
ment empeschiet , quant il y vint premièrement. Si y fist sus les
ennemis dou pays maintes belles chevauchies et maintes apper«
tisses d'armes. Et ent mainte belle aventure sus yaux et en fist
tammaint monr par ses hardies emprises, et en délivra toutte la
ditte comte de Blois. Et fist tant par ses proèches, que il en chei
grandement en le grasce et en l'amour dou roy de Franche, et y
devint chevaliers.
Or nous retrairons au siège de Ck>uvay, que li dus de Bour-
goingne avoit assis. Et tant le constraindi par assaux d'enghien
et d'autres instrummens qu'il desrompi les murs et les tours. Et
se coummenchièrent chil dedens durement à esbahir, et vinrent
deviers leur cappittainne c'on appelloit Jaquefort, et estoit englès.
Si le priièrcnt qu'il volsist traitier au duc de Bourgoingne que
courtoisement les laisast passer, sauve leurs corps seuUement.
Chilx en traita asmarescaux de l'ost, monsigneur Boucicau et mon-
signeur Jehan de Vianne ; mes li dus ne volt point faire, s'il ne
se rendoient simplement. Quant chil de Couvay virent qu'il ne
poroient finner au duc de Bourgoingne , si n'en furent mie plus
aise. Toutesfois, il se tinrent depuis uug grant temps.
Or avint que li roys de Franche escripsi deviers son frère le
duc de Bourgoingne, que, ces lettres veuwes, il se delivrast dou
plus tost qu'il pewist, et s'en revenist arière en Franche et^
Bourgoingne, à tout che que il avoit de gens d'armes, car li comtes
de Montbliart estoit entrés en Bourgoingne à plus de douze cens
lanches, et li ardoit et destruisoit son pays. Quant li dus de Bour-
goingne entendi ces nouvelles, si fu moût courouchiez, che fu bien
raisons et laissa, parmy tant c'on le remandoit, chiaux de Couvay
finer plus douchement, et se partirent sauve feurs corps, enssi que
premiers avoient tretiet, ei rendirent le fortrèce, mes riens n'en
portèrent. Quant li dus en eut pris le saisinne et le possession, il
s'en parti et s'en revint o toutte son ost à Chartres, et assés tost
apriès, à Paris. Et carga ses gens au comte d'Auchoire, au si^
gneur de Biaugeu et à monsigneur Loeys de Chalon, et puis s'en
vint en Brie deviers le roy, son frère, qui le rechupt liement , à
Vaus la Comtesse où il se tenoit adonc.
Si ne séjourna gairez là li dus, mes s'en parti et s'achemina
vers Troiez, et fist une especiaux priière k touttes gens d'armes,
chevaliers et escuiers , que il volsissent venir et traire deviers
Digon. Si en assambla et eut li dus grant fuisson. Quant li comtes
de Montbliart entendi les nouvellez que lî dus de Bourgoingne
320 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
venoit si efforciement coutre lui, si n'eut mie consseil de Faten-
dre, et se retraist à touttes ses gens en Alemaigne, dont il estoit.
Et quant li dus de Bourgoingne le sceult , si cheyauça avant et
délivra son pays d'aucuns pilleurs et robeurs qui s'i tenoient,
dont messires Jehans de Gaufour estoit chiés. Si y laissa mon-
signeur Oede de Grantsi à gouvreneur, et puis si s'en revint en
Franche. FM 33 v** et 134.
P. 141, 1, 17 : cuvriiës. — M$s. A 6^ 1 : ennuyez. — Mss, A
8, 15 : guerroiez.
P. 141, L 21 : sur aultre. » M$. A 8 : l'une sur l'auU'e.
P. 141, 1. 23 : Drue[s]. — Ms. A 8: Druez. - Ms. A 15 :
Dreux. F» 276 v\
P. 141, 1. 31 : corps. — Mss, wrf 8, 15 ; vies.
P. 142, 1. 6 : remparer. — Ms. A 8 : reparer.
P. 142, 1. 8 : souffissamment. — Ms. ^ 8 ; à point. — Ms. A
15 : seurement.
P. 142, 1. 13 : Couvai.— j|f«. ^ 7, 8 : Connay. — ilf5. ^ 17:
Cougnay. F» 316*.
P. 1 42, !• 15 : pour tant se prendoit. ^ Mss. -r^ 8, 15 : pour
ce se penoit» F« 252 v<»,
P. 142, 1. 27 : cil siège. — Ms. w^ 8 ; cil sage siège.
P. 143, 1. 4 : Montbliar. — Mss. ^ 8, 15 : Montbeliart.
^. 143 , 1. 5 : par devers. ^^Le ms. A iH ajoute : Othun et.
F» 277. .
P. 143, 1. 10 ; y besongnoit. — Mss. A 8, 15 : lui estoit
mestier.
P. 143* 1. 14 et 15 : pensieus. — Mss. A 8, 15 ; pensis. —
Ms. A il : melancolieux.
P. 143 : d'Arcies. — Mss. ^ 2, 11 à 14, 17 à 19 : d'A-
cières. — Ms. A 23 ; d'Artres. — Ms, ^ 15 : d'Orties.
P, 144, 1. 4 : Sansoirre. — Ms. A 8 ; Sancerre.
P. 144, 1. 19 : Vregi.... Grantsi. — Ms^AB^ 15 : Vergy....
Grancée.... Grancy.
P. 144, 1. 21 : Bourgongne. — Mss. A : Boulongne.
S 528. Entnies. —AT*, tf Amiens : Quant li dus de Bourgoingne fu
revenus en Franche avoecq ses gens d'armes, si fu ordouiinës de
par le roy qu'il s'en alast par devant le Charité sus Loire et y
mesist le siège; car li Navarrois qui dedens estoient en garnison,
laisoient trop de maux ou pays. Si se iraist li dus de Bourgoingne
[i364] VAIOANTES DU PREMIER UVRE, § 528. 321
de celle part à grant fiiison de gens d'armes , et mist le siège
par devant le Caritë sus Loire. Là estoient avoecq lui li comtes
d'Auchoire et Loeis d'Auchoire qui fii là fès chevaliers, et mes-
sires Robiers d'Allenchon qui fu ossi là fez chevaliers à une escar-
muche qui fu devant les baillez, li sires de Fiennes, connestables
de Franche, messires Loeys de Sanssoire, messires Emouk d'Au-
drehen, marescal de Franche, monseigneur Bouchicau, le sei-
gneur de Cran, le seigneur de Sulli, le Bèghe de Villainnez, le
castellain de Biauvais, le seigneur de Montagut, d'Auvergne ,
et monseigneur Robert DaufQn, le seigneur de Viilars et de
Roussellon, le seigneur de Galenchon, le seigneur de Tournon
et grant fuisson d'autres. Là eult par devant le Charitë sus
Loire grant siège et bel, et grant fuison de bonne chevalerie.
tj avoit souvent assaut et escarmuches, car childe dedens se te-
noient et deffendoient vaillamment.
Encorrez se tenoient messires Jehans de le RIvierre et li sires
de Gastellon et li autre chevalier par devant Ewrues , et estoient
tenu tout le temps; et l'avoient souvent fait assaillir, mes petit
y avoient conquis, car la chité estoit durement remforchie. Si les
remanda li roys de Franche qu'il se partesissent d'iiluecq et ve-
nissent devant le Carité. Si obéirent au roy, et fu deffais li sièges
de devant Ewrues. Ossi messires Bertrans de Gaiekin, qui se
tenoit en Gonstentin à grant fuison de gens d'armes, se parti
d'illuec par l'ordonnance dou roy de France et s'en vint devant
le Caritë. Si se logièrent tout chil seigneur avoecq le duc de
Bourgoingne , et y avoit bel host et grant. Si y assaillirent li
Franchois par pluisseurs fois, et y fissent maintes bêliez apper-
tisses d'armes, tant par le rivierre comme par le terre, et furent
là tout l'aoust et le mois de septembre ou priés. Finablement,
chil qui estoient dedens regardèrent que leurs pourveanches es-
toient admenries grandement, et n'estoit mies apparant qu'il fuis^
sent comfortë de nul costë, car messires Loeys de Navarre s'es-
toit retrais. Pour chou traitièrent il au duc de Bourgoingne que
de rendre le Charitë , sauve leurs corps et leurs biens. Li dus ne
s'i volloit assentir s'il ne se rendoient simplement, et segnefia le
traitiet au roy de Franche, assavoir qu'il en volloit dire et faire.
F« 134.
P. 145, 1. 3 : Moriel. —Ms.jdi^: Moreau. F*. 277.
P. 145, 1. 23 : lances. — Le ms, j4 i^ ajoute : tous.
P. 146f 1. 10 : deux mil. ^ Ms. A 15 : trois miL
VI— 21
3Î2 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
P. IW, 1. 15 : prendre priés. — Mis. ^^ 8, 15 à 17 : pener.
P 253 V*.
P. 146, 1. t7 : ces. — Le ms. A il ajoute : bons. F<» 317.
P. 146, 1. 28 : besongne. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : besoiag. —
Ms. Â 7 : besoigne.
JJ 829. On Yoet. — Mt. et Amiens : Or estoit adonc en Fran«-
che et dalles le roy messires Charles de Blois, qui [a voit relevet
le ducë de Bretaingne et fait ent hoummaige au roy, et requeroit
et prioit au roy et à son consseil qu'il fuist aidiez et confortes de
gens d'armes à rencontre dou jonne comte de Montfort, qui li
faisoit grant guerre en Bretaingne et seoit devant le bon et le bel
castiel d'Auroy, à grant fuisson de gens d'armes, englès et bretons.
Et par raison bien estoit li roys de Franche tenus de lui aidier,
ens ou kas qu'il le tenoit en foy et en hoummaige de lui. Et ossi
jadis li roys Phelippes , ses tayons , et li roys Jehans , ses pères ,
li avoient toudis aidiet à faire sa guerre. Dont li roys Caries eut
consseil et vollentë que d'aidier monsigneur Carie de Blois , son
cousin, qui bellement l'en prioit et requeroit, et li dist qu'il se
traisist en son pays de Bretaingne et semonsist et assamblast tous
les barons et chevaliers de Bretaingne, car temprement il li en-
voieroit grant fuison de gens d'armes pour estre fors assës contre
le comte de Montfort. Si se parti messires Caries de Blois dou dit
roy et s'en vint à Nantes , et fist là son mandement de tous les
barons et les chevaliers de Bretaingne dont il avoit l'amour et
l'acord. Entroes seoit on devant le Carité sus Loire, siques, pour
monseigneur Carlon de Blois aidier et comforter de gens d'armes,
li roys laissa passer che tretiet de le Charité. Et s'en partirent
chil qui dedens estoient, sans dammaige de leurs corps et de leurs
biens, et se deffist li sièges, et s'en revint li dus de Bourgoîngne
deviers le roy, F* 134.
P. 147, 1. 1 : voet. — Ms. B ^ : peut. F» 266 V. — Ms.Bk :
veult. F» 253. — Mss. A : vouloit.
P. 147, 1. 5 : apressés. — Mss. A ifi à AT : oppressez.
F* 317.
P. 147, 1. 5 : rivière. — Le ms. A il ajoute : en tèle ma-
nière.
P. 147, 1. 10 : dou roy, — Le ms. A il ajoute : de Navarre.
P. 147, 1. 24 : Navare. -^ Le ms. A il ajoute : point.
P. 147, 1. 25 : li dus. — Le ms. A il ajoute : de Bourgongne.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 830. 323
§ ttSO. Li rois de France. — • Ms. éC Amiens : Adonc ordoun-
na li roys [de Franche] que messires Bertrans de Claiequin s'en
alla[st] en Bretaingne à tout une grant armée de corabatans, et
aidast monseigneur Carlon de Blois à lever le siège de devant
Auroy et à reconcquerre le pays que li comtes de Montfort
tenoit. Che voiaige emprist li dis messires Bertrans moult vollen-
tiers, et se traist deviers Bretaingne au plus tost qu'il peult, à
grant fuisson de gens d'armes de Franche , de Normendie et de
Pikardie. Ces nouvelles vinrent en l'ost le comte de Montfort,
que messires Caries de Blois faisoit un grant amas de gens d'ar-
mes et en menoit grant fuison de Franche, que li roys li envoieoit
et desquels messires Bertrans de Claiequin et li comtes d'Auchoire
et li comtes de Joni estoient chief.
Si tost que li comtes de Montfort entendi ces nouvelles, il les
senefia fiablement en la ducë d'Acquitainne, especiaiment devers
monsigneur Jehan Gambdos, en li priant chierement que à ce
grant besoing il le vosist venir comforter et conssillier, et qu'il
apparoit en Bretaingne uns biaux fais d'armes auquel tout si-
gneur, chevalier et escuier, pour leur honneur avanchier, dé-
voient voUentiers entendre. Quant messires Jehans Camdos se vit
priiës si affectueusement d<9u comte de Montfort , si s'avisa qu'il
ne li faudroit mie et que ce seroit bien li acors et li voUentës dou
roy d'Engleterre et dou prinche de Galles, ses seigneurs, qui ont
toudis fait partie pour le dit comte à l'encontre de monseigneur
Carie de Blois et des Franchois. Si se pourvey messire Jehans
Cambdos bien et grandement, et queilla tous les compaignons
qu'il peut avoir, Englès et autres , et vint en Bretaingne devant
Auroy à plus de trois cens combatans. D'autre part, revint mes-
sires Ustasses d'Aubrecicourt, qui en estoit ossi priiës, ad ce qu'il
peut avoir de gens. Et ossi revint messires Gantiers Hués en
ï'ayde dou comte de Montfort. Si vinrent pluisseur autre cheva-
lier et escuier englès, qui tiroient et desiroient leurs corps à
avancier et à yaulx combattre as Franchois ; car il estoient povre
et avoienl tout despendut. Si en vint plus de cinq cens , sus le
fianche de ce que on se combateroit , et se présentèrent ou ser-
vice le comte de Montfort, de bonne vollentë, qui les rechupt
liement et vit moût voUentiers. Et ossi li revenoient tous les jours
gens d'Angleterre, où li dis comtes avoit envoiiet ses messaiges
et estendus ses priières. Quant Englès et Breton en Ï'ayde dou
comte de Montfort furent tout assamblet , il estoient bien seize
324 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
cens combatans et sept cens archîers, sans l'autre ribaadaille qui
▼ont à piet entre les batailles et qui ochient chiaux que les gens
d'armes abatent. P 134.
P. 148, 1. 19 : Normendîe. — Le ms. A il ajoute : contre
Anglois et Navarois. F« 317 v«,
P. 148, 1. 20 : et. — Mss. ^ 6, 8. 15 « 17 ; à. P» Î54.
P. 148, 1. 23 : moult. — Mt. A, 8 : grandement. — Ms. A
15 ajoiue : grandement. — Ms. A il : tout.
P. 148, i. 24 : son. — Le ms. A il ajoute : vray et.
P. 148, 1. 25 : Bretons. — Mss. A : gens.
P. 148, 1. 26 : devers.— 'Ztf ms. Ail ajoute : la bonne ville de.
P. 148, 1. 29 : frontière. -^ Ms. A % : siège. F» 254.
P. 149, L 4 : venus. — Le ms. A il ajoute : à son aide.
P. 149, l. 6 : li grigneur. — Mss. A S^ i^ à il : la. meilleur.
P. 149, 1. 7 : tout. — Mss. AS.i^àil: en.
P. 149, 1. 9 : pour. — Ms. A il : ordonnèrent.
P. 149, 1. 11 : Montfort. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent: qui
se tenoit devant.
P. 149, 1. 11 : ne demorèrent Ions jours. — Mss, ^ 8, 15 a
17 : ne demoura guerres. F» 254.
P. I(i9, 1. 13 : d'Auçoirre. — Le ms, B 6 ajoute : qui pour
che tamps estoit en grant fleur. F* 637.
P. 149, 1. 13 : Joni, — Mss. A i^ à il : Joingny.
P. 149, 1. 14 : FriauviUe. --- Ms. A S : FreauviUe. — Ms. A
15 ; Frainvflle.
P. 149, l. 21 : rayde. — Ms. A il : le grant aide.
P. 149, 1. 22 : des. — Le ms. A il ajoute : grans.
P. 149, 1. 29 : apparoit. — Mss. A 6, S, i^ à il : esperoit.
F« 254.
P. 150, 1. 6 : l'ocquison. — Ms. A 7 : l'occoison. F« 256. —
Mss. A S,i^àil : l'occasion. F» 254 v*.
P. 150. 1. 10 et 11 : d'Acquitainnes. — Le ms. A il ajoute :
moult amiablement.
P. 150, 1, 13 : otant. — Ms. A il : quatre cens.
P. 150, 1. 21 et 22 : compagnie. — Le ms. £ 6 ajoute : Sy i
vinrent messire Robert Canolle en grant compaignie, ossy Hues
de Cavrelée, messire Gautier Hues, messire Mahieu de Gournay,
messire Jehan le Boursier, messire Symon Burlé et pluiseurs
aultres, et s'en vinrent tout au siège devant Auroy, et tous les
jours leur croissoicnt gens. F* 638.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 53i. 325
P; 150, 1, 27 à 30 : Si estoient.... arciers. — il/j. B 6 : et tant
que il (les partisans de Charles de Blois) estoient bien dix huit
cens lanches de très bonnes gens , et le conte de Montfort en
avoit bien onze cens lanches. F" 639.
P. 150, 1. 28 : combatans. — Mss. J ib à il : lances.
§ 531. Nous revenrons. — Ms, if Amiens : Or revenrdns à
monsigneur Garlon de Blois qui se tenoit en le bonne cité de
Nantes, et faisoit son amas et sen assamblëe de chevaliers et d'es-
cuiers de tous les là où il les pooit avoir, car bien avoit oy re-
corder que li comtes de Montfort estoit durement fors et bien
comfortës d'Englès. Si prioit les barons, les chevaliers et les es-
cuiers de Bretaingne, dont il avoit euv et recheu les hoummaiges,
qu'il li volsissent aidier à deffendre et garder son hiretaige contre
ses ennemis. Si vinrent des barons de Bretaingne, pour lui servir
et à son mandement : li viscomtez de Rohen, li sirez de Lyon, nies-
sires Caries de Dignant , li sires de Rays , li sires de Rieus, li sires
de Toumemine, li sires de Malatrait, li sires de Rochefort, li sires
d'Ansenis, li sires de Gargoulë, li sires de Lohiac, li sires d'Avau-
gor et li sires de Qui[n]tin. Tout chil baron de Bretaigne estoient
avoecq monsigneur Carlon de Blois , et le tenoient à duc et à
seigneur de par medamme se femme, et li avoient tout fait fealté
et hoummaige. Encorres y avoit grant fuisson de chevaliers ba-
chelers et d'escuiers, qui estoient là venu pour servir leur sei-
gneur et leurs cors advanchier. Si se logièrent tout ehil seigneur
à Nantez. Assés tost apriès, vint messires Bertrans de Claiequin,
li comtez d'Auchoire, li comtes de Joni, li sires de Prie et grant
fuison de bons chevaliers et escuiers de Franche. Et estoient* plus
de mil combatans , toutte gens d'eslite, lesquels messires Caries
de Blois vit très voUentiers, et les rechupt liement, et conjoy
grandement messire Bertran de Claiequin et les corps des sei-
gneurs.
Quant les hos et les gens monsigneur Carlon de Blois furent
touttes assamblëes , il ne veurent point faire trop lointaing séjour
à Nantes ne illuecq environ ; mes prisent congiet à madamme la
femme monsigneur Carlon de Blois, qui leur donna liement et dist
à son marit, présent les barons de Bretaigne : « Monsigneur,
vous allés deffendre et garder mon hiretaige et le vostre , car ce
qui est mien est vostre , lequel messires Jehans de Montfort nous
empèce et a empechiet ung grant temps à tort et sans cause, che
3M CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
scet Dieux et 11 baron de Bretaingne qui diy sont , coumment j'en
sui droiturière hiretière. Si vous pri chierement que, sus nulle
composition ne tretiet d'acort, ne voeiiliës descendre que li corps
de la duchë ne nous demeure. » Et li chevaliers messires €arles
de Blois li eut en couvent que ossi ne feroit il. Adonc le baisa il
et prist congiet, et le damme moult bellement li donna congiet
et à tous les barons de Bretaingne ossi, l'un après l'autre. Si se
départirent de Nantes et de là environ touttes mannierres de gens,
et prissent le chemin de Rennes. Tant s*esploita li hos monsei-
gneur Charlon de Blois qu'il vinrent à Renues, et là se reposè-
rent et rafreschirent deus jours. F» 134 v«.
P. 151, 1. 1 : revenrons. — Mss, A 6, 8, 15 à 17 ; retour-
nerons.
P. 151, 1. 10 : son, — Les mss, ^ 15 à 17 ajoutent: droit.
P. 151, 1. 15 : Malatrait. — Mss. ^ 15 à 17 ; Malestroit.
P279.
P. 151, 1. 16 : li sires de Rocefort. — Ms, A 15 .' monseigneur
de Loheac.
P. 151, 1. 17 : Gargoulë. — Mss. ^ 15 à 17 : Gargolay.
P. 151, 1. 17 : dou Pont. — Ms. ^ 15 ; le seigneur de Viet-
pont. ^ Le ms, A M ajoute : monseigneur Olivier de Mauny.
F* 318 v«.
P. 151| 1. 18 : d'aultres. — Le ms. A M ajoute : bons che-
valiers.
P. 151, 1. 21 : vingt cinq cens lances. — Ms, B % : neuf cens
lanches et cinq cens archiers et mille hommes de piet parmy les
pillars. F» 640.
P. 151, 1. 23 : lontain. — Mss. A : long.
P. 151, 1. 30 : hiretage. — Le ms. A M ajoute : de Bre-
taingne.
P. 152, 1. 3 et 4 : sus nulle.... descendre. — Ms, A *! : h.
nulle.... descendre. F« 256 v«. — Mss. A G^ S : nulle.... faire
ne descendre. F» 254 v«. — Mss. A m à il : faire ne con-
descendre.
P. 152, 1. 5 : à\xcé. — Le ms. A 8 ajoute : de Bretaingne.
F»255.
P. 152, 1. 6 : couvent. — Mss. -^ 8, 15 <i 17 ; convenant.
P. 152, 1. 6 à 14 : Adonc se parti.... ennemis. — Ms. B % :
Che samedy se partirent de le ville de Dignant en Bretaigne mes-
sire Gharle de Blois et sa route , et chevauchèrent vers Auroy et
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 832. 327
se vinrent logier as plains camps de haulte uonne à une pedtte
lieuwe d'Auroy et de leurs ennemis. F* 640.
P. 152, 1. 11 : Rennes. — Mss. ^ I à 6, 11 à 14, 18 à 22 :
Vernies.
P. 152, l. 13 : couvenant. — Mss, ^ 8, 15 à 18 : couvine,
P. 152, 1. 14 : ennemis. — Les mss. J M à \k ajoutent : et
aviser aucun lieu souffisant pour combatre leurs ennemis, ou cas
qu ilz trouveroient tant ne quant de leur avantage sur eulx. Et
là furent dites et pourparlées pluseurs paroles et langages, à cause
de ce , des chevaliers et escuiers de France et de Bretaigne qui
là estoient venus pour aidîer et conforter messire Charles de
Blois qui estoit moult doulz et moult courtois, et qui par adven-
ture se feust voulentiers condescendu à paix et eust este content
d'une partie de Bretaigne à peu de plait. Mais , en nom Dieu ,
il estoit si boutez de sa femme et des chevaliers de son coustë,
qu il ne s'en povoit retraire ne dissimuler.
§ 832. Entre Rennes. — Ms. d'Amiens : Entre Rennes et
Auroi, où li sièges des Englès estoit, a huit lieuwes. Les nouvelles
en Tost englesce vinrent que messire Caries de Blois aprochoit
durement et amenoit droite fleur de gens d'armes, et estoient
bien vingt cinq cens lanches , chevaliers et escuiers , et plus de
trois mil d'autres gens à mannierre de bringans. Si tost que ces
nouvelles furent venues en l'ost , elles s'espardirent partout. Si
coummenchièrent chil compaignon à remettre leurs armures à
point et à reparer et ordounner tout leur harnas, car bien savoient
qu'il se combateroient, et li pluisseur ossi en avoient grant désir.
Adonc se traissent à consseil les cappittainnes de l'host : li comtes
de Montfort premièrement, messires Jehans Camdos, j^r qui tout
s'ordonnoit, messires Robers Canolles , messires Oliviers de Cli-
chon, messires listasses d' Aubrecicourt , messires Gantiers Huet
et messires Hues de Cavrelée. Si regardèrent chil chevalier, par
le consseil et avis li uns de l'autre, qu'il se trairoient au matin
hors de leurs logeis et prenderoient tierre et place sour les camps,
et Taviseroient de tous asens , pour mieux avoir ent le connis-
sanche. Si fu enssi segneGiet parmy leur host que chacun fust
à l'endemain appareilliës et mis en aroy, si comme pour com-
battre. Ceste nuit passa. L'endemain vint, qui fu par un samedi,
que Englès et Bretons yssirent hors de leurs logeis et s'en vinrent
moult faiticement et moult ordonneement enssus dou castel , et
328 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
prissent place et terre, et dissent que là atenderoient il leurs
ennemis. Droitement enssi que environ primme ^ messires Caries
de Blois et toutte sen host vinrent, qui s'estoient parti le venredi
de le cite de Rennes , et avoient celle nuit jut à troix lieuwes
pries d'Auroi. Si estoient les gens monsigneur Charlon de Blois
le mieux ordounné et le plus faiticement que on peuist veoir ne
deviser, et chévauchoient ossi serré que on ne pewist jetter ung
estuef qu'il ne cheist sus pointe de glave ou sur bachinet. El
venoient en cel estât tout le pas, chacuns sires avoecq ses gens
et desoubz se bannierre. Si trestost qu'il virent les gens le comte
de Montfort, il s'arestèrent tout quoy et regardèrent et advisèrent
terre et place à l'avantage, pour yaux traire. Si se missent de ce
costë, le visaige viers les ennemis et tout à piet, car il veoient
ossi leurs ennemis en tel estât, et ordonnèrent leurs batailles li
UBg et li autre, enssi que pour tantost combattre. F^ 134 v« et
435.
P. 1S2, 1. 15 : Rennes. — Mss. j4 i à 6, ii à 14, 18 à 22 :
Venues.
P. 152, 1. 22 : joiant. — Mss. A : joyeux.
P. 152, 1. 30 : conseil. ^ Le ms. J il ajoute : les Anglois et
Bretons et aussi le dit conte.
P. 153, 1. 1 : Cavrelée. — Mss. Ai^àil : Carvalay.
P. 153, 1. 2 : Hués. — Ms. A 17 : de Manny.
P. 153, 1. 8 : avoir ent. — Mss. ^ 8, 15 a 17 .* en avoir.
P. 153, 1. 14 : logeis. — Mss, A 6, 8, 15 à 17 ; boys. F» 255.
P. 153, 1. 15 : ensus. — Mss. A 6, 8, 15 à 17 ; arrière. .
P. 153, 1. 18 : que entours. — Mss. A VS à il : comme à.
P. 153, 1. 22 : [d'Auroy]. — iiff. Jî 1, /. II, /^ 195 V ; d'yaus.
Mauvaise leçon.
P. 153, 1. 24 : convenant. — Mss. A S^ 15 à 17 ; couvine.
P. 153, 1. 26 : estuef. «^ Les mss. A ajoutent : entre eulz.
F» 257.
P. 153, 1. 30 et 31 : desroyer. — Mss. A S^ 17 .• desreer.
P. 154, 1. 4 : convenant. — Mss. ^ 8, 15 à 17 .* couvine.
§ 855. Messires. ^^Ms, (£ Amiens : Messires Caries de Blois,
par le consseil de monseigneur Bertran de Claiequin, qui estoit là
ungs grans chiës et moût crëus et aloses des barons de Bretaingne,
ordounna ses batailles e^ en fist troix et une arieregarde. Si me
samble que messires Bertrans eult la première, avoecq grant fiiison
[13641 VARIANTES DU PREMIER LIVRE, g î^34. 829
de bons chevaliers et escuiers de Bretaingne. La seconde eut lî
comtes d'Auçoire, li comtes de Joni, avoecq grant faison de bons
chevaliers et escuiers de Franche. La tierce eut messires Cariez
de Blois, avoecq pluisseurs taux barons de Bretaingne, le vis-
comte de Rohem , le seigneur de Lion , monseigneur Carie de
Dînant et des autres qui se teuoient dallés lui. En Farieregarde
estoient li sires de Rais, li sires d'Avaugor, li sires dou Pont et
li sirez de Toumemine. Si avoit en chacune bataille bien mil
combatans. Là alloit messires Caries de Blois, de bataille en ba-
taille, priier et amonester chacun moult bellement qu ils volsissent
y estre loyal et preudomme et bon combatant, et retenoit que
c'estoit sus son droit qu'il se combatoient. Si liement et si douce-
ment les prioit et amonestoit , que chacuns en estoit tous recom-
fortes. Et li disoient de grant voUentë : « Monseigneur, ne vous
doutés, car nous demorrons dallés vous. » Or vous parlerons dou
convenant des Englès et des Bretons ^de l'autre costet, et com-
ment il ordonnèrent leurs batailles. P* i85.
P. i54, 1. 8 : chiés. — Ms, A Vt : capitaine.
P. 154, 1. 8 : aloses. — Ifw. urf 6, 8, 45 i 17 ; louez.
P. 154, 1. 15 : grigneur. — Mss, ^ 8, 15 à 17 : meilleur.
P. 154, 1. 19 : Malatrait. — Le ms, ^15 ajoute : monseigneur
de Tournemine. F» ^0.
P. 154, 1. 20 : aultre. — Le ms, J M ajoute : barons, cheva-
liers et escuiers que je ne sçay pas touz nommer.
P. 154, 1. 21 : Rieus. «^ Le ms, ^15 ajoute : le sire de
Quintin, le sire de Combour, le seigneur de Rochefort et plusieurs
autres. F» 280.
P. 154, 1. 27 : retenoit. — Ms. A M : prenoit.
P. 1 54, 1. 30 : avoient tout en couvent. — Ms. A % : avoîent
promis. — Mss. ^ 15 à 17 ; promistrent.
9 854. Messires Jehans. — Ms. d^ Amiens : Messires Jehans
Camdos, qui estoit cappitainnes et regars et souverains dessus
yaux tous , quoyque li cômtez de Montfort en fuist chiés , car li
roys englès li avoit enssi escript et mandet que souverainnement
il entendesist à son fil le comte de Montfort, prisoit durement en
coer et à ses gens ossi Tordounnance et l'aroy des Franchois , et
veoit bien, se combattre les couvenoit, enssi qu il esperoit bien
que che feroit, qu'il ne l'aroient mies d'avantaige. Et disoit enssi
messires Jehans Camdos que oncques en sa vie il n'avoit veu gens
330 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
mieux ares , ne en si coavignable oouvenant que li Franchois es-
toient. Si se vot ordounner seloncq chou et fist trois batailles et
une arîeregarde, et mist en le premierre monseigneur Robert
Canolle, monseigneur Gautier Huet et monseigneur Richart Rurlë;
en le seconde, monseigneur Olivier de Clichon, monseigneur Ma->
hieu de Goumay et monseigneur Ustasse d'Aubrecicourt. La
tierce, il ordounna au comte de Montfort, et demoura dalles lui.
Et avoit en chacune bataille cinq cens hommes d'armes et trois
cens archiers.
Quant ce vint sus rarrierregarde , il appella monseigneur Hue
de Cavrelëe et li dist ensi : a Messire Hues , vous ferës Tar-
rieregarde et ares cinq cens combatans ,^ et vous tenrës sus elle
et recomforterës nos batailles là où vous les verres branler :
et ne vous partirés ne bougerez de vostre establissement pour
cose qui aviegne, s'il ne besoingoe, fors en Testât que je vous
ai dit. » Quant li chevaliers entendi messire Jehan Camdos, si fu
mont courouchiës et respondi en tel manière : » Sire, sire, bailliës
ceste arrieregarde à ung autre c'a moy, car je ne m'en quier ja
à ensonniier ; mes en quelle manierre m'avës vous desveu que je
ne soie ossi bien tailliës de moy combattre tout devant et des
premiers ossi bien c'uns autres?» Dont respondi messires Jehans
Camdos moult aviseement et dist : ce Messire Hue, messire Hue,
je ne vous estaublis mie en l'arrieregarde pour cose que vous ne
soiiës ossi bons chevaliers et ossi seurs que nulx qui soit sour le
place. Et say bien que très vollentiers vous vos combateriës des
premiers ; mes je vous y ordounne pour tant que vous estez ungs
sages et avises chevaliers , et se convient que li ungs y soit et le
face. Si vous pri chierement que vous le voeilliës faire, et je vous
ay en couvent, se vous le faittez , nous en vaurons mieux et y
acquerrons haute honneur. Et le première priière et requeste,
quelle qu'elle soit , je le vous acorderay. » Encorres s'escuza li
chevaliers et dist : a Sire, ordounnës y ung autre, car je me voeil
combattre tout des premiers. » De ceste responsce fu messires
Jehans Camdos moult courouchiës, et le reprist et dist : « Messire
Hue, or regardes et eslisiës. Ou il convient que vous y allës et le
fachiës, ou il convient que je y voise et le fâche. Et par ma teste,
se je ne quidoie que honneurs et prouflis ne nous en deuist
venir de vous plus que d'un aultre, je ne vous en requerroie ja. »
Quant messire Hue de Cavrelëe se vit si constrains et apressës
de monsigneur Jeban Camdos, si ne l'oza courouchier ne plus es-
[1364] VARIANTES DU FRETER LIVRE, $ 53S. 331
condire, et dist : ce Sire, sire, ce soit ou nom de Dieu et de saint
Jorge, et je Temprench volontiers. » Dont prist messires Hues de
Cavrelëe ceste bataille, et se traist tout enssus des autres sus elle
et se mist en bonne ordounnanche. F<* 135.
P. 1S5| 1. 5 : quoique. — Ms, A 17 : non contrestant que
il. — Ms. ^ 17 : le comte de Montfort.
: aucuns. — • Les mss, A 8, 1 5 à 17 ajoutem :
*
: convenant. — Ms, A iH : couvine.
: hui.'— Ms, A il : aujourd'ui.
: entente. — Mss. A i d 6^ 8, 15 à 17 ; en-
: Richart Burlë. — Ms. A il : Thomas Brulë.
trois cens. — Ms. A il : quatre cens.
Cavrelëe. *- Ms^ A iti à il : Garvallay.
cinq cens. — Ms. B t : trois mille. F* 644.
vo. — Mss. A : vostre.
: besongne. — Mss, A %^ i^ à il : besoing.
P. 156, 1. 10 : ouvrent. — Mss. ^ 8, 15 «s 17 ; euvrent.
P. 156, 1. 17 et 18 : ensonniier^ — Mss. ^ 8, 15 «z 17 ; em-
F» 320.
P.
IS», 1.
9:
P.
155,1.
11
bons
P.
155, 1.
13
P.
155, 1.
15
P.
155, 1.
83
tencion.
P.
155, 1.
30
P SiO v».
P.
156, 1.
4:
P.
156, 1.
6:
P.
156, 1.
7 :
P.
156, I.
8:
P.
156, 1.
10
P. 156, 1. 18 : chiers. — Mss. ^ 15 à 17 .• beau.
P. 156, 1. 19 : estât. ^- Le ms. A il ajoute : ne en quel lieu
ou place. F> 321.
P, 156, 1. 19 : desveu. — Jlf5, A IT; veu deffaillir.
P. 156, 1. 25 : bons. — Ms. A il : meilleurs.
P. 156, 1. 29 : li uns. ^ Les mss. A il^ à il ajoutent : de
nous deux.
P. 157, l. 8 : ces. — Les mss. AS^ 15 à 17 ajoutent : nou-
velles.
S tfStt. Enssi. — Ms. tT Amiens : Ensi ce samedi au matin, qui
fu le huitime jour dou mois d'octembre l'an mil trois cens soissante
quatre , furent ces batailles ordounnées Tune devant l'autre , en
ung biau plain, assés pries d'Auroy en Bretaingne. Si vous di que
c'estoit moult belle cose à veoir et à comsiderer, car on y veoit
bannières, pennons parés et armoiiës moult ricement de tous
costës. Et par especial li Franchois estoient si faiticement et si
332 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
souffisamment ordonna, que c'estoit ungs grans déduis dou re-
garder.
Or vous di que , entroes qu'il ordonnoient et advisoient leurs
batailles et leurs besoingnes, li sires de Biaumanoir, ungs grans
barons et rices de Bretaingne, aloit de l'un à Tautre, traitant et
pourparlant de le pais, car vollentiers l'i euîst veut, s'il pewist, et
s'en ensonnioit en bonne manière. Et le laissoient li Englès et li
Breton de Montfort aller et venir et parlementer à monseigneur
Jehan Camdos et au comte de Montfort, pour tant qu'il estoit pn-
sounniers par deviers y aux et qu'il ne se pooit armer. Si mist, che
samedi, maint pourpos et tamainte parchon avant, pour venir à
pès, mes nulle ne s'en fist. Et tint les batailles en cel estât jusquez
à nonne, et prist une souffrance à durer tout le jour et toutte le
nuit et l'endemain jusques soleil levant entre les deus hos. Si se
retraist chacuns à son logeis bellement et faiticement, et se aisiè*
rent de ce qu'il eurent. Che samedi au soir, yssi li cappittainne
d'Auroy hors dou castiel et de le ville à quarante armurez de fer,
liquels s*appelloit Henris de Sautemelle, et estoit ungs bons es-
cuiers et qui loyaument s'estoit acquités enviers monsigneur
Carlon de Blois de garder le forterèce d'Auroy. Si le rechupt li
dis messires Caries moult lîement , et li demanda de Testât dou
castiel : a En nom Dieu, monsigneur, dist li escuiers , Dieu mer»
chi , si sommez encorrez bien pourveu pour le tenir deus mois ,
s'il besoigne. » — « Henry, Henry, respondi messires Cariez ,
demain, se il plaist à Dieu, serës vous délivrés dou siège ou par
accord ou par bataille. > — «Sire, ce dist li escuiers. Dieux y
ait part, qui vous doinst victore contre vos ennemis ! »
Enssi se passa chilx samedis toutte nuit. Et menèrent li Fran-
chois grant joie et grant revel, et d'autre part ossi fissent li En-
glès. Et requissent li aucun compaignon et priièrent moult espe-
cialment à monsigneur Jehan Camdos qu'il ne volsbt mie con-
sentir que nus tretiés ne nulx acors de pès se fesist, car il avoient
tout despendu et aleuwet et estoient povre : si voUoient par le
bataille ou tout parperdre ou recouvrer, et messires Jehans Cam*
dos leur eut en couvent. FM 35.
P. 157, 1. 25 : plains. — Le ms, A M ajoute : les autres, en
une grant lande et longue. F* 321 v«.
P. 158, 1. 4 : de l'un. — Les mss. A i^ à M ajoutent : host.
P. 158, 1, 5 : l'i eubt veu. — Ms. -^ 17 ; il eust veu certain
acord cntr'eulx.
[1364] VARIANTES DU PREAilER LIVRE, $ 536. 333
P. 188, 1. 23 : Sattternelle. — Msi. ^ 3, 15 ^ 17 ; Hanter-
nelle, Hantcrnelle. F» 256 ▼•. — Ms. £ Q : Sautrelle. P 640.
P. 158, 1. 25 : lanches. — JMss. ^ 15 ^ 17 ; hommes d'armes.
P. 158, 1. 29 : li chastelains. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; li es-
cuiers.
:^ P. 159, 1. 18 : à ce Hemî. -^ Ms. J il : k son escuier.
P. 159, 1. 19 : nuitie. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : nuit.
P. 159, 1. 24 : tout aleuet et. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : tout le
leur.
P. 159, 1. 25 : parperdre ou recouvrer. — Ms. A il : tout
perdre ou tout gainnier ou au moins aucune chose recouvrer.
F» 322.
P. 159, l. 25 : ou. — Le ms. A 15 ajoute : aucune chose.
P. 159, 1. 26 : en couvent. — Ms. A 15 ; en couvenant. —
Ms. A il : encouvenancié. — Les mss. A i^ à il ajoutent : et
le leur promist ainsi.
§ tt56. Quant ce vint. — Ms. et Amiens : Quant ce vint le
dîemenche au matin , chacuns en sen host s'appareilla , vesti et
arma. Si dist on pluisseurs messes en Tost le dit monsigneur Carie
de Blois, et s'acumenia qui acumeniier vot, et ossi fissent il en
l'ost le comte de Montfort. Ung petit après soleil levant, se re*
traist chacuns en se bataille et en son arroy, enssi qu'il avoient
estet le jour devant. Assës tost apriès , revint li sirez de Biau-
manoir, qui portoit lez tretiez et qui vollentiers les ewist acordës,
s'il peuist,. et s'en vint premier à chevauchant deviers monsigneur
Jehan Gamdos, qui yssi de se bataille et laissa le comte de Mont-
fort, et vint sus les camps contre le dit seigneur de Biaumanoir
pour li faire une briefve response et pour son corps garder, car
il avoit oy dire et jurer les Englès que, se il venoit plus avant
pour tretier ne porter pès ne acort, il l'ociroient.
Siques , si tost que messires Jehans Camdos peut venir jusques à
lui , il li dist : ce Sire de Biaumanoir , sire de Biaumanoir, je vous
avisse que vous ne venés meshui plus avant ; car nos gens dient qu'il
voellent combattre et qu'il vous ochiront, s'il vous puevent enclore
entre yaulx. Et dittes à monsigneur Carie de Blois que messires se
voelt combattre et qu'il ne voelt oyr ne entendre à nul tretiet, s'il
n'est plainement dus de Bretagne, v Quant li sires de Biaumanoir
entendi Camdos enssi parler, si fu moût courouchiez et dist : « Cam-
dos, Caindofy ce n est mie li entente de monseigneur qu'il n'ait
334 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1364]
plus grant désir de cooobattrey et touttes ses gens^ q(tt vous
n'aiiës, et ont toodis eu. Et che que je m'en sui eosonniiés jasc*à
ores, je l'ay fait en espèce de bien et pour tant que je voy, d'un
lez et de l'autre, grant fuison de bonne chevalerie de ce pais qui
ne se poront combattre que grans meschief n'en viegne ; et puis-
qu'il faut qu'il aviegne, Dieus Toeille aidier le droit, car li ungs
des deux chiés demoùrra hui dus de Bretaigne. »
Adonc s'en retourna il TÎstement deviers monsigneur Carlon de
Blois, et Camdos deviers le comte de Montforty qui li demanda tantost
quel cose li sires de Biaumanoir disoit. Et Camdos respondi tout au
contraire, pour li enflammer et couronchier : « Quel cose? Sire, je
le vous diray. Messires Cariez de Blois vous mande que sans rai-
son on tretîe ne paroUe de nulle pès ; car il demoùrra ducs de Bre-
taingne, et n'y ares riens : ossi nul droit n'y avës de riens avoir, et
tout ce vous remoustr[er]a il tantost par force d'armes. Or en re-
gardez que vous en voullés faire, se vous vous voulMs combattre. »
— Par me foy, dist li comtes de Montfort, Camdos, oil. Faittez
passer avant nos bannières^ ou nom de Dieu et de saint Gorge. »
Depuis n'y eut riens tretiet ne parlementet entre les deux hos;
car li sirez de Biaumanoir revint tantost deviers monseigneur
de Blois, et li dist le responce de Camdos telle que vous aveK oye.
Dont messires Caries tendi ses mains vers le chiel , en regraciant
Dieu de le belle gent et de le grande chevalerie qu'il vemt dallés
lui, et puis dist : « Passés avant, bannierrez , ou nom de Dieu et
de monsigneur saiat Yve. » F« 135 v«.
P. 160, 1. 1 : se acumenia.... venlt, — Ms. J S : se comme-
nièrent ceulx qui vouldrent. F* 257. — AKr. ^ 15 ; s'acconunn-
nièrent ceulx qui vouldrent. F* 281 v«. — Ms. ^ 17 : se acom-
missèrent tous ceuls qui vouldrent. — Le ms, S 6 ajoute : et puis
burent un cop et s'armèrent. Et se tirèrent tout sur les camps au
devant de leurs ennemis ossy serreement comme on povoit, les
lanches contremont et grandes haches forgies à Paris et ailleurs
pendant à leur costé. Et s'en vinrent ensy tout à piet en une
plache au trait de trois arbalestres près de leurs ennemis. F* .641 .
P. 160, 1. 8 : à. — Mss. A : en.
P. 160, 1. 10 : vei. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent : venir.'
P. 160, 1. 21 : pri. — Ms. A |5 : avise.
P. 160, 1. 29 : le painné. — Mss. A : la place.
P. 161, 1. 2 : s'enifeUeni. — Mss. A %, 15 ; s'enfelonni. —
Ms. A M : s'afelonnit.
[1364] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, § 537. 335
P. 161, 1. 2 ; courouciës. — Le ms. A il ajoute : et tant que,
se il eust esté armé comme monseigneur Ghandos estoit, pour cer-
tain ilz eussent commencé la bataille. F<* 322 y*.
P. 161, 1. 3 : monsigneur. — Les mss. wtf 15 à 17 ajoutent :
Charles de Blois.
P. 161, 1. 15 : Bretagne. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent :
aujour d'uy.
P. 161, 1. 16 : le paînne. — Mss, -^ 8, 15 a 17 ; la place.
P. 161, 1. 25 : si fisent. — Mss. wtf 8, 15 a 17 ; se passèrent.
P. 161, 1. 28 : grosse. — Mss, ^ 8, 15 a 17 ; orguilleuse.
P. 162, 1. 2 : hui. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : au jour d'ui.
P. 162, 1. 2 : font, — Mss. ^ 6, 8 ; distrcnt. — Ms. A il :
le scèvent bien. F» 323.
P. 162, 1. 4 : banières. — Ms. ^ 15 : et pennons et toutes
manières de. F* 282,
^ 857. Un petit. — Ms. é^ Amiens : Ung petit devant l'eure
de primme, s'aprocièrent les batailles. Dont ce fu très belle cose
à regarder, si comme je Toy dire à chiaux qui y furent et qui
veu les avoient, car li Francbois estoient ossi serré et osst joint
que on ne pewist mies jetter une pomme que elle ne cheyst sus
un bachinet ou sus une lanche. Et portoit chacuns hommes d'ar-
mes son glaive droite devant lui, retaillie enssi que de cinq pies,
et une hace forte et dure et bien acérée , chacuns sus son col ou
sus sen espalle. Et s*en venoient enssi tout bellement le pas, cha-
cuns sirez en son arroi et entre ses gens , et se bannierre ou se
pennon devant lui , enfourmés de savoir quel cose il devoit faire.
Et, d'autre part, li Englès estoient très bien et très faiticement
ordonné.
Si s'asamblèrent premièrement li bataille monseigneur Bertran
de Claiequin et li Breton de son lés, à le bataille monseigneur
Robert GanoUe et monseigneur Gautier Huet. Et missent li sei-
gneur de Bretaingne, cil qui estoient d'un lés et de l'autre, les
bannierrez des deus dus l'un contre l'autre, et les autres ba-
tailles s^asamblèrent enssi l'un contre l'autre. Là eut des premiers
encontres grans bouteis des lanches et fort estour et dur. Bien
est voirs que li arcier trayrent de coummenchement, mes leurs
très ne greva noyent as Franchois, car il estoient trop bien armet
et fort et ossi bien pavesciet contre le tret. Si jettèrent cil ar-
cliier leurs ars jus, qui estoient fort compaignon et legier, et se
336 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
boutèrent entre ces gens d'armes de leur costë, et puis s'en vin-
rent à ces Franchois qui portoient ces haces. Si s*aherdoient à
yaox de grant vollentë et tolioient as pluisseurs leurs haces, de
quoy depuis se combatirent. Là eut fait mainte belle apperdse
d'armes, mainte luite, mainte prise et mainte rescousse. Et sachiës
qui estoit cèus à terre, il estoit fort dou relever^ se il n'estoit
trop bien aidiës.
La bataille monseigneur Charle de Blois s'adrecha droitement
à le bataille le comte de Montfort qui estoit forte et espesse.
Dalles monseigneur Carlon de Blois estoient li sires de Lion,
messires Caries de Dinant , li viscomtez de Rohem , li sirez de
Qui[n]tin, li sirez d'Ansenis et li sires de Rocefort, et chacun
sires se bannierre devant lui. Là eut ^ je vous di y dure bataille
et grosse et bien combatue. Et furent chil de Montfort de coum-
menchement durement reboutet; mes messires Hues de Cavre-
lëe , qui estoit desus èle et qui [avoit une belle bataille et de
bonne gent , venoit à cel endroit ou il veoit ses gens branller,
ouvrir ou desclore, et les reboutoit et metoit sus par force d'ar-
mes. Et ceste ordounnance leur valli trop grandement; car, si
tost qu'il avoit les foullës remis sus et il veoit une autre bataille
ouvrir ne branler, il se traioit de celle part, et les recomfortoit
par telle mannierre comme il est dit devant. F<* 135 v<> et 136.
P. 162, 1. 6 : S 537. — Le nu. j4 i}i ajoute : Mab tantost.
P. 162, 1. 14 : courtes mances. — Ms. A 8 : petis manches.
P 257 v<». — Ms. ^ 15 : à bien court manche, — Ms. wtf 17 : un
petit manche.
P. 162, 1. 17 ; lui. — Le ms, A il ajoute : chascun tout.
P. 162, 1. 20 : assamblèrent. — Le ms. A 15 ajoute : ces ba-
tailles. F» 282.
P. 162, 1. 21 : Claiekin. ^^ Le ins. A il ajoute : et de mon-
seigneur Olivier de Mauni son nepveu. F"* 323.
P. 162, 1. 21 : de son les. — Ms. A il : de leur costë.
P. 162, 1. 27 et 28 : premiers encontres.-^Mss. ^ 8, 15 à 17 :
première rencontre.
P. 162, 1. 29 : estour. — Mss. A %, i^ à il : estrif.
P. 163, 1. 5 : se aherdirent. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : s'adre-
cèrent.
P. 163, 1. 7 : haces. — Le ms. B 6 ajoute : Et en y eurent
plus de cinq cens, et che parfist le desconfiture , car il ochioient
les Franchois et les Bretons de leurs haches. F* 647.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 538. 337
P. 163) !• 8 : faiticement. — Mss, J S, iH à 17 : hardiement.
P. 163, l. 10 et 11 : c'estoit fort dou. — Ms. ^ 15 ; il ne se
poYoit. /
§ 838. D'autre part. — Ms, et Amiens : D'autre part, se com-
batoient messires Olivier de Clichon, messires Ustasses d'Aubre-
dcourt, messires Richars Burlé» messires Jehans Bourssiers, mes-
sîre Mahieux de Goumay, à le bataille le comte d'Auchoire et
dou comte de Joni , qui estoit moult grande et moult grosse et
bien estoffëe de bonne gens. Là eut fait ossi mainte belle apper-
tise d'armes et mainte prise et mainte rescousse. Là se comba-
toient Franchois et Bretons, d'un les, moût vaillamment et mont
hardiement, des haces qu'il portoient et qu'il tenoient.
Là fu messires Caries de Blois durement bons chevaliers, et qui
vaillamment et hardiement se combati et assambla à ses ennemis, et
ossi fist ses adversaires le comte de Montfort : chacuns y enten-
doit enssi que pour lui. Là estoit messires Jehans Camdos, qui y
faisoit merveilles d'armes de son corps, car il estoit fors chevaliers
et hardis durement; si conssilloit et comfortoit le comte de Mont-
fort en touttes manierrez , et le faisoit passer avant et arester,
quant il veoit que tamps estoit.
D'autre part, messires Bertrans de Glaiekin, li sires de Tour-
nemine, li sirez d'Avaugor, li sires de Rays , li sires de Lohiac ,
li sires d*Ansenis et li autre bon chevalier de Bretaingne se com-
batoîent moût vaillamment et y fissent maintes belles apertises
d'armes. Et tant se combatirent que touttes ces batailles se re-
queiUirent enssaknble, excepté li arrieregarde des Englès, dont
messires Hues de Cavrelëe estoit souverains. Geste bataille se te-
noit toutdis sus costière, et ne servoit d'autre cose fors de redre-
chier et mettre en conroy les leurs qui branloient ou qui se des-
confissoient.
Entre les autres chevaliers bretons et englès, messires Oliviers
de Clichon fu bien veus et avises qu'il y fist merveillez d'armes
de son corps, et tenoit une hache, mes il rompoit ces presses,
et ne l'osoit nus aprochier. Et s'enbati telle fois si avant qu'il fu
en grant péril, et eut moût affaire de sen corps en le bataille
dou comte d'Auchoire et dou comte de Joni, et trouva durement
fort encontre sus lui, tant que dou cop d'une hace il fu* navres
desons et parmy le visierre de sen bachinet au travers de l'oeil,
et l'eut crevet, mes depuis fu il rescous et remis entre ses gens
VI — 2Î
338 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
en bon convenant; et, durement airés et enflanunés, il se com-
bati et y fist de le main pluisseurs belles appertises d'armes. La
se recouvroient bataillez et bannières, qui une heure estoient
tout au bas , et tantost par bien combattre recouvroient et es-
toient remis sus.
Entre les autres chevaliers, fu messires Jehans Camdos très bons
chevaliers, et vaillamment se combati, et tenoit une hace dont il
donnoit les horions si grans que nulx ne l'osoit aprochier, car il
estoit grans chevaliers et fors et bien fourmes de tous mtembres :
si s'en vint combattre à le bataille le comte d'Auchoire et des Fran-
chois. Et là eut fait maintes belles appertises d'armes. Et, par force
de bien combattre, il rompirent et reboutèrent ceste bataille bien
avant et le missent à tel meschief que briefment elle fu desconfite
et touttez les bannierrez et les pennons de ceste bataille jettes
par terre , rompus et deschirës, et li seigneur mis et contourné
en grant meschief; car il n'estoient aidiet ne comfortet de nul
costë, mes estoient leurs gens tous ensonniiés d'iaux deffendre et
combattre. Là crioient chil seigneur et leurs gens qui estoient
dalles yaux, leurs ensaignes et leurs cris, dont li aucun estoient
oy et reconforté, et li autre, non, enssi que telz besoingnes avien-
nent et que li cas le requiert.
Touttes fois, li comtes d'Auchoire, par force d'armes, fu diffe-
ment navrés et pris desoubs le pennon monseigneur Jehan Cam-
dos et fiandés prison, et li comtez de Joni ossi, et mors li
sires de Prie, uns grans bannerès de Normendie, et pluisseurs
bons chevaliers de Franche et de Normendie. F» 136.
P. i64, 1. 6 : Joni. — Mss. J i^ à il : Joingny.
P. 464, 1. 20 et 24 : ressongnies. — Mss. ^8, 13 à 47 : re-
doubtez. F» 258.
P. 464, 1. 30 et 34 : Gargoulé. — 3fw. ^ 45 « 47 : Gargolay.
F» 324.
P. 464, 1. 34 : Malatrait. — Mss. A V6 à il : Malestroit.
P. 464, 1. 34 : doù VonX.—Mss. ^ 45 à 47 : de Viez Pont.
P. 465, 1. 8 : s'ensonnioit. — Mss. ^ 8, 15 « 47 ; s'embe-
songnoît.
P. 465, 1. 9 : conroy. — Mss. A i^ à M : arroy.
P. 465, 1. 49 et 20 : en travers. — Les mss, A \^ à 47 ajou^
tent : du visaige.
P. 466, 1. 48 : en sus. — Mss. ^ 45 à 47 ; arrière.
P. 466, 1. 24 : prisons. — Mss. A S^ ib à il : prisonnier.
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 539. 339
P. 166, 1. 22 : [T]rie. — Aîss. ^ 1 à 6, H à 14. 18, 19 :
Prier, — Mss. ^ 8, 9 : Pie. — Mss. B et \A 7, 15 à 17 ;
Prie^
9 S39. Encores. — Ms, et Amiens : Encorres se combatoient
les autres batailles moult vaillamment, et se tenoient li baron en
bon couvenant. Et touttesfois, à parler loîaument d'armes , il ne
tinrent mies si bien leur pas ne leur arroy, enssi qu'il apparut ,
que fissent li Englès et li Breton dou costë le comte de Montfort;
et trop leur valli celle bataille sus elle de messire Hue de Cayrelée.
Quant li Englès et li Breton de Montfort virent ouvrir et branler
les Franchois, si se confortèrent entre yaux moult grandement.
Et demandèrent li pluiseur leurs cbevaux que leur garcbon te-
noient enssus d'iaux. Tantost il furent monté , pourveu de haces
et d'espées de Bourdîaux et en grant voUentë de envatr, d'ocbir
et de mehaignier leurs ennemis.
Et se parti adonc messires Jehans Gamdos à toutte une grosse
routte des siens, et s'en vint adrechier sus le bataille monsigneur
Bertran de Qaiequin, où on faisoit merveillez d'armes, mes elle
estoit ja ouverte et pluisseur chevalier et escuier mis en grant
meschief. Et encorres furent il plus, quant messires Jehans Gam-
dos et une grosse routte d'Englès s'i embatirent. Là eut donnet
tamaint pesant horion de ces haces, maint bachinet fendu et
maint homme mort. Touttesfois , messires Bertrans ne li sien ne
peurent porter che fès. Si fu là pris messires Bertrans d'un
escuier englès desoubs le pennon monsigneur Jehan Gamdos et
qui estoit de ses gens et de son hostel. Et entendi ensi que
messires Jehans Gamdos prist et fiancha de sa main un baron de
Bretaingne que on appelloit le seigneur de Rays, hardi chevalier
durement.
Apriès ceste grosse bataille des Bretons rompue , li bataille
fu enssi que desconfite , et perdirent li autre tout leur arroy et
se missent en fuite, qui mieux mieux chacuns, excetë 11 vaillant
chevalier et escuier de Bretaingne, qui ne voUoient mies laissier
leur signeur, monsigneur Garlon de Blois, mes avoient plus chier
à morir que reprochiet leur fust fuitte. Si se combatirent, cha-
cuns desoubz se bannierre et se pennon , depuis moult vaillam-
ment et très asprement, et se rekeillirent en pluisseurs lieux et
par tropiaux chil bon chevalier et escuier de Bretaingne , qui es-
toient avoecq monseigneur Garlon de Blois, et qui^ par force
340 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
d*armes, voUoient recouvrer le meschief qu'il leur apparroit; rnSs
il ne peurent.
Là fu messires Caries de Blois et chil qui dalles lui estoient ,
enclos d'une grosse routte d'Englès qui tout se tiroient de celle
part pour ai<}ier le bannierre monsigneur Carie à desrompre et
desconfire. Si i eut fait mainte belle appertise d'armes , et moût
vaillamment se combatirent messires Caries de Blois et chil qui
dalles lui estoient. Et ne l'eurent mies li Englès d'avantaige, mes
il estoient trop mieus parti à ce donc que li Franchois ne fuis-
sent. Là fu ochis , en bon convenant et le viaire sus ses enne-
mis , messire Carlles de Blois , et dalles lui et sus son corps ungs
.siens filx bastars qui s'appelloit messires Jehans de Blois, et
pliiisseurs autres chevaliers et escuiers qui (ne [volloient mies
laissier leur mestre et leur seigneur, mes avoient plus chier à
morir.
Depuis que les bannierres monseigneur Carie de Blois furent
atierëes , n'y eut riens retenu, mes furent les desconfitures moult
grandes de tous costés sus les Franchois et les Bretons. Et se
missent tous li Englès à cheval , et coummenchièrent à cachier
et à encauchier leurs ennemis. Là eult, quant à le cache et à le
fuitte, grant mortalité, grant ocision et grant desconfiture, et
tamaint bon chevalier et escuier pris et mis en grant mescief.
Là fu toutte li fleur de le bonne chevalerie de Bretaigne, pour
le temps et pour le journée , morte ou prise; car peu de cheva-
liers ne d'escuiers d'onneur escapèrent, qu'il ne fuissent mort ou
pris.
Et par especial des banerès de Bretaingne y furent mort mes-
sires Caries de Dignant, li sires de Lion, li sires d'Ansenis, li
sirez d'Avaugor, li sires de Lohiach, li sires de Gargoulé, li
sires de Malatrait et li sires dou Pont ; et pris : li viscomtes de
Rohem, li sires de lion, li sires de Rochefort» li sires de Rays,
li sires de Rieus, li sires de Toumemine, messires Henris de
Malatrait, messires Oliviers de Mauni et pluisseur autre bon che-
valier et escuier de Bretaingne et grant signeur; et ossi dou
royaumme de France , maint bon chevalier et escuier : h comtes
d'Auchoire premièrement, li comtes de Joni et tamaint autre qui
y estoient venu desous le comfort monsigneur Bertran de Claie-
quin, qui y fu pris ossi.
Briefinent à parler, "ceste desconfiture fu moult grande et moût
grosse , et grant fuisson de bonnes gens y eut mors , tant sus les
[136b] VARUNTES DU PREMIER LIVRE, $ 539. 34J
camps oomme en le cache , car elle dura huit grans lleawes et
tout le jour jasqaes à le nuit. Si poës bien croire que là en dedens
y avinrent pluisseur mescief , et y eut maint chevalier et maint
escuier mort et pris. Geste bataille, qui fu assës pries d'Auroi
en Bretaingne, fu Tan de grasce Nostre Seigneur mil trois cens
soissante quatre, par un dimenche en octembre, le jour Saint
Denis et Saint Gislain. F« 136 v^.
P. 166, 1. 27 : convenant. — Mts. A 8, 15 a 17 : oouvine,
F» 258 V.
P. 166, 1. 29 : li Englès et li Breton.— ilf#. ^ 17 : les Bretons
et Anglois. F« 324 v«,
P. 167, 1. 1 : li Englès et li Breton. — Ms. A 17 ; les Bretons
et Anglois,
P. 167, 1. 7 : des siens. — Mss, ^ 8, 15 à 17 : de ses gens.
P. 167, 1. 8 : daiekin. — Le ms, A il ajoute : et de mon-
seigneur Olivier de Mauni son nepveu. F» 325.
P. 167, 1. 13 : Umaint. — Mss. ^^ 8, 15 à 17 : maint.
P. 167, 1. 18 : desous. — Le ms. A 17 ajoute : la bannière
ou.
P. 167, 1. 20 : un. — Lems.A iH ajoute : grant. F« 283 v«.
P. 167, 1. 22 : durement. — Le ms, A ifi ajoute : et qui moult
longuement se combatit à monseigneur Jehan Ghandos.
P. 167, 1. 24 ; que» — Ms. A il : comme du tout.
P. 167, 1. 30 : fuite. — Le ms, A 15 ajoute : vilaine; — ie
ms, A il : vilaine ne honteuse.
P. 167, 1. 32 : très asprement. — Ms, A il : appertement.
P. 468, 1. 13 : Blois.— Ztf^ mss, ^ 11 à 14 ajoutent : qui tua
celui qui tuë avoit monseigneur Gharle de Blois.
P. 168, l. 21 : fin. — Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent : de ba-
taille et.
P. 168, 1, 31 : Gargoulë. — Mss. A iH à il : Cargolay. —
Ms. Al: Guergorlay.
P. 168, 1. 32 : dou Pont. — Ms. A i^ : de Vielpont.
P. 1 69, 1. 4 : Toumemine. — Le ms. A 2 ajoute : le conte de
Tonnoirre. — Mss. ^ j , 3 à 6, 8 : le conte de Tonnoirre.
P. 169, 1. 5 : Mauni. ^ Le ms. A iti ajoute : fort chevalier et
hardi durement.
P. 169, 1. 5 et 6 : Riville. -^ Ms. A il : Regneville.
P. 169, 1. 6 : Friauville. ^ Ms. A S : Frauville. ¥• 259. —
Mss.Aitià il : Frianville.
342 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
P. i69, 1. 6 : d'ÂinneTal. — Mis. A \ à % : RainneYal. —
Mss. A m à il : Rayneyal.
P. 169, 1. 9 : le. — Le ms, A iH ajoute : vaillant.
P. 169, L 12 et 13 : en le cache. — Ms. AS: sur la place.
F» 259 v«.
P. 169, 1. 13 : huit, — Le ms. A S ajoute : grosses»
P. 169, 1. 14 : Rennes. — Mss, A ii à ik : Vannes.
P. 169, 1. 13 à 22 : cache... "octembre. — Ms. J? 6 : Et dura
la chache huit lieues jusques ens es portes de la chitë de Rennes,
car ly Englès montèrent à cheval qui les poursievirent jusques au
vespre. Et là eult messire Jehan Candos, par Taide de ses gens,
pour trois cens mille frans de bons prisonniers; car il eult mes-
sire Bertran de Claykin, le conte d'Auchoire, le conte de Joni et
plus de quarante chevaliers. Geste belle aventure avint au conte
Jehan de Montfort en Bretaigne , assës priés du castiel d'Auroy,
en l'an de gruce mil trois cens soissante quatre, le lundy devant
le Saint Mikiel. F» 648.
P. 169, 1. 20 : d'Auroy. — Ms. A il : du noble chastean
d'Aurroy que le vaillant roy Artur fist jadis faire et fonder.
F»32K.
§ iS40. Apriès. — Ms. tP Amiens : Apriès le grant desoonfi-
ture, si comme vous avës oy, et le place tontte délivrée , Ii chief
des seigneurs englès et bretons d'un lés retournèrent et n'enten-
dirent plus au cachier, mes en laissièrent couvenir leurs gens.
Si se traissent d'un lés Ii comtes de Montfort , messires Jehans
Camdos, messires Robers Canolles, messires Ustasses d'Aubreci-
court , messires Mahieux de Gournay, messires Gantiers Hués ,
messires Hues de Cavrelée, messires Jehans Bourssier et H autre
chevalier. Et s'en vinrent ombriier desoubs une longlie haye , un
petit enssus de là où Ii bataille avoit estet , et missent toutles
leurs bannierres et pennons en celle haie , pour leurs gens re-
queillier et radrechier. Et coummenchièrent leur ménestrel à
corner et à piper, et Ii signeur se desarmèrent et esventèrent ung
petit, car moult avoient chaut pour le traveil de combattre et de
cachier. Et burent Ii aucun qui avoient vin en bouteilles et en
flascons. Entroes qu'il estoient en cel estât, Ii sires de Glichon
revint, se bannierre devant lui, qui le plus avoit poursieuwois ses
ennemis. A painnes s'en estoit il ]x>us partir, tant avoit estet
airés et enflammés sus yaulx. Et ramenèrent ses gens grant fuison
[1364] VARIRNTES DU PREMIER LIVRE, § 540. 343
de prisonniers et par especial son oncle le viscomte de Rohem.
Si se traist erramment li dis messires Oliviers de Glichon deniers
le comte de Montfort, qu'il tenoit pour seigneur et pour chief, et
descendi à piet avoecq les autres.
A ce donc ne savoient il riens encorres que messires Caries de
Blois fust mors; mes il avoient envoiiet leurs hiraux par le cam-
Tjaingne regarder as ungs et as autres, et pour triier les seigneurs
hors des autres et savoir liquel y estoient mort. Si fu là raporté
au comte de Montfort, et dist ensi li chevaliers qui l'en raporta
les nouvelles : « Monseigneur, loés Dieu et regraciés de le belle
journée que vous avés, car messires Caries de Blois, vostres ad-
verssaires, est demourés mors sur les camps. » Et quant li comtes
de Montfort l'entendi , si dist qu'il voilait venir de ceste part et
[le] veoir ossi bien mort que vif. Si vint là où messires Caries
gîsoit, et vinrent avoecq lui pluisseur des seigneurs et chevaliers
qui là estoient. Si le trouvèrent environnet de grant fuisson de
mors, chevaliers et escuiers , et une hace desoubs lui , dont il
s'estoit combatus, et ossi de ses ennemis englès et bretons mors
aucuns. Se le fist li comtes de Montfort retourner le viaire dessus,
car il gisoit en dens. Et quant il le vit ou viaire, si fu tous pens-
sieux et prist à larmiier et dist : « Ha! monseigneur Carie, mon-
seigneur Carie, biaus cousins, com par vostre opinion maintenir
sont grant meschief avenu en Bretaigne! Se Dieux m'ait, il me
desplaist que je vous treuve enssi , se estre pewist autrement. »
Adonc le tira arière messires Jehans Camdos et li dist : « Sire,
sire, partons de chy et regraciiés Dieu de le belle aventure que
vous avés ; car, sans le mort de cesti, ne poyés vous venir à l'ire-
taige de Bretaingne. » Adonc ordounna là li comtes de Montfort
que il fiist tantost mis en un sarqu et aportés à Rennes , et il fu
fait présentement si comme il le coumanda. F«' 136 v« et 137.
P. 170, 1. 1 : Tanton. — Mss. ^ 1 à 6, 15, 18, 19 : Tancon.
P. 170, 1. 2 : aultre. — Le nu. A il ajoute : seigneurs et che-
valiers. F« 326.
P. 170, 1. 2 : ombriier. — Ms. A M : umbraier.
P. 170, 1. 2 et 3 : dou lonch d'une. — Ms. A 6 : delez une.
F» 258 v^ — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; devant une.
P. 170, 1. 12 : l'ireUge. — Ms. A 15 : le bel hiretoige. —
Ms. >^ 17 : le noble heritaige.
P. 170, 1. 20 : plus de gré. — Mss. A : plus grant gré.
P. 170, 1. 21 : En. —Ms. A 15 : A. — Ms, A 17 : Entre.
344 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
P. 470, I. SS : enflâmes. — Le nu. A 17 aimae : d'ire et de
maatalent.
P. i70y 1. 24 : partir. — Le ms. B 6 ajoute : et voelt on dire
que en chest jour de se propre main il en ochist et abaty {^os de
soixante. F« 649.
P. 170, 1. Î5 : se retraist. — Mss» A 7, 8, 15 à 17 : se trai-
sent.
P. i71, 1. 1 : chercié — Msi. A%,V^h 17 : cerchië.
P. 171, 1. 11 : d'une. — Ms.A% : à. F» 260.
P. 171 , 1, 20 : regracîons. — Ms, i? 4 et mss. A : regradés.
P» 171, 1. 21 : avës. — Le ms. A 15 ajoute : qu'il vous a hui
donnée; le ms, A il ajoute : aujourd'ui eue.
P. 171, 1. 21 : poiës. — JUss. A : poviez.
P. 171, 1. 28 : en. — Mss. A : ou pays de.
P. 171, l. 29 : maint grant et biel. — Ms. A 8 ; pluseurs. —
Ms. ^ 15 ; pluseurs beaus. — Ms. A M : moult de beaus.
P. 171, 1. 29 : miracle. — Le ms. B 6 ajoute : et cante on de
luy ensy que d'un martir, car il morut vaillanment en défendant
et gardant son hiretaige. P* 649 et 650.
5 tt41. Apriès. — Ms. d Amiens : Apriès ceste ordommanche
et que tout li mort furent desvesti et que leurs gens furent re-
pairîet de le cache , il se traissent vers leurs logis dont au matin
il s'estoient parti. Si se desarmèrent et aisièr^it de chou qu'il
eurent , il avoient assës de quoy, et entendirent à leurs prison-
niers et fissent appareillier les navres et les blechiez ; et les leurs
meysmement qui estoient navret et blechiet, fissent il remettre à
point. Quant ce vint le lundi au matin, li comtes de Montfort fist
assavoir sus le pays et à chiaux de Rennes et des villes environ,
qu'il leur dounnoit trieuwez troix jours, pour ensepvelir les mors
et venir querre les corps des gentilz hommes : laquelle ordoun-
nanche on le tînt à belle et à bonne, et se tint par devant Auroy
et dist que point ne s'en partiroit, se l'aroit.
Ces nouvellez s'espardirent en pluisseurs lieux et en pluisseurs
pays, coumment li comtez de Montfort , par le consseil et confort
des Englès, avoit obtenu le place contre monseigneur Carlon de
filois, et li mort et desconfi, et mort et pris toutte le fleur de
Bretaingne. Si en avoient messires Jehans Camdos et messires
Oliviers de Clichon grant huëe. Et disoit li coumune renoumëe
que par leur fait , avoecques le reconfort de l'arrieregarde mon-
[1364] Variantes du premier livre, § 54i. 34»
seigneur Hue de Gavrelëe, avoit estet la besoingne achievëe. De
ces nouvellez furent tout li amit et li coinfortant monseigneur
Carlon de Blois courouchiet, che fu bien raisons, et tout cil de
par le comte de Montfort^ resjoy....
Bien est voirs que li roys Caries de Franche fu moût courou-
chiës de le desconfiture qui fu devant Auroy et bien y eut cause,
car ses royaummes en îa grahdement afoiblis , et par especîal il
regreta grandement le mort de monseigneur Carlon de Blois, son
cousin, le prise de monseigneur Bertran de Claiequin, le mort et
le prise des bons chevaliers qui là avoient estet. Si envoiea tantost
li roys le duc d'Ango, son frère, deviers les marches de Bre*-
taingne, pour recomforter et conssillier le pays, qui moult estoit
désoles et esbahis, et par espedal celle qui s'appelloit duçoise et
hlretière de Bretaingne; car elle veoit son marit monseigneur
Carie de Blois mort et ses deus fils emprisonnes en Engleterre,
Jehan et Ghni. Si vint li dus d'Ango, qui avoit sa fille à femme,
par deviers lui, et le recomforta et consseilla che quHl peult, et
li proummist qu'il se feroit cause et chiës de le guerre contre le
comtç de Montfort. Encorres avoit la damme un petit fil qui es-
toit appelles Henris, c'estoit tous ses recomfors ; mes quant la
damme examinoit bien touttes ses besoingnes , elle se veoit bien
en dur parti. Si ploroit et regretoit ses amis, et bien avoit cause,
enssi comme vous orës chy apriès. F<> 137 i* et V». '
P. 171, 1. 31 : que. — Les mss, A \^ h M ajouteni : tous.
P. 172, 1. 3 : eurent. — Mss. ^ 15 à 17 : avoient
P. 17Î, 1. 14 : le. — Les mss. ^ 15 « 17 ajouteni : fort.
P. 172, 1. 15 : d' Auroy, — Le ms, A iti ajoute : que le roy
Artur fist jadis faire et fonder. F» 285.
P. 172, 1. 19 : par le.... Englès — Les mss. A ajoutent ces
mots qui manquent dans le ms. ^ 1 .'
P. 172, 1. 28 : fleur. — Les mss. ^ 1 à 6, 8, 15 â 17 ajoutent :
de la chevalerie.
P. 172, 1. 27 : li Breton. — Les mss. A iti à il ajouteni : et
les Anglois.
P. 172, 1. 30 : li To\s. — Lems. Ail ajoute : Cliarles. F» 327.
P. 173, 1. 2 : chevalier. — Les mss. A 8, 15^17 ajoutent : et
escuiers.
P. 173, 1. 28 : Douvres. — Le ms, B 6 ajoute : et vinrent si à
point que le roy d'Engleterre et ses trois filz, le duc de Qa-^
renche , le duc de Lenclastre, le conte de Canterbruge, estoient à
346 CHRONIQUES DE J. FjROISSART. [1364]
Douves pour festier le conte Loys de Flandres qui là estoit arivés
pour le cause de ung mariage aidier à parfaire, qui estoit com-
menchiet entre monsigneur Aimmon , conte de Gantbruge , et le
fille du conte de Flandres. F^" 65i.
P. 173, L 30 : hiraut, — Les mss, B 3, k et les mss, À ajou^
tent : et li donna le nom de Windesore et moult grant pourfit.
P. 173, 1. 3i : je fui. — Le ms, A 17 ajoute : depuis moult
suffisamment informé.
§ 84S. Il est bien voirs. — Ms. d Amiens : Si escripsi li comtes
de Montfort ceste avenue en pluisseurs lieux et par espedal au
roy Edouwart d'Engleterre , qu'il tenoit et appelloit père , car il
avoit euv sa fille en mariaige. Si vinrent ces nouvelles au dit roy
au cinqime jour de le bataille à Douvres. Et emporta lettres de
creanche ungs variés poursiewans armes, qui avoit estet à le ba-
taille et que li roys englès fist tantost hiraut, et li dounna le nom
de Windesore, et moult grant prouffit : par lequel hiraut noum-
met Windesore je fui enfourmës de ceste bataille et de l'ordoun-
nanche, si comme vous avés oy chy dessus recorder, car j'estoie
à Douvres au jour qu'il y vint et que les nouvellez y furent pre-
mièrement sceuves. Et le cause pourquoy li roys englès estoit
adonc là et grant fiiison des seigneurs d'Engleterre, je le vous
diray.
En ce tamps que chilx hiraux Windesore ariva là à Douvres,
estoit là venus li roys d'Engleterre. avoecq lui li dus de Lan-
castre et messires Aimmons, comtes de Carabruge , si doi fil, et
grant fuison de seigneurs d'Engleterre, telz que le comte d'A-
rondel, le comte de Salebrin, le comte de Herfort, le jone comte
de Pennebrucq, le jone comte de le Marce, monseigneur Gautier
de Mauny, le seigneur Despenssier, le seigneur de le Ware, mon-
seigneur Ricart de Pennebruge, monseigneur Alain de Boukesele,
monseigneur Richart Sturi, le seigneur de Ferières, m<»iseigneur
Thummas de Grantson et pluisseurs autres seigneurs, barons et
chevaliers, pour festiier le comte Loeys de Flandres, je vous
diray cause pourquoy.
A che donc assës nouvellement avoit estet tretiez li mariaiges
de monseigneur Ainmon , ccmte de Gantbruge, filz au roy d'En-
gleterre, et de madamme Marie, fille au comte Loeys de Flan-
dres, qui estoit veve dou jone duc de Bourgoingne, si comme chy
dessus est registre. Si estoient là assainblé cil seigneur pour or-
[1364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 542. 347
dominer marîaige et assigner ce qae chacuns devoit avoir. Li
roys d'Engleterre donnoit à son fil le comté de Pontieu, le comte
de Ghines, le terre de Melch et de Oye, et telz drois qu'il enten-
doit à avoir en le comté de Haynnau , de Hollande et de Zel-
landez, qu'il ne faisoit mies adonc petis, de par madamme la
roynne Phelippe, sa femme, qui fille avoit estet au comte de
Haynnau, enssi que vous savés. Si furent là chil seigneur d'En-
gleterre et de Flandres en grans reviauz et en grans esbate-
mens Tespasse de quatre jours , et y eut grans disners et biaux
et bien, ordoonnés. Et leur vinrent ces nouvelles certaines de
Bretaingne, dont ils furent moût resjoy, especialment li roys
englès et li comtes de Flandres, li roys englès pour ce qu'il avoit
tondis fait cfaief et partie de ceste gerre avoecq le comte de
Montforty liquelx comtes avoit eu sa fille espousée, et li comtes de
Flandrez, pour tant que il est cousins germains au comte de Mont-
fort.
Apriès ces festes et ces reviaux qui furent à Douvres, prist
li comtes Loeis de Flandres congiet au roy et as barons d'En-
gleterre , et rapassa le mer et vint à Calais. Si le raconvoiierent
li dus de Lancastre et li comtes de Gantbmges et les en meoB. U
comtes de Flandres avoecq lui en Flandres pour jever et esbattre,
et furent à Yppre, à Bnighes et à Ghand, et partout si bien venu
et si bien recheu. Endementroes ordounna li roys englès grans
messaiges pour envoiier deviers le pappe Urbain [dnqime *]
pour dispensser che mariaige , car il estoient moult prochain de
linaige ; car autrement sans dispenssations n'avoit li comtes de
Flandres acordé sa fille au roy d'Bngleterre. Or nous soufierons
nous à parler de ceste matère, et revenrons au comte de Montfort
et dirons coumment il persévéra.
P. 174, 1. 7 : devant. ^^ Le ms. A il ajoute : de la ditte ba*
taille d'Aurroy.
P. 174, 1. 17 : conseil. — Le ms. A 17 ajoute : qui illecques
se tenoienty lesquelz le reçurent moult grandement et moult hono-
rablement, ainsi qu'il appartenoit à un tel prince et si grant sei-
gneur. F« 327 v«.
P. 174, 1. 18 : l'avoit.— iiff*. i? 3, ^ 1 â 6, 8 « 14, 18 à 23 ;
l'avoient.
P. 174, 1. 20 : besongne. — Ms. A il : grant bataille.
I. Le manuserit tt A mien s parle : « VI« ». Mauvaise leçon.
348 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4364]
P. 474, I. S6 à 28 : Et donna.... pourfit. — Cet lignes man^
queni dans les mss, B 3^ B k et dans les mss. A.
P. 174, 1. 30 : trois — Ms. A 17 : quatre on cinq.
?• 175, I. 3 : Aymons. — Le ms, A 17 ajoute : son frère.
P. 1 75, 1. 6 : Bruges. — Le ms» B 8 ajoute : et à Gand et en
pluiseurs bonnes villes et s'y tinrent bien ung mois, et puis s'en
retournèrent en Engleterre. F« 652.
5 iMS. Li contes. — Ms» d Amiens : Apriès le bataille et le
grant desconfitore qui fu devant Auroy, où toutte li fleur de Bre-
taingne fu morte et prise, li comtes de Montfort se tint à son
siège, et dist qu'il ne s'en partiroit jusques à tant qu'il l'aroit. Et
envoies dire à chiaux dou casdel que, se il se volloient rendre
bellement à lui et recepvoir à seigneur, il leur pardonroit son
mautalent et les lairoit joir et possesser de tout chou qu'il avoient
en le fortrèche. Ghil d'Auroy se conssillièrent et regardèrent
coumment leurs sirez estoit mors, et tout li baron de Bretaingne
de leur costë, mort et pris, meysmement pris leur capttainne,
Henris de le Saiiternelle , et grant fuisson de bons compai-
gnons qui le fortrèce avoient aidiet à deffendre et à garder en
avant. Si ne veoient nul apparant de comfort de nul costë,
siques, tout ezaminet et considère le bien et le mal , il se rendi-
rent et rechurent le comte de Montfort à seigneur et à souverain.
Et entra li dis comtes en le ville et ou castiei d'Auroy à grant
solempnitë, et li fissent tout feaultë et houmage.
Quant il eut pris le possession dou casdel et de toutte le terre,
il eut consseil qu'il se trairoit devant le bcmne ville de Jugon à
touttes ses hos, et pria aflectueusement à monseigneur Jehan Camb-
dos qu'il volsist demourer avoecq lui; car de son consseil et de sen
ayde avoit il grant mestier. Messires Jehans Gamdos li otria, et ossi
fissent tout li Englès pour l'amour de lui. Si s'en vinrent li comtes
de Montfort et touttes ses hos devant Jugon et l'environnèrent tout
autour, et dissent qu'il ne s*en partiroit, si l'aroient. Et ordon-
nèrent li seigneur d'Engleterre qu'il ne ranchonneroient nuls de
leurs prisonniers jusques à tant que leur guerre seroit acbievëe.
Si furent envoiiet messires Bertran de Claiequin, li comtes d'An-
choire , li comtes de Joni , li sirez de Rays , li sires de Rieus , li
sirez de Toumemine et bien soissante chevaliers tous prisoun-
niers, à monseigneur Jehan Camdos et à ses gens, en Poito, et
espars en pluisseurs lieux, les ungs à Plasac, les autres à Niort,
11364] VAIUANTBS DU PREBilER UVRE, § 543. 349
les autres à Pons ou a ^Saintes ou à Lusegnon ou en le Rocelle
ou à Saint Jehan rAngelier. £ns$i fissent tout li autre de leurs
prisonniers, mes il leur faisoient courtoise prison et les recreoient
sus leurs fois bellement sans tenir enfremës, ne loiier en fers ne
en buies» et toudis se tenoit li sièges devant Jugon.
Quant chil de Jugon virent le puissanche et FefiTort don comte
de Montfort et que nul ayde ne leur apparoit, si n'eurent mies
consseil d'iaux longement tenir, mes se rendirent, et tinrent le
dit comte à seigneur et li fissent feaultë et hoummaige. Si entra li
dis comtez en le [ville de Jugon] et souverains : enssi se faisoit il
noummer et escripre. £t remua tous offisciiers et y mist gens à
sen ordounnanche, et puis se parti de Jugon. Quant il s'i furent
rafresci environ cinq jours , il s'en vinrent devant le bonne ville
de Dignant. La mist il grant siège et qui dura bien avant en
l'ivier, car la ville est forte et estoit adonc bien garnie. £t ossi li
dus d'Ango leur mandoit qu'il les recomforteroit sans faulte. Geste
esperanche les fist tenir moult longement et endurer et soufinr
tamaint assault. Finablement, quant il virent qu'il n'aroient point
de secours et que leurs pourveanches amenrissoient, il se compo-
sèrent et acordèrent as tretiës don comte de Montfort. Et se ren-
dirent par composition que , se dedens deux mois en avant, plus
fors de lui apparoit en Bretaigne, qui le boutast huers par forche
d'armes ou autrement, de le partie monseigneur Garlon de Blois
à qui il avoient fait feaultë et houmaige, il estoient quitte et ab-
sob de leur tretiet; autrement , les -deux mois acomplis, il le
tenoient à duch et à seigneur.
Li comtes de Montfort leur acorda voUentiers, et envoiea douze
hommes de le ville de Dignant, tous des plus riches, qui furent
cran et hostaiges pour aemplir ces couvens, en le cite de Venues,
et puis chevaucha avant et vint droit devant le ville et le cite
de Campercorrentin. Et i ariva toutte sen host où il avoit plus
de quinze mil hommes, et tous les jours U croissoient gens qui li
venoient d'Engleterre et d'autres pays, qui queroient et deman-
doient les armes, et il ne les savoient bonnement ou avoir fors en
Bretaingne. Enssi asega li comtes de Montfort le chitë de Cam-
percorrentin, qui est moult belle et moût forte. Et y avoit adonc
très bonne gens et qui bien s'aquitèrent de le garder, car li sièges
y fu moût longement, et petit y fissent de leur prouffit, tant qu'il
y sissent, en assallant et en escarmuchant chiaux de dedens.
F«M37v«eU38.
350 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1364]
P. 175, 1. 10 : Auroy. — ^^. -^ i7 : le fort chasteau d'Auroy
que le vaillant roy Artiir fit faire et fonder jadb. F^ 3S8.
P. 175, 1. 13 : de le Sautemèle.— ilf«. A 6, 8, 15 à 17 : de
Sautemelle.
P. 175, 1. 14 : et tonte le fleur. — M$, if 6 ; et plus de qua-
rante. P» 650.
P. 175, 1. 24 : le. — Zir lîw. ^ 17 ajoute : belle.
P. 175, 1. 30 : vinrent. — Mss, A : vint.
P. 176, 1. 1 : trois. — Ms. A 15 : quatre. F« 286.
P. 176, 1. 6 : herriier. — Mss. ^ 15 à 17 ; harier.
P 176, 1, 11 : chemina. ^- Mss. A : chevaucha.
P. 176, l. 11 et 12 : Dignant. — Mss. A iH à il : Dinan.
P. 176, l. 14 à 16 : li dus.... faire. — Ms. A 17 ; le duc
Charles de Blois si leur avoit moult bien dit que ilz se tenissent
ainsi comme bonnes gens dévoient faire.
P. 176, 1. 16 et 17 : conforteroit. — Ms. A il ajoute : tan-
tost.
P. 176, 1, 17 : fist. — Le ms. A 17 (^foute : longuement*
P. 1 77, 1. 4 : nesun. — Mss. A : nul.
P. 177, 1. 10 : le pays de Bretagne. — Ms. ^ 15 : le bon
pais de Bretaingne. — Ms. A il : tout le demourant du bon pais
de Bretaingne.
§ 844. Entrues. «— Ms. it Amiens : Or avint enssi , entroes
que on seoit devant Can^rcorrentin , que li roys de Franche
avoit eus pluisseurs conssaux, pourpos et ymaginations depuis le
bataille d'Auroy et le mort son cousin monseigneur Carie de
Blois, je vous diray sus quel estât. Li conssaux dou roy de Fran-
che regardoient que li comtez de Montfort avoit mort et des-
confiât celi qui se tenoit et escripsoit dus de Bretaingne , et que
tous li pays avoit ossî ou li plus et tenoit à seigneur, et avoecq
lui tous les barons, chevaliers et escuiers de Bretaingne, et estoit
maintenant durement fors ens ou pays , car il avoit l'acord et
Tayde des Englès qui lui faisoient sa guerre, et prendoît villes,
chités et castiaux en Bretaingne, et estoit bien tailliés dou pren-
dre, car nulx n'aloit au devant : lesquelles villes, chités et cas-
tiaux vorroit tenir par concquès et metti^e hors du demainne,
ressort et hoummaige de Franche. Dont, pour ce péril escieuwer,
il fu regardé et avisé en Franche et remoustré au roy Carie fina-
blement qu'il n'avoit que faire de gueriier contre le comte de
[4364] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 544. 351
Montfort pour la duchë de Bretaingne , ne de perdre le serviche
et roummaige d'un si grant pays comme Bretaingne est ; car telle
estoit li entendon dou comte de Montfort que, se il le conqueroit
par forche , il le voroit tenir à tousjours mes sans houmage et
sans resort. Ossi il avoit et tenoit bonne pais au roy d'Engle-
terre : si ne pooit y estre que haynne , mautalens et dissentions
ne s'esmeuissent entre leurs gens, ens en cas que chacuns voroit
faire partie pour son amy, enssi que devant avoit esté; et, se
fortune avoit comfortë et eslevet le comte de Montfort, on li
souffresist.
Si furent tretiet de pès mis avant , et regardé quelx gens
s'en ensonnieroient. Or m'est advis que li arcevesques de Rains,
li sires de Craan et messires Boucicaux, marescaux de Fran-
che, en furent cargiet de par le roy et le consseil de Franche.
Et vinrent chil seigneur en Bretaingne deviers le comte de Mont-
fort , monseigneur Jehan Gamdos et les autres de son consseil ,
qui se tenoient à siège devant Gampercorrentin , et li remoustrè-
rent bellement et sagement sus quel estât li roys de France les
envoyeoit là et coumment c'estoit li vollentés dou roy de Franche
que li comtes de Montfort demourast dus de Bretaingne à perpe-
tuelité, parmi tant qu'il le tenist en foy et en hoummage dou dit
roy, enssi que li autre duc en avant l'ont tenu de le couroutme
de Franche. Avoecq tout ce, messires Oliviers de Glichon devoit
ravoir toutte se terre entièrement, et tout chil qui de l'acoit le
comte de Montfort avoient esté , et leur estoient pardounné tout
mautalent. Ghilx tretiés se coummencha à entamer, mes il no fu
mies si tost conclus, quoyque li comtez de Montfort y entendesist
vollentiers ; car il avoit si grans alianches au roy englès , qu'il
n'en vot riens faire sans son acord, et lui segnefia tout l' estât dou
tretiet, et li envoiea par deux de ses chevaliers où il avoit moult
grant fianche. Quant li roys d'Engleterre Tentendi, se s'i acorda
assés legierement et le loa bien au comte de Montfort qu'il le
fesist. Se retournèrent li chevalier qui envoieyet avoient estet en
Engleterre, et dissent à leur seigneur tout ce que li roys englès
en avoit respondut.
Si fu assés tost apriès li pais acordée et confremmée devant
Gampercorrentin. Et entra li comtes de Montfort en le ditte chité
comme dus, et fu en avant tenus et noummés dus de Bre-
taingne , et rechupt les fois et les hoummaiges des gentils hom-
mes de Bretaingne, barons, chevaliers et escuiers, et de toutte
352 CHRONIQUES DE J. FROISSÀRT. [1365]
la dacë entirement. Et s'en parti la femme monseigneur Carie de
Blois et vint à Paris, et eut, par l'ordounnanche de le pès environ
vingt mil florins bien assignes par an en Bretaingne , une comté
et terre c'on dist de Pentèvre. Et dubt , avoecques tout chou , li
comtes de Montfort mettre grant painne à le délivrance de ses
cousins, les enfans monseigneur Carie de Blois , qui estoient pri-
sonnier en Engleterre. Et, se 11 comtes de Montfort, noumës dus
de Bretaingne, moroit sans avoir hoir de loial mariaige, la duchë
devoit retourner as hoirs monseigneur Carlon de Blois. Enssi vint
li comtes Jehans de Montfort à l'iretaige de Bretaingne pour
quoy il avoit tant gueriiet, et li comtes ses pères et madamme
sa mère et messires [Oliviers] de Clichon ossi. Et tout li autre
chevalier et escuier ossi qui avoient estet de son acord, tout leur
fu rendu et restitué, et encorres grans nombre d*argens pour leur
arrierages. F« 138.
P. 177, 1. 12 et 13 : abstraint.— Jfj. A 8 : estraindi. F« 251
V», — Mis. -rf 15 à 17 ; contraingnit, contramgnoit.
P. 177, 1. 28 : taions. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : ayeul.
P. 178, 1. 22 : moiiens, — Mss, A : messages.
' P. 181, 1. 1 : laiier. — Mss. A S, Ib à 17 : laissier.
P. 181, 1. 16 : de.— Ztf ms, A il ajoute : la noble conté de.
P. 181, 1. 17 : frans. — Ms. JB 6 : florins. F» 656.
S 54tS. Avoech. — Ms. if Amiens : Assés tost apriès, se ma-
ria li dus de Bretaingne à l'ainnée fille madamme la princesse
de Galles, que elle avoit eue de monseigneur Thummas de Hol-
landes.
Si se coummenchièrent li baron, li chevalier et li escuier, qui
avoient estet pris à le bataille d'Auroy, à ranchounner et à yaulx
délivrer pjetit à petit; mes messires Bertrans de Claiequin ne le
fu mies si trestost, car on lui demandoit plus de cent mille frans.
Toutteffois, quant il se mist à finanche, messires Jehans Camdos
en eult cent mille tous appareilliés.
Encorres avint, en cel yvier que li paix de Bretaingne fu or-
donné[e] et confremmëe, de quoy tous li pays looit Dieu à jointes
mains, car il avoient eu et porté le guerre le derme de vingt
trois ans continuelx, que li roynne Jehanne, ante au roy de Na-
vare, et li roynne Blanche, soer au dit roy, et li captaus de
Beus^ qui estoit prisounniers à Paris, enssi que vous savés,
avoecq aucuns bons seigneurs de Franche , s ensonniièrent de le
[1365] VAKIANTES DU PREMIER LIVRE, § 546. 353
|)ais entre le roy de Franche et le roy de Navare. Si fa tant
ponrparlëe et demenëe que elle se fist. Et fu li captaus de Beus
quittes de se prison, et demourèrent au roy de Franche Mantes
et Meulent. Si eut li rois de Navarre, par le composition de le
pais, soissante mil francs, et messires Loeys de Navarre, qua-
rante mil, pour aucuns castiaux qu il avoit en Normendie, qu'il
vendi et rendi au roy de Franche. Et se parti assés tost apriès
pour aller ent à Naples et pour espouser le fille à le roynne de
.Napples.* Si se mist li dis messires Loeb de Navare hors dou
royaumme de Franche en grant aroy, mes il mourut sus le
voiaige. Dieux en ait l'ame, car il fu moult gentil et courtois che-
valiers. P»138.
P. 182, 1. 23 : Nemouses. — Mss, A : Nemox, Nemoux.
P. 183, 1. 6 : virgonda, — Ms. A 8 ; vergoingna. F*» 262 v».
P. 183, 1. 9 : chevalier. — Mss, ^ 8, 15 <i 17 ; escuier.
P. 183, 1, 14 : 11 rois, — Le ms, A il ajoute : de France,
P. 183, 1. 14 et 15 : aultres chastiaus en Normendie. —
Ms. S 6 : aultres hiretaiges et le baronnie de Montpellier qui
depuis luy fu retoUue. F" 657.
P. 183, 1. 19 : France. — Le ms, A il ajoute : son cousin.
P. 183, 1. 20 : florins. — Mss. A : frans.
P. 183, 1. 22 : dame. — Mss. A : royne.
P. 183, 1. 23 : pechiés. — Mss. A : deflautes.
P. 183, 1. 23 : car. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent : il fut
moult vaillant homme d'armes à son temps et. Ms. ^ 1 7, f^ 331 . <
P. 183, 1. 23 : moult. — Le ms. A i^ ajoute : vaillant et.
P. 183, 1. 16 à 23 : En ce temps.... chevaliers. — Ms. ^ 6 ; En
che tamps, fu fait le mariaige du jonne sire de Gouchy [avecques
madame Ysabel, fille au roy Edouart] , et fu quite de sa foy et
de se prison et s'en alla en chelle année en Pruse, et Teste après
il retourna en Engleterre et espousa ens ou castiel de Windesorc
la dessus dite damme. Sy vous dy que as noches il y eult grant
feste et grant solempnitë. F° 657.
§ S46. En ce temps. — Ms. tt Amiens : En ce temps estoient
les Gompaignies si grandes en Franche que on ne savoit que
faire ; car les guerres dou roy de Navarre et de Bretaingne es-
toient fallies. Si avoientapris chil compaignon qui poursieuwoient
les armes, à pillier et à vivre d'avantaige sus le plat pays, et ne
s'en pooient ne voUoient détenir ne astenir. Et tous leurs retours
VI — 23
354 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1365]
estoient en Franche , car il n'osoient demorer en la dnché d'Ac-
quittainne, la terre dou prinche, ne on ne leur euistmies souf-
fert.
Et ossi H plus grant partie des cappitainnes estoient gascon et
englèSf homme tenant dou roy d'Engleterre et dou prinche. De
quoy li roys de Franche et tous H royaummes se contentoit mal.
Et si ne le pooient autrement amender, car ces Compaignes es-
toient si fort et si esrami de mal faire, que on ne savoit auquel
entendre, pour yaux bouter hors dou royaumme de Franche.
F* 138 y^.
P. 184, 1. H : Nequedent. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : Neant-
moins.
P. 184, 1. 13 : ensus. — Mss, ^ 8, 15 a 17 : arrière.
P. 184, L 19 : un — Les nus, ^ 15 « 17 ajoutent : vaillant.
P. 184, 1. 20 et 21 : ensonniiés. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; em-
besoigniez.
P. 184, 1. 28 : assentir. — Mss. ^8, 15 ^ 17 : consentir.
§ iS47. Quant li papes. — Ms, et Amiens : Si regardèrent li
papes et li cardinal qu'il y avoit ung roy en Espaîgne qui s'ap-
pelioit damps Pierres, plains de mervilleuses oppinions, et estoit
durement rebelles as coummandemens et ordounnanches de l'E-
glise et Tolloit sousmettre tous ses voisins crestiens, especialement
le roy d' Arragon , qui estoit bons et catoliques , et H avoit tolut
grait^ partie de se terre, f Avoecq tout chou , chils roys dans
Pierres d'Espaingne avoit trois frerres bastars dou bon roy Al-
phons , qui fu si vaillans homs , dont li uns avoit nom Henris ;
li secons, dan Tilles; et li tiers, Sanssez. Chils roys Pierres les
hayoit durement et ne les pooit veoir dalles. lui, mes vollentiers
par pluiseurs fois les ewist mis à fin et décollés , se il les ewist
tenus. Si estoient il moult grant gentilhomme de par leur mère,
mieux de par leur père. Et avoit mis chilx roys Pierres leur mère
à mort diviersement et sans cause : dont moult desplaisoit as
enffans et à pluisseurs haus barons et chevaliers de leur linage
et dou royaumme de Castille. Et estoit si crueux et si plains d'o-
reur et d'austereté , que tout si homme le cremoient et reson-
gnoient et le hayoient, se moustrer il l'osassent. Et avoit, si comme
famme couroit, fait morir une très bonne damme qu'il avoit eue
à femme , fille au duc Pierre de Bourbon qui demoura à Poitiers ,
et sereur à le roynne de Franche et as autrez : celles de Savoie,
[i36S] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 847. 355
de Halcourt et de Labreth , dont moult il desplaisoit à tous le
linage de le damme, qui est uns des plus nobles dou monde.
Encorres couroit famme sus ce roy d'Espaingne , de ses gens
meysmes, que il s'estoit amiablement composes au roy de Grenade
et au roy de Bellemarine, qui estoient ennemy de Dieu et incré-
dule. Et se doubtoient ses gens que il ne fesist aucuns griefs et
molestés en son pays et ne violast les églises, car ja retolloit et
prendoît les biens de TEglise et constraindoit les prelas et les
varies de Dieu par mannierre de tîrandise. Dont, quant li papes
et li collèges de Romme olrent ces complaintes et furent enssi
enfourmé sour lui, si, ne le veurent mies conssentir, que trop
grant meschief n'en avenist. Si lu, à le requeste de ses frerres et
des nobles de son pays, amonesté qu'il venist en coiu*t de Romme,
pour lui laver de ses pechiés et excuzer de ses oribles fais dont
il estoit amis. Mes il, comme orgilleus et presumsieux, n'y daigna
ne vot venir, mes persévéra tondis en son peciës. Si fîi public-
quement excumeniiës en court de Romme conmie incrédules, et
mist li Sains Pères tout le royaumme d'Espagne en le main de
Henry, frère bastart à ce roy Pière, et le légitima à tenir royaum-
. me et hiretaige, et li proummist grandement à lui aidier. Ossî
fist li roys de Franche, qui moult amoit che Henri; car il Tavoit
tondis vollenders servi loyaument en ses guerres, par terre.et par
mer.
Si fu en ce tamps mandés li roys Pières d'Arragon en Avignon,
et li fu remoustret en quel voUenté on estoit de confondre et
eiilier che roy dan Pière d'Espaigne, qu'il rebutoient pour bou-
gre et mauvais crestiien. Li roys d'Arragon y entendi voUentiers,
car il le haioit durement , et offii à ouvrir son pays et tous les
destrois d'Arragon pour entrer en Espaingne sans dangier. Geste
offre rechuprent en grant gré li Eglise et Henris li Bastars d'Es-
paingne. Si fu adonc regardé et advisé, pour mettre hors les
Compaignes dou royaumme de Franche, que on y aideroit à dé-
livrer monseigneur Bertran de Claiequin. Cliils avoit bien tous
les Bretons de son acord et les menroit là oCi il voroit. Et li
comtes Jehans de le Marche, fibs jadis à ce gentil chevalier mcm-
seigneur Jaquemon de Bourbon, se feroit ungs grans chiés en ce
voiaige , pour contrevengier le mort de se cousine germainne la
roynne d'Espaingne , que li roys Pières , si comme fammes cou-
roit, avoit estainte et fait morir. Et ossi messires Anthonnes,
sirez de Biaugeu, uns moult appers chevaliers et assés grans sires,
356 CHRONIQUJBS DE J. FROISSART. [1365]
s'en feroît chîës avoecqu^s les deux dessus dis. Adottc fu traide
li rédemption de monseigneur Bertran de Claiequin , et fu ran-
chounnës à cent mil frans. Et en paiièrent li pappes et li collèges,
li roys de Franche et Henris li Bastars qui s'appelloit adonc
comtes d'Esturges, chacun se part. Si fu ossi chilx voiaiges se-
gnefiiës à monseigneur Jehan Camdos, et en fu grandement priiés
qu^il en volsist y estre l'un des chiës ; mes il s'escuza et n'y vot
mies adonc aller.
Si en furent priiet et mandet aucun bon chevalier dou prin-
che, dont li aucun y alèrent et li autre sescusèrent. Toutteffois,
messires Ustasses d'Aubrecicourt, messires Hues [de] Cavrelëe,
messires Gautiers Huet, messires Robers Ceni et messires Per-
ducas de Labret s'i acordèrent à aller. Et furent adonc man-
det touttes les capitainnes des Q>mpaignes, c'est assavoir :
Briqet, Carsuelle, Naudon de Bagerant, Aimmenon de l'Ortige,
Ouri TAlemanty Batillier, Espiote, le bourch Kamus, le bourc
de Bretuel, le bourc de Lespare et pluisseurs autres qui vin-
rent en Auvignon. Et furent si bien prechiet et tant priiet qu'il
s'acordèrent à aller en ce voiaige et amener avoecq yaux touttes
leurs routtez, où il avoit plus de trente mil hommes, parmy grant
argent qu'il eurent et que Henris ossi leur proummist, se il pooit
venir à sen entente et qu'il fust roys de Castille. Adonc, quant
tout fu acordë, ces cappittainnes, pour encoulourer et enbelUr
leur guerre, envoiièrent de par yaulx tous certains messaiges de-
viers le roy dan Pière d'Espaingne, que il volsist ouvrir les pas
de son royaumme et aministrer vivrez et pourveancez as pèlerins
de Dieu qui avoient empris et par dévotion d'entrer et aller en
Grenade sur les incredullez. Quant li roys dams Pières oy les
nouvelles , si n'en fist que rire et respondi qu'il n'en feroit
riens.
Dont s'esmurent cil seigneur, ces gens d'armes et touttes ces
Compaignes environ le Toussains l'an mil trois cens soissante cinq.
Et se dubrent tout trouver à Montpellier, à Besiers et à Nerbonne
et sus le pays de Franche là environ qui leur estoit ouvers et
appareilliës. Et passèrent petit à petit le royaunune de Franche et
parmy Parpegnant, qui est la première chitë dou royaumme d'A-
ragon,- et partout trouvoient il vivres à grant fuison. Si en avoient
pour leurs deniers grant marchië ; mes les routtes de Compaignes
ne se pooient tenir de toudis pillier et rober, car il n'avoient
[joint apris à paiier leurs menus frcs par les hostelx où il lo-
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 547. 3S7
gdient. Si fissent moût de maux partout où il converssoient. Tant
esploitîèrent cil seigneur de Franche : premièrement messires
Jehans de le Marche , fils qui fu à monseigneur Jaque âe Bour-
bon, messires Bertrans de Claiequin, li sires de Biaugeu, mes-
sires Ernoulx d'Audrehen, li Bèghes de Vellainnes, messires
Jehans de Noefville, li Bèghes de Villers, li Alemans de Saint
Venant, messires Gauvains de Bailloel, messires Jehans de Ber-
gettes et pluisseur autre bon chevalier et escuier de Franche, de
Bourgoingne , d'Artois et de Picardie ; et de le prinçauté : mes-
sires Ustasses d'Aubrecicourt , messires Mahieux de Goumay,
messires Hues de Cayrelëe , messires Jehans de Brues , messires
Robers Geoi et tout cil qui conduisoieot les Compaignes, qui pas-
sèrent tout le royaume d'Arragon et les pors outre Arragon et
le grosse aige qui départ Castille et Arragon, et reconquisent
toutte le terre que ii roys dans Pières de dstille avoit de jadis
concquis sus le royaumme d'Aragon.
Quant li roys d'Espaingne entendi ces nouvelles, que Fran-
chois, Englès, Gascon et Breton estoient entré en son pays si
cfforceement que riens ne durcit devant yaux , [si en fu dure-
ment courouchiez, et dist qu'il y meteroit remède et en cha-
cerok hors tous chiaux qui entré y estoient. Si fist ung moult
grant mandement par tout son royaumme; mes il estoit si
hays des frans et des villains que trop peu de gens y obéirent.
Encorres plus avant, quant il dubt chevauchier contj*e ses enne-
mis , il trouva que tout le relenquirent et se traissent deviers
le bastart son frère Henri, et le convint partir et fuir à vir-
gongne, ou il ewist estet pris à mains, et s'en vint à Seville, le
milleur chité de toutte Espaingne. Quant il y fu venus, il ne se
senti mies trop asseur, mes fi^t toursser et mettre en nefs et en
kalans tout son grant trésor qu'il avoit de lonch tamps là assam-
blé , et mist ens es nefs sa femme et ses enfans , et se parti à
privée mesnée , tous desbaretez et descomfortés , avoecques lui
un grant baron d'Espaigne qui oncques ne se vot desloyauter en-
viers lui , que on appelloit dan Ferrant de Castres, sage chevalier
et hardi durement. Si ariva enssi li roys dans Pières, à privée
mesnée et comme ungs hommes desconfis et desbaretés , en Ga-
lisse, à ung port c'on dist le Caloigne, où il y a fort castiel dure-
ment. Si se bouta laiens à sauveté , son trésor, sa femme et ses
enfians et dan Ferrant de Castres tant seuUement avoecques lui.
Or vous dirons de Henry son frère, qui entrés estoit en Es-
358 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366]
patgne à tout grant puissanche, coumment il [persévéra. fF"** .138
y et 439. «^
P. i85, 1. 6 : moutepUoient. — Mss. A : multipUoient.
P. 485, U 9 : un. — Les mss, ^ 15 à 17 aJoiUeni : mauvais*
P. 185, 1. 10 : opinions. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutem :
faulses et mauvèses.
P. 185, h 12 : sousmettre. — Les mss. ^ 15 à 17 iyouuni : et
subjuguer.
P. 185, 1. Id : estoit. — Ze m^. ^ 17 ajotae : moult vaillant
prince et.
P. 185, 1. 17 : cilz. -— Xr ms. A 11 ajoute : mauvais.
P. 485, 1. 21 : Sanses. — Le ms, A 17 ajoute : 6u Sanson.
P. 185, 1. 25 : dou. — Le ms. A il ajoute : vaillant.
P. 185, 1. 25 : très. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; dès.
P. 186, 1. 4 : famés. — Les mss* ^ 15 à 17 ajoutent : et com-
mune renommée.
P. 186, 1. 9 : de austérité. —JIff/; A %^ 45 à 17; d'auctorité.
Ms.Ail, f 332 V.
P. 186, 1. 10 : crempient.— Jlfj;r. ^ 8, 15 : doubtoient. F* 263
y^. — Ms. A il : craingnoient.
P. 186, 1. 21 : Tramesainnes. — Ms. A 8 : Tresmesaines.
P. 186, 1. 25 : prelas. — Les mss. A ajoutent : de sainte egHse.
— Le ms. B 6 ajoute : car il tenoit que evesques, que prelas j
que abbés, plus de six vingt prisonniers. F^ 658.
P. 187, 1. 5 : amis. — Mss. A 8, 15 : encoulpez. — Ms. A 17 ;
a court encoulpez.
P. 187, 1. 14 : concitore. — Mss, A : consistoire.
P. 187, 1. 23 : de bouche de.— Jlfii. ^ 15 à 47 : débouté du.
P. 188, 1. 3 : li Bastars. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutent : de
Gistelle.
P. 188, L 4 : délivrance. — Ms. B 6 ajoute : il s'en ala en
Avignon, et là ly fu remoustré quelle cose iJ avoit à faire : se s'y
acorda legierement et voUentiers. P 660.
P. 188, 1. 44 : si y alèrent.... dou prince. — Ms, B 6 ; en-
core revinrent à ches gens d'armes grant confort de la terre du
prinche, plus de trois cens lanches. F® 663.
P. 188, 1. 17 : Huet. — Le ms. B 6 ajoute : messire Hues de
Hastingkes, messire Gaillars Vighier et Gaillart de le Mote, mes-
sire Robert Cheni , messire Robert Brickés et Jehan Carsuelle ,
Bernai rt de le Salle, David Hollegrave et moult d'autres bonnes
[i366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § S47. 359
gens. Sy se trouvèrent en la chité de Nerbonne et là environ. Sy
passèrent oultre devers Parpignant, le première chité à che costë
du roialme d* Aragon. F^ 663.
P. i88, 1. 20 : le Marce. — i> ms. J m ajoute : avoit adonc
assez pou veu et. — Le ms, B 6 ajoute : aisnës ûlz de jadis de
monsigneur Jacques de Bourbon. F" 66i .
P. d88, 1. 29 : ViUers. — Jlfw. A : Villiers.
P. i 89, 1. 5 : nommer. — Le ms. B 6 ajoute : Tous les Bre-
tons estoient avecques messire Bertran de Glaikin. Là estoient
messire Olivier de Mauny, messire Jehans de Malatrait, Pierres
d'Ansenis , Guillames du Bruel , Aliet de Thalay et Thiebaut du
Pont. F» 661.
P. i89, 1. 12 à 16 : messires Robers Briquet.... Perrot de
Savoie. — Le mç. B 6 ajoute : messire Perducas de Labreth, Ri-
chars Tanton,... le sire d'Aubeterre, Guiot dou Pin et Perrot de
Bray.
P. 189, 1. 13 : Carsuelle. — Mss. ^ 15 à 17 ; Cressuelle,
P. 189, 1. 13 : Lamit. — Les mss.\A 15 à 17 ajoutent : Maie-
terre, breton. F» 289 v*. — Lems.Ail ajoute : de Saint Melair.
F» 333 v«.
P. 189, 1. 15 : Batillier. — il/;j. ^ 15 ^ 17 ; Bataillië, breton.
P. 189, 1. 15 : Espiote. — Mss. ^ 15 à 17 : Lespiote.
P. 190, 1. 10 et 11 : et se hastèrent.... peurent. — Ms B % :
sy se commenchèrent à esmouvolr environ Noël et à prendre le
chemin devers Parpignant et Arragon. F" 662.
P. 190, 1. 19 : de force. — Ms. B 6 ; Tant esploitèrent ches
gens d'armes , qui bien estoient quarante mille , que il passèrent
à Vallenche le Grant.
P. 190, 1. 30 et 31 : Bourghegnon. — Le ms. B 6 ajoute :
Thiois, Flament, Gascon et gens de toutes nations. F^ 66(i«
P. 191, 1. 14 : Henri. — Le ms. B 6 ajoule : et Tavoient cou-
ronné roy en le chité de Burges. P 665.
P. 191 y 1. 20 : la milleur cité. — Ms. ^ 6 : la darenière et le
plus lontaigne [ville] de son royalme. T° 664.
P. 191, \. 22 : calans.— ilf«. ^ 8, 15 ô 17 : coffres. F- 265.
P. 191, 1. 22 : trésor. — JLe ms. B 6 ajoute : mais il en perdy
plus trois fois qu'il n'en peuist rassambler, car il avoit son grant
trésor en pluiseurs villes et castiauU parmi le royalroe de Castille.
F» 664.
P. 191, 1. 25 : homs. — Mss. ^ 15 à 17 : chevalier.
360 * CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366]
P. i9i, (. 27 : durement. — Le ms. B 6 ajotUe : Et entrues
concquîst le roy Henry à pau de fait tout le royalme de Castille
et le royalme d'Espaigne, de Lion , de Toullette , de Gorduan et
de Seville, et devinrent tous si homme et ly jurèrent foy et obéi-
sanche à tousjours mais. F"* 665.
P. .192, 1. i : comment. — Le ms. ^ i5 ajoute : comment il se
mamtint et comment il persévéra après. F^ 290.
§ 548. Ensi que. — Ms, et Amiens : Enssi que j'ay dit devant,
chilx roys dans Pières estoit si hays par tout le royaume de Cas-
tille que, si tost que li comte, li baron et li chevalier virent Henri,
son frère, là venir à tout si grant puissanche, tout se traissent par
deviers lui et le rechuprent à seigneur, et chevaucièrent par tout
avoecq lui, et fissent ouvrir chitës, villes, bours et castiaux et
touttes mannierres de gens faire hoummaiges et criier : « Vive
Henri, et muire dans Pières qui nous a esté si cruels et si per-
vers! » Et amenèrent li seigneur d'Espaingne le dit bastart
Henry, c'est assavoir : messires Gomès Garille, li grans maistrez
de Caletrave et li maistrez de Saint Jaqueme, à Asturghes, et le
couronnèrent à roy et li fissent tout feaulté et hoummaige, et le
tinrent à seigneur, et li jurèrent, présent les chevaliers de Fran-
che et d'Engleterre, que jammais il ne li fauroient, ne pour à
morir ne le relenquiroient. F<^ 139.
P. 192, 1. 5 : en cor. — Mss. ^ 8, 15 « 17 : en chief.
P. 192, 1. 17 : hausters. — Ms. A% : mal. P 265. — Ms. A
15 ; et nous a fait tant de maulx. — Ms^ A il : très mauvais.
P. 192, l. 26 : morroient. — Le ms, A il ajoute: et vivroient
avecques lui.
P. 193, 1. 5 : 'Bretons. — Le ms» A il aJouU : Picars et
Bourgongnons. F* 335.
S 849. Quant li rois. — Ms, iT Amiens : Si se tinrent en As-
turges environ quinze jours. Et puis chevaucièrent viers Burs,
qui s'ouvri tantost contre le roy Henri, et puis s'en allèrent viers
Seville. Mais il s'adrecièrent parmy le royaumme de Portingal,
conquérant villes, chitës et castiaux, ne nus ne se tenoit contre
yaux, car il estoient plus de soissante mil hommes, tous armés et
bien montés. Et avoient bien entention ces gens, mes que il ewis-
sent soubmis le royaume de Castille en le voUenté dou roy Henri,
que de passer oultre et aller ou royaumme de Grenade et de
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § S49. 361
Bdlemarîne, et moult s'en doubtoient li Sarrazin et li royaummes
de Tramesaînneso
Entroes que li roys Henrîs chevauchoit parmy Castille et conc-
queroit tout le pays par le puissanche des bonnes gens d'armes
qu'il avoit amenés, dont messires Jehans de Bourbon, comtez de
le Marche, messires Bertrans de Claiequin, li sires de Biaugeu,
messires Ernouls d'Audrehen, li sires de Cavreiëe, messires Us-
tasses d'Aubrecicourt estoient chief avoecq chiauz des Com-
paignes^ li rois dans Pieri*es qui se tenoit à le Caloigne sus mer
ou royajiimme de Galisse, tous esbahis et desconfortés, s'avisa,
par Teiiort de son chevalier Ferrant de Castres, qu'il envoieroit
lettrez et messages deviers son cousin le prinche de Galles, qui
se tenoit en le duché d'Acquitainne, en lui segnefiant et priant
que, pour Dieu, par aumône et par pité et ossi par linage, il le
vobist aidieret conforter contre son frère le bastart et les mau-
vais traiteurs de son royaumme d'Espaingne qui l'avoient deshi-
rctet. Ces lettrez furent moût humblement et piteusement escriptes
et envoiiées deviers le prinche de Galles, qui se tenoit à Bour-
diaux. Quant li prinches vit les messages qui li présentèrent en
jenoulx les lettres de par son cousin le roy d'Espaingne, il les fist
lever et les rechupt moût doucement , et puis ouvri les lettres et
les lisi, de chief en cor, pour mieux entendre, par trois fois.
Quant il eut ces lettres bien leuwes et entendues , il appella
monseigneur Jehan Camdos et monseigneur Thumas de FeÛeton.
Chil estoient compaignon et de son consseil li plus secret. Si leur
lisi de rechief les lettres et leur en demanda consseil. Adonc chil
doi chevalier, qui moût estoient sage et vaillant homme, regar-
dèrent l'un l'autre sans mot dire, et li prinches les rappella et
pria qu'il l'en volsissent conssillier. Lors respondi messires Jehans
Candos et dist : a Monseigneur , qui trop embrache mal estraint.
Il est bien voirs que vous estes li uns des prinches du monde li
plusprisiés, li plus doubtez et li plus honnourés, et tenés par
dechà le mer grant seignourie et noble hiretaige. Dieu merchi,
bien et en pais ; ne il n'est nuls roys , tant soit puissans, qui vous
osast courouchier, tant estes vous renommés de bonne chevalerie,
de grâce et de fortunne : si vous deveroit par raison souffîre ce
que vous avés et non acquerre nul ennemy. Il est bien voirs que
chils roys dans Pières dé Castille, qui mainteuant est l^utés hors
de son royaumme, a esté tousjours ungs rois crueux et hausters
et plains de mervilleuses senvelles, et par^ lui ont estet fait et
362 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
eftlevë tamaînt mal en son royaumme, et tamains gentilz hommes
décolles et mors sans raison, pourquoy il s'en trœuve ores decheus.
Avoecq tout ce, il est ennemis à l'Eglise et ezcumeniiés don Saint
Père, et est réputés comme ungs tirans. Si vous pri, monseigneur,
voeilliés le laissier couvenir et hostës ent vostre argu , et em-
ploiiés le ailleurs, car en cesti ne voi ge pas de raisonnable em-
prise pour vous : autrement je ne vous saroie consillier. »
Quant li prinches de Galles eut oy monseigneur Jehan Camdos
enssi parler, si crolla le chief et dist : « Camdos, Camdos, j'ay
bien veu le tamps, fust à tort, fust à droit, que vous m'ewissiës
autrement conssilliet. » Adonc se retourna il deviers monseigneur
Thummas de Felleton et li demanda : a Messire Thummas, et vous,
qu'en dittes? » Adonc fu messires Thummas de Felleton^ qui es-
toit grans senescaux d'Acquittainne, tous honteux, et ne vot mies
desdire Camdos, ne ossi courouchierle prinche oultre se voUenté;
si respondi bien et à point et dist : « Monseigneur, vos coers est
si grans et si nobles, qu'il ne tent fors à toutte honneur et à haute
parfection. Et ceste emprise dont vous nos mouvés maintenant,
est si grande et si noble que, se nous tant seuUement le vous
conssillons et acordions à faire, espoir ne seroit ce mie li acors
dou roy d'Engleterre, vostre père, ne de son consseil, ne li aoors
ne li conssaux des barons et des chevaliers d'Acquittainne, Si
voeilliés ces coses mettre en soufiranche et mander le comte d'Er-
mignach, le seigneur de Labreth, le seigneur de Pummiers, le
seigneur de Lespare, cesti de Courton, cesti de la Barde, le comte
de Pierregorch et les barons de Gascomgne , qui sont vo feable
chevalier, par lesquelx il appertient assés que ceste cose soit dé-
menée , et seloncq ce qu'il vous consseilleront, vous ouverés. »
— « fin nom Dieu, respondi 11 prinches, enssi sera fait. » Si fu
ordonné de par le prinche d'escripre et de mander tous les ba-
rons et les saiges [hommes] de la duché d'Acquitainne, et de y
estre à Bourdiaux dedens un jour qui y fu mis, et furent tenu lî
messagier dou roy d'Espaigne tout aise, et leur fu respondu qu'il
ne pooient avoir responsce.
A che consseil, qui fu assignés en le bonne chité de Bourdiaux,
vinrent tout li comte , li viscomte , li baron et li sage chevalier
d'Acqnittainne, tant dePoito, de Saintonge comme de Gascoingne.
lii eult grant consseil et grant parlement. Et là remoustra li
prinches, qui fu moult sages chevaliers et bien enlangagiés, coum-
ment li rois d'Espaigne li prioit et requeroit, pour Dieu et par
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE» § 549. 363
pité^, qu'il le volsist conforter contre son frère le bastart, qui
l'avoit deshiretë. Or dist li princbes de Galles là |l»lus avant, en
coulourant les besoingnes dou roy dan Pière , car il dist enssi :
« Biau seigneur, il est bien voirs que tout roy et enfant de roy
doient legierement descendre à tels priières, ou kas qu'il en sont
priiés et requis; car c*est contre droit et raison d'un bastart
courounner et tenir terre et royaunune , et que nuls sirez ne s'i
devoit assentir, et qui le fait ou a Csut, il erre niaisement. Et est
tout vray, dist li prinches, que monseigneur mon père et li roys
dans Pières ont certainnes aioieanches et confirmations enssamble,
pour quoy nous y sommes moût tenu à adrechier et ce roy des-
hiretë conssillier. Si vous pri que vous en voeîlliés dire vostre
entente , car nous avons bonne voUenté de lui aidier, se nous le
veons ne trouvons en vous. »
Adonc respondi li comtes d'Ermignacb , qui estoit li plus
grans de toutte Gascoingne et dist : « Monseigneur, nous ne
voulions mie ne poons, se il plaist à Dieu, vostre bon pourpos
brisier ne estaindre; et moult bonnonrablement vous nous mous^
très et parles de cesti voiaige. Si consseiUe, mes que ce soit
li acors et li conssaux des barons qui sont chy, que vous en-
voilés querre le roy dant Pière par aucuns de vos chevaliers,
à le Caloigne là où il se tient, et, lui venu deviers vous, si nous
remandës : nous orons et verons quel cose il voira dire, ossi
toutte vostre bonne vollentë et la besoingne enssi que elle se
porte. Maintenant, voeilliés le escripre et cargier à deux ou trois
chevaliers de vostre consseil, qui s'en voissent en Engleterre et
qui le remoustrent au roy vostre père et à son consseil. Si sarons
qu'il en voront respondre ; car, monseigneur, qui voelt emprendre
un si grant fait que d'un roy couronnet deshireter, et [un roy]
huy et escachiet de ses hommes remettre par force en son pays,
et en si grant royaumme comme celi d'Espaigne, et bouter hors
celi qui en tient le possession par l'acort et consentement de tout
le pays et de ses voisins le rpy d'Aragon et le roy de Navarre, il
ne se puet trop bien fonder ne enfourmer, ne avoir bon consseil,
ne examiner touttes besoingnes, ne quel fin elles puevent pren-
dre. »
Li conssaux le comte d'Ermihnach fu vollenticrs oys .et creus,
et dist chacuns plainnement : « Il paroUe bien. » Meismement li
princlics dist qu'il le feroit enssi. Là furent ordonné liquel yroieut
en Galisse pour querre le roy dan Pière. Si y furent noummet
364 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
messires Thumas de Feletou, messires Richars de Pontcardon,
messires Noël Lorink, messifes Simons de Burlë et messires Guil-
laummes Toursiaus , et dévoient estre douze nefs cargies de gens
d'armes et d'archiers. Et chil qui yroient en Engleterre, che fu-
rent : li sires de le Ware, messires Jehans de Pumiers et li sires
de Muchident. Si se ordonna et appareilla chacuns au plus tost
qu'il peut, et vinrent li Englès qui dévoient aller en Espaingne,
à Bayone, et ordonnèrent leurs vaissiaux et leurs gens et les car-
gièrent de touttes pourveanches , et li aiitne s'en alèrent en Eo»
gleterre.
Endementroes que ces ordounnanches, cbil voiaige et chil par-
lement se faisoient, concquist li roys Henris toutte Castiie ; et n'y
demoura bourcq, chitë, ville, castiel ne maison, qui ne fuist
obeissans à lui, et tout li comte, K baron et li chevalier de Por*-
tingal, de Corduan, de Seville, de Galisse et de Castille. Et n'osa
li roys dans Pières plus demourer à le Caloingne, mes carga ses
vaissiaux de son trésor et de ses enfTans , et s'en vint sus l'aven-
ture de Dieu à Baibne, et ariva au port de Bayoïîe droitement
quant cil, qui le dévoient aler querre, dévoient partir. Si furent
moût resjoy de se venue et le requeillièrent moût liement , et le
segnefiièrent tantost au prinche. F^ 139 v« et 140.
P. 194, 1. 4 : en istance. — Mss.J 8, 15 ^ 17 ; en entencion.
P. 194, 1. 12 et 13 : messires Oliviers de Mauni. — Ms, ^ iS :
et son nepveu monseigneur Olivier de Mauny . P 291 ,
P. 194, 1. 17 : pays. — Le ms. A M ajoute : par grant assen-
tement et comme le plus digne et suffisant de tous ceuls qui là
estoient. F* 335 v«.
P. 194, 1. 21 : ens ou. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : dedens le.
P. 194, 1. 13 : seulement. — Le ms, A 17 ajoute : qui onques,
pour nulle fortune qui lui advenist, ne le voult onques laissier.
P. 195, 1. 23 : cremus. -— Mss. ^ 8, 15 à 17 ; crains.
P. 196, 1. 1 et 2 : demandèrent. — Les mss, A 15 à 17 ajou»
tent : nouvelles.
P. 196, 1. 6 : Saint Andrieu. — Ms. A il : Saint André.
P. 197, 1. 6 : aise. — Le ms. A ii ajoute : et furent de vins
et de viandes moult grandement servis.
P. 197, h 8 : busioit. — Ms, ^ 8, 15 « 17 ; pensoit.
P. 198, 1. 4 : le Galongne. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : la Gnlon-
gne, la Goulongne.
P. 198, 1. 29 : cremeur. — Mss. AS, 15 à 17 : doubte.
[i366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, $ 550. 365
P. i99, 1. iO et H : se il besongnoit. — Mss. ^ 8, 15 à 17 :
se mesder estoit.
§ ttSO. La venue. — Ms. d^ Amiens : Quant li prinches sceut
que li rojs dans Pières e$toit descendus àBj^oima, ai en fii moult
resjojs, et monta tantost à ceval à belle compaignie des siens, car
il tenoit grant estât et noble et fuison de chevaliers de son hostel.
Si s*en vint en le bonne chitë de Ralonne , et trouva le roy dan
Pière qu'il desiroit moût à veoir, et monseigneur Ferrant de
Castres. Si y eut entre yaux grans recongnissanches et grans
aprocemens d'amours. Et honnouroît li prinches , qui moult bien
le savoit faire, moût grandement le roy dant Pière. Et li roys
dans Pières s'umeKoit ossi très benignement deviers lui, et li re-
moustroit moult piteusement ses besoingnes et en quel dangier il
estoit ei^pheus. Li prinches le recomfortoit bellement et sagement,
et li proumetoit comfort et ayde contre ses malvoeillans : « Sire
et biaux cousins , disoit li roys d'Espaigne, je say bien que vous
estes li sire ou monde par qui je puis avoir le plus grant comfort.
Et se vous me remetés en mon hiretaige , je vous proumeth que
je vous en donray si bonne part que vous en serës tous comptens,
et feray vostre fil Edouwart. roy de Galisce, et departiray mon
grant trésor, que j'ay encorres par dedelà , si avant à tous vos
hommes, que je demourray leurs amis. » F^ 140.
P. 199, 1. 23 : vuida hors. — 31ss. ^ 15 à 17 ; issit hors, issit.
F» 267.
P. 200, 1. 10 : relenqui. — Le ms, B 6 ajouie : et par especial
d'un traître de Castille qui tout avoit pourcachiet, qui s'apelloit
Gomès Garils. P 669.
P. 201, 1. 7 : rusé. — Mss. A : bourde.
P. 201, 1. 9 : trop. — Ms, A \1 : tout. F» 338 y\
P. 201, 1. 10 : mal. — Ms. A 15 : pou. F» 292 V.
P. 201, 1. 22 : austères. — Mss. ^ 8, 15 à 17 ; hautains.
P. 201, 1. 23 : mervilleuses. — Ms. A M : mauvaises. -
P. 202, 1. 20 et 21 : derrière. — Mss, A S, 15 A 17 ; deceus.
P. 203, 1. 10 : en un. — ilfj. ^ 15 : en une oppinion. P 293.
— Ms, A 17 ; en un propos.
P. 203, 1. 19 : repus. — Mss. ^ 8, 15 à 17 : cachiez.
P. 203, 1. 19 : enfermes. — Ms. A 15 : mucié.
P. 204, 1. 10 : conseil. — Le ms. // 15 afouie : qui l'excusa
bien et saigement envers le prince.
366 CHRONIQUES Iffi J. FROISSART. [1366]
5 ttttl. A ce parlement. — Ms, ^Amiens : Enssi furent il à
Balonne tant que li prinches oy nouvelles dou roy d'Engleterre,
son père, et que li chevalier revinrent, que là envoiiës y avoit.
Si estoit bien lî aoors dou roy d'Engleterre et de tous les Englès
que lî prindies, on nom de Bieu, empresist ce voiaige et remesist
le roy d'Espaigne en son royaumme. Et li mandoient encorres li
roys englès et ses conssanx qu'il n'espargnast mies or ne argent
ne gens d'armes, pour bien et honnourablement parfurair son
voiaige, car il l'en liveroient assës. De ces nouvelles fu li prinches
de Galles, qui estoit adonc en le fleur de se jonèce, durement
liés, et ossi furent tout li chevallier d'Engleterre qui estoient
dallés li, messires Jehans Camdos, messires Thumas de Felleton,
messires Richars de Pontchardon et tout li autres. F° 140.
P. 204, 1. i4 : Quersin. — 3tss. J iS à n : Caoursin.
P. 205, 1. 9 : Assés tost. — Msi. AS, il : Adonques.]
P. 205, 1. i6 : montèrent. — Les mss. ^ 15 à 17 ajoutera : k
cheval.
P. 205, 1. 18 : demandèrent. » Zej mss. ./ 15 <? 17 ajoutent :
nouvelles.
P. 205y 1. 28 : sages. -^ Les mss. ^ 8, 15 à 17 ajoutent:
hommes.
P. 206, 1. 3 : vint à. — Le ms, A 17 ajoute : à Londres et se
loga à.
P. 206, 1. 6 : li sires. — Ms. A il : monseigneur Gautier.
P. 206, 1. 7 : li sires. — Ms. A 11 : monseigneur Thomas.'
P. 206, 1. 8 : H sires. — Ms. A il : monseigneur Jehan.)
P. 206, l. 14 : emprendre. — Mss. ^ 8, 15 <« 17 : entre-
prendre.
P. 206, 1. 20 : aporté les avoient. — Mss. A m à il : les au-
tres portées avoient.
P. 208, l. 21 à 30 et p. 209, 1. 1 à 9 : Et là.... ces nouvelles.
— Ms. A il : Si furent ordenez à aler devers lui, de par le
prince, monseigneur Jehan Chandos et monseigneur Thomas de
Felleton, comme saiges et bien enlangaigiez, pour sçavoir son en-
tencion, et se il leur voulroit ouvrir les pas et destroiz et donner
passaige parmi son pais. Si exploictièrent tant par leurs journées
qu'ilz vindrent à Pampelune où ilz trouvèrent le roy de Navarre
qui les reçut^ moult liement par semblant et festoia grandement.
Si firent tantost leur messaige , de par leur seigneur le prince ,
qu'il leur ot en convenant et par son scellé qu'il lem* livreroit
[i3m] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 552. 367
passaîge et habandonneroît vivres, parmi iceulx payant raisonna-
blement; mais il devait avoir six vins raiUe frans, pour les maulx
et dommaiges que le roy dam Piètre lui avoit pieça faiz en son
pais et osté par force pluseurs villes, chasteaulx appartenens à
son royaume. Et sur ce retournèrent les diz chevaliers devers le
prince auquel ilz comptèrent toutes ces nouvelles. F* 34i •
' S ttttS. A ce parlement. — Ms» ^Amiens : Tantost apriès le
revenue des chevaliers qui envoiiet avoient estet en Engleterre ,
fu ordounnës et assignés ungs grans parlemens à Rayonne, de
tous les barons et chevaliers de Poito, de Saintonge, de Roerghe,
de Quersin, de Pieregorth, de limoain et de le terre dou prinche.
Si y fu pryés li roys de Navarre dou prinche , qu'il y volsist y
estre, par l'infourmation de monseigneur Jehan Camdos qui li
dist et consseilla qu'il le mandast , car nullement il ne pooit faire
ce voiaige sans l'acort dou roy de Navarre :.liquelx roys y vint
en bon arroy et amena une partie de son conseil avoecq lui. Là
furent li comtes d'Ermignach, li sires de Labreth, ses nepveux,
li comtes de Pieregorth, li comtes de €k)mmignes, li viscontes de
Quarmaing, li sires de la Rarde , li sires de Pumiers, li sires de
Courton, li captaux de Reus , li viscomtez de Rochuwart, li sires
de Lespare, messirés Loeys de Halcourt, messires Ghuichars
d* Angle , li sirez de Pons , li sires de Partenay et tout li baron
d'Acqnittainne.
Là eut à Rayonne grans parlemens et Ions, et durèrent huit
jours tous entiers. Finablement, il fu ordounné et acordë au roy
dant Pière que li prinches de Galles feroit se puissance de lui re-
mettre en son royaumme. Et furent là à che parlement escript
tout 11 baron et li chevalier de Gascoingne , de Poito et de Sain-
tonge, à quelle candtë de gens d'armes, de lanches et de brigans
il le serviroient. Et s'obliga li prinches enviers tous de telz
sommes d'argent que leurs gages pooient valloir et monter. Et li
roys dans Pières de Castille se robHga et jura par se foy de
paiier et acquitter ent le prinche, et dou premier paiement paiier
ent aucune cose et prester ent si avant que 11 siens poroit esten-
dre, et le demorant rendre et paiier de deniers appareilliez si tost
que on Taroit remis en Espaigne.
Et fu sceu et marchande au roy de Navarre pour quelle quan-
tité de florins il ouveroit le passage parmy son pays et laisse-
roit passer paisiulement touttes mannierres de gens d'armes
368 CHRONIQUES D£ J. FROISSART. [1366]
pour entrer en Espaingne « et leur feroit aministrer viigref et
pourveanches pour vivre , leurs deniers payans. Si me samble
qu'il dubt avoir pour ceste grasce qu'il feroit au prinche et au
roy dan Pière, six vingt mil fraus franchois, et devoit tenir à
loDsjotirB nés pour son bon hiretaige et paisieullement toutte le
terre de Raincevaus et de Saint Jehan dou Piet des Pors, qui
marcist à Espaingne et à Galisse, et que li roys dans Pières Ji
avoit tolue de jadis. Tout chil couvent et ces ordounnanches
furent escriptes, jurées et seellées, et se parti chacuns à l'entente
de lui pourveir et apparillier pour mouvoir, quant li prinches
les semonroit, et s'en râlla chacuns sires en son pays.
Si envoiea tantost li prinches ses hiraux en Espaigne pour man-
der ses chevaliers qui là estoient avoecq le roy Henri, mon-
seigneur Ustasse d'Aubrechicourt, monseigneur Hue de Gavrelée,
monseigneur Afahieu de Gournay, monseigneur Gautier Huet,
monseigneur Jehan d'Ewrues, monseigneur Robert Cheni et les
autres, qu'il revenissent, et qu'il avoit grand besoin g d^iaux, et
se partesissent bellement et sagement de che roy bastart.
Avoecques tout chou , ii prinches s'en revint à Bourdiaux et y
amena le roy dant Pière. avoecq lui, et là fu il recheu moult
honnourablement et bien festiiës. Che fu environ le Saint Jehan
Baptiste, l'an de grâce Nostre Seigneur mil trois cens soissante
six. Et quant li roys dans Pières eut estet plus de quinze jours
dallés monseigneur te prinche et madamme le princes»^ , il prist
congiet d'iaux et se parti de Bourdiaux, et s'en revint à Bayone.
Là se tint il tout le tamps, entendans à ses besoingnes, mes il
ooit souvent nouvelles dou prinche, et li prinches de lui. P 140 v«,
P. 210, 1. 8 : six mil. — Ms, B 6 : six vingt mille frans,
lesquelz on li devoit envoier à Panpelune, dedens le terme que le
prinche volloit partir de Bourdiaux pour aller en che voiage.
F» 672.
P. 210, 1. 18 et p. 211 , 1. 13 : Quant toutes.... prince. —
JUs. A il, : Quant le prince eut toutes ses choses confermées et
ordonnées à Balonne où lors il estoit et le roy dam Piètre avecques
lui, et que chascun sceut qu'il devoit faire ot avoir, il donna con-
giet à tous ces seigneurs qui là estoient et retourna chascun en
son lieu. Et meismement monseigneur le prince s'en revint à
Bourdeaulx, et le roy dam Piètre demoura à Bayonne.
Tantost après ce, les Compaingnes qui estoient en Castelle
ouïrent les herauix du prince et comment il les mandoit , si ne
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 553. 369
vouldrent point longuement illec séjourner. Et prindrent tantost
congié au roy Henrri, au plus courtoisement qu'ilz porent, sanz
eulx descouvrir Tentencion du prince. F^ 341 v«.
P. 210, L 21 : douze. — J/j. ^ 15 : quatorze. P 295.
P. 211, 1. 21 ; d'Evrues. — Mss. ^ 8, 15 « 17 ; d'Evrcux.
P. 212, 1. 2 : dou Chastîel. — Ms. J m : du Ghasteau.
P. 212, 1. 16 : ce. — Z^ ms, ^15 ajoute : mauvais.
P. 21 2y h 20 : pooir. — Le ms. A \^ ajoute : car sur tous les
princes qui vivent aujourd'ui est il hardi chevalier et entrepre-
nant.
5 iSttS. Quant les certainnes. — Ms. d Amiens : Quant les
nouvelles certainnes vinrent en Espaingne que li prinches de Galles
volloit aidier le roy dant Pière et ramenner en son pays, si en
furent touttes mannierres de gens bien esmerviUîet. Nonpour-
quant, par samblant, li roys Henris n'en fist nul compte; car il se
sentoit fors assés de misse et de gens, parmy chiaux qu'il prieroit
et manderoit en Franche et en Arragon , pour resbter contre le
prinche. Quant li chevalier du prinche, qui remandet estoîent,
olrent ces nouvelles, et qui là sejoumoient pour atendre le
passaige qui se devoit faire en Grenade et sus le royaumme de
Bellemarine, dont li apparans et U coummenchemens estoit si grans
et si biaux c'a merveilles, et que, passet avoit trente ans, on ne le
vit si bien appareilliet ne si bien estoffet de touttes coses, si en
furent moût courouchiet. Nonpourquant, il n'osèrent ne veurent
mies demourer oultre le voUenté de leur seigneur le prinche ; mes
prissent congiet au roy Henry, et s'escusèrent si bellement que li
roys Henris en fii tous contens, et leur dounna congiet moult vol-
lentiers et liement et grant fuison de biaux jeuiaux deseure tous
leurs paiemens. Et fist tant que moult amiablement se partirent de
U, et H jurèrent et proummissent, au partir, que contre tous sei-
gneurs et hommes il le serviroient, excepte le roy d'Engleterre
et ses enfans. Et li roys Henris dist à tous grans merchis. Si se
partirent li dessus noummet chevalier et leurs gens, et s'en re-
vinrent, au mieux qu'il peurent, en le prinçautë.
Devant ces nouvelles que li prinches volsist aidier le roy dan
Pière, estoient ja une partie des Compaignes yssues d'Espaigne, et
leur avoit li roys Henris dounnet congiet et paiiet les cappittainnes
bien et largement. Et ossi estoient revenus en Franche messires
Jehans de Bourbon, comtes de le- Marche, et li sires de Biaugeu.
VI — 24
370 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
mes messires Bertrans de Claiequin et li marescaux d'Audrehen et
messires Jehans de Noefville, li Bèghes de Yellaines et pluisseurs
aultres chevaliers de Franche, estoient demouret dallés loi, et n'en
volloient mies partir jusques à tant qu'il aroient veu une partie
de l'emprise dou prinche; car petit prisoient leur concquest, se
il ne le pooient deffendre et garder contre le prinche. F^ 140 v*
et 141.
P. 213, 1. 10 et 11 : s'espardirent. — M$s. ^ 8, 15 à 17 :
s'espandirent,
P. 213, 1. 3 à 9 : où li rois.... grant joie. — Ms. ^ 6 : ou le
roy li fist grant chière , et de là à Toulouse où le duc d'Ango se
tenoit, qui os^ li fist bonne chière et le rechut moult amiablement,
car moult Tamoit. Et s'en vint avecques luy par compaignie en
Avignon veoir le pappe et le colliège. Et puis vint il en Franche
où le roy le rechut à grant joie. Et là enCorma messire Berfran
tous chevaliers et escuiers , qui demandoient les armes et qui de-
siroient à avanchier leur honneur, que il se volsissent traire vers
Gastilie pour mouvoir et partir quant il se partiroit, et il arment
honneur et grant proufit. Et pluiseurs chevaliers et escuiers, à le
infourmacion de monseigneur Bertran , descendirent et ordonne*
rent leur besoigne et se partirent de leur hostel et se mirent au
chemin devers Espaigne, et ly pluisetcr ossy atendirent le dit
messire Bertran. P 682.
P. 213, 1. 14 : esmervilliet. — Ms. A 17 : moult esbahiz*
F« 342.
P. 213, 1. 16 : emprendoit. — Mss. A^^V^ h 17 ; entrepre'
noit. \
P. 213, 1. 26 : d'Arragon. — Le ms. A il ajoute : son com*
père et grant ami.
P. 214, 1. 3 : auster. -^ Ms. A % : hautain. F» 270. — Ms. A
1 5 : orgueilleus.
P. 214, 1. 3 et p. 215, 1. 7 : assegura,... contre lui. — Ce pas^
sage manque dans le ms. A 17.
P. 214, 1. 18 : géniteurs. — Mss. A H à ik : guetteurs. —
Ms. A 15 ; genneteurs. P» 296.
P. 215, 1. 12 : leur renderoit. — Ms. A 1 : H responderoit.
F» 269 V*.
P. 215, 1. 10 et 20 : couvignaUemènt. — Mss. A : couvena-
blement.
P. 216, I. 1 : corons. — Mss. ^ 8, 15 ; bous. F» 270 V.
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE» S ^^^- 371
S iS54. fin ce temps. — - Ms J Amiens : En ce tan^)S, estoit li
prinches de Galles en le droite fleur de se jonèche et ne iu onc-
ques soelës ne lasses, depuis cp'il se coummencha premièrement
à armer, de gueriier ne de tendre et emprendre tous fais honnou-
rablex d'armes. Et encorres, à ceste emprise dou voiaige d'Espain-
gne et de remettre che roy esçachiet par force d'armes en son
royaumme, honneurs et [ntés l'en esmurent. Et bien li remoustroit
et disoit messires Jehans Gamdos^ en requoys, qui estoit li cheva-
liers dou monde que li prinches amoit et creoit le plus, et bien le
devoit faire, car il avoit grandement aidiet à faire le prinche telx
qu'il estoit, que chilx voiaiges d'Espaingne estoit une outrageuse
emprise et se metoit en aventure de perdre son pays par deux
conditions : li une si estoit que, se il estoit desconffis dou toy
Henry, enssi que les fortunnes sont mervilleuses , il avoit tant
d'ennemis de tous costës que ses pays en seroit tous perdus ; au
mieux venir, il desconfesist le roy Henri et remesist che roy Pière
en son royaumme, si se trouveroit il si endebtés enviers touttes
mannierres de gens et espedaument ces Gompaignes, lesquelx on
ne paie mies à sçn aise» qu'il li poroient, à son retour, faire une
très grande guerre et moult adammagier sen pays. Non obstant
ce, li prinches, qui conchevoit bien toutes ces raisons, ne s'en
voUoit mies refroidier. Et ossi ne li conssiUoit mies messires Je-
hans Gamdos, puisqu'il l'avoit empris, mes li conssilloit à rompre
les deux pars de se vaissiellemenche d'or et d'argent et de tous ses
jeuiaux de che métal, et faire ent forgier florins et deniers et paiier
largement les compaignons : si en seroit mieux servu et plus vot
lentiers. Che consseil tint li prinches, et fist ensi, qui moût l'avan-*
cha; car il tint, plus de sept mois, douze mil hommes à ses gaiges»
ainschois qu'il entrast en Espaigne, si comme vous orés chy apriès.
Se U couvenoit grant or et grant argent, pour tel peuple defifretiier.
En ce temps, estoit connestables de touttela duchë d'Acquittainne
et avoit esté ungs grans temps devant, messires Jehans Gamdos,
et grans senescaux de tout ce pays messires Thummas de FeUeton^
et marescal messires Guichars d'Angle, chils gendlx chevaliers, et
messires Estievenes de Gousenton. P 141.
P. 216, 1. 16 : soelés. — Ms.Al : saoulé. P 270. — Mss. A
8, 15 à 17 : saoulz. F» 270 v^.
P. 216, 1. 21 et 22 : l'en esmeurent. — if«. ^ 8 : l'esmou-
voient.
P. 217, 1. 5 : prende. — Mss. A 8, 15 ; soit. F* 271.
372 CHRONIQUES DE J. FROISSAAT. [1366]
P. 218, L 3 : d'armes. — JLex $$ 555 à 559 manquent dans le
ms.AM, f»343.
§ iStttt, Une fois. ^ ilf j. d Amiens : Une fois, estoic à Bour-
diaux en récréation li prinches de Galles, avoecq pluisseurs cheva-
liers de Gascoingne, de Poito et de Saintonge et ossi dou royaumme
d'Engleterre, car il n'en estoit oncques si sevreth qu'il n'en ewist
plus de quarante dallés lui. Si tourna son chief dessus le seigneur
de Labreth et li dist : « Sire de Labreth, à quelle cantité de
gens d'armes me pores vous bien servir en ce voiaige d'Espain-
gne? » Li sires de Labreth fu tous appareilliés de respondre et li
dist : ce Monseigneur, se je volloie priier tous mes feables et mes
amis, j'en fineroie bien jusques à mil lanches, et toutte ma terre
gardée. » ^ a Par mon chief, dist li prinches, sire de Labret,
c'est moult belle cose, et je doy bien aimer le terre où j'ay un tel
baron qui me puet à un besoing servir à mil lanches, et je les re-
tiengs tous, » dist li prinches. — « Che soit, ou nom de Dieu ! ce
respondi li sires de Labreth, qui s'enclina vers lui, et tout vostre
soient. » De ceste retenue dubt depuis estre avenus grans maux,
si comme vous orés avant en Tistoire.
Or retourons nous as Compaignes qui se partirent d'Espaigne
par fous et par tropiaux, quant il seurent que li prinches les re-
mandoit et qu'il volloit gueriier. Si vous di qu'il eurent moût de
maux et moult d'encontres, tant en Espaigne, en Arragon qu'en
Kateloingne, par gens que on nomme géniteurs, qui fuient plus
tost par ces montagnes sus cevaux, que on appelle genès, que on
ne feroit en Franche ou en Picardie, à plainne terre, sus bons
ronchins. Et gettent et lanchent chil géniteur, en fuiant et en ca-
chant, dardes et gavrelos, dont ils sont trop bien ouvrier. Toutte»-
fois, en painne, en périls et en pluisseurs mesaises qu'il eurent, il
rappassèrent les montaignes d' Arragon et de Kateloingne. Et se
missent en trois parties : les unes s'en allèrent en costiant Fois et
Berne; les autres, Kateloigne et Hermignach; et li tierche, Arra-
gon ; et descendirent deviers Toulouse pour mieux trouver à vivre.
De celle routte estoient cappittainne messires Robers Cheni, Car-
suele et Briqés.
A ce donc avoit un bon cevalier à Toulouse , qui en estoit se-
nescaux de par le roy de Franche, et de tous le pays toulousain,
et s'apelloit messire Gui d'Auzai. Quant il entendi que ces Com-
paignes aprochoient, et qu'il n'i avoit que une routte, espoir de
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S 88». 373
trois mil combatans, et qui encorres estoient fotillet et lasset, mal
vesti, mal armet, mal montet et pis kauchiet, si dist qu'il ne vol-
loit mies que telx gens aproçaissent Toulouse ne le royaumme de
Franche, pour yaux recouvrer, et que il les combateroit, s'il plai-
soità Dieu. Et segnefia sen entente à monseigneur Ammery, comte
de Nerbonne, au senescal de Karkassonne, au senescal de Biau-
quaire, au trésorier de Nimes et à tous les chevaliers et escuiers
de là environ, en yaux priant que il volsissent venir aidier à dêf-
fendre le royaumme de Franche contre ces Gompaingnes qui apro-
choient, ainchois qu'il moutepliassent plus ne courussent sus leur
pays. Seigneur, chevalier et escuier furent adonc tout appareil-
liet de traire avant, car autrement c'ewist este contre 'leur bon*
neur, et se queillièrent et amassèrent à Thoulouse, et bien furent
cinq cens lanches, chevaliers et escuiers, et quatre mil bidaus. Et
se missent tantost as camps par deviers Montalben, à sept lieuwes
de Bourdiaux, où ces gens se tenoient, et n' estoient non plus
de deux cens lanches, mes de l'autre piétaille avoient il assës.
F« 14i.
P. 218, 1. 21 : a. — Aff. ^ 8 : treuve. F» 271.
P. 218, 1. 27 : maulz. — Mss, A 8, 18 : meschief. .
P. 218, 1. 28 : retournons. — Mss. A %^ 18 ; retournerons.
P. 218, 1. 28 à p. 219, 1. 12 : Or retournons... Montalben. —
Ms, B % : Quant le plus des capitaines des Gompaignies, qui es-
toient Englès et Gascon, entendirent que le prinche volloit aidier
le roy dan Piètre et faire ung voiaige en Espaigne pour Iny re-
mettre en possession du royalme .de Gastille, sy prirent congiet le
plus courtoisement qu'il porent au roy Benry qui moult envis leur
donna; mais messire Bertran de Gaikin, qui estoit connestable de
Gastille, luy consilla que il les laissast en aller en nom de Dieu,
car ja faisoient il moult de mauls en Gastille. Sy eurent congiet et
se départirent les Englès et les Gascons et les Allemans, et se
mirent ènsamble les Franchois tt les Bretons et demorèrent avec
le roy Henry. Sy vous dy que ches gens de Gompaigne, qui se
départirent du roy Henry pour râler devers le prinche de Gallez,
eurent moult dur tamps entre Aragon et Gastelongne et en Gorre,
car le roy d'Arragon par géniteurs et par villains as destrois pas-
saiges leur fist faire pluiseurs contraires. Touttez fois, il retournè-
rent et se trouvèrent tout en Bigore : là atendirent ilz l'un l'autre
en une chitë du prinche qui s'apelle Baniers. Et là fu envoiet par-
ler à yauls messire Jehan Gandos , de par le prinche , qui Gst à
374 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [4366]
yauk certains traitiës et acors, et se mirent tons en l'obeissanche
du prinche. Sy se deurent ces Gompaignes partir et retraire en
la terre de Bourdelois , assës tost après che que messire Jehan
Candos fu revenus à Bourdiaus. Ces Gompaignes estoient environ
quatre mille combatans, tous gens d'eslite. F>* 674 et 678.
P. 218, 1. 29 : ahers. — Mss. ^ 6, 7 : aliëes. P> 269.
P. 219, 1. 4 : s'avalèrent. —Ms.A^ : s'en ala. — Ms. A% :
s'avala. P 271 v«.
P. 219, I. 23 : au conte de Nerbonne. — Ms. ^ 8 : à mon-
seigneur Âymery, conte de Nerbonne.
P. 219, 1. 31 et 32 : cinq cens lances et quatre mil bidaus. — >
Ms, B ù : bien douze mille combatans. P 675.
P. 219, 1. 32 : bidaus. — Ms. A 15 : petaulx nommez bidaus.
F* 297 v«.
P. 220, 1. 3 : trouvoient. — Mss. A 8, 15 : trouvèrent.
F» 271 V*.
§ ttS6. Quant li contes. — Ms. €t Amiens. Quant li comtes
de Nerbonne et messires Guis d'Azay, qui se faisoit souverain et
meneur de touttes ces gens d'armes, furent parti de Toulouze, il
s'en vinrent logier assës priés de Montalben, qui adonc se tenoit
dou prinche ; et estoit adonc cappîttaine, de par le prinche, ungs
chevaliers englès qui s'appelloit messires Jehans Trivës. Si en-
voiièrent chil seigneur de Franche leurs coureurs devant Montal-
ben, pour atraire hors ces Gompaignes qui s'i tenoient. Quant li cap-
pitaînne de Montalbain entendi que li Franchois estoient venu à
main armée et à ost devant se fortrèche, si en fîi durement esmer-
villiet, pour tant que la terre estoit dou prinche. Si vint as bar-
rières dou castiel et fist tant que, sus trieuwes, il parla à ces
coureurs et leur demanda qui là les envoioit, et pourquoy il s'a-
vanchoient de courir sus le terre dou prinche, qui estoit amie et
voisinne avoecq le corps dou seigneur au royaume et au roy de
Franche. Ghil respondirent et dissent : « Nous ne sommes mies
cargiet si avant de vous respondre; mes, pour vous soeler, se vous
voilés venir ou envoiier deviers nos seigneurs, vous en ares bien
responsce. d — « Oil, dist li cappitainnes de Montalben, je vous
pri que vous vos retriés deviers yaux, et leur dittes qu'il m'en-
voient dire plus plainnëment pourquoy, sans nous defiiier, il nous
guerient, et quel cose nous leur avons fourfait, ou vous m'empe-
trés un sauf conduit tant que j'aie estet deviers yaux et parlé à
[iSee] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 556. 375
yaux. » Et chil dissent : « Vollentîers. » II retournèrent. Li sauf
conduis fu acordés et aportës.
lâ chevaliers vint parler au comte de Nerbonne et à monsei-
gneur Gui d'Azai , et leur demanda pourquoi ne à quel title il
le queroient. Chil respondirent que à lui ne à le terre dou prin-
che ne volloient il, fors pais et amour : « Mes nous voilons
nos ennemis cachier, où que nous les savons. » — « Et quel sont
vos ennemis ne où sont il ? » respondi li chevaliers. — ce En
nom Dieu , dist li comtes de Nerbonne, il sont dedens Montal-
ben , et se sont pilleur et robeur qui ont pilliet et robet sus le
royaumme de France. Ce ne fait mie à souffrir, ne ossi tels gens
vous ne les deveriés mies soustenir, qui pillent et robent les
bonnes gens, sans nul title de guerre. Si les metés hors de
vostre fortrèche, ou autrement vous n'estes mies amis au royaum-
me de l&ance. » — « Seigneur, dist li cappittainne de Montalben,
il est bien voirs qu'il y a laiens gens d'armes, que' monseigneur
le prinche a mandés et tient à lui pour ses gens ; si n'est mies
en me puissanche que d'iaux faire partir ne wuidier. Et, se cil
vous ont fait aucun desplaisir, je ne puis mie veoir bonnement
qui droit vous en fâche ; car ce sont gens d'armes : se les con-
vient vivre où qu'il le prengent. » Dont respondi li comtes de
Nerbonne et messires Guis d'Azay : « Ce sont gens d'armes voi-
rement telx et quelx, qui ne sèvent vivre fors de pillage et de
roberie, et qui mal courtoisement ont chevauchiet sus nos mettes,
tant que les plaintes en sont venues jusques à nous. Si desplaist
au roy de Franche que tel pilleur et robeur keurent et ont courut
en son pays ; et puisque nous savons où il se logent et herbegent,
jammais ne retourons arrière, si l'aront amendé. » Quant li cap-
pittainnes de Montalben vit qu'il n'en aroit autre responce, il
prist congiet et se parti d'iaux, et s'en revint arrière en le ville et
dist bien as Gompaignez qu'il fuissent tout pourveu et avisé, car
il ne pooit veoir nullement que li Franchois ne les asaillissent et
combatesissent hasteement. P^ i4i.
P. 2Î0, 1. 12 : Jehans Trivés. — Ms,B6 : Thumas de Welle-
fare, vaillant homme. F» 676.
P. îîl , 1. 7 : mestres. ^~ Mss. A : seigneurs.
P. 222, 1. ii et i2 : la prinçauté. — Ms. A S : le prince.
F» 272. — Ms. A 15 : la terre du prince. F« 298.
P. 222, 1. 19 : le senescaudie. — Mss. A 8, 15 : la senes-
chaucie.
376 CHRONIQUES DE J. FROISSâRT. [1366)
P. 2M, 1. 22 : traîtte. — Mss. A %, i5 ; traitres.
P. 222, I. 26 : Tarons. — Ms. A % : Tauront.
P. 223, I. i : sen entente. — Mss. ^ 8, 15 : son entencion.
S t$57. Quant li compagnon. — Ms, et Amiens : Quant li
compaignon entendirent che langage , si ne furent mies bien as-
seuret, car il n'estoient mies bien à jeu parti contre les Fran*
chois. Si se tinrent sus leur garde dou mieux qu'il peurent. Or
avint que , droit au cinqime jour que ces parolles eurent esté ,
messires Perducas de Labreth, à toutte une grant routte de com»
paignons, dubt passer par Montalben, car li passaiges estoit par là
pour entrer en la prinçautë. Si le fist asavoir à chiaux de le ville.
Quant messires Robers Geni et li autre compaignon qui là se
tenoient pour enclos, entendirent ces nouvelles, si en furent moût
recomfortë, et mandèrent tout secrètement à monseigneur Per-
ducas de Labreth le convenant des Franchois , et coumment il
les avoient assegiés et les manechoient durement, et quels gens il
estoient, et quelx capitainnes ilz avoient.
Quant messires Perdukas de Labret entendi chou , si n'en fd
de noient efiraës, mes requeilla ses compaignons de tous les et
s'en vint bouter par dedens Montalben , où il fu rechups à grant
joie; et encorres Tenfourmèrent il plus plainnement dou fait,
si comme vous avés oy chy dessus. Lors eurent il d'acort que
Tendemain il s'armeroient tout à cheval, et se metteroient ,bors
de la ville et s'adrecheroient vers Tost des Franchois, et leur
prieroient que paisieulement les laisseroient passer; et, s'il ne
voulloient chou faire et que combattre les couvenist , il saventu-
[rejroient et venderoient chierement. Tout enssi qu'il ordon-
nèrenty il fissent. A l'endemain, il s'armèrent et sonnèrent leurs
trompettes, et montèrent tout à cheval et wuidièrent hors , de
Montalben. Ja estoient armé li Franchois pour Teffroy qu'il
avoient veu et oy, et tous rengiés et mis devant le ville , et ne
pooient passer les Gompaignes fors parmy yaux. Adonc se mis-
sent tout devant messires Perducas de Labreth et messires Ro-
bers Cheni, et veurent parlementer as Franchois et priier que
on les laissast passer paisieulement; mes il respondirent qu'il n'a-
voient cure de leurs parlemens, et qu'il ne passeroient fors parmy
les pointez de leurs glaives et de leiu-s espées, et escriièrent tan-
tost leurs cris, et dissent : « Avant! Avant à ces pilleurs qui pil-
lent et robent le monde et vivent sans raison! »
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S ^^'^^ 377
Quant les Gompaîgnes virent que c'estoit à certes, et que
combattre les couvenoit ou mourir à honte, si descendirent tan-
tost jus de leurs chevaux, et se rengièrent et ordonnèrent tout
à piet moult faiticement, et atendirent les Franchois , qui vinrent
sus yaux moult hardiement, et se missent ossi devant yaux tout
à piet. Là commencièrent à traire , à lanchier et à estechier li
ung à l'autre grans cops et appers , et en y eut pluisseurs abatu9
des uns et des autres, de premières venues. Là eut grant ba-
taille, forte et dure et bien combatue, et tamaintes appertises
d'armes faittes , tamaint chevalier et tamaint escuier reverssë et
jette par terre. Touttesfois, li Franchois estoient trop plus que
les Gompaignes, bien troy contre ung : si n'en avoient mie
le pieur parchon. Et reboutèrent à ce counmienchement les Gom-
paignes bien av^mt jusques dedens le fort de Montalben, où,
au rentrer dedens, eut maint homme mis à meschief. Et ewis-
sent eu là les Compaignes, ce c'adonc en y avoit, trop fort
temps; mes messires Jehans Trivës, qui cappitainnes estoit de
le ville , fist armer touttes mannierres de gens , et coummanda
sus le hart que chacuns, à son loyal pooir, aidast les compai-
gnons et qu'il estoient homme au prinche. Dont s'armèrent tout
cbil de le ville, et missent en conroy avoecques les Ck)mpaignes,
et se boutèrent en l'escarmuche. Et meysmement les femmes de le
ville montèrent en leurs logez et en leurs solliers, pourveuwes de
pièrez et de caillaux, et coummenchièrent à jetter sus ces Fran-
chois si fort et si royt, qu'il estoient tout ensonniiet d'iaux targier
pour le get dez pièrez, et en blechièrent pluisseurs et reculèrent
par forche. Dont se resvigurèrent li compaignon qui furent ung
grant temps en grant péril, et envairent fièrement les François.
Si vous di qu'il y eut là fait otant de belles appertises d'armes,
de prisses et de rescousses, que on n'avoit ven eu grant temps,
car les Compaignes n'estoient c'un petit. Si se prendoient si priés
de bien faire que c'estoit merveillez , et reboutèrent leurs enne-
mis, par force d'armes, tous hors de le ville.
Et avint, entroes que on se combatoit , que une routte de
Gompaingnes, que li bours de Breteul et Naudon de Bagerant
menoient, où il avoit bien quatre cens combatans, se boutè-
rent par derière en le ville; et avoient cevauchiet toutte le nuit
en grant haste pour là estre, car on leur avoit donnet à sentir
que li Franchois avoient assegiet leurs compaignons dedens Mon-
talben. Si vinrent tout à point à le bataille. Là eut de rechief
378 CHRONIQUES DE J. FR01SSART. [f366]
grant hustîn et dur, et furent li Frandiois, par ces ncmyelles
gens, fièrement assailli et combatu. Si dura chiis puigneis et
chils estours, de Teure de tierce jusques à basse nonne, fina*
blement, li Franchois forent desconfi et mis en cache, et chil
tout emrireux , qui peurent partir, monter à cheval et aller leur
▼oie. Là furent pris li comtes de Nerbonne, messires Guis d'Azay,
li sires de Montmorillon , messire Renaus des Huttez, messires
GuiUaumes Brandins , messires Jehans Rollans , li senescaus de
Carcasonne , li senescaux de Biauquaire et plus de cent cheva-
liers, qne de Franche, que de Prouvenche, que des marches
là environ, et mains bons escuiers et mains riches bourgois de
Toulouse, de Montpellier, *de Nerbonne et de Carcasonne. Et
encorres en ewîssent il plus pris; se il ewissent cachiet, mes il
n'estoient q'nn peu de gens ens ou regart dez Franchois, et tout
mal monte et foiblement. Si ne s'osèrent aventurer plus avant,
mes se tinrent à chou qu'il eurent. Celle bataille de Montalben fu
le vegille Nostre Damme, en le moiienn^ d'aoust, l'an de grasce
mil trois cens soissante six. P» 141.
P. 223, 1. 4 : B compagnon. — Ms. A 8 : les Compaignes.
P 272 V. /
P. 223, 1. 8 : asseguret. — Mss. A : asseuTez.
, P. 223, 1. iO : parmi. — Ms. A 8 : par.
P. 223, 1. 25 : eurent. — Mss, A 6, 8, 15 : furent.
P. 224, I. 8 et 9 : les Compagnes. — Ms. A S : ces compai-
gnons.
P. 224, i. 19 : les Compagnes — Ms. A ^ : ces compaignons.
P. 224, 1. 26 : estechier. — Mss, A 8, 15 ; chacier.
P. 225, 1. 11 : conroy. — Mss. A 8, 15 : arroy. F» 273.
P. 225, 1. 13 : loges. — Mss. ^ 8, 15 : logis.
P. 225, 1. 15 : roit. — Mss. A 8, 15 : roidement.
P. 225, 1. 16 : ensonûiet. — Mss. A 8, 15 : embesoingniez.
P. 225, l. 18 : se resvigurèrent. — Mss. .^ 6, 8^ 15 ; se ras-
seurèrent. P» 260 v«.
P. 225, 1. 24 et 25 : Si se prendoient pries. — Mss. A 6, 8,
15 : Sy se penoit chascun.
P. 226, l. 3 : sentir. — Mss. A : entendre.
P. 226, 1. 4 : dedens. — Mss. .^ 6, 8, 15 : de.
P. 226, 1. 7 : dk puigneis et dlz estours. — Ms. A Q : ces
batailles. F» 261. — Mss. ^ 8, 15 : celle bataille.
P. 226, l. 10 : ewireus. — Mss. ^ 6, 8, 15 : eureux.
[f366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, S ^^' 379
P. 226, 1. il à i4 : li contes.... Biaukaire. — Ms. J9 6 : le
visoonte de Narbonne , le visconte de Thalar, le visconte de Vil-
laine, le visconte d'Uzez, messire Guy d'Azay et plus de cent et
dncpante rlievaliers forent prins. F^ 677.
P. 226, 1. 22 : en le mi aoust. — - 3îss, ^^ 6, 8 : en aoust.
§ 558. Apriès la desconfiture. — - Ms, d* Amiens : Apriès le
desconfitnre et le prise des dessus dis, messires Perducas de La-
bret, messires Robers Geni, messires Jehans Trivës, messires Ro-
bers d'Aubetière, li bours de Rretnel, Nandon de Bagerant et
leur routtes départirait leur butin et tout leur gaaing, dont il
eurent grant fuison. Et tout chii qui prisonnier avoient, il leur
demouroit et en pooient faire leur prouffit, ranchonner ou quitter,
si les voUoient, dont il leur fissent très bonne compagnie, et les
ranchonnèrent courtoisement, chacun seloncq son estât et son
affaire, et encorres plus doucement par tant que ceste avenue
leur estoit venu soudainement par biau fait d'armez. Et les re-
crurent tous, petit s^en falli, et leur donnèrent terme de raporter
leur raenchon à Bourdiaux et ailleurs, où bon leur sambla. Et se
parti chacuns et revint en son pays, et les Gompaignes s'en allèrent
deviers monseignemr le prinche, qui les rechupt liement et les vit
vollentiers, et les envoyea logier en ung pays con apelle Bascle,
entre lez montaignes.
Or vous diray qu'il avint de leurs prisonniers qu'il avdent
ranchonnës et recrus. Li pappes Urbains fu emfourmës de le be-
soingne et coumment li comtes de Nerbonne, li senescauz de
Toulouse , chilx de Biauquaire et de Garcasonne , et li bon che-
valier et escuier et les gens d'armes de ces senescaudies avoient
éstet ruet jus par les Gompaignes , que li pappes tenoit en sen-
tensce et excumeniiës et pour mauvais crestiiens , car il destrui-
soient sainte crestienetë sans raison. Si defiendi à tous chiaux
qui pris avoient este et qui raenchon dévoient , sus à estre excu*
meniiësy remforchiet et ragrevet et sans pardon , que de leurs
compositions il n'en payassent riens, et les dispenssa de leurs fois
et de leurs sieremens. Enssi furent quittes cil seigneur, chevalier
et escuier, qui avoient estet pris à Montalben, et n'osèrent brisier
le coummandement dou pappe. Si vint as pluisseurs bien à point,
et as Gompaignes moult mal, qui s'estoient atendu à avoir argent
et le quidoient avoir pour faire leurs besoingnes, yauz armer,
monter et appareillier enssi que compaignon de gherre. Se leur
380 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
vint moult à contraire ceste ordounnanche dou pappe , et s'en
complaindirent par pluisseurs foix à monseigneur Jeban Camdos ,
qui estoit connestablez d'Acquittainne et regars dessus touttez les
gens d'armes, et li priièrent qu'il leur en volsist faire avoir rai-
son; mes il s'en excuzoit bellement deviers yaux, et disoit que
ses seignouries n'estoit mies si avant que d'arguer ne constraindre
le chief de l'Eglise, le Saint Père qui est Dieu en terre. Enssi
furent li compaignon trompet de leurs prisounniers, mes bien
leur proumetoient, se jammès resceoient en leurs dangiers, qu'il
leur feroient paiier double raenchon de deniers appareilliés, en-
corres, se pour tant il pooient finner. P" i/ài et 142.
P. 227, 1. 6 : avenue. ^ Ms.Al : aventure. P» 272.
P. 227, I. 8 : petit s'en fallirent. — Ms, A ^ : partie s'en râ-
lèrent. P 26i . — Les mss, ^6, 8, iS ajoutent : sur leurs foys.
P. 228, 1. 14 : touchoit. — Mss. ^ 6, 8, 15 ; toumoi«Dt
F» 271 V.
P. 228, 1. 14 : pillerîe. — i> nif. ^ 15 ajoute : et à villenîe.
F» 300.
P. 228, !• 15 : aultre cose. ^ Le ms, B 6 ajoute : Sy s'en
vinrent logier et rafrescbir sur le rivière de Dourdonue et se
tinrent là ung grant tamps, du mois d'auoust jusques à l'entrée
de jenvier. F» 678.
§ t$t$9. Nous parlerons. ^- Ms, tt Amiens : Moult fi^ li prin-
cbes de Galles grant appareil et grosses pourveanches pour aller
en ce voiaige , car il savoit bien et entendoit assës que li roys
Henris se pourveoit grandement de l'autre lés«
Or vint en celle saison à Bourdiaux , par deviers le pnnche ,
James, li roys de Mayogres : enssi se faisoit il nommer, mes riens
n'y tenoit, quoyqu'il en ewist estet filx dou roy, car li roys d'A-
ragon tenoit et avoit tenu de loncq tamps le royaumme de Mayo-
gres , et avoit jadis par force conquis le pays et pris le père de
ce roy et fait morir, et son fil tenut en prison. Si en estoit escap-
pës et allés à Naples , et [avoit] espousé la roynne de Naples.
Dont, quant il oy dire que li prinches s'esmouvoit pour aller
en Espaigne sus le roy Henry, qai estoit d'acort au roy d'Arra-
gon, son ennemy, si s'avisa qu'il se trairoit deviers lui et li re-
mousteroit ses besoingnes , et à quel tort li roys d'Arragon li
avoit ochis son père et tenoit son royaumme. Et sentoit le prin-
cbe si grant, si noble et si puissant, que par lui recouveroit il
[1366] VARIANTES DU PREMIER LIVRE, § 5S9. 381
sen hiretaige, siqaes, quant il fu venus à Rourdiaux, H prinches
li fist grant chière et le rechut bellement et liement, et li proura-
mîst qu'il feroit son plaîn pooir de reconcqueire le royaumme de
Mayogrez sus le roy d'Arragon, tantost apriès le voiaige d'Es-
paingne. Et le retint 11 princhez dallés lui à une grant somme de
gens , et 11 asigna certainne revenue sus ses cofiPres pour aidier à
palier ses menus frès, et li fist très bonne compaignie en tous
estas. F» 14Î V».
P. 229, 1. 1 : Selevestre.— ilf«. ^ 8, 15 ; Sevestre. F» 273 V.
P. 229, 1. 2 : don Eruel. — ilfj. ^ 15 : de Rueil. F» 300.
P. 229, L 2 : Lakonet, — Ms. ^ 15 : Lacouet et monseigneur
Eustace de la Houssoie.
P. 229, 1. 8 à 16 : Ossi U.... sur ce. — ilf^. i? 6 : En che
tamps que li parlement sont en Engleterre par usaige , et tondis
à le Saint Miquiel, envola le prinche de Galles lettres au roy son
père et à son consail que jusques à quatre cens lanches et mil
archiers on luy fesist envoiier, pour renforchier son armëe. Le
roy d'Engleterre et son consail le firent très voUentierSy car ilz
sentoient que il estoit vaiUans et bien fortuné chevalier. Sy or-
donna que le frère du prinche yroit, nommé Jehan de Len-
clastre , et en prist la cherge des gens d'armes et des archiers ,
ei dist que il volloit aller en che voîage aveeques son frère le
prinche. De che ly seurent le roy et la roynne et les barons
d'Engleterre moult grant gré, et se ordonna et fist ses pour-
veanches pour monter au havre de Hantonne et ariver «n Rre-
faigne. F» 681.
P. 229, 1. 13 : une. — Le ms. A ^ ajoute : grant. F» 274.
P. 229, 1. 2i : ce dit. — Ms, A 9 : àa dit.
P. 229, 1. 25 et 26 : moollier. — Mss. A : femme. Ms. A 7,
f» 272 v«.
P. 229, 1. 31 : avoit son père mort. — Mss. A 8, 15 : avoit
fait morir son père.
P. 230, 1. 4 : plaisirent. — Mss. ^ 6, 8, 15 : pleurent.
P. 230, 1. 5 : en le cité de Rourdiaus. — Ms.BBiea l'église
des Augustins dehors les murs de Rourdiauls. F* 680.
P. 230, 1. 30 : pluiseurs. — > Le ms. A 8 ajoute : consaulx et.
P. 231, 1. 4 : Dieu. — Les mss. ^ 8, 15 ajoutent : entrepren-
dre et.
P. 231, 1. 11 : poeent. — Mss. J9 4, ^ 15 ; pevent. F* 272.
— Ms. A 7 ; povoient. F» 273. — Mss, ^ 6, 8 : pourroient.
382 CHRONIQUES DE J. FROISSART. [1366]
P. SU» I. 15 : faire. -— Lu mss. A 6, 8, 15 ai<mteM : leur
exploit et.
P. 232, 1. i : air. — Mss. A 6, 8, 15 ; coorrouz.
P. 232, L 4 : le. — Mss. ^ 3, 4 et mss. A : lui, li.
P. 232, 1. 13 : manières. — Mss. A : estas.
P. 232, 1. 22 : ce saoe. — Mss. .^ 6, 8, 15 : ce scay je.
P. 233, 1. 5 : le pcnëe, — Mu. ^^f 1 à 7 : la pensfe, — Ms.
J9 3 : la mamère. F"" 286. —Ms.Bk : Pestât. F" 272 v«, —
Ms. iâf 15 : les posnées. F* 301.
P. 233, K 6 : amirent.... ont amiré. — • Ms. BktX, mss. A :
aiment, ont aime. — Ms. B 3: prisent.... ont prise.
P. 233, 1. 28 et 29 : grignes. -^ Ms. B 3 : haynes. F» 286.
P. 234, 1. 5 : ne chierirent. — Mss. ^ 1 à 6, 8, 11 a 29 :
n'amèrent.
P. 234, 1. 8 : oose.-— J> nu. ^ 15 (^ouie : pour lors. F" 301 y*.
FOI DIS TAHIAmS DO lOIB
TABLE.
CHAPITRE LXXXIV.
1360. Traite de Br^dgny. ^ Somnuùre, p. i à xrou — Texte^ p, 1 i 59.
— Fanantes, p. 237 à 256.
CHAPITRE LXXXV.
1360 et 1361. Formation de la Grande Compagnie. -* 1360, 28 dé^
cembre. Prise du Pont-Saint-Esprit. ^ 1362, 6 aTrîl. Bataille de
Brignais. — Sommaire^ p. xnn à xxxy. — Textes p. 59 à 76. — ^<i>-
riantes, p. 256 à 271.
CHAPITRE LXXXVI.
1361. Mort da doc de Lancastre. — Mort du duc de Bourgogne et par-
tage de sa succession.— 1362. Mort du pape Innocent YI et élection
d'Urbain Y. — Yoyage et séjour du roi Jean à la cour d^A^ignon.
— Création de la principauté d'Aquitaine en fareur du prince de
Galles et anÎTée d'Edouard dans sa nourelle principauté. — Som^
nudre, p. xxxn à xu. — Texte, p. 76 à 82* — Variantes, p. 271
à 277.
CHAPITRE LXXXYE.
1363. Arrirée et^séjour de Pierre I*', roi de Chypre, à Avignoii. —
Projet de croisade. — Traité conclu entre Edouard IQ et les quatre
otages des Fleurs de Lis. — Yo/ages du roi de Chypre à Paris, en
Normandie et en Angleterre. — 1364. Retour de Jean II à Londres.
— Yoyage de Pierre I*' en Aquitaine. — Mort du roi de France a
Londres et arénement de Charles Y. — Sommaire, p. xu à zxix.
— TexU, p. 82 à 99. — Varianiet, p. 277 à 290.
CHAPITRE LXXXYm.
1364. Prise de Mantes et de Meulan (7 et 11 atril). — Bataille de Co-
cherel (16 mai). — Couronnement de Charles Y (19 mai). — Cam-
pagne du duc de Bourgogne en Beauce (juin). — Si^e et reddition
de la Charité. — Sommaire^ p. xux à xxm, — Texte, p. 100 à 148.
— rariantet, p. 290 à 322.
CHAPITRE LXXXnC.
1364, 29 septembre* BataiUe d'Auray. — 1365| 12 anil. Traité de
384 TABLE.
Gu^rande. — %8cmmair€f p. Lxm à ULXTin. — Teste ^ p. 148 à 183.
— rwmtês^ p. 322 à 3&3.
CHAPITRE XC.
1365, octolire-1366, nui. Exp^ition de da Gaefclin et des Compa-
gniet en E^gne. — 1366, 5 avril. Don Pèdre est détrône et don
Henri, comte de Traitamare, est proclame roi de CasdUe. — Ik août.
Victoire remportée par les Gompagniet anglo-gafconnes près de
Monunban. — 23 leptembre. Traité d'alliance entre le prince d*A-
qnitaine et de Galles, don Pèdre et le roi de Navarre; préparatifs
militaires du prince de Galles et démêlés avec le sire d'Albret. —
Sommaire^ p. lxxix à xovi. — Texte, p. 183 â 234. — • Varimiaes,
p. 353 â 382.
nu DB LA XkBlM DU TOKB SIXUMB.
Typographie Lahure» nie de fleorus, 9, à Puis.
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JUN2 1 1967